‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 23 sur 50 · DISCOURS SUR LUS RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LUS RÉVOLUTIONS

de parcelles de madrépores rejetées par la mer et unies par un stuc calcaire Les os humains trouvés près de

* Ces squelettes plus ou moins mutilés se trouvent près do port du

* Moule, à la cote nord-ouest de la grande terre de la Guadeloupe,

• dans une espèce de glacis appuyé contre les bords escarpés de l’Ile , que l’eau recouvre en grande partie à la haute mer , et qui n’est qu’un tuf formé et journellement accru par les débris très-menus de coquillages et de coraux que les vagues détachent des rochers , et dont l’amas prend une grande cohésion dans les endroits qui sont plus souvent à sec. On reconnaît à 1a loupe que plusieurs de ces fragments ont la même teinte rouge qu’une partie des coraux contenus dans les récifs de Pile. Ces sortes de formations sont communes dans tout l’Archipel des Antilles, où les nègres les connaissent sous le nom de ma fùnne bon-dieu. Leur accroissement est d’autant plus rapide, que le mouvement des eaux est plus violent. Elles ont étendu la plaine des Cayes à Saint-Domingue, dont la situation a quelque analogie avec la plage du Moule, et l’on y trouve quelquefois des débris de vases et d’antres ouvrages humains à vingt pieds de profondeur. On a fait mille conjectures, et même imaginé des événements pour expliquer ces squelettes de laGuadeloupe; mais, d’après toutes ces circonstances, M. Moreau de Jonnès, correspondant de l’Académie des Sciences, qui a été sur les lieux , et à qui je dois tout le détail ci-dessus, pense que ce sont simplement des cadavres de personnes qui ont péri dans quelque naufrage, lis furent découverts en 1 805 par M. Manuel Gorlès y Campomanès, alors officier d’état-major, de service dans la colonie. Le général Ernouf , gouverneur, en fit extraire un avec beaucoup de l>eine , auquel il manquait la tète et presque toutes les extrémités supérieures : on l’avait déposé à la Guadeloupe, et on attendait d’en avoir un plus complet pour les envoyer ensemble à Paris, lorsque Plie fut prise par les Anglais. L’amiral Cochrane ayant trouvé ce squelette au quartier générai l’envoya à l’amirauté anglaise, qui l’offrit au Muséum Britannique. 11 est encore dans cette collection, où M. Kœnig, conservateur de la partie minéralogique, l’a décrit pour les Trans. phil. de 1814, et où je l’ai vu en 1818. M. Kœnig fait observer que la pierre où il est engagé n’a point été taillée, mais qu’elle semble avoir été simplement insérée , comme un noyau distinct, dans la masse environnante. Le squelette y est tellement superficiel , qu’on

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Kœstriz , et indiqués par M. de Schlotheim , avaient été annoncés comme tirés de bancs très -anciens; mais ce savant respectable s’est empressé de faire connaître com- - bien cette assertion est encore sujette au doute Il en est de même des objets de fabrication humaine. Les morceaux de fer trouvés à Montmartre sont des broches que les ouvriers emploient pour mettre la poudre, et qui cassent quelquefois dans la pierre J .

On a fait grand bruit il y a quelques mois de certains fragments humains , trouvés dans des cavernes à ossements de nos provinces méridionales ; mais il suffit qu’ils aient

a dù s’apercevoir de sa présence à la saillie de quelques-uns de scs os. Us contiennent encore des parties animales et tout leur phosphate de chaux. La gangue , toute formée de parcelles de coraux et de pierre calcaire compacte, se dissout promptement dans l’acide nitrique. M. Kœnig y a reconnu des fragments de millepora miniacea, de quelques madrépores , et de coquilles qu’il compare à l’ hélix acuta et au turbo pica. Plus nouvellement le général Donzelot a fait extraire un autre de ces squelettes, que l’on voit au cabinet du roi. C’est un corps qui a les genoux reployés. 11 y reste quelque peu de la mâchoire supérieure, la moitié gauche de l’inférieure, presque tout un côté du tronc et du bassin , et une grande partie de l’extrémité supérieure et de l’extrémité inférieure gauches. La gangue est sensiblement un travertin dans lequel sont enfouies des coquilles de la mer voisine et des coquilles terrestres qui vivent encore aujourd’hui dans Pile, nommément le bulimus guadalupensis de Pérussae.

1 Voyez le Traité des Pétrifications de M. de Schlotheim ; Gotha, 1820, pag. 57 ; et sa lettre dans l'Isis de 1820, huitième cahier , supplément n° 6.

1 il n’est pas sans doute nécessaire que je parie de ces fragments de grès dont on a cherché à faire quelque bruit il y a quelques années (en 1824 ), et où l’on prétendait voir un homme et un cheval pétrifiés. Celte seule circonstance , que c’était d’un homme et d’un cheval avec leur chair et leur peau qu’ils devaient offrir à la représentation, aurait du faire comprendre à tout le monde qu’il ne pouvait s’agir que d’un jeu de la nature et non d’une pétrification véritable. . ' .

été trouves dans des cavernes pour qu’ils rentrent dans la règle.

