‹ Discours sur quelques sujets religieuxChapitre 12 sur 27 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

PRIVIB DB TOUTB OIiOXIIB DXVAIfT INtBV

Rom. Ul, 23.

(( Il n*y a a point de diflTérence» car loua onl p(^ch(^, et tous«onl privés de la gloire de Dieu. »

PRSMXBII DXSOOVmS.

Les deux vérités dont nous sommes aujourd'hui porteur n'ont pas fait dans le monde la même fortune. La première n'est pas contestée ; il n'est personne qui n'ayoue que tous les hommes ont péché ; mais peu de gens sont disposés à convenir que Vhomme est privé de tout sujet de gloire devant Dieu.

Il y a un tel accord sur la première de ces propositions qu'on ne s'y arrêterait pas si ceux qui sont unanimes à la recevoir ne variaient étrangement entre eux, et ^elquefois eux-mêmes avec eux-mêmes, sur la portée et le sens de cette déclaration. Pour les uns, le péché est essentiellement chose négative ; c'est une absence, un manque, une défaillance ; à les en croire, aucun élément de mal positif ne réside dans le cœur de l'homme. Pour les autres, au contraire, le péché consiste dans une préférence directe du mal au bien ; le vice, dans l'homme, n'est

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pas une faiblesse, mais une force dépravée; la volonté n*est pas séduite, mais corrompue. Ici vous entendez expliquer le péché comme un accident de la nature humaine, le résultat de l'action des circonstances extérieures sur cette âme ; le mal, suivant eux, ne sort point d'elle, mais vient à elle ; elle Faccueille, mais elle ne le produit pas. Là vous entendez soutenir que le germe du péché est dans l'âme ; qu'il cherche au dehors des occasions; que tout, au besoin, lui est occasion, et que l'homme n'est pas pécheur par accident, mais par nature. Les uns, en reconnaissant dans le cœur de l'homme un penchant au mal, regardent ce penchant comme une loi primitive de son être, une force intérieure rivale de l'élément moral, laquelle donne lieu à celui-ci de déployer sa force, et de triompher avec d'autant plus de mérite et d'honneur. Les autres soutiennent que Dieu n'a point fait le mal; qu'un adversaire est venu, du dehors, semer l'impure ivraie parmi notre froment; et que l'harmonie, non le combat, est l'état régulier, l'état de santé de toute âme.

La raison jette bien peu de lumière sur toutes ces questions ; combien de philosophes et de profonds penseurs n'ont-elles pas déjà mis hors de combat ! Néanmoins, de tous les pièges de la dialectique, et des mains de tous les sophistes, une vérité s'est toujours échappée, intacte, entière et invincible : c'est que les honunes ont péché; c'est que tous plus ou moins vivent dans le désordre; que, tant qu'ils sont dans la chair, ils sont enveloppés dans le péché ; et que, par un inconcevable contraste, à la conscience de leur servitude ou de leur captivité se joint un sentiment obstiné de coulpe et de responsabilité.

Qmiït à wte connaîssance plus pleine de la nature , de retendue et des suites du péchés on ne l'obtiendra jamais à moins de recourir à k rëvëlation chrétienne. Cette réyélatîim ne se borne pas à nous dire qne tous les hommes ont péché ; elle jette nue vive lumière sur cette dédaralion par les paroles qui terminent mon texte : c lis sont privés de tont sujet de gloire devant Dion. » Pour quiconque adopte cette seconde s^utance, le sens de la première devient parfaitement clair et précis* C'est donc à prouver que Thomme n'a devant Dieu aucun irajet de gloire que nous devons nous appliquer.

Nous l'avons déjà dit : cette déclaration rencontre iHen pins de contradicteurs que la première. Que signîfie-t«eUe en effet ? Que l'homme n'a rien en lui dont tl puisse se faire aux yeux de Dieu un titre> un mérite , un appui ; rien de quoi Dieu puisse être satisfait ; rien qui puisse, en soi<-mème, nous assurer sa bienveillance. Cette v^ité n'est-^elle paâ contestée?

Nous ne la contestons point, diront quelques pei^ somies ; car il est bien évident que tout ce que nous sommes, nous le devons à Dieu i nos bonnes qualités sont son ouvrage; et à ce titre l'homme le plus vertueux est compris avec tous les autres dans l'application de œtte sentence : € Us sont privés de tout sujet de gloire M devant Dieu» »

Nous en convenons volontiers, mes chei^ auditeurs, et l'Evangile sans doute abonde dans le même sens. Les apôtres disaient aux premiers chrétiens : c Tonte » grâce excellente et tout don parfait viennent du Père > des lumières ; lui seul produit en nous l'exécution et » la volonté sekm son bon plaisir. Qu'avons-nous que » nous ne l'ayons reço de lui ? et si nous l'avons reçu ,

i» pourquoi nous en glorifier comme si nous ne Tavions > pas reçu ? * Mais il est clair que c'est dans un autre point de vue que raisonne saint Paul dans le chapitre de notre texte, et que notre texte lui-même a un autre sens que celui auquel on voudrait le réduire.

Ce n'est pas simplement un hommage que l'apôtre a voulu rendre à l'auteur de tout don parfait ; c'est une condamnation qu'il a voulu prononcer; sur qui? sur l'homme en tout état ? Non, mais sur l'homme irrégénéré, sur Fhomme animal. Et la parole de l'apôtre signifie évidemment qu'aussi longtemps que l'homme n'a pas accepté le bénéfice de la rédemption par Jésus- Christ, il est, par rapport à Dieu, dans un état de réprobation auquel ne saurait l'arracher rien absolument de ce qui est en lui. Cette proposition, je le crois, trouvera bon nombre de contradicteurs.

Nous ne voulons pas grossir cette sentence de ce qui, évidemment, ne lui appartient pas. Nous ne voulons pas confondre deux sphères distinctes. Vis-à-vis de l'homme son semblable, l'homme n'est pas absolument sans gloire. L'homme peut offrir à l'homme de quoi admirer , louer, estimer du moins. Ce serait même mentir à notre propre conscience et nous placer dans une position insoutenable que de vouloir, dans tous les cas, refuser un sentiment d'approbation à la conduite de nos semblables. En d'autres termes, l'homme est souvent forcé de reconnaître dans l'homme quelque chose qu'il est forcé d'appeler vertu.

