C DISCOURS. SUR LES REVOLUTIONS
h 'ayons aucune idée nette des moyens par lesquels la nature entretient à de si grandes profondeurs ces violcuts foyers, nous jugeons clairement par leurs effets des changements -qu’ils peuvent avoir produits à la surface du globe. Lorsqu’un volcan se déclare, après quelques secousses, quel- 1 ques tremblements de terre, il se fait une ouverture. Dps pierres , des cendres sont lancées au loin , des laves sont vomies : leur partie la plus fluide s'écoule en longues traînées; celle qui l’est moins s’arrête aux bords de l'ouverture, en élève le contour,- y forme un cône terminé par , un cratère. Ainsi les volcans accumulent sur la surface, après les avoir modifiées , des matières auparavant ensevelies dans la profondeur; ils forment des montagnes; ils en ont couvert autrefois quelques parties de nos continents ; ils ont fait naître subitement des îles au milieu des mers ; mais c’était toujours de laves que ces montagnes , ces îles étaient composées ; tous leurs matériaux avaient subi l’action du feu : ils sont disposés comme doivent l’être des matières qui ont coulé d’un point élevé. Les volcans n’élèvent donc ni ne culbutent les couches que traverse leur soupirail ; et si quelques causes agissant de ces profondeurs ont contribué dans certains cas à soulever de grandes montagnes , ce ne sont pas des ageuts volcaniques tels qu’il en existe de nos jours.
Ainsi , nous le répétons, c’est en vain que l’on cherche dans les forces qui agissent maintenant à la surface de la terre des causes suffisantes pour produire les révolutions et les catastrophes dont son enveloppe nous montre les traces; et si l’on veut recourir aux forces extérieures constantes connues jusqu’à présent, l’on n’y trouve pas plus de ressources. -
. Causa astronomiques constantes.
Le pôle de la terre se meut dans on cercle autour du pôle de I écliptique ; son axe s’incline plus ou moins sur le plan de cette même écliptique ; mais ces deux mouvements, dont les causes sont aujourd’hui appréciées, s’exécutent dans des directions et des limites connues , et qui n’ont nulle proportion avec des effets tels que ceux dont noos venons de constater la grandeur. Dans tous les cas , leur lenteur excessive empêcherait qu’ils ne pussent expliquer des catastrophes que nous venons de prouver avoir été subites. -
Ce dernier raisonnement s’applique à toutes les actions Içntes que l’on a imaginées , sans doute dans l’espoir qu’on ne pourrait en nier l’existence, parce qu’il serait toujours facile de soutenir que leur lenteur même les rend imperceptibles. Vraies ou non, peu importe; elles n’expliquent rien , puisque aucune cause lente ne peut avoir produit des effets subits. Y eût-il donc une diminution graduelle des eaux, la mer transportât-elle dans tous les sens des matières solides , la température du globe diminuât ou augmentât- elle , ce n’est rien de tout cela qui a renversé nos couches, qui a revêtu de glace de grands quadrupèdes avec leur chair et leur peau , qui a mis à sec des coquillages aujourd’hui encore aussi bien conservés que si on les eût pêchés vivants t qui a détruit enfin des espèces et des genres entiers.
Ces arguments ont frappé le plus grand nombre des naturalistes , et parmi ceux qui ont cherché à expliquer l’état actuel du globe il n’eu est presque aucun qui J’ait attribué en entier à des causes lentes., encore moins à des causes agissant sous nos yeux. Cette nécessité où iis se