Cependant les os humains se conservent aussi bien que ceux des animaux, quand ils sont dans les mêmes circonstances On ne remarque en Égypte nulle différence entre les momies humaines et celles de quadrupèdes. J'ai recueilli , dans les fouilles faites, il y a quelques années, dans l’ancienne église de Sainte-Geneviève, des os humains enterrés sous la première race, qui pouvaient même appartenir à quelques princes de la famille de Clovis , et qiii ont encore très-bien conservé leurs formes ». On ne voit pas dans les champs de bataille que les squelettes des hommes soient plus altérés que ceux des chevaux , si l’on défalque l’influence de la grandeur ; et nous trouvons parmi les fossiles des animaux aussi petits que le rat encore parfaitement conservés.

.Tout porte donc à croire que l’espèce humaine n’existait point dans les pays où se découvrent les os fossiles , à l’époque des révolutious qui ont enfoui ces os ; car il . u’y aurait eu aucune raison pour qu’elle échappât tout entière à des catastrophes aussi générales, et pour que Ses restes ne se trouvassent pas aujourd’hui comme ceux des autres auimaux : mais je n’en veux pas conclure que l’homme n’existait point du tout avant cette époque. Il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d’où il a repeuplé la terre après ces événements terribles; peutêtre aussi les lieux où il se tenait ont-ils été entièrement abîmés, et ses os ensevelis au fond des mers actuelles, â l’exception du petit nombre d’individus qui ont contiuué

' Voyez Appendice, note 7.

J Keir Fowrcroy en a donné une analyse ( Annales du Muséum , loin. X , p. I ). " . .

DE IA SURFACE DU GLOBE. ' Ot

son espèce. Quoi qu’il en soit , rétablissement de l’homme dans les pays où nous avons dit que se trouvent lesfossiies d’animaux terrestres, c’est-à-dire dans la plus grande partie de l’Europe , de l’Asie et de l’Amérique , est nécessairement postérieure, non-seulement aux révolutions qui ont enfoui ces os , mais encore à celles qui ont remis à découvert les couches qui les enveloppent , et qui sont les dernières que le globe ait subies : d’où il est clair que l’on ne peut tirer ni de ces os eux-mêmes , ni des amas plus ou moins considérables de pierres ou de terre qui les recouvrent, aucun argument en faveur de l’ancienneté de l’espèce humaine dans ces divers pays. . ■'

Preuves physiques de la nouveauté del'état actuel des continents.

Au contraire, en examinant bien ce qui s’ést passé à la surface du globe , depuis qu’elle a été mise à sec pour la dernière fois, et que les continents ont pris leur forme actuelle au moins dans leurs parties un peu élevées, l’on voit clairement que cette dernière révolution et par conséquent l’établissement de nos sociétés actuelles ne peuvent pas être très anciens. C’est un des résultats à la fois les mieux prouvés et les moins attendus de la saine géologie ; résultat d’autant plus précieux , qu’il lie d’une chaîne non interrompue l’histoire naturelle et l’histoire civile.

En mesurant les effets produits dans un temps donné par les causes aujourd’hui agissantes , et en les comparant avec ceux qu’elles ont produits depuis qu’elles ont commencé d’agir, l’on parvient à déterminer à peu près l’instant où leur action a commencé , lequel est nécessairement le même que celui où nos continents ont pris leur

‘•>2 DISCOUBS SUB LKS KévOLUTIONS

forme actuelle , ou que celui de la dernière retraite subite des eaux.

C’est en effet à compter de cette retraite que nos escar- • pements actuels ont commencé à s’ébouler et à former à leur pied des collines de débris ; que nos fleuves actuels ont commencé à couler et à déposer leurs alluvions ; que notre végétation actuelle a commencé à s’étendre et à produire du terreau; que nos falaises actuelles ont commencé à être rongées par la mer ; que nos dunes actuelles ont commencé à être rejetées par le vent; tout comme c’est de cette même époque que des colonies humaines ont commencé ou recommencé à se répandre , et à faire des établissements dans les lieux dont la nature l’a permis. Je ne parle point de nos volcans, non-seulement à cause de l’irrégularité de leurs éruptions , mais parce que rien ne prouve qu’ils n’aient pu exister sous la mer, et qu’ainsi l’on ne peut les faire servir à la mesure du temps qui s’est écoulé depuis sa dernière retraite.

Atterrissements.

MW. Delucet Dolomieu soht ceux qui ont le plus soigneusement examiné la marche des atterrissements ; et, quoique fort opposés sur un grand nombre de points de la théorie de la terre, ils s’accordent sur celui-là : les atterrissements augmentent très-vite; ils devaient augmenter bien plus vite encore dans les commencements, lorsque les montagnes fournissaient davantage de matériaux aux fleuves , et cependant leur étendue est encore assez bornée-

Le Mémoire de Dolomieu, sur l’Égypte ', tend à prou-

Journal de Physique, tom. XL{I , pag 40 et suiv.

