DISCOURS SUR LRS RÉVOLUTIONS
sont vus de chercher des causes différentes de celles que nous voyons agir aujourd’hui est même ce qui leur a fait imaginer tant de suppositions extraordinaires, et les a fait errer et se perdre en tant de sens contraires, que le nom même de leur science, ainsi que je l’ai dit ailleurs, a été longtemps un sujet de moquerie 1 * pour quelques personnes prévenues, qui ne voyaient que les systèmes qu’elle a fait éclore, et qui oubliaient la longue et importante série des.
faits certains qu’elle a fait connaître.
Anciens systèmes des géologistes.
Pendant longtemps on n’admit que deux événements , que deux époques de mutations sur le globe : la création et le déluge ; et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel en imaginant un certain état primitif, modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l’action et les effets.
Ainsi, selon l’un 1 , la terre avait reçu d’abord une croûte égale et légère qui recouvrait l’abîme des mers , et qui se creva pour produire le déluge : ses débris formèrent les montagnes. Selon l’autre 3 , le déluge fut occasionné par une suspension momentanée de la cohésion dans les minéraux : toute la masse du globe fut dissoute , et la pâte en fut pénétrée par les coquilles. Selon un troi-
1 Lorsque j’ai dit cela , j’ai énoncé nn fait dont on est chaque jour témoin; mais je n’ai pas prétendu exprimer ma propre opinion, comme des géologistes estimables ont pam le croire. Si quelque équivoque dans ma phrase a été la cause de leur erreur , je leur en fais ici mes excuses.
1 Burnet, Telluris Tkearia sacra ; Lond., 1681.
3 Woodward, Essay lowards thenatural Flistory ofthe Earlh; Lond., 1702.
DE LA SUHEACfc DU Gl-OBE; 89
shènae * , Bieu souleva les montagnes pour faire écouler les eaux qui avaient produit le déluge, et les prit dans les endroits où il y avait le plus de pierres, parce qu’autrement elles n’auraient pu se soutenir. Un quatrième 1 créa la terre avec l’atmosphère d’une. comète, et la fit inonder par la queue d’une autre : la chaleur qui lui restait de sa première origine fut ce qui excita tous les êtres vivants au péché ; aussi furent-ils tous noyés , excepté les poissons , qui avaient apparemment les passions moins vives.
On voit que , tout en se retranchant dans les limites fixées par la Genèse, les naturalistes se donnaient encore une carrière assez vaste : ils se trouvèrent bientôt à I ’étroit ; et quand ils eurent réussi à faire envisager les six jours de la création comme autant de périodes indéfinies , les siècles ne leur coûtant plus rien , leurs systèmes prirent un essor proportionné aux espaces dont ils purent disposer. ' ' ' V 7 ^/
Le grand Leibnitz tui-même s’amusa à faire , comme Descartes , de la terre un soleil éteint 3 , un globe vitrifié , sur lequel .les vapeurs, étant retombées lors de son refroidissement, formèrent des mers, qui déposèrent ensuite les terrains calcaires.
Demaillet couvrit le globe entier d’eau pendant des •• milliers d’années; il fit retirer les eaux graduellement; tous les animaux terrestres avaient d’abord été marins; l’homme lui-même avait commencé par être poisson ; et l’auteur assure qy’il n’est pas rare de rencontrer dans l’O- ■ céan des jpoissons qui ne sont encore devenus hommes
1 Scheuchzer, Métn. de l’Acad., 1708.
1 Wliiston, Anew Theory of the Earth.-, Lond., 1708. 1 Leibnitz, Protogæa ; Ad. Lips., 1683; Golf., 1749.