‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 25 sur 50 · HO DISCOURS SUR DES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

HO DISCOURS SUR DES RÉVOLUTIONS

presque totale du genre humain, et ils n’en font pas remonter l’époque à un intervalle bien éloigné.

Les textes du Pentateuque qui allongent le plus cet intervalle ne le placent pas à plus de vingt siècles avant Moïse, ni par conséquent à plus de cinq mille quatre cents ans avant nous *. • . .

Les traditions poétiques des Grecs , sources de toute notre histoire profane pour ces époques reculées, n’ont . rien qui contredise les annales des Juifs ; au contraire , elles s’accordent admirablemeut avec elles, par l’époque qu’elles assignent aux colons égyptiens et phéniciens qui * donnèrent à la Grèce les premiers germes de civilisation ; on y voit que vers le même siècle où la peuplade israélite sortit d’Égypte pour porter en Palestine le dogme sublime de l’unité de Dieu, d’autres colons sortirent du même pays pour porter en Grèce une religion plus grossière, au moins à l’extérieur, quelles que fussent d’ailleurs les doetrines secrètes qu’elle réservait à ses initiés; tandis que d’autres encore venaient de Phénicie, et enseignaient aux Grecs l’art d’écrire et tout ce qui a rapport à la navigation et au commerce J .

1 Les Septante à cinq mille trois cent quarante- cinq ; le texte sa-

maritain à quatre mille huit cent soixante-neuf ; le texte hébreu à quatre mille cent soixante-quatorze. .

2 On sait que les ekronologistes varient de plusieurs années sur chacun de ces événements ; mais ces migrations n’en forment pas moins toutes ensemble le caractère spécial et bien remarquable du quinzième et du seizième siècle avant Jésus-Christ.

Ainsi , en suivant seulement les calculs d’Usserius, Cécrops serait venu d’Égypte à Athènes vers 1556 avant Jésus-Christ; Deucalion se serait établi sur le Parnasse vers 1548 ; Cadmus serait arrivé de Phénicie à Tlièbes vers 1493; Danaüs serait venu b Argos vers 1485; Dardanns se serait établi sur PHellespont vers 1449.

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Il s’en faut sans doute beaucoup que l’on ait eu depuis lors une histoire suivie , puisque l'on place encore longtemps après ces fondateurs de colonies une foule d’événements mythologiques et d’aventures où des dieux et des héros interviennent , et qu’on ne lie ces chefs à l’histoire véritable que par des généalogies évidemment factices ' * mais ce qui est bien plus certain encore, c’est que tout ce qui avait précédé leur arrivée ne pouvait s’ être conservé que dans des souvenirs très-confus , et n’aurait pu être suppléé que par de pures inventions, pareilles à celles de nos moines du moyen âge sur les origines des peuples de l’Europe.

Ainsi , non-seulement on ne doit pas s’étonner qu’il f ait eu dans l’antiquité même beaucoup de doutes et de contradictions sur les époques de Cécrops, de Deucalion , de Cadmus et de Danaüs; non-seulement 11 serait puéril d’attacher la moindre importance à une opinion quelconque sur les dates précises d’Inachus 1 ou d’Ogy-

Tous ces Chefs de nation auraient été à peu près contemporains de Moïse, dont l’émigration est de 1491. Voyez d’ailleurs sur le synchronisme de Moïse, de Danaüs et de Cadmus, Diodore, lib. xi ; dans J’hotim, p. 1152.

1 Tout le monde connaît les généalogies d’Apollodore , et le parti que feu Clavier a cherché à en tirer pour rétablir une sorte d’iustoire primitive de la Grèce ; mais lorsqu’on a lu les généalogies des Arabes, celles des Tartares , et toutes celles que nos vieux moines chroniqueurs avaient imaginées pour les différents souverains de l’Europe et môme pour des particuliers, on comprend très-bien que des écrivains grecs ont dû faire pour les premiers temps de leur nation ce qu’on a fait pour toutes les autres à des époques où la critique n’éclairait pas l’histoire.

2 Mille huit cent cinquante-six ou mille huit cent vingt-trois avant Jésus-Christ, ou d’autres dates encore; mais toujours environ trois cent cinquante ans avant les principaux colons phéniciens, ou égyptiens.