DB LA SUBFACE DU GLOBB- 93.

ver que du temps d’Homère la langue de terre sur laquelle Alexandre fit bâtir sa ville n’existait pas encore ; que l’on pouvait naviguer immédiatement de l’ile du Phare dans le golfe appelé depuis lac Maréotis , et que ce golfe avait alors la longueur indiquée par Ménélas , d’environ quinze à vingt lieues. Il n’aurait donc fallu que les neuf cents ans écoulés entre Homère et Strabon pour mettre les choses dans l’état où ce dernier les décrit, et pour réduire ce golfe à la forme d’un lac de six lieues de longueur. Ce qui est plus certain , c’est que depuis lors les choses ont encore bien changé. Les sables que la mer et le vent ont rejetés ont formé, entre Pile du Phare et l’ancienne ville, une langue de terre de deux cents toises de largeur, sur laquelle la nouvelle ville a été bâtie. Ils ont obstrué la bouche du Nil la plus voisine, et réduit à peu près à rien le lac Maréotis. Pendant ce temps , les allumions du Nil ont été déposées le long du reste du rivage , et l’ont immensément étendu.

Les anciens n’ignoraient pas ces changements. Hérodote dit que les prêtres d’Égypte regardaient leur pays comme un présent du Nil*. Ce n’est, pour ainsi dire, ajoute-t-il, que depuis peu de temps que le Delta a paru*. Aristote fait déjà observer qu’Homère parle de Thèbes comme si elle eût été seule en Égypte, et ne fait aucune mention de Memphis 3 . Les bouches canopique et pélusiaque étaient autrefois les principales , et la côte s’étendait en ligne droite de l’une à l’autre; elle paraît encore ainsi dans les cartes de Ptolomée ; depuis lors Peau s’est jetée dans les bouches bolbitine et phatnitiqne; c’est à

’ Voyez Appendice, note 8. • - • '

* ttërod. Euterpc, v et xr.

3 iciit., Mp/eor., lib. i , cap. 14. • ;

leurs issues que se sont formés les plus grands atterrissements, qui ontdonné à la côte un contour demi-circulaire. Les villes de Rosette et de Damiette, bâties au bord de la mer sur ces bouches, il y a moins de mille ans, en. sont aujourd’hui à deux lieues. Selon Demaillet, il n’aurait fallu que vingt-six ans pour prolonger d’une demilieue un cap en avant de Rosette '.

L’élévation du sol de l’Égypte s’opère en même temps que cette extension de sa surface, et le fond du lit du * fleuve s’élève dans la même proportion que les plaines adjacentes , ce qui fait que chaque siècle l’inondation dépasse de beaucoup les marques qu'elle a laissées dans les Siècles précédents. Selon Hérodote, un espace de neuf cents ans avait suffi pour établir une différence de niveau de sept à huit coudées ». A Éléphantine l’inondation surmonte aujourd’hui de sept pieds les plus grandes hauteurs qu’elle atteignait sous Septime-Sévère , au commencement du troisième siècle. Au Caire pour qu’elle soit jugée suffisante aux arrosements elle doit dépasser de trois pieds et demi la hauteur qui était nécessaire au neuvième siècle. Les monuments antiques de cette terre célèbre sont tous plus ou moins enfouis par leur base. Le limon amené par le fleuve couvre même de plusieurs pieds les monticules factices sur lesquels reposent les anciennes villes i .

1 Demaillet, Description de V Égypte, p. 102 et 103.

* Hérod. Euterpe, xiii.

3 Voyez les Observations sur la valide d'Égypte et sur l'exhaussement séculaire du sol qui la recouvre, par M. Girard (grand ouvr. sur l’Égypte, ét. mod., Mém., tdm. Il , pag. 343). Sur quoi nous ferons encore remarquer que Dolomicu, Sliaw, et d’autres auteurs respectables , estimaient ces élévations séculaires beaucoup plus linul que M. Girard. Il est fâcheux que nulle part on n’ait essayé

. l)E LA. SUBFACE DU GLOBE. 05'

Le delta du Rhône n’est pas moins remarquable par ses accroissements. Astruc en donne le détail dans son Histoire naturelle du Languedoc, et, par une comparaison soignée des descriptions de Mêla, de Strabon et de Pline, avec l’état des lieux au commencement du dix-huitième siècle, il prouve, en s’appuyant de plusieurs écrivains du moyen âge, que les bras du Rhône se sont allongés de trois lieues depuis dix-huit cents ans; que des atterrissements semblables se sont faits à l’ouest du Rhône, et que nombre d’endrojts situés encore il y a six et huit cents ans au bord de la mer ou des étangs sont aujourd’hui à plusieurs milles dans la terre ferme.

Chacun peut apprendre, en Hollande et en Italie, avec quelle rapidité le Rhin, le Pô, l’Arno, aujourd'hui qu’ils sont ceints par des digues, élèvent leur fond; combien leur embouchure avance dans la mer en formant de longs promontoires à ses côtés, et juger par ces faits du peu de siècles que ces fleuves ont employés pour déposer les plaines basses qu’ils traversent maintenant.

Beaucoup de villes qui à des époques bien connues v de l’histoire étaient des ports de mer florissants sont aujourd’hui à quelques lieues dans les terres; plusieurs même ont été ruinées par suite de ce changement de position. Venise a peine à maintenir les lagunes qui la séparent du continent , et malgré tous ses efforts elle sera inévitablement un jour liée à la terre ferme

On sait, par le témoignage de Strabon, que du temps d’Auguste Ravenne était dans les lagunes comme y est * s . . •

d’examiner quelle épaisseur ont aujourd’hui ces terrains -au-dessus, du sot primitif, du roc naturel.

