‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 22 sur 50 · DISCOURS SUR LES «ÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES «ÉVOLUTIONS

jambes; pour le développement progressif du- cerveau dans les variétés domestiques , d’où résulte la forme même de leur tête, tantôt grêle, à museau effilé, à front plat, tantôt à museau court, à front bombé ; au point que les différences apparentes d’un mâtin et d’un barbet , d’uu lévrier et d’un doguin , sont plus fortes que celles d’aucunes espèces sauvages d’un même genre naturel; enfin , et ceci est le maximum de variation connu jusqu’à ce jour dans le règne animal , il y a des races de chiens qui ont un doigt de plus au pied de derrière avec les os du tarse correspondants, comme il y a dans l’espèce humaine quelques familles sexdigitaircs.

. Mais dans toutes ces variations les relations des os restent les mêmes, et jamais la forme des dents ne change d’une manière appréciable; tout au plus y a-t-il quelques individus où il se développe une fausse molaire de plus , soit d’un côté , soit de l’autre ».

11 y a donc dans les animaux des caractères qui résistent à toutes les influences, soit naturelles, soit humaines ; et rien n’annonce que le temps ait à leur égard plus d’effet que le climat et la domesticité.

Je sais que quelques naturalistes comptent beaucoup sur les milliers de siècles , qu’ils accumulent d’un trait de plume ; mais dans de semblables matières nous ne pouvons guère juger de ce qu’un long temps produirait qu’en multipliant par la pensée ce que produit un temps moindre. J’ai donc cherché à recueillir les plus anciens documents sur les formes des animaux , et il n’en existe

1 Voyez le Mémoire de mon frère sur les variétés des chiens, qui est inséré dans les Annales du Muséum d' Histoire Naturelle. Ce travail a été exécuté à nia prière , avec les squelettes que j’ai fait préparer exprès de loutes les variétés de chiens.

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point qui égalent pour l'antiquité et pour l'abondance ceux que nous fournit l’Égypte. Elle nous offre nonseulement des images, mais les corps des animaux euxmêmes, embaumés dans ses catacombes.

J'ai examiné avec le plus grand soin les figures d'animaux et d’oiseaux gravées sur les nombreux obélisques venus d’Égypte dans l’ancienne Home. Toutes ces figures sont pour l’ensemble, qui seul a pu être l’objet de l’attention des artistes , d’une ressemblance parfaite avec les espèces telles que nous les voyons aujourd'hui.

Chacun peut examiner les copies qu’en donnent Kirkcr et Zoega : sans conserver la pureté de trait dès originaux., e.l les offrent encore des figures très-reconnaissables. On y distingue aisément l’ibis, le vautour, la chouette, le faucon, l’oie d’Égypte, le vanneau , le râle de terre, la vipère haje ou l’aspic , le céraste , le lièvre d’Égypte avec ses longues oreilles, l’hippopotame même; et dans ces nombreux monuments gravés dans le grand ouvrage sur l’Égypte, on voit quelquefois les animaux les plus rares, l'algazel , par exemple, qui n’a été vu en Europe que depuis quelques années

Mon savant collègue M. Geoffroy Saint-Hilaire, pénétré de l’importance de cette recherche, a eu soin de recueillir dans les tombeaux et dans les temples de la haute et de la basse Égypte le plus qu’il a pu de momies d'animaux. Il a rapporté des chats, des ibis, des oiseaux de proie , des chiens, des singes , des crocodiles, une têtç de bœuf, embaumés ; et l’on n’aperçoit certainement pas plus de différence entre ces êtres et ceux que nous voyons

' La première image que l’on en ait d’après nature est dans la Description de la Ménagerie, par mon frère : on te voit parfaitement représenté, Desoiiplion de l'Égypte, Antiq., lom. IV, pl. xmx.

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qu’entre les momies humaines et les squelettes d’hommès d’aujourd’hui *. On pouvait en trouver entre les momies d’ibis et l’ibis tel' que le décrivaient jusqu’à ce jour les naturalistes ; mais j’ai levé tous les doutes dans un mémoire sur cet oiseau *, où j’ai montré qu’il est- encore maintenant le même que du temps des Pharaons. Je sais bien que je ne cite là que des individus de deux ou trois mille ans ; mais c’est toujours remonter aussi haut que possible 1 * 3 .

Il n’y a donc dans les faits connus rien qui puisse appuyer le moins du monde l’opinion que les genres nouveaux que j’ai découverts ou établis parmi les fossiles , non plus que ceux qui l’ont été par d’autres naturalistes , les paléothériums , les anoplothériums , les mégalonyx , les mastodontes, ^ptérodactyles , les ichthyosaurus, etc. , aient pu être les souches de quelques-uns des animaux d’aujourd’hui , lesqaels n’en différeraient que par l’influence du temps ou du climat; et quand il serait vrai ( ce que je suis loin encore de croire ) que les éléphants , les rhinocéros , les cerfs gigantesques , les ours fossiles ne diffèrent pas plus de ceux d’à présent que les races des chiens ne diffèrent entre elles , on ne pourrait pas conclure de là l’identité d’espèces , parce que les races des chiens ont été soumises à l'influence de la domesticité, que ces autres animaux n’ont ni subie ni pu subir.

Au reste, lorsque je soutiens que les bancs pierreux

1 Voyez sur les variétés des crocodiles la note du tom. Il, p. 31, de mon Règne Animal, deuxième édition.

* [ Voyez ce mémoire, avec les planches qui l’accompagnent, dans les Recherches sur les ossements fossiles, 2 e et 3 e éd. in-4°, 1. 1, I*. cau, et 4 e éd. in-8°, 1834, 1. 1, p. 418.]