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gès ■ ; mais si quelque chose peut surprendre , c’est que ces personnages n’aient pas été placés infiniment plus haut. Il est impossible qu’il n’y ait pas eu là quelque effet .de l’ascendant des traditions reçues, auquel les inventeurs de fables n’ont pu se soustraire. Une des dates assignées au déluge d’Ogygès s’accorde même tellement avec l’une de celles qui ont été attribuées au déluge de Noé, qu’il est presque impossible qu’elle n’ait pas été prise dans quelque source où c’était de ce dernier déluge qu’on entendait parler \

Quant à Deucalion, soit que l’on regarde ce prince comme un personnage réel ou Actif, pour peu que Ton suive la manière dont son déluge a été introduit dans les poèmes des Grecs, et les divers détails dont il s’est trouvé

1 La date vulgaire d’Ogygès , d’après Acusilaiis, suivi par Kusèbe, est de raille sept cent quatre-vingt-seize ans avant Jésus-Christ , par conséquent plusieurs années après Inachus.

2 Varron plaçait le déluge d’Ogygès, qu’il appelle le premier dé-

luge , à quatre cents ans avant inachus (a priore cataclismo, quein Ogygium dicunt, ad fnachi regnum) , et par conséquent à mille six cents ans avant la première olympiade, ce qui le porterait à deux mille trois cent soixante seize ans avant Jésus-Christ; et le déluge de Noé , selon le texte hébreu , est de deux mille trois cent quaranteneuf : ce n’est que vingt-sept ans de différence. Ce témoignage de Varron est rapporté par Censorin , de Die natali, cap. xxi. A la vérité, Censorin n’écrivait qu’en 238 de Jésus Christ, et il parait, d’après Jules Africain, ap Euseb., Præp. ev., qu’Acusilaüs, le premier auteur qui plaçait un déluge sous le règne d’Ogygès, faisait ce prince contemporain de Phoronéc, ce qui l’aurait beaucoup rapproché de la première olympiade. Jules Africain ne met que mille vingt ans d’intervalle entre lesdeux époques; il y a même dans Censorin un passage conforme à cette opinion : aussi quelques-uns veulent ils lire dans celui de Vàrron , que nous venons de citer d’après Censorin , erogilium , au lieu A' Ogygium. Mais qn’cst-ec qu’un cataclisjne érogitien, dont personne n’a jamais parlé ? ' '

successivement enrichi , il devient sensible que ce n’était qu’une tradition du grand cataclisme, altérée et placée par les Hellènes à l’époque où ils plaçaient aussi Deucalion, parce que Deucalion était regardé comme l’auteur de la nation des Hellènes, et que Ton confondait son histoire avec celle de tous les chefs des nations renouvelées 1 .

* Homère ni Hésiode n’ont rien su du déluge de Deucalion, non plus cpie de celui d’Ogygôs. . /

Le plus ancien auteur subsistant où l’on trouve la mention du premier est Pindare {O cl-, olyp. ix ). Il fait aborder Deucalion sur le Par-, nasse , s’établir dans la ville de Protogénie ( première naissance ) , et y recréer son peuple avec des pierres ; en un mot, il rapporte déjà, (nais en l'appliquant à une nation seulement , la fable généralisée depuis par Ovide à tout le genre humain.

Les premiers historiens postérieurs à Pindare ( Hérodote , Thucydide et Xénophon ) , ne font mention d’aucun déluge , ni du temps d'Ogygès ni du temps de Deucalion , bien qu’ils parlent de celui-ct comme de l’un des premiers rois des Hellènes.

Platon, dans le Tirnée, ne dit que quelques mots du déluge, ainsi que de Deucalion et de Pyrrha, pour commencer le récit de la grande catastrophe qui , selon les prêtres de Sais , détruisit l’Atlantide ; mais dans ce peu de mots il parle du déluge au singulier, comme si c’était le seul : il dit même expressément plus loin que les Grecs n’en connaissaient qu’un. 11 place lÆ nom de Deucalion immédiatement après celui de Phoronée, le premier des hommes , sans faire mention d’0gygès ainsi , pour lui c’est encore un événement généra] , un vrai déluge universel , et le seul qui soit arrivé. 11 le regardait donc comme identique avec celui d’Ogygès.