J Voyez te Mém. de M. Forfait, sur les lagunes de Venise. ( Mcm. de la Classe physique, de l’Institut, t. V, p. 2 1 3. )

• ‘ Digitiz

tW

DISCOURS SUR tES REVOLUTIONS

aujourd’hui Venise; et à présent -Ravenne est à une lieue du rivage. Spina avait été fondée au bord de la mer par ies Grecs, et dès le temps de Strabon elle en était à quatre-vingt-dix stades : aujourd’hui elle est détruite. Adria en Lombardie , qui avait donné son nom à la mer dont elle était il y a vingt et quelques sièeles le port principal , en est maintenant à six lieues. Fortis a même rendu vraisemblable qu’à une époque plus ancienne les monts Euganéens pourraient avoir été des îles.

Mon savant confrère à l’Institut M. de Prony, inspecteur général des ponts et chaussées, m’a communiqué des renseignements bien précieux pour l'explication de ces changements du littoral de l’Adriatique '. Ayant été

* Extrait des Recherches de M. de Prony sur le Système hydraulique de i‘ Italie.'

Déplacement de la partie du rivage de V Adriatique occupée par les bouches du Pô.

La partie du rivage de l’Adriatique comprise entre les extrémités méridionales du lac ou des lagunes de Comacchio et des lagunes de Venise a subi depuis les tem|>s antiques des changements considérables , attestés par les témoignages des auteurs les plus dignes de Toi , et que l’état actuel du sol dans les pays situés près de ce rivage ne permet pas de révoquer en doute; mais il est impossible de donner sur les progris successifs de ces changements des détails exacts, et surtout des mesures précises pour des époques antérieures au douzième siècle de notre ère.

On est cependant assuré que la ville de Hatria, actuellement Adria, était autrefois sur les bords de la mer; et voilà un point fixe et connu du rivage primitif , dont la plus courte distancé au rivage actuel , pris à l’embouchure de l’Adige , est de vingt-cinq mille mètres (*). Les habitants de cette ville ont sur son antiquité des prétentions exagérées en bien des points ; mais on ne peut nier qu’elle ne soit

(*) On verra bientôt que la pointe du promontoire -d'allusions formée par le PO est plus avancée dans la mer de dix mille métrés environ que l'embouchure de l’Adtffe. *

DE LA SURFACE Dtl GLOBE.'

chargé par le gouvernement d’examiner les remèdes: qti'e l’on pourrait appliquer aux dévastations qu’occasionnent

une (les plus anciennes de l’Italie : elle a donné son nom à la iner qui baigna ses murs. On a reconnu, par quelques fouilles faites dans son intérieur et dans ses environs, l’existence d’une couche de terre parsemée de débris de poteries étrusques , sans mélange d’aucun ouvrage de fabrique romaine ; l’étrusque et le romain se trouvent mélés dans une couche supérieure , sur laquelle on a découvert les vestiges d’un théâtre; l’une et l’autre couches sont fort abaissées au-dessous du sol actuel ; et j’ai vu à Adria des collections curieuses , où les monuments qu’elles renferment sont classés et séparés. Le prince vice roi , à qui je fis observer il y a quelques années combien il serait intéressant pour l’histoire et la géologie de s’occuper en grand du travail des fouilles Adria , et de déterminer les hauteurs par rapport à la mer, tant du sol primitif que des couches successives d’ailuvions, goûta fort mes idées à cet égard ; j’ignore si mes propositions ont eu quelque suite. '

K n suivant le rivage à partir d 'Hatria, qui était située dans le fond d’un petit golfe , on trouvait au sud un rameau de 1 ’Athesis ( l’Adige" ), •et les Fossés Philistines, dont ta trace répond à celle que pourraient avoir le Mincio et le Tartaro réjmis si le l’ô coulait encore ail sud de l'errare; puis venait le Delta Venetum, qui paraît avoir occupé la place où se trouve le lac ou la lagune de Comacckio. Ce delta était traversé par sept bouches de Y Eridanus , autrement Vadis, Padus ou Podintus, qui avait sur sa rive gauche, au point de dirimalion de ces bouches, la ville de Triynpolis , dont la position doit être peu éioignéedecellede Ferrare. Sept lacs renfermés dans le delta prenaient le nom de Seplem Maria, et Hatria est quelquefois appelée Vrbs Septejn Marium.

En remontant le rivage du côté du nord, à partir A' Hatria, on trouvait l’embouchure principale de l 'Alhesis, appelée aussi Fosüa , Philistina , puis VÆstuarium Allini , mer intérieure, séparée de la grande par une ligne d’ilols, au milieu de laquelle se trouvait un petit archipel d’autres Ilots, appelé Itialtum; c’est sur ce petit archipel qu’«st maintenant située Venise : VÆstuarium Altini est la lagune de Venise, qui ne communique plus avec la mer que par cinq passes, les Mots ayant été réunis pour former une digue continue.