3 Voyez note 5 dé l’Appendice. . .. -

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contiennent les os de plusieurs genres , et les couches meubles ceux de plusieurs espèces qui n’existent plus , je ne prétends pas qu'il ait fallu une création nouvelle pour produire les espèces aujourd'hui existantes ; je dis seulement qu’elles n’existaient pas dans les lieux où on les voit à présent , et qu’elles ont dû y venir d’ailleurs.

Supposons , par exemple , qu’une grande irruption de la mer couvre d’un amas de sables ou d’autres débris le continent de la Nouvelle-Hollande : elle y enfouira les cadavres des kangourous, des phascolomes, des dasyures, des péramèles , des phalangers volants , des éehidnés et des ornitliorhynques, et elle détruira entièrement les espèces de tous ces genres , puisque aucun d’eux n’existe maintenant en d’antres pays. -

Que cette môme révolution mette à sec les petits détroits multipliés qui séparent la Nouvel le- Hollande du continent de l’Asie, elle ouvrira un chemin aux éléphants, aux rhinocéros, aux buffles, aux chevaux, aux chameaux, aux tigres, et à tous les autres quadrupèdes asiatiques, qui viendront peupler une terre où ils auront été aupara- ' vaut inconnus.

Qu’ensuite un naturaliste , après avoir bien étudié toute cette nature vivante, s’avise de fouiller le sol sur lequel il vit, il y trouvera des restes d’êtres tout différents.

Ce que la Nouvelle-Hollande serait dans la supposition quenous venons de faire, l’Europe, la Sibérie, onegrande ' \ partie de l’Amérique , le sont effectivement; et peut-être trouvera-t-on un jour, quand on examinera les autres contrées et la Nouvelle-Hollande elle-même, qu’elles ont toutes éprouvé des révolutions semblables , je dirais pi es- ' . que des échanges mutuels de productions ; car, poussons la supposition plus loin : après ce transport des animaux

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asiatiques dans la Nouvelle-Hollande, admettons une sc* ' coude révolution, qui détruise l’Asie, leur patrie primi tive : ceux qui les observeraient dans la Nouvelle-Hollande , leur seconde patrie , seraient tout aussi embarrassés de savoir d’où ils seraient venus qu’on peut l’éfre maintenant pour trouver l’origine des nôtres, r . l’applique cette manière de voir à l’espèce humaine.

< Il n’y a point d'os humains fossiles. - >

Il est certain qu’on n’a pas encore trouvé d’os humains parmi les fossiles; et c’est une preuve de plus que les races fossiles n’étaient point des variétés, puisqu’elles n’avaient pu subir l’influence de l’homme.

Je dis que l’on n’a jamais trouvé d’os humains parmi les fossiles, bien entendu parmi les fossiles proprement dits, ou, en d’autres termes, dans les couches régulières de la surface du globe ; car dans les tourbières , dans les alluvions, comme dans les cimetières, on pourrait aussi bien déterrer des os humains que des os de chevaux ou d’autres espèces vulgaires; il pourrait s’en trouver également dans des fentes de «rocher, dans des grottes où la stalactite se serait amoncelée sur eux ; mais dans des lits qui recèlent les anciennes races , parmi les paléothériums, et même parmi les éléphants et les rhinocéros , on n’a jamais découvert le moindre osseraent humain. Il n’est guère autour de Paris d’ouvriers qui ne croient que les os dont nos plâ trières fourmillent sont en grande partie des os d’hommes; mais, comme j’ai vu plusieurs milliers de ces os, il m’est bien permis d’affirmer qu’il n’y en a jamais eu un seul de notre espèce. J’ai examinés Pavie les groupes d’ossements rapportés par Spallanzani de l’île

de CérigOj et, malgré l’assertion de cet observateur célèbre, j’affirme également qu’il n’y en a aucun dont on puisse soutenir qu’il est humain. L ’liomo diluvii leslis de Scheuchzer a été replacé, dès ma première édition, à son véritable genre, qui est celui des salamandres ‘ ; et

dans un examen que j’en ai fait depuis à Harlem, par

la complaisance de M. Van Marum, qui m’a permis de découvrir les parties cachées dans la pierre, j’ai obtenu la preuve complète de ce que j’avais annoucé *•. On voit parmi les os trouvés à Canstadt un fragment de mâehoire et quelques ouvrages humains ; mais on sait que le terrain fut remué sans précaution, et que l’on ne tint point note des diverses hauteurs où chaque chose fut découverte. Partout ailleurs les morceaux donnés pour humains se sont trouvés, à l’examen, de quelque animal, soit qu'on les ait examinés en nature ou simplement en figures. Tout nouvellement encore on a prétendu en avoir découvert à Marseille, dans une pierre longtemps négligée 3 : c’étaient des empreintes dé tuyaux marins 4 . Les véritables os d’hommes étaient des cadavres tombés dans des fentes ou restés en d’anciennes galeries de mines, ou enduits d’incrustations; et j’étends cette assertion jusqu’aux squelettes humains découverts a la Guadeloupe dans une roche formée

1 V homme témoin du déluge est «ne grande salamandre, alliée à un animal fort singulier, l'axolotl, que M. de Humboldta rapportée des grands lacs situés autour de Mexico. Il appartient aux plus récentes formations d’eau douce d’Œningen. (Humboldt, Cosmos, tome I , p. 316.) (H.)

1 Voyez note 6 de l’Appendice.

J Voyez le Journal dé Marseille et des Couches- du Hhéne. des 9.7 sept., 25 oct. et 1 er nov. 1820. •

4 Je m’en suis assuré par les dessins que m’en a envoyés M. Cottard , aujourd’hui recteur de l’Académie d’Aix.

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