La vertu, il ne la découvre et ne la reconnaît pas seulement dans le chrétien, dont la nature morale a été renouvelée par l'Evangile. Loin que toute admiration se tourne de ce côté, l'admiration des hommes, je dis même des

chrétiens, se dirige souyenl; vers l'homme naturel ou irrégénérë. Quelles que soient les assertions tranchantes d'une orthodoxie mal entendue, il est certain que le chrétien le plus disposé, en théorie, à refuser toute réalité et toute valeur aux vertus humaines, se contredit à tout moment dans la pratique. Un bienfait reçu d'un de ses semblables émeut son cœur ; il parle de reconnaissance, il est reconnaissant en effet, c'est-à-dire qu'il reconnaît à son bienfaiteur une intention bienveillante et désintéressée ; c'est-à-dire qu'il attribue à l'action dont il a lieu de se réjouir une autre valeur que celle du profil personnel qu'il en retire, une valeur intrinsèque, une valeur morale. Son bienfaiteur est autre chose à ses yeux qu'un arbre bien planté qui porte involontairement de bons fruits ; c'est une volonté généreuse qui, sans y être provoquée du dehors , a fait usage de ses forces et de ses moyens pour procurer quelque avantage à une créature sensible. Je sais bien qu'un système étroit peut à la longue réagir sur l'âme et la réduire à la o^ure qu'il a lui-même ; mais il ne va pas jusqu'à arracher de l'âme des instincts qui y sont si profondément implantés ; et tout ce qu'un système peut sur la nature intime du cœur humain , c'est de la réduire au silence , mais non de l'étouffer.

En faveur de la réalité des vertus humaines, dans une mesure quelconque, nous invoquons hardiment le témoignage de tous les hommes , si non leur témoignage exprès et volontaire , du moins ce témoignage surpris qu'on peut appeler le cri de la nature. Nous obtiendrons même de leur part un témoignage plus explicite , si nous pouvons un moment les faire descendre avec nous dans l'arène où les faits les attendent pour

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)e^ combattre. De ces faits encore nous leur abandott-» neixms sans hésiter un grand nombre» Nous consenti^ rons à rejeter loin de la splière des actions louables toutes celles qui pourraient s'expliquer par l'habitude ou par le préjugé ; toutes oeUes où l'intérêt, grossier ou délicat, a pu jouer un rôte; toutes celles que l'applau** cUssemenI; des hommes pouvait ou devait suivre» Qu'ils fassent de ces actions tout ce qu'il leur p^laira ; nous ne les défendons point ; notre cause peut s'en passer. Mais quant à celles où la vertu ne se peut expliquer que par la vertu , celle qui se sont accomplies loin des regards des hommes, et sans espoir raisonnable d'attirer jamais leur attenticHi ; celles qui, loin de pouvoir compter saxw leur suffrage, n'avaient que leur dédain en perspective^ celles où l'opprobre ne pouvait pas se convertir en gloire par l'adhésion enthousiaste d'un certain nombre de partisans; celles, en un mot, qui n'eussent jamais pu avoir lieu s'il n'y avait eu dans le cœur de leurs auteurs une idée de devoir ou un sentiment désintéressé ; quant à celles4à, mes frères, il fisuit qu'ils nous les laissent; et, quelque petit qu'en soit le nombre , fusseM-elles même séparées par de grandes dislances sur la terre et par des siècles dans le temps, nous croyons qu'elles protestent suffisamment contre une vaine dénégation, et que, dans leur triste rareté , elles constalent la présence et l'action perpétudle d'un principe moral au sein de la nature humaine,

Nous avons, dans cette cause, l'Evangile même pour nmis. On y voit les mêmes écrivains qui nous ont enseî^ gné la complète déchéance de Fhomme et sa condmna»a)tion, ne balancer point à accorder à des vertus humaines des louanges qu'ils ne leur eussent point accordées

daos le système qui nie toute valeur morale aux actions de rhomme. Après avoir déclaré qu'il n'y a point de juste, non pas même un seul ; qu'il n'y en a point qui fasse le bien ; que toute chair a corrompu sa voie ; ces mêmes écrivains se louent d'une peuplade barbare qui les accueillit, après un naufrage, avec beaucoup d'humanité (Act. XXYIII, 2 ) ; ils rendent grâces aux soins affectueux d'un homme qui, sans les connaître et sans rkn attendre d'eux, leur fit tout le bien que leur situation réclamait ( Act. XXYIII, 7 ) ; et saint Paul, le même qui enlève à l'homme, quel qu'il soit, tout sujet de se glorifier devant Dieu, reconnaît dans son Epître aux Romains que les Gentils font naturellement, du moins dans une certaine mesure, les choses qui sont selon la loi, et montrent par là que ce qui est écrit dans la loi est aussi gravé dans leurs cœurs (Rom. II, 14 ). Il n'y a, après ces témoignages , aucune difficulté pour le chrétien à reconnaître dans l'homme un principe d'action étranger à l'intérêt : et, une fois ce principe reconnu et carsK^érisé, peu importe le nom dont on l'appellera.

GhcK^ singulière ! c'est parmi les sectateurs de la doctrine chrétienne, et parmi eux seulement, que notre thèse devrait trouver des contradicteurs ; et nous voyons s'élever contre elle, dans les rangs opposés, un aussi grand nombre d'adversaires ! C'est quelquefois contre l'homme naturel que nous avons à défendre la réaUté des vertus naturelles ; c'est devant l'homme, luinnême, que l'homme a peine à trouver grâce ; c'est l'homme qui reftiseà l'homme ce sujet de gloire que nous n'hésitons point à lui accorder. Les mêmes personnes qui taxent le christianisme de misanthropie et d'exagération lors-