A l’est des lagunes et au nord de la ville A' Este se trouvent les monts

les crues du Pô, il a constaté que cette rivière, depuis l’époque où on Ta enfermée de digues , a tellement élevé

Eugancens, formant, au milieu d’une vaste plaine d’alluvions, un groupe isolé et remarquable de pilons , dans les environs duquel on place lo lieu de la fameuse chute de Phaéton. Quelques auteurs prétendent que des masses énormes de matières enflammées lancées par «les explosions volcaniques dans les bouches de l’Éridan ont donhé lieu à cette fable. Il est bien vrai qu’on trouve aux environs tle.Padouo et de Vérone beaucoup de produits que plusieurs croient volca-. niques.

Les renseignements que j’ai recueillis sur le gisement de la côte de l'Adriatique aux bouches du Pô commencent au douzième siècle à . avoir quelque précision : à cette époque toutes les eaux du Pô coulaient au sud de Ferrare dans le Pô di Volano et le Pô di Primaro , dirimations qui embrassaient l’espace occupé par la lagune de Comacchio. Les deux bouches dans lesquelles le Pô a ensuite fait une irruption au nord de Ferrare se nommaient, V\me,fiume di Corbola , ou di Longola, ou dcl Maznrno; l’autre ,fiume Toi. La première , qui était la plus septentrionale , recevait près de la mer le Tartaro on canal Bianco ; la seconde était grossie à Ariano par une* dérivation du Pô , appelée fivme Gorjo.

Le rivage de la mer était dirigé sensiblement du sud au nord , à une distance de dix ou onze mille mètres du méridien d’Adrïa ; il passait au point où se trouve maintenant l’angle occidental de l’enceinte de la Mesola; et Loreo, au nord de la Mcsola, n’en était distant que d’environ deux cents mètres.

Vers le milieu du douzième siècle les grandes eaux du Pô passèrent au travers des digues qui les soutenaient du côté de leur rive gauche, |irès de la petite ville de Ficarolo , située à dix-neuf mille mètres au nord-ouest de Ferrare , se répandirent dans la partie septentrionale du territoire de Ferrare et dans la Polésine de Rovigo , et coulèrent dans les deux canaux ci-dessus mentionnés de Mazorno et de Toi. H paratt bien constaté que le travail des hommes a beaucoup contribué à cette diversion des eaux du Pô : les historiens qui ont parléde ce fait remarquable ne diffèrent entre eux que par quelques détails.. La tendance du tleuve à suivre les nouvelles routes qu’on lui avait tracées devenant de jour en jour plus énergique , ses deux branches du Volano-e t.du Primaro s’npauvrirent rapidement , et furent, en

son fond , que la surface de ses eaux est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare ; en même

moins d’un siècle réduites à peu près à l'état où elle» sont aujourd'hui. Le régime du fleuve s'établissait entre l'embouchure de l’Adige et le point appelé aujourd’hui Porto di Got o; les deux canaux dont il s'était d’abord emparé étant devenus insuffisants, il s’en creusa de nouveaux ; et au commencement du dix-septième siècle sa bouche principale, appelée Boccodi Tramontana, se trouvant très-rapprochéc de l'embouchure de l’Adige , ce voisinage alarma les Vénitiens , tjui creusèrent, en J604, le nouveau lit appelé Taglio di Porto Vivo, ou Pô dette Fornaci , au moyen duquel la Bor.ca Maestro se trouva écartée de l’Adige du côté du midi.

Pendant les quatre siècles écoulés depuis la fin du douzième siècle jusqu'à la fin du seizième les alluvions du Pô ont gagné sur la mer une étendue considérable. La bouche du nord , celle qui s’étaitemparée du canal de Mazorno, et formait le Ramo di Tramontana , était en 1600 éloignée de vingt mille mètres du méridien d’Adria; et la bouche du sud, celle qui avait envahi le canal Toi, était à la même époque à dix-sept mille mètres de ce méridien; ainsi le rivage se trouvait reculé de neuf ou dix raille mètres au nord , et de six on sept mille mètres au midi. Entre les deux bouches dont je viens de parler se trouvait une anse ou partie du rivage moins avancée , qu’on appelait Sacra di Goro.

Les grands travaux de dignement du fleuve, et une partie considérable des défrichements des revers méridionaux des Alpes, ont eu lieu dans cet intervalle du treizième au dix-septième siècle.

Le Taglio di Porto Viro détermina la marche des alluvions dans l’axe du vaste promontoire que forment actuellement les bouches du Pô. A mesure que les issues à la mer s'éloignaient, la quantité annuelle de dé|iôts s’accroissait dans une proportion effrayante , tant par la diminution de la pente des eaux ( suite nécessaire de l’allongement du „ lit ) , que par l’emprisonnement de ces eaux entre des digues , et par la facilité queies défrichements donnaient aux torrents affluents pour entraîner dans la plaine le sol des montagnes. Bientôt l'anse de Sacca di Goro fût comblée , et les deux promontoires formés par les deux (wemières bouches se réunirent en un sent, dont la pointe actuelle se tnnive à trente-deux ou trente-trois mille mètres du méridien d’A-

100 DISeOUBS SUR EB6 RÉVOXÏfTIONS

temps Ses atterrissements ont avancé dans ta mer avec tant de rapidité , qu’en comparant d’anciennes cartes avec l’état actuel on voit que le rivage a gagné plus desix mille toises depuis 1604, ee qui fait cent cinquante ou cent quatre-vingts pieds et en quelques endroits deux cents pieds par an. L’Adige et le Pô sont aujourd’hui plus élevés que tout le terrain qui leur est intermédiaire; et ce n’est qu’en leur ouvrant de nouveaux lits dans les parties basses qu’ils ont déposées autrefois que l’on pourra prévenir les désastres dont ils les menacent maintenant.

