‹ Discours sur quel ques sujets religieuxChapitre 7 sur 16 · L'ÉVANGILE COMPRIS PAR LE CŒUR · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE COMPRIS PAR LE CŒUR

Ce sont deschoses quiri étaient 'point montées au cœur de l'homme, et que Dieu a préparées à ceux qui l'aiment. 1 Cor., II, 9.

Dieu a voulu que ce monde fût non-seulement le théâtre de notre activité , mais aussi l'objet -de notre étude. Il a caché dans les profondeurs de la nature d'innombrables secrets qu'il nous invite à sonder, d'innombrables vérités qu'il nous encourage à découvrir. Pour pénétrer ces secrets, pour découvrir ces vérités, il faut posséder certaines facultés intellectuelles, et les avoir convenablement exercées, mais rien au delà. Lt5 dispositions du cœur n'ont aucune influence directe sur l'acquisition des connaissances de ce genre. Il en est de ces connaissances comme de « la pluie que « Dieu fait tomber sur les justes et sur les injustes, » et du « soleil qu'il fait luire sur les bons et sur les « méchants. » Le savoir ne suppose pas nécessairement un cœur droit ni un caractère bienveillant ; et il est malheureusement trop commun de voir les plus beaux dons du génie réunis à un fond déplorable d'égoïsme et à la plus grande corruption des mœurs. Dieu semble avoir indifféremment préparé les vérités

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de la science humaine pour ses amis et pour ses ennemis. Il n'en est pas de même des vérités religieuses. Dieu, est-il dit dans mon texte, « les a préparées pour « ceux qui l'aiment. » Non point qu'il ait exclu de leur possession les savants et les hommes de génie ; mais ni le génie ni le savoir ne sont ici suffisants comme dans d'autres sciences. L'amour est nécessaire. L'amour est le seul véritable interprète des vérités de l'Évangile. La sagesse de ce monde et des principaux de ce monde est vaincue par la simplicité de l'amour ; l'amour est la sagesse entre les parfaits, conformément à cette parole de saint Jean : «Celui qui aime Dieu, c'est celui-là «aui connaît Dieu. » (1 Jean, IV, 7, Y

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Il arrive donc entre Dieu et l'homme ce qu'on voitv'arriver entre deux personnes dont la langue diffère : il faut qu'un interprète, versé dans les deux langues, in-^ * tervienne entre les deux parties, et, prêtant l'oreille ; aux paroles de l'une, les mette à la portée de l'autre en les traduisant dans l'idiome qu'elle comprend. Or, entre Dieu et l'homme, entre l'Évangile et notre âme, cet interprète, c'est l'amour. L'amour rend intelligibles à l'homme les vérités de l'Évangile ; non point ces vérités abstraites qui sont relatives à l'essence même de Dieu, et dont la connaissance, comme nous l'avons vu, est également inaccessible et inutile pour nous, mais ces autres vérités qui concernent nos rapports avec Dieu, et qui constituent le fond même de la religion. Ce sont ces vérités qui échappent à la raison et que l'amour saisit sans peine.

Vous vous étonnez peut-être de voir remplir par l'a*

l'évangile compris far le coeur. 35 mour, par un sentiment du cœur, un rôle qui vous paraît appartenir à la raison seule. Mais veuillez considérer que la plupart de nos connaissances dérivent immédiatement d'autre chose que de la raison. Quand nous voulons obtenir la connaissance d'un objet de la nature, c'est tout premièrement de nos sens, non de notre raison, que nous faisons usage. C'est par la vue que nous acquérons d'abord une idée de l'étendue et de la forme des corps; par l'ouïe que nous acquérons une idée des sons; par l'odorat, une idée des odeurs; Il faut bien ensuite que la raison prenne un rôle, et qu'elle joigne ses opérations à celles des organes; mais quelle que soit l'importance de son intervention, on doit convenir que la connaissance des objets sensibles et de leurs propriétés dérive essentiellement des sens.

Les choses ne se passent point autrement dans le monde moral. Ce n'est point par l'intelligenee seule, ni par l'intelligence d'abord, que nous pouvons juger des choses de cet ordre. Pour les connaître nous avons aussi un sens, qui s'appelle le sens moral. L'intelligence peut intervenir ensuite comme auxiliaire ; elle observe, elle classe, elle compare nos impressions, elle ne les produit pas ; et il serait aussi peu raisonnable de prétendre que nous les lui devons que d'assurer que c'est par l'oreille qu'on obtient la connais-* sance des couleurs, par la vue, des parfums, et par l'odorat, des sons et des accords. Les choses du cœur ne sont véritablement comprises que par le coeur.

Permettez-nous de nous arrêter un moment sur cette idée, car nous sentons le besoin de nous bienexpli-

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quer. En disant que le cœur comprend , disons-nous que le cœur devient raison, que le cœur raisonne? Nullement. Le cœur ne comprend point comme la raison ; mais il comprend aussi bien, si ce n'est mieux. Pour la raison, qu'est-ce que comprendre? C'est saisir le lien logique, la chaîne d'idées qui joint ensemble deux ou plusieurs faits; c'est se convaincre, ou s'assurer par un moyen qui n'est pas l'expérience ; c'est se mettre, par l'esprit, en rapport médiat avec des objets dont le contact immédiat nous est refusé. La compréhension de l'esprit n'est donc, à le bien prendre, qu'un supplément aux inévitables lacunes de F expérience. Ces lacunes de l'expérience tiennent ou à l'absence des objets, ou à leur nature, qui n'a pas de point de contact avec la nôtre. Si ces deux obstacles n'existaient pas, ou s'il était possible de les éloigner, l'homme n'aurait plus rien à comprendre, car il toucherait, il palperait, il goûterait toutes choses. La raison serait remplacée en lui par l'intuition. Là où l'intuition a lieu, il n'y a plus compréhension, parce qu'il y a mieux ; ou si l'on veut encore que ce soit compréhension, c'est une compréhension d'une nouvelle nature, d'un ordre supérieur, qui s'explique tout sans peine, à qui tout est clair, mais qui ne saurait se communiquer par des paroles à la raison d' autrui.

Or, telle est, mes frères, la compréhension du cœur. Sans doute elle a ses bornes précises. Elle s'étend à tout ce qui est du ressort du sentiment; elle ne va point au delà. Mais la raison a ses limites tout aussi bien marquées, et ne peut pas plus les franchir que le

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