‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 12 sur 50 · DISCOURS SUR LRS RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LRS RÉVOLUTIONS

sont vus de chercher des causes différentes de celles que nous voyons agir aujourd’hui est même ce qui leur a fait imaginer tant de suppositions extraordinaires, et les a fait errer et se perdre en tant de sens contraires, que le nom même de leur science, ainsi que je l’ai dit ailleurs, a été longtemps un sujet de moquerie 1 * pour quelques personnes prévenues, qui ne voyaient que les systèmes qu’elle a fait éclore, et qui oubliaient la longue et importante série des.

faits certains qu’elle a fait connaître.

Anciens systèmes des géologistes.

Pendant longtemps on n’admit que deux événements , que deux époques de mutations sur le globe : la création et le déluge ; et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel en imaginant un certain état primitif, modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l’action et les effets.

Ainsi, selon l’un 1 , la terre avait reçu d’abord une croûte égale et légère qui recouvrait l’abîme des mers , et qui se creva pour produire le déluge : ses débris formèrent les montagnes. Selon l’autre 3 , le déluge fut occasionné par une suspension momentanée de la cohésion dans les minéraux : toute la masse du globe fut dissoute , et la pâte en fut pénétrée par les coquilles. Selon un troi-

1 Lorsque j’ai dit cela , j’ai énoncé nn fait dont on est chaque jour témoin; mais je n’ai pas prétendu exprimer ma propre opinion, comme des géologistes estimables ont pam le croire. Si quelque équivoque dans ma phrase a été la cause de leur erreur , je leur en fais ici mes excuses.

1 Burnet, Telluris Tkearia sacra ; Lond., 1681.

3 Woodward, Essay lowards thenatural Flistory ofthe Earlh; Lond., 1702.

DE LA SUHEACfc DU Gl-OBE; 89

shènae * , Bieu souleva les montagnes pour faire écouler les eaux qui avaient produit le déluge, et les prit dans les endroits où il y avait le plus de pierres, parce qu’autrement elles n’auraient pu se soutenir. Un quatrième 1 créa la terre avec l’atmosphère d’une. comète, et la fit inonder par la queue d’une autre : la chaleur qui lui restait de sa première origine fut ce qui excita tous les êtres vivants au péché ; aussi furent-ils tous noyés , excepté les poissons , qui avaient apparemment les passions moins vives.

On voit que , tout en se retranchant dans les limites fixées par la Genèse, les naturalistes se donnaient encore une carrière assez vaste : ils se trouvèrent bientôt à I ’étroit ; et quand ils eurent réussi à faire envisager les six jours de la création comme autant de périodes indéfinies , les siècles ne leur coûtant plus rien , leurs systèmes prirent un essor proportionné aux espaces dont ils purent disposer. ' ' ' V 7 ^/

Le grand Leibnitz tui-même s’amusa à faire , comme Descartes , de la terre un soleil éteint 3 , un globe vitrifié , sur lequel .les vapeurs, étant retombées lors de son refroidissement, formèrent des mers, qui déposèrent ensuite les terrains calcaires.

Demaillet couvrit le globe entier d’eau pendant des •• milliers d’années; il fit retirer les eaux graduellement; tous les animaux terrestres avaient d’abord été marins; l’homme lui-même avait commencé par être poisson ; et l’auteur assure qy’il n’est pas rare de rencontrer dans l’O- ■ céan des jpoissons qui ne sont encore devenus hommes

1 Scheuchzer, Métn. de l’Acad., 1708.

1 Wliiston, Anew Theory of the Earth.-, Lond., 1708. 1 Leibnitz, Protogæa ; Ad. Lips., 1683; Golf., 1749.

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