Les mêmes causes ont produit les mêmes effets le long des branches du Rhin et de la Meuse, et c’est ainsi que les cantons les plus riches de la Hollande ont continuellement le spectacle effrayant de fleuves suspendus à vingt et trente pieds au-dessus de leur sol.

M. Wiebekiug, directeur des ponts et chaussées du ‘ \ , ■ ' ’ . :

dria; (in sorte que pendant deux siècles les bouches du Pô ont gagné * environ quatorze mille mètres sur la .mer.

11 résulte des faits dont je viens de donner un exposé rapide : 1° qu’à des époques antiques, dont la date précise ne peut pas être assignée, la mer Adriatique baignait les murs d’Adria.

2” Qu’au douzième siècle , avant qu’on eût ouvert à Ficarolo une route aux eaux du Pô sur leur rive gauche , le rivage de la mer s’était éloigné d’Adria de neuf à dix mille mètres.

3° Que les pointes des promontoires formés par les deux principales bouches du Pô se trouvaient en l’an 1600 avant le Taglio di Porto Viro , à une distance moyenne de dix-huit mille cinq cents mètres d’Adria, ce qui depuis l’an 1200 donne une marche d’alluvions do vingt-einq mètres par an. ' .

4° Que la pointé du promontoire unique formé par les boudins actuelles est éloignée d’environ trente-deux ou trente-trois mille mètres du méridien d’Adria : d’où on conclut une marche moyenne des alluvions d’environ soixante-dix mètres par an pendant ces deux derniers siècles, marche qui, rapportée à des époques plus éloignées , se trouverait être beaucoup plus rapide. De Pronv.

SE LA SURFACE ȟ GLOBE. r ' : 101

royaume de Bavière, a écrit un mémoire sur cette marche des choses, si importante à bien connaître pour les peuples et pour les gouvernements, où il montre que cette propriété d’élever leur fond appartient plus ou moins à tous les fleuves. ' -

Les atterrissements lé long des côtes de la mer du Nord n’ont pas une marche moins rapide qu’en Italie. On peut les suivre aisément en Frise et dans le pays de Groningue, où l’on connaît l’époque des premières digues construites par le gouverneur espagnol Gaspar Roblès, en 1570. Cent ans après l’on avait déjà gagné en quelques endroits trois quarts de lieue de terrain en dehors de ces digues,; et la vjlle même de Groningue, bâtie en partie sur l’ancien sol , sur un calcaire qui n’appartient point' à la mer actuelle, et où l*on trouve les mêmes coquilles que dans notre calcaire grossier des environs de Paris , la ville de Groningue n’est qu’à six lieues de la mer. Ayant été sur les lieux, je puis confirmer, par mon propre témoignage, des. faits d’ailleurs très-connus, et dont M. Deluc a déjà fort bien exposé la plus grande partie r . On pourrait observer le même phénomène , et avec la même précision , tout le long des côtes de l’Ost-Frise, du pays de Brême et du Hoistein , parce que l’on connaît les époques où les nouveaux terrains furent enceints pour la première fois, et que l’on peut y mesurer ce que l’on a gagné depuis.

Cette lisière, d’une admirable fertilité, formée par les fleuves et par la mer, est pour ces pays un don d’autant plus précieux, que l’ancien sol , couvert de bruyères et de tourhières, se refuse presque partout à la culture; les al-

* Dans différents endroits des deux derniers volumes dç ses Lethes il la reine d’ Angleterre. -

iô? DISCOÜBS SUB LES B BVO JUTIONS

iuvions seules fournissent à la subsistance des villes peuplées construites tout le long de cette côte depuis le moyen âge , et qui ne seraient peut-être pas arrivées à ce degré de splendeur sans les riches terrains que les fleuves leur avaient préparés , et qu’ils augmentent continuellement.

Si la grandeur qu’Hérodote attribue à la mer d’Azof , qu’il fait presque égale à l’Euxin 1 , était exprimée en termes moins vagues et si l’on savait bien ce qu’il a entendu par le Gerrhus J , nous y trouverions encore de fortes preuves des changements produits par les fleuves et de leur rapidité; car les alluvions des rivières auraient pu seules 3 depuis cette époque, c’est-à-dire depuis deux mille deux ou trois cents ans, réduire la mer d’Azof comme elle l’est, fermer le cours de ce Gerrhus, ou de cette branche du Dniéper qui se serait jetée dans l’Hypacy ris , et avec lui dans le golfe Carcinites ou d’Olu-Degnitz, et réduire à peu près à rien l’Hypacyris lui-même 4 . On

* Mclpom., lxxxvi.

Ibid., lvi.

3 On a aussi voulu attribuer cette diminution supitosée de la mer Noire et de la mer d’Azof à la rupture du Bosphore qui serait arrivée à l’époque prétendue du déluge de Deucalion; et cependant, pour établir le fait lui-même , on s’appuie des diminutions successives de l’étendue attribuée à ces mers dans Hérodote , dans Strabon , etc. Mais il est trop évident que si cette diminution était venue de la rupture du Bosphore, elle aurait dû être complète longtemps avant Ilérodotc et dès l’époque même où l’on place Deucalion.

