‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 14 sur 50 · ÛÏSCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

ÛÏSCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

tous les phénomènes ou , ce qui est à ses yeux la même chose, tous les êtres, par polarisation comme les deux électricités; et, appelant polarisation toute opposition, toute différence, soit qu’ôn la prenne de la situation, de la nature, ou des fonctions, elle voit successivement s’opposer Dieu et le monde , dans le monde le soleil et les planètes , dans chaque planète le solide et le liquide; et pour • suivant cette marche , changeant au besoin ses figures et ses allégories, elle arrive jusqu’aux derniers détails des espèces organisées 7

Il faut convenir cependant que nous avons choisi là des exemples extrêmes, et que tous les géologistes n’ont pas porté la hardiesse des conceptions aussi loin que ceux que nous venons de citer ; mais parmi ceux qui ont procédé avec plus de réserve, et qui n’ont point cherché leurs moyens hors de la physique ou de la chimie ordinaires, combien ne règne-t-il pas encore de diversité et de contradiction ! -,

Divergences de tous les systèmes.

Chez l’un tout s’est précipité successivement par cristallisation , tout s’est déposé à peu près comme il l’est encore ; mais la mer, ijui couvrait tout , s’est retirée par degrés’. - . . *' '

Chez l’autre les matériaux des montagnes sont sans cesse dégradés et entraînés par les rivières, pour aller au fond des mers se faire échauffer sous une énorme pres-

1 C’est surtout dans les ouvrages de M. Steffens et de M. Oken qu’il faut voir cette application du panthéisme à la géologie.

’ M. De La Mettrie admet la cristallisation comme cause principale, dans sa Géologie. ' - • ' •

*• DE LA SliBt'ACE DB GLOBE. „ > 3.3

siou , et former des couches que la chaleur qui les durcit relèvera uo jour avec violence Un troisième suppose te liquide divisé eu une multitude de lacs placés en amphithéâtre les uns au-dessus dès, autres , qui, après avoir déposé nos couches coquillières, ont rompu successivement leurs digues pour aller remplir le bassin de l’Océan *. \ . , . . •

Chez un quatrième , des marées de sept à huit cents toises ont, au contraire, emporté de temps en temps le fond des mers, et l’ont jeté en montagnes et en collines dans les vallées, ou sur les plaines primitives du continent 3 .

Un cinquième fait tomber successivement du ciel, comme les pierres météoriques, les divers fragments dont la terré se compose , et qui portent dans les êtres incon nus dont ils recèlent les dépouilles l’empreinte de leur origine étrangère 4 . .

Un sixième fait le globe creux , et y place un noyau d’aimant qui se transporte , au gré des comètes, d’un pôle à l’autre , entraînant avec lui le centre de gravité et la masse des mers , et noyant ainsi alternativement les deux hémisphères \ ' '

Nous pourrions citer encore vingt autres systèmes, tout aussi divergents que ceux-là : et, que l’on ne s’y trompe , * * . ' . - . ’

* Hutton et Elayfair : Illustrations of the Iluttonianl Thcortj of the Earlh; Kdimb., 1802. ’ ....

2 Lemanon , en divers endroits du Journal de Physique , d’après Mtchaeli s et plusieurs autres. ■ * »

. 3 Dolomieu , ibid. - . . .

.4 MM. de Marschall : Recherches siir l'origine et te développement de l’ordre actuel du Monde ; Giessen, 1802.

5 M. Bertrand : Renouvellement périodique des Continents terrestres, Hambourg, J 799. • ’ - •• •

pas, notre intention n’est pas d’en critiquer les auteurs : au contraire , nous reconnaissons que ces idées ont généralement été conçues par des hommes d’esprit et de savoir, qui n’iguoraient point les faits , dont plusieurs même avaient voyagé longtemps dans l’intention de les examiner, et qui en ont procuré de nombreux et d’importants à la science.

Causes de ces divergences.

D'où peut' donc venir une pareille opposition dans les solutions d’hommes qui partent des mêmes prihcipes pour résoudre le même problème?

Ne serait-ce point que lès conditions du problème n’ont jamais été toutes prises èn considération; ce qui Ta fait rester jusqu’à ce jour indéterminé et susceptible de plusieurs solutions , toutes également boftnes quand on fait abstraction de telle ou telle condition , toutes également mauvaises quaud une nouvelle condition vient à se faire connaître, ou que l’attention se reporte vej* quelque condition connue, mais négligée?

Nature et conditions du problème.

Pour quitter ce langage mathématique, nous dirons que presque tous les auteurs de ces systèmes, n’ayant eu égard qu’à certaines difficultés qui les frappaient plus que d’autres, se sont attachés à résoudre celles-là d’uhe manière plus ou moins plausible, et en ont laissé de côté d’aussi nombreuses, d’aussi importantes. Tel n’a vu, par exemple , que la difficulté de faire changer le niveau dès mers; tel autre, que celle de faire dissoudre toutes les substances terrestres dans un seul et même liquide; tel

autre enfla,, que celte de faire vivre sous la zôue glaciale des animaux qu'il croyait de la zône torrjde. Ëpui6ant.sur ces questions les forces de leur esprit, ils croyaient avoir tout fait en imaginant un moyen quelconque d’y répondre : il y a plus, en négligeant ainsi tous les autres phénomènes, ils ne songeaient pas même toujours à déterminer avèc précision la mesure et les limites de ceux qu’ils cherchaient à expliquer. • . 1 - . •

Cela est vrai surtout pour les terrains secondaires , qui forment cependant la partie la plus importante et la plus difficile du problème. Pendant longtemps on ne s’est occupé que bien faiblement de fixer les superpositions de leurs couches , et les rapports de ces couches avec les espèces d’animaux et de plantes dont elles renferment les restes.

Y a-t-il des animaux , des plantes propres à certaines couches, et qui ne se trouvent pas dans les autres? Quelles sont les espèces qui paraissent les premières, ou celles qui viennent après? Ces deux sortes d’espèces s’accompagnent-elles qu^quefois? Y a-t-il des alternatives dans leur retour? ou , en d’autres termes, les premières reviennentelles une seconde fois , et alors les secondes disparaissentelles? Ces animaux , ces plantes , ont-ils tous vécu dans les lieux où l’on trouve leurs dépouilles? ou bien y en a-t-il qui y aient été transportés d’ailleurs? Vivent-ils encore tous aujourd’hui quelque part? ou bien out-il&été détruits en tout ou en partie? Y a-t-il un rapport constant entre l’ancienneté des couches et la ressemblance ou la uou-ressemblance des fossiles avec les êtres vivants? Y en a-t-il un de climat eutre les fossiles et ceux des êtres vivants qui leur ressemblent le plus?. Peut-on en conclure que les transports de ces êtres , s’il y en a eu , se soient

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