Aristote ( Meteor ., 1, 14 ) semble le premier n’avoir considéré ce déluge que comme une inondation locale, qu’il place près de Dodonc et du fleuve Achéloüs, mais près de l’Achélotts et de la Dodone de Thessaiie. • : „

Dans Apoliodore ( RM. 1 , § 7 ) le déluge de Deucalion reprend toute sa grandeur et son caractère mythologique : il arrive à l’époque du passage de l’âge d’airaiu à l’âge de fer. Deucalion est le fils du titan Prométliée, du fabrioateur de l’homme ; il crée de nouveau le genre

if 4 ' DlSCOims SU» LES RÉVOLUTIONS

C’est que chaque peuplade de Grèce qui avait conservé des traditions isolées les commençait par sou déluge particulier, parce que chacune d’elles avait conservé quelque souvenir du déluge universel qui était commun à tous les peuples; et lorsque dans la suite on voulut assujettir ces diverses traditions à une chronologie commune , on crut voir des événements différents, parce que des dates toutes

humain avec des pierres ; et cependant Atlas , son oncle , Phoronée , qui viyait avant lui , et plusieurs autres personnages antérieurs conservent de longues postérités. - .... • .

A mesure que l’on avance vers desauteurs plus récents, il s’y ajoute des circonstances de détails qui ressemblent davantage à celles que. rapporte Moïse. >

Ainsi Apollodorc donne à Deucalion un coiïre pour moyen de salut ; Plutarque parle des colombes par lesquelles il cherchait à savoir si les eaux s’étaient retirées, et Lucien des animaux de toute espèce qu’il avait embarqués avec lui , etc.

Quant à la combinaison de traditions et d’hypothèses de laquelle on a récemment cherché à condureque la rupture du Bosphore de Thrace a été la cause du déhige de Deucalion, et môme de l’ouverture des colonnes d’Herculc, en faisant décharger dans l’Archipel les eaux du Vont-Euxin, auparavant beaucoup plus élevées et plus étendues qu’elles ne l’ont été depuis cet événement , il n’est plus nécessaire de s’en occuper en détail depuis qu’il a été constaté , par les observations de M. Olivier, que si la mer Noire eût été aussi haute qu’on le suppose, elle aurait trouvé plusieurs écoulements par des cols et des plaints moins élevées que les bords actuels du Bosphore; et par celles de M. le comlc Andréossy, que, fût-elle tombée un jour subitement en câscade par ce nouveau passage , la petite quantité d’eau qui aurait pu s’écouler à la fois par une ouverture si étroite non-seulement se serait répandue-sur l’immense étendue de la Méditerranée sans y occasionner une marée de quelques toises , mais que la simple inclinaison naturelle nécessaire à l’écoulement des eaux aurait réduit à rien leur «xcédantdc hauteur sur les bords de i’Attique.

Voyez au reste sur ce sujet la note que j’ai publiée en tète du troisième volume de l’Onde de la collection de M. Lemaire.

. DK LÀ SUUKACE DU GLOBE. - - 114

incertaines, peut-être toutes fausses, mais regardées chacune dans son pays comme authentique, ne se rapportaient pas entre elles. Ainsi de la même manière que les Hellènes avaient un déluge de Deucalion , parce qu’ils regardaient Deucalion comme leur premier auteur, les autochthones de l’Attique en avaient un d’Ogygès, parce que c’était par Ogygès qu’ils commençaient leur histoire. Les Pélages d’Arcadie avaient celui qui , selon des auteurs postérieurs, contraignit Dardanus à se rendre vers l’Hellespont 1 . L’île de Samothrace , l’une de celles où il s’était le plus anciennement formé une succession de prêtres , un culte régulier et des traditions suivies, avait aussi un déluge, qui passait pour le plus ancien de tous % et que l’on y attribuait à la rupture du Bosphore et de l’Hellespont. On gardait quelque idée d’un événement semblable en Asie Mineure 3 et en Syrie 4 , et par la suite les Grecs y attachèrent le nom de Deucalion

Mais aucune de ces traditions ne plaçait très-haut ce cataclysme ; aucune d’elles ne refuse à s’expliquer, quant à sa date et à ses autres circonstances, par les variations que subissent toujours les récits qui ne sont point fixés par l’Écriture.

' Denys d'Halicarnasse, Antiq. mm., tib. r, cap. Gt.

1 Diodore de Sicile, lib. v, cap. 47.

3 K tienne de Byzance, voce 1 conjura : Zcnodote, Prov., cent, vi, n u 10 ; et Suidas, voce Nannacus.

4 Luciun., de Dea Syra. '

5 Arnobe, Contra Gent., lib. v, p. m. 1 58, parlo même d’an rocher

«le Plirvgie d’où l’on prétendait que Deucalion et Pyrrlia avaient pris leurs pierres. . -v • *

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