Voyez la Géographie d’ Hérodote de M. Rennel, p. 56 et suivantes , et une partie de l’ouvrage de M. Dureau de Lamalle , intitulé Géographie physique de la mer Noire, etc. 11 n’y a aujourd’hui que la très-petite rivière de Kamennoipost qui puisse représenter le Gerrhus et l’Hypacyris tels qu’ils sont décrits par Hérodote.

N. R. M. Dureau , p. !7o, attribue à Hérodote d’avoir fait déboucher le Borysthène el l’Hypanis dans le Palus Méotkle ; mais Hérodote

en aurait de non moins fortes s’il était bien certain que i’Oxus ou Sihoun, qui se jette maintenant dans le lac d’Aral, tombait autrefois dans la mer Caspienne; mais nous avons près de nous des faits assez démonstratifs pour n’en point alléguer d’équivoques et ne pas nous exposer à faire de l’ignorance des anciens en géographie la base de nos propositions physiques \ v . .

Marches des dunes.

Nous avons parlé ci-dessus des dunes ou de ces monticules de sable que la mer rejette sur les cfctes basses quand son fond est sablonneux. Partout où l’industrie de l’homme ù"a pas su les fixer, ces dunes avancent dans les terres aussi irrésistiblement que les alluvions des fleuves avancent dans la mer ; elles poussent devant elles des étangs

dit seulement ( Melpom lui) que ces deux fleuves se jettent ensemble clans le même lac , c’est-à dire dans le Liman , comme aujourd’hui. Hérodote n’y fait pas aller davantage le Gerrhus et l’Hypacyris.

1 Par exemple , M. Dureau de Lamalle , dans sa Géographie physique de la mer Poire, cite Aristote ( Meteor ., 1 1, c. 13), comme « nous apprenant que de son temps il existait encore plusieurs pér « riodes et périples anciens attestant qu’il y avait un canal conduisant » de la mer Caspienne dans le Palus-Méotide. » Or, voici à quoi se réduisent les paroles d’Aristote à l’endroit cité (édition de Duval, I, 545, B.) : « Du Paropamisns descendent, entre autres rivières, le « Bactrus, le Choaspes et l’Araxe,d’où le Tanaïs, qui eh est une U branche , dérive dans le Palus-Méotide. » Qui ne voit que ce galimatias, qui ne se fonde ni sur périples ni sur périodes, n’est que l’idée étrange des soldats d’Alexandre, qui prirent le Jaxarte ou 'fanais de la Transoxiane pour le Don ou Tanaïs de la Scythie. Amen et Pline en font la distinction ; mais il parait qu’elle u’était pas faite du temps d'Aristote. Et comment vouloir tirer des documents géologiques de pareils géographes - • ' - * ’• - .

formés par les eâux pluviales du terrain qu’elles bordent , et dont elles empéchçnt la communication avec la mer, et leur marche a dans beaucoup d’endroits une rapidité effrayante : forêts, bâtiments, champs cultivés, elles envahissent tout.

Celles du golfe de Gascogne ' ont déjà couvert un grand nombre de villages mentionnés dans des titres du moyen , âge ; et en ce moment dans le seul département des Landes elles en menaeent dix d’une destruction inévitable. L’un de ces villages , celui de Mimisan , lutte depuis vingt ans contre elles, et une dune de plus de soixante pieds d’élévation s’en approche, pour ainsi, dire, à vue d’œil. En 1802 les étangs ont envahi cinq belles métairies dans celui de Saint- Julien *j ils ont couvert depuis longtemps une ancienne chaussée romaine qui conduisait de Bordeaux à Bayonne r et que l’on voyait encore il y a quarante ans quand les eaux étaient basses 3 . L’Adour, qui à des époques connues passait au vieux Boucaut et se jetait dans la mer au cap Breton , est maintenant détourné le plus de mille toises \

1 Voyez le rapport sur les Dunes du golfe de Gascogne , par M. Tassin. Mont-de-Marsan , an X.

1 Mémoire de M. Bremontier, sur la fixation des dunes.

3 Tassin, loc. cit.

•* Les dunes sont peu à peu changées en terres cultivables par plusieurs graminées, au nombre desquelles nous signalerons surtout l’arundo arenaria L. et Vclymus arenarius L. Ces plantes sont garnies de racines longues, traçantes et nombreuses, éminemment propres à fixer les sables mobiles. Varundo arenaria, connue sous le nom de hoya dans le monde, se multiplie avec une rapidité extrême, dure longtemps, ot résiste également bien au froid et à la clialeur. On cultive ce précieux végétal dans plusieurs contrées de la Hollande, pour l’opposer à l'envahissement des dunes. .... (11. )

Feu M. Bremontier, inspecteur des pouts et chaussées, qui a fait de grands travaux sur les dunes , estimait leur marche à soixante pieds par an, et dans certains points à soixante-douze. 11 ne leur faudrait , selon ses calculs, que deux mille ans pour arriver à Bordeaux; et, d'après leur étendue actuelle, il doit y en avoir un peu plus de quatre mille qu’elles ont commencé à se former *. - - .