qu'il proclame le néant des vertus humaines, sont souvent, dans la pratique de la vie, les plus incrédules à toute vertu. On les voit démolir pierre à pierre l'édifice, sauf à le reconstruire à la hâte, quand il s'agira de trouver un asile contre les assertions accablantes de l'Evangile. Prêtes à soutenir contre lui, en thèse générale, la bonté, l'excellence même de notre nature, elles se contredisent dans le détail de la manière la plus frappante. Pour elles tous les hommes sont bons, mais chaque homme est mauvais. Leur défiance et leur humeur ne fait grâce à aucune action ni à aucun homme; rien de beau ni de bon n'échappe au corrosif de leurs cruelles interprétations; elles ont en réserve pour toute belle action une explication dégradante et amère; et lorsqu'un beau fruit tombe sous leur main, leur première idée n'est pas de s'en nourrir, mais d'y trouver le ver caché qui le ronge intérieurement. Ainsi leur pratique habituelle dément leur théorie. Et que dire de ceux qui accueillent dans leur esprit deux théories contradictoires? de ceux qui, reprochant au christianisme la dureté de ses doctrines, en ont adopté, pour leur compte, de tout aussi dures, et de plus dures peut-être ? de ceux qui, analysant le cœur humain, se flattent d'avoir découvert, heureuse découverte ! que toutes ses fibres correspondent à celle de l'égoïsme? qui sollicitent l'humanité de signer avec eux l'arrêt qui la déshonore ? et qui demandent de la gloire pour eux en récompense de celle qu'ils nous ont ôtée ? Il y a même des temps où ce mépris amer de la nature humaine, cette dénégation de toute valeur morale dans l'homme devient une croyance générale et presque un instinct populaire. Gela se voit surtout à la suite des grandes et cruelles déceptions de la société ; lorsque.

ayant, sur la foi de ses guides, donué son adhésion à de séduisantes théories, garanties par d'imposantes paroles, elle découvre qu'elle a été trompée, et, dans le dégoût qui suit de près l'enivrement, enveloppe dans un mépris égal toutes les professions de foi, toutes les protestations de bienveillance, de justice et de dévouement. La proÊination des mots amène le mépris des choses ; et, en morale aussi bien qu'en religion, l'incrédulité est le contre-coup nécessaire de l'hypocrisie. A la suite des guerres de religion vient d'ordinaire le scepticisme religieux ; et les guerres d'opinion, après une énorme dépense de maximes, de déclamations et de serments, finissent par enfanter le scepticisme moral.

Cette espèce de dégoût qui vient naturellement à la suite des grandes commotions sociajes, nous le reproduisons en nous, à volonté, dans des temps ordinaires et calmes, par la contemplation générale de la société et par l'étude de l'histoire. Ceux mêmes que leurs relations individuelles auraient conduits à accorder quelque estime à l'humanité, en passant des individus à l'espèce, changent involontairement de vues. Il est rare qu'à cet aspect le sentiment de la dégradation de la nature humaine ne s'empare pas avec force de leur âme. Sentiment d'autant plus douloureux qu'alors, s'identifiant pour ainsi dire avec la conscience du genre humain tout entier, ils éprouvent à sa place comme un immense remords. L'iniquité de toute la famille humaine se ramasse sur leur conscience comme sur celle d'un complice ; leur orgueil se prête malgré eux à cette humiliante solidarité, parce qu'à la vue de tant de forfaits, démêlant dans leur propre cœur le germe caché d'où des circonstances malheureuses eussent pu faire sortir les mêmes iniquités,

ils se sentit comlamnés par les crimes de la société, dégradés dans sa dégradation, avilis dans son oppr<>bre. Ce n'est pas tout. Goimnent, se disent^ils confesément, comment des sucs généreux peuvent^ils circuler dans Tarbre avec cette sève empoisonnée ? Et lorsque, non^ seulemait dans la même nation , mais dans le même individu, on voit se développer ensemble les vices les |^us odieux à côté des plus hautes vertus, des sentiments dénaturés à côté des plus nobles éÉdotions, n'ost-on pas entraîné à douter de la réalité du bien au milieu de tant de mal ? et à la vue de ces parcelles d'or égarées dans la fange, n'est-il pas permis de supposer que ce soble métal n'est poitat là, mais qu'un jeu singulier de la hi^ mière céleste a donné parfois à quelques parties de cette fange l'apparence et l'éclat de l'or ? Alor» on examine, on analyse, et l'on est frappé de yok conatbien de vertus sont entièrement fausses , combien d'actions bonnes en elles-mêmes sont déshonorées par un motif imptfr, combien d'autres par un honteux mélange. On se demande compte à soi-même de ses admirations ; on en jQiétrit le pi*incipe, ce qui conduit à en flétrir l'objet. On se demande si l'enthousiasme qu'on a ressenti à la vue de quelques grandes vertus historiques était un enthou*^ siasme bien pur, et s'il n'avait pas pour principe bien moms l'amour de la vertu que celui de la gloire. On se demande si la vertu, dépouillée de toirte circonstance poétique, réduite à l'observation persévérante mais uniforme, zélée mais obscure, des devoirs qui naissent d'une position vulgaire, la vertu, sous cette forme , la moins suspecte pourtant, ne nous inspire pas un intérêt comparativement bien faible ; et si c'était bien un sentiment tout moral que celui qui nous élançait de cet

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boirÎBOii obscur et terne vers un hmizon éblouissiiiit où de grandes aventitres^ de grasdes forces intelleetuelles relevaient à nos yeux les qualttés des grands cœurs. Si notre admiratico s^'est suusi laissé cm^rompre , la vertu eUeHBQéme sera-t-elle incorruptible ? Si la gloire a fsiussé notre endiottsîasnie , a*t<^lle rnsénagé davantage les grandes aciionB qui Font éveillé en nous ? et ne faiit*il pas mettre sur son ocmpte une partie^ hélas ! une très«* grande partie des vertais que nduâ aidauroas ?

Vous vofyezi, mes cbers auditeurs, que, si TopposilMm d'une partie des boaunes religieux donne qfuelque cbose à faire au défenseur de» vertus bumaine», Toppcn sition d'ufte autre classe d'advevsaires ne l^ir suscite pas im Bioimlre embarrais» Et nous avouons, pour notre part,, qu'afffès la connaissance que nous croyons avoir acquise delà nature bwnaine, nous serionsi fort en peine swjnHird'bui si nous voulions faire autre chose cfue d'ar« fâcher quelques débris au naufrage. Car umts croyons au mufrage de Thumanité ; nous croyons qiue sa nef xnalfaeuretise a péri ; les débris de celte grande catas* trophe wreni sur les ondes; plusieurs sent propres en* core à quelque usage ; naais aucul^ ne peut porter au rivage le moindre desr passagers» Seulement tout eoù^ vaincu que nous sommes que rkudianîto est déchue, nous ne convenonsi pas qn^ette soit devenue^rangère à Umt sentiment moral ; m>w enoyonsapercevotr au travers de sa oorruplicNi des; tnaces de justice et de bienveillance^ traces hriUaatesi quelquefois, auxquelles on ne peutrefoserderadauraiion ; en nu motvuousr croyons que rbonmie n'esft pas dénué de tout sujette ^^kiîre devant If honmMi.

Que Fhomme soit contast de nous ; nous lui avons

tait sa part. Qu'il s'entoure de ces splendides lambeaux, qu'il les admire ; qu'il essaie d'en revêtir et d'en parer sa nudité ; nous y consentons ; nous allons plus loin : nous respectons ces lambeaux, et nous savons pourqrioi. Mais lui, à quelque haut prix qu'il mette son orgueilleuse indigence, quelle paix et quelle espérance lui peuvent donner cet assemblage incohérent et contradictoire des éléments moraux les plus disparates , cette volonté qui reconnaît la loi et qui la foule aux pieds, qui aime le devoir et qui le hait, ce cœur qui accueille avec une même faveur et réchauffe ensemble les passions les plus brutales et le dévouement le plus héroïque ? Se persuadera-t-il que tout est bien en lui ? ou que le bien peut compenser le mal ? ou que ce mélange constitue l'ordre même, et que Dieu veut le mal comme le bien ? Un besoin d'unité plus fort que tous les raisonnements lui crie le contraire. Une angoisse plus forte que toutes les consolations d'une fausse sagesse lui répète qu'il n'y a de sûreté que dans l'unité; un sentiment confus l'avertit qu'un bien qui ne surmonte pas le mal n'est pas le vrai bien , et qu'une vertu qui laisse le vice habiter à côlé d'elle n'est pas la vraie vertu; que la vraie vertu, résidant au centre de l'âme, exclurait par sa seule présence tout ce qui n'est pas elle ; que ce qu'il a honoré de ce nom n'est donc pas véritablement, la vertu, mais son reflet, son apparence, son souvenir ; et une voix de condamnation retentit sourdement pendant toute la vie pardessus les applaudissements qu'il se décerne et qu'il reçoit tour à tour. Doutes cruels ! eff'rayantes ténèbres ! qui vous dissipera? qui fera luire au terme do cette sombre carrière une lueur consolante? Mes frères, la clarté qui pourra nous éclaîrcir le passé pourra seule

aussi nous illuminer ravenir ; celui qui pourra expliquer le mal pourra seul prometire la guérison ; c*esl sous les ruines de notre ancienne demeure qtf il faut chercher les fondations de la nouvelle. Unité , lumière , avenir, nous trouvons tout à la fois dans la parole qui a dit à tous les hommes sans distinction : c Vous êtes privés de tout sujet de gloire devant Dieu. • Abordons ensemble cette grande vérité.

UHOMME

FRIVS »■ TOUTS a&OiRB DBVAMT DIBU.

Rom. m, 2S.

« U n'7 1 point de diiUncUon, puisque tous ont péclie, H sont priTés de U gloire de Dieu. »

Nous Tavons dit dans notre précédent discours : rhomme a quelques sujets de gloire devant l'homme. Titres chétifs, qu'il se conteste à lui-même, et que bien souvent, après un examen plus attentif, il déchire en rougissant. De ce qui lui reste, de ce qu'on ne peut lui refuser, il ne saurait faire un contrepoids à sa misère ; sa honte sera toujours, même à ses propres yeux, plus grande que sa gloire. L'état général de l'humanité, aux époques même de culture et dans les centres de civilisation, lui paraîtra toujours un état de dégradation et de ruine. C'est le résultat auquel on parvient presque infailliblement par une étude approfondie des choses humaines; c'est aussi le résultat auquel sont parvenus beaucoup des plus hommes de bien par le seul examende leur propre cœur et l'analyse rigoureuse de leurs actions. Telle est la condition de l'humanité ; telle est sa gloire; qu'elle s'en empare ; mais qu'elle ne porte pas la

main sur une gloire plus haute, la gloire qui vient de Dieu. Nous la lui refusons absdumeftt.

Déjà par ses propres réflexions, soit qu'ë se fasse une médiœre idée de sa valeur morale, soit qu'il Testime outre mesure, Thomme est nécessairement poussé à reconnaître qu'il ne peut pas prétendre à beaucoup de gloire devant Dieu. €e Dieu, dont les regarda pénétrants sondent les coeurs et les reins , y peut voir mille misère que nous n'y voyons pas ; et comme rien ne peut corrompre son jugement, rien ne peut nous faire espérer qu'il se fasse à notre égard la moindre illusion. De plus, c'est un Dieu parfeiitem^at saint, dont les yeux, dit l'Ecriture, f sont trop purs pour voir le mai. > Quand il trouve le mal dans un cœur, il n'en reçoit pas les faibles impressions que nous en recevons. Il a horreur de tout ce qui s'ecs^rte de l'ordre ; et cette horreur ne s'attache pas exdusivemeat, comme la nôtre, à certaines actions qui répugnent plus que d'autres à notre instinct, ou qui troublent d'une manière plus sensible les relations sociales. Bien au-dessus de ces distinctions par la majesté de sa nature, sa divine impartialité s'attache au principe des actions ; c'est par leur principe qu'il les juge ; et de ce point de vue, il ne frappe pas toujours d'une plus grande réprobation les forfaits qui nous épouvantent que les défauts que notre bl^me atteint à peine. Sa justice toute céleste, dérangeant toutes nos classifications, élève tout au même niveau , et décerne le nom de crime aux habitudes qui ne nous coûtent pas toujours un léger scrupule. Non-seulement nos vices, mais rios défouts, mais nos actions prétendues indifférentes, mais souvent nos vertus même, accourent à sa voix pour grossir les rangs où se pressent déjà tant de crimes évidents. Jugé

par ce saint et redoutable juge , rhomme de bien se transforme en criminel, et les modèles de justice apparaissent comme des modèles d'iniquité. Si c'est ainsi que Dieu nous juge, ( et le moyen de croire qu'il nous juge autrement ! ) il nous reste sans doute bien peu de sujets de nous glorifier devant lui.

Ne vous serait-il pas possible, mes chers auditeurs, d'en juger par vous-mêmes en vous plaçant, jusqu'à un certain degré, dans le point de vue de votre Créateur ? Vous le pouvez assurément, si vous considérez la loi par&ite où se réfléchit comme dans un miroir la perfection même de Dieu. La loi parfaite ou la loi de la perfection n'a d'autres limites dans l'application que la possibilité. Ne l'envisagez pas même tout entière ; n'en prenez qu'un seul article, celui qui vous prescrit de faire à votre prochain tout ce que vous voudriez qui vous fût fait à vous-mêmes. Je ne crains pas que vous récusiez ce précepte : personne ne le récuse. Ceux mêmes qui ne veulent pas entendre parler du dogme chrétien acceptent volontiers la morale chrétienne ; ils se piquent d'en sentir la beauté; ils la relèvent au-dessus de toute autre. Singulière préoccupation ! car la morale devrait répugner beaucoup plus que le dogme ; le dogme est consolant, la morale terrassante. Mais quoi qu'il en soit , jugez-vous sur ce seul article; et si cet article est vrai, s'il doit être maintenu dans toute sa force, s'il ne dépend pas de vous de le mutiler ou de l'affaiblir, convenez que cet article vous condamne. Traiter son prochain comme on voudrait en être traité ! voilà le précepte ; mais , de grâce, quand l'avez-vous observé ? ou plutôt quel est le jour, quelle est l'heure de votre vie où vous ne l'avez pas violé? Ce précepte, vous le savez, n'est pas négatif; il

embrasse dans son enceinte tous les of&ceà, tous les soins, tout le dévouement, toute l'ardeur de la charité ; il suppose que celui qui l'observera ne vivra plus pour lui-même, que le bonheur de ses frères deviendra le mobile principal de sa vie, et qu'il enfermera le mcmde entier dans son cœur par la puissance d'un généreux amour. Eh bien ! ce côté positif du précepte, je vous en fais grâce ; et je veux supposer, contre toute vérité philosophique, que la partie négative est indépendante de l'autre, que la charité peut se restreindre à s'abstenir, et que, par cela seul qu'on s'abstient de faire à autrui le mal qu'on ne veut pas en recevoir, par cela seul, dis-je, on est charitable. Eh bien ! même dans ce sens borné, avez-vous accompli la loi ? L'accomplissez-vous lorsque vous usez à la rigueur de votre droit , alors même qu'aucun devoir ne vous y oblige ? L'accomplissez-vous, lorsque vous donnez à votre prochain des exemples qu'il vous serait funeste d'en recevoir ? L'accomplissez- vous, lorsque vous blessez sans nécessité son amour-propre , vous dont l'amour-propre est si sensible ? L'accomplissez-vous, lorsque vous lui refusez les égards dont vous êtes vous-mêmes si avides ? L'accomphssez-vous, lorsque vous jugez ses actions avec une rigueur et une légèreté que vous ne lui pardonneriez pas s'il les exerçait envers vous? De deux devoirs l'un du moins vous est imposé : ou il faut vous abstenir de toutes ces choses, ou il faut renoncer à tout ce que, jusqu'à ce moment, vous avez exigé d'autrui; il faut lui donner ce que vous exigez de lui, ou ne pas exiger de lui ce que vous ne voulez pas lui donner. Avez-vous accompli cette loi ? ne la violez-vous pas à tous les moments ? Passez en revue

de la même manière tous les articles de la loi ; exami-

liez-vous sous tous les rapports divers qu'elle embrasse; écoutez son jugement ; car c'est comme si Dieu lui-même parlait; puis comptez vos pertes; voyez le terrain jonché de vos mérites abattus, de vos vertus terrassées. Vous alliez à la rencontre de Dieu en pompeux appareil, en magnifique cortège ; vous voilà arrivés devant lui à travers la double haie des préceptes de la loi ; regardez maintenant à vos côtés, regardez derrière vous ! Que vous reste-t-il de cette orgueilleuse escorte? N'ôtesvous pas seuls et sans appui devant Dieu et réduits à solliciter humblement la merci de Celui dont vous veniez si fièrement réclamer la justice ?

J'ai dit la merci, mes frères, car, sans aller plus loin, déjà je puis le dire. La loi, en effet, n'exigeait pas moins que sa pleine observation ; votre conscience en demandait autant, puisqu'à chaque devon» négligé, à chaque transgression que vous n'avez pas évitée, elle n'a pas failli une seule fois à pousser le cri d'alarme. Si vous eussiez accompli toutes ses prescriptions, encore eût-il fallu vous placer au rang des serviteurs inutiles. Si vous ne vous êtes pas élevés au rang de serviteurs inutiles, qu'avez-vous été? et, prenant la chose plus à fond, que penser de ces fréquentes et perpétuelles transgressions de la loi, sinon que vous n'aimez pas la loi: que si, par rencontre , vous avez accompli quelqu'un de ses préceptes, à votre choix, c'est que sans doute votre inclination vous y portait, mais que la loi en elle-même, la loi comme loi, vous est odieuse, et que vous vous êtes quelquefois rencontrés avec elle, mais que vous n'avez jamais obéi ? Vous conclurez avec moi que vous êtes rebelles; que quelques actes d'obéissance apparente , accidentelle, ne vous peuvent enlever cette terrible quali-

fication ; et que la miséricorde, non la justice, est votre unique recours.

Dès ce moment il nous semble que nous en avons assez dit pour atteindre le but de toute prédication chrétienne, celui de jeter le pécheur tremblant aux pieds de la miséricorde. Mais nous n'oublions point quel est le sujet précis de cette méditation : nous avons montré jusqu'ici ou plutôt nous avons reconnu avec vous, que rhomme a peu de sujets de se glorifier devant Dieu ; il fout aller plus loin : il fout prouver que , selon la déclaration de l'apôtre, c tout sujet de se glorifier est exclu. »

Se glorifier devant Dieu ! et de quoi donc ? de lui avoir, soit dans la vertu, soit dans le vice, iacessamment désobéi. Car voilà le crime qui, parmi les hommes, égalise toutes les conditions morales. Les autres iniquités sont individuelles, celle-ci est la grande iniquité du genre humain. Vertueux ou vicieux, tous nous avons mis Dieu hors de nos pensées, hors des motifs de nos actions, hors de notre vie. Nous avons tous également violé le premier , * le plus grand de tous les devoirs. Nous sommes tous , au même degré, transgresseurs de de l'ordre éternel.

Qu'un homme, je veux pour un moment supposer l'impossible, qu'un homme se présente qui puisse nous dire : J'ai observé tous les commandements de la loi dès ma jeunesse , seulement je ne me suis point soucié do Dieu; j'ai rempli mes devoirs, seulement j'ai négligé le plus essentiel ; j'ai été vertueux en tout point , seulement j'ai commis le plus grand de tous les péchés

Avec combien de droit ne lui dirons-nous pas : Vous n'avez pas été vertueux, cela est impossible ; de la même

source ne peut jaillir Teau douce et Teau amère ; la même âme ne peut renfermer ensemble des éléments aussi contradictoires; l'esprit se refuse à concevoir une aussi monstrueuse alliance ; et si vous persistez à appeler ver/u des faits qui, nous en convenons, jouissent de l'estime des hommes, force nous est de déclarer que ces faits ne peuvent constituer la vraie vertu; que, détachés du vrai principe de tout bien, ils se flétrissent aussi nécessairement qu'une fleur séparée de sa racine, et que le Dieu jaloux ne pourra jamais honorer une vertu superbe qui ne Fa point honoré.

Et que personne ne dise que c'est là une dispute de mots ; que l'obéissance est l'essentiel ; et que celui qui obéit à la loi et à sa conscience obéit à Dieu. Si l'un est identique à l'autre, si l'un ne coûte pas plus de peine que l'autre, d'où vient cette répugnance universelle à passer de l'un à l'autre, de la loi au législateur, de la conscience à Dieu ? D'où vient cette inconcevable préférence de la chose à la personne, de l'idée à sa source, de l'abstrait au vivant ? Pourquoi l'homme ne veut-il entendre la voix de Dieu qu'à travers des détours, et se refuse-t-il obstinément à un contact immédiat avec son Père céleste ? S'il respecte la loi comme venant de Dieu, s'il honore la conscience comme la voix de Dieu, d'où vient que Dieu lui-même n'est point directement le but et l'objet de ses hommages ? C'est que, dans le fait, mes chers auditeurs, ce n'est point Dieu, mais lui-même, qu'il honore dans la loi et dans la conscience ; c'est qu'il s'approprie ces deux autorités, ces deux éléments , les transforme en son propre être, et, les adorant comme une partie de soi, s'adore en effet lui-même.

Qu'importe, dites-vous, que je néglige le législateur

pourvu que j'observe la loi ? Cette idée peut trouver place, jusqu'à un certain point, dans vos relations avec les législateurs de ce monde. Ils ne sont que des hommes, vos égaux, simples représentants de la société dont vous faites partie, simples organes des idées d'ordre et de justice qu'une plus haute puissance a déposées dans la société. Il . n'y a en eux aucune dignité dont la source soit en eux-mêmes. De Dieu il n'en est pas ainsi. Il ne représente personne. Il n'est pas l'organe de la loi, il est la loi vivante. La loi même n'est loi que parce qu'elle vient de lui. Il est lui-même la suprême et dernière raison de toutes les idées. Tandis que, sur la terre, c'est la loi que nous honorons dans la personne du législateur, ici c'est le législateur qu'il faut honorer dans la loi. Observer la loi sans égard au législateur, c'est violer la loi même ; car notre premier devoir est envers le législateur. Respecter des idées et négliger celui qui en est l'auteur et la source, celui qui est la cause de leur vérité, celui dont ces idées ne sont que l'ombre ou le reflet, c'est la plus choquante des contradictions. Admettre la conscience et le devoir, le juste et l'injuste comme des réalités, et faire abstraction de l'Etre qui seul est la sanction de ces idées , seul leur donne une base, seul en attache la chaîne à un point fixe, seul, on peut le dire, en explique la présence dans l'esprit humain et les rend concevables, c'est une profonde déraison. Enfin, mes frères, tâchons d'étendre et d'élever un peu notre pensée; élançons-la, autant que le comporte notre faiblesse, jusqu'à l'idée du Dieu de Moïse , de Celui qui s'est nommé Je suis celui qui est , de l'Etre nécessaire , de l'Etre universel , disons mieux , de I'Etre ; de ce Dieu qui n'est pas une idée, une forme, une abstiac-

lion, mais Tëtre ; de cette personnalité vivante, infinie, essenttellemenl unique, de ce Moi éternel, dont le moi de chacun de nous n'est qu'une émanation mystérieuse ; de cet Etre qui est la source de toutes choses et la nôtre, notre force, notre souffle, notre vie, tout le positif et tout le vrai en nous. . . après cela, est-il quelqu'un de nous qui osât dire que c'est la loi qui importe et non le légis* lateur ?

Vous mettez votre Créateur sur la même ligne qu'un législateur humain ; et parce qu'un législateur humain ne demande que de l'obéissance , vous prétendez que Dieu ne demandera pas davantage. Mais dans le législateur divin ne reconnaissez-vous donc qu'un législateur ? et entre Dieu et vous n'y a-t-il que la loi ? Est-ce la loi qui vous a dotés de tant de moyens de jouissance et de bonheur ? Est-ce la loi qui vous a déféré l'empire de la nature? Est-ce la loi qui a formé entre vous et ceux de votre sang la mystérieuse et douce union des cœurs ? Non ; dans ces immenses libéralités, dont une seule su& fit au bonheur des créatures moins privilégiées, le législateur se cache et le père se montre, un père dont la bonté surpasse toute pensée. Et vous croiriez qu'une froide et servile obéissance peut vous acquitter envers lui ! Vous oseriez croire que de cette force d'aimer qu'il a déposée dans votre sein, rien ne doit remonter à lui ! Toute votre obéissance ne serait pas amour ! Votre cœur ne chercherait pas, au-dessus de la loi, au-dessus du législateur, le Père, la Bonté, l'Amour, de qui procèdent pour vous la vie, l'amour même et la félicité ! Et vous diriez froidement, créatures dénaturées : J'obéis, il suffit ; ne sujs-je pas acquitté ? Et de cette loi que vous prétendez accomplir, vous ne comprendriez pas que

VOUS avez violé le premier et le plus grand commandement en refusant à Dieu amour pour amour ! Non, ne dites j^as que dans la loi vous honorez le législateur, à moins peut-être qu'il ne soit honoré par la crainte ; ne dites pas que cet hommage assure votre avenir, à moins peut-être qu'un sentiment qui, dans toute sa force, ne saurait tirer un démon de l'enfer, ne suffise à lui seul à vous introduire dans le ciel. La loi, pratiquée dans cet esprit, vous tue et ne vous sauve pas.

On honore la conscience ! En vérité je le crois. Il serait difficile de ne pas l'honorer jusqu'à un certain point. Elle ne le pardonnerait pas. Invisible aiguillon planté à côté de l'âme, le moindre mouvement irrégulier porte l'âme contre cette pointe cachée, et la blesse douloureusement. Mais si la conscience, après l'exil de Dieu du sein de l'âme humaine, y demeura encore, c'était pour l'avertir incessamment de Dieu ; et qui est-ce qui reçoit cet avertissement ? On reconnaît l'autorité de la conscience ; cm dit souvent qu'on l'a entendue ; mais on ne remonte pas plus haut. Chose vraiment inconcevable ! séparée de la pensée de Dieu, la conscience n'est dans notre nature qu'une bizarrerie, une énigme , un non-sens ; eh bien ! c'est sur ce pied-là que l'admettent la plupart des hommes; vous en verrez même à qui l'idée des jugements de Dieu et d'une responsabilité finale est complètement éti^angère , qui la repoussent du moins, et qui toutefois parlent couramment de la conscience comme de leur guide intérieur; oubliant que, si la conscience n'a pas de qui se réclamer, à qui en appeler, si elle ne relève pas de Dieu, elle n'a rien à dire et rien à commander. Pourquoi est-elle écoutée ? pourquoi la reconnaît-on ? Ah ! c'est que ce n**est pas une

affaire de choix; elle est là, et il ne dépend pas de nous qu'elle n'y soit pas ; absente, on ne l'appellerait pas ; présente, on ne peut pas lui nier sa présence. Mais sa présence , souvent importune d'ailleurs, et vue de mauvais œil, n'est pas la présence de Dieu ; la conscience n'est que l'empreinte subsistante et ineffaçable d'une puissante main, qui, après nous avoir pressés, s'est retirée de nous, ou plutôt d'entre laquelle une force ennemie nous a arrachés ; la main est absente, l'empreinte reste ; cette impression mystérieuse, que nous nousnèsommes point faite à nous-même , ramène vers une idée confuse de Dieu tout homme qui réfléchit ; elle peut lui faire conclure et chercher la main absente ; mais à elle seule , elle ne peut la lui faire retrouver.

Voulez-vous avoir une idée sensible de la conscience dans l'homme ? Un enfant ingrat que l'ivresse de l'orgueil emporte et que séduisent de perfides conseils, s'échappe de la maison paternelle pour goûter une indépendance qu'on lui a représentée comme le plus grand des bonheurs. Il s'aventure dans le monde, sans appui comme sans aveu. Ses désordres et ses excès, alors même qu'ils ne provoquent pas la sévérité de la justice sociale, signalent en tous lieux sous ses véritables traits l'enfant rebelle et dénaturé. Mais , au milieu de ses écarts, quelque chose rappelle qu'il est sorti de bon lieu ; dans son langage, un heureux choix d'expressions; dans ses manières , quelque chose de distingué; dans sa conduite même, des mouvements honnêtes qui font contraste avec l'ensemble de sa vie ; en un mot, un reste, difficile à effacer, des premières habitudes d'un homme bien né, l'accompagne jusque dans les lieux et dans les sociétés où ce mérite est le moins apprécié. Il

semble qu'on puisse attendre toute espèce de mal d'un être qui a pu volontairement briser le cœur d'un père ; et cependant bien souvent, lorsque la séduction de l'exemple l'engage à franchir les dernières barrières de l'honnêteté, il hésite, il recule, il semble que le respect de soi-même le retienne encore. Attachés à lui malgré lui-même, les souvenirs de son premier état le suivent, l'entourent, interceptent sur le chemin de son cœur une partie au moins des miasmes pestilentiels que le monde exhale, et l'empêchent d'épuiser, d'excès en excès et de chute en chute, toutes les conséquences possibles de son premier crime.

Image fidèle de l'homme dans son état de défection ! la conscience lui parle encore : il la suit quelquefois ; mais Celui au nom de qui elle parle, mais Celui qui la laissa dans le sein de l'homme comme un perpétuel moniteur, comme un cri de rappel incessamment prolongé, on ne l'écoute point, on ne le sert point, on l'abjure; et on ne laisse pas de se tranquilliser sur ce que, pourtant, on a de loin en loin cédé quelque chose aux murmures importuns de la conscience ! Ah ! l'eût-on toujours écoutée et toujours suivie, encore n'est'pas ainsi que Dieu entend ses droits et notre devoir. Quelle que soit la dignité de la conscience, dignité qu'elle emprunte de Dieu, Dieu ne veut pas être supplanté par elle. Bien loin de se dessaisir pour elle d'aucun de ses droits, bien loin d'abdiquer en sa faveur, comme on paraît le supposer. Dieu, qui ne veut pas que la prescription s'établisse contre ses titres. Dieu a quelquefois ordonné à la conscience ellemême de se taire devant lui. C'est sur l'idée de son droit immédiat à l'obéissance que reposent plusieurs des dispensations et des décrets de l'ancienne économie. A la

vérité^ si vous prenez l'ensemble de cette histoire, vous voyez bien qu'en général Dieu respecte sa propre œuvre, en reconnaissant , en sanctionnant même la loi morale qu'il a gravée dès l'origine dans le cœur humain ; mais aussi, de même que, sans rien changer à la combinaison des forces dont il a composé le système de la nature, il y fait, par intervalles, intervenir sa propre force dans le fait des miracles ; de même dans l'ordre moral , il impose un silence momentané à notre sensibilité naturelle, à notre sens moral, et commande formellement ce qu'ils n'eussent pas même permis. Lorsque Abraham est loué d'avoir conduit son fils au bûcher en dépit du murmure des entrailles paternelles, lorsque Saûl est puni d'avoir obéi à un mouvement de pitié et de n'avoir pas commis ce qu'en toute autre occasion l'on eût appelé un abus de la victoire, comment ne pas reconnaître dans ces deux terribles faits un symbole éclatant de la vérité que j'expose, savoir : que Dieu est au-dessus de la conscience, que c'est à lui que notre obéissance doit s'adresser, et que sa divine jalousie ne se satisfait pas à un moindre prix ?

Appuyons ces principes d'une considération importante. C'est que l'obéissance à Dieu, je dis à Dieu immédiatement, est seule capable de produire /a vertu. Si, se rappelant tout ce que nous avons concédé dans notre discours précédent, on trouve dans cette assertion une contradiction en même temps qu'un paradoxe , qu'on veuille bien accorder quelque attention à ce qui nous reste à dire.

La vertu est-elle un mot ou une chose, une fiction ou une réalité? Si elle est une chose, une réalité distincte, il faut qu'elle soit une dans son principe, une à son ori-

gtne. Si elle a plusieurs principes, elle est plusieurs choses à la fois ; elle est Tassemblage factice de plusieurs phénomènes auxquels cm a imposé un nom collectif et dont la nature intime demeure, par cela même, inexplicable. Il faut nécessairement admettre qu'au-dessus de la piété filiale, de la justice, de la bienveillance, de la véracité, de la chasteté, il y a une chose qui n'est aucune de ces choses en particulier et qui les embrasse toutes à la fois ; un principe d'après lequel nous sommes non* seulement fils respectueux , ou hommes justes , ou bienveillants , ou sincères , ou chastes , mais tout cela à la fois ; mais tout ce quil faut être ; une force générale qui doit fléchir notre âme à Tordre moral dans toute son étendue et nous le faire aimer dans toutes ses applications ; en un mot, qui crée en nous non des vertus, mais la vertu. Ce mot vertu, dans son sens général ou abstrait, signifie*t-il quelque chose , mes frères ? Y a-t*il une source principale dont les vertus particulières sont les écoulements, un tronc dont les vertus particulières sont les rameaux? Si vous le niez, vous êtes sur la pente du matérialisme ; car lui seul peut rendre raison de votre théorie. Si vous l'affirmez au contraire, montrez-nous ce tronc et cette source. La découverte de ce principe générateur fait depuis longtemps la tâche et le désespoir de la philosophie morale. Le chercherez-vous dans la conscience? De la conscience dans son état actuel, vous pouvez faire dériver quelques vertus particulières, mais leur cours remonté ne vous fera pas atteindre au lit primitif d'où elles s'é}>anchent, au trésor commun de leurs eaux. Qu'ya-t-il de plus général, dans la conscience humaine, que cet axiome que nous avons déjà cité : « Fais à autrui tout ce que tu voudrais qui te fût fait ? »

Qu'il est loin d'enclore toute l'étendue de l'être moral ! Comment cet axiome contiendrait-il l'obligation de purifier son intérieur? Comment en concluriez-vous l'obligation de rendre à Dieu les hommages qui lui sont dus? Tout vaste qu'il est , il n'embrasse pas la moitié de nos devoirs. Et dans la pratique, que de lacunes , que d'incohérences ne laisse-t-il pas subsister ! Que c'est donc une chose décousue et fragmentaire que la moralité humaine chez l'homme même le plus distingué par son caractère! En vain cherchez-vous en lui le principe commun de toute moralité ; encore un coup, il ne tire de sa conscience que des vertus^ il n'en tire pas la vertu. C'est que la vertu ne saurait être cherchée moins haut qu'en Dieu, qui en est la source suprême et unique. C'est que l'amour de Dieu est la vertu. C'est que la force qui produit en l'homme, parallèlement et d'un seul jet, toutes les vertus , ne réside que dans ce sentiment. Aussi estce dans l'éveil de ce sentiment au sein de l'âme humaine que l'Evangile fait consister la régénération. Il ne nous apprend pas à être vertueux par additions successives, en juxtaposant, pour ainsi dire, vertu à vertu. Il nous unit à Dieu par la foi ; et cette foi qui produit l'amour développe simultanément dans l'âme renouvelée toutes les qualités et toutes les habitudes dont l'ensemble forme la vertu. Et parce que c'est au centre même de l'âme, et non à différents points de sa surface, qu'il en dépose le germe unique, c'est aussi aux dispositions intérieures qu'il attache une souveraine importance. La Bible seule a dit, avec une parfaite connaissance de cause, que c c'est du cœur que procèdent les sources de la vie. > Les vertus sociales, poursuivies comme but par le moraliste ordinaire, ne sont aux yeux du mora-

liste chrétien que le déploiement de la vertu intérieure, le signe et la manifestation de sa présence dans Fâme. La morale humaine, dans son état le plus parfait, est une mosaïque ingénieuse dont la moindre secousse fait un monceau de débris bigarrés ; la morale chrétienne est la puissante pyramide dont chaque partie trouve le même appui dans son immense base , inQt)ranlable comme le sol qui la porte.

Avec quelque^ prétention^ que Fhomme puisse donc s'avancer vers son divin juge, il ne saurait se présenter à lui avec la vertu; il ne l'a pas, car il n'a pas l'amour de Dieu : quelle gloire pourrait-il donc trouver auprès de Dieu ? Avouons donc que tout sujet de se glorifier est exclu : exclu pour l'homme que le monde méprise ; exclu pour celui que le monde estime, c II n'y a point de différence, > dit l'apôtre ; c car tous ont péché. > Jusqu'ici la possibilité d'une distinction se laisse concevoir ; mais il ajoute : c Et tous sont privés de tout sujet de gloire devant Dieu. > Dès lors les différences disparaissent, car ce péché, qui est le péché proprement dit, est le même chez tous. Dans ce point de vue, l'homme le plus débonnaire est dur de cœur, le plus juste est inique, le plus honnête, infidèle, le plus loyal, rebelle , et le plus pur, adultère; car tout ce qu'il épargne aux hommes, il le fait à Dieu.

Ne croyez pas que nous ignorions tout ce qu'un sentiment ou un préjugé naturel peut élever de murmures contre cette déclaration. Nous pourrions nous borner à répondre qu'elle subsiste néanmoins, et avec une évidence plus forte que tous les préjugés. Mais l'observation d'un fait intéressant en doublerait, s'il était besoin , l'évidence déjà si grande.

Il serait naturel de présumer que, plus un homme sera vertueux, moins on le trouvera disposé à souscrire à la doctrine de notre texte, ou que du moins il ne se laissera pas , sous ce rapport,. placer sur la même ligne que l'homme décidément vicieux. Je ne nie pas, mes frères, qu'on ne puisse aisément trouver parmi les honnêtes* gens quelques exemples de ce pharisaisme naturel