Le recouvrement des terrains cultivables de l’Égypte par les sables stériles de la Libye qu’y jette le vent d’ouest est un phénomène du même genre que les dunes. Ces sa- , blés ont envahi un nombre de villes et de villages dont les ruines paraissent encore , et cela depuis la conquête du pays par les Mahométans ; puisqu’on volt percer au travers du sable les sommités des minarets de quelques mosquées 1 : avec une marche si rapide , ils auraient sans doute rempli les parties étroites de la vallée; s’il y avait tant de siècles qu’ils eussent commencé à y être jetés 3 , , il ne resterait plus rien entre la chaîne libyque et le Nil.

C’est eucore là un chronomètre dont il serait aussi facile qu’intéressant d’obtenir la mesure.

Tourbières et éboulements.

Les tourbières produites si généralement dans le nord de l’Europe, par l’accumulation des débris de sphagnum et d’autres mousses aquatiques, donnent aussi une mesure du temps ; elles s’élèvent dans des proportions déterminées pour chaque lieu ; elles enveloppent ainsi les petites buttes

1 Voyea le Mémoire de M. Bremontier.

1 Oenon, Voyage en Égypte. .

3 Nous pouvons citer ici tous les voyageurs qui ont parcouru la lit . sière occidentale de l’Égypte. .

t(M5 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

des tei'rafnâ sur lesquels elles se forment; plusieurs de ces buttes ont été enterrées de mémoire d’homme. En d’autres endroitsla tourbière descend le long des vallons, eheavance comme les glaciers ; mais les glaciers se fondent par leur bord inférieur, et la tourbière n’est arrêtée par rien : en la sondant jusqu’au terrain solide on juge de son ancienneté, et l’on trouve pour les tourbières , comme pour les dunes , qu’elles ne peuvent remonter à une époque indéfiniment reculée Il en est de même pour les éboulements qui se font avec une rapidité prodigieuse au pied de tous les escarpements , et qui sont encore bien loin de les avoir couverts; mais comme l’on n'a pas encore appliqué de mesures précises à ces deux sortes de causes , nous n’y insisterons pas davantage*.

Toujours voyons-nous que partout la nature nous tient

ie même langage ; partout elle nous dit que l’ordre actuel

■ Voyez note 9 de l’Appendice.

3 Ces phénomènes sont très-bien exposés dans les Lettres de H: Delue à la reine d’ Angleterre , aux endroits où il décrit les tourbières de la WestphaHe ; et dans ses Lettres à La Met trie, insérées dans le Journal de Physique de 1791 , ete.. ; ainsi que dans celles qu’il a adressées à M. BluuienbaGh , et que l’on a imprimées en français , eti un volume, Paris , 1798. On peut y ajouter les détails pleins d’intérêt qu’il donne dans ses Voyages géologiques , ton*. I", sur les tles de la côte ouest du duché de Sleswig, et la manière dont elles ont été réunies , soit entre clics , soit avec le continent , par des alluvions et des tourbières, ainsi que sur les irruptions qui de temps en temps en ont détruit ou séparé quelques parties.

Quant aux éboulements, M. Jameson, dans une note de la traduc tion anglaise de ce discours, en cile un exemple remarquable pris des roches escarpées dites Salisbury- Craig , près d’Édimbourg. Bien que d’une hauteur médiocre, leur face abrupte et verticale n’est point encore cachée par la masse de débris qui s’accumule à leur pied , et qui cependant augmente chaque année.

UE. LA.. SURFACE DU GfcOBE. 107

des choses ne remonte pas très- haut; et, ce qui est bien remarquable, partout l’homme nous parle comme la natu re, soit que nous consultions les vraies traditions des peuples, soit que nous examinions leur état moral et politique et le développement intellectuel qu’ils avaient atteint au moment où commencent leurs monuments authentiques. : ' ... r

L'histoire des peuples confirme la nouveauté des continents.

En effet, bien qu’au premier coup d’oeil les traditions de quelques anciens peuples, qui reculaient leur origine de tant de milliers de siècles, semblent contredire fortemen.t cette nouveauté du monde actuel , lorsqu’on examine de plus près ces traditions, on n’est pas longtemps a s’apercevoir qu’elles n’ont rien d’historique : on est bientôt convaincu , au contraire , que la véritable histoire , et tout ce qu’elle nous a conservé de documents positifs sur les premiers établissements des nations, confirme ce que les monuments naturels avaient annoncé.

La chronologie d’aucun de nos peuples d’Occident ne remonte, par un fil continu, à plus de trois mille ans. Aucun d’eux ne peut nous offrir avant cette époque, ni même deux ou trois siècles depuis, une suite de faits liés ensemble avec quelque vraisemblance. Le nord de l’Europe n’a d’histoire que depuis sa conversion au christianisme. L’histoire de l’Espagne , de la Gaule , de l’Angleterre, ne date que des conquêtes des Romains; celle de l’Italie septentrionale avant la fondation de Rome est aujourd’hui a peu près inconnue. Les Grecs avouent ne posséder l’art d’écrire que depuis que les Phéniciens le leur ont enseigné, il y a trente trois ou trente-quatre siècles; longtemps encore depuis, leur histoire est pleine de fables, et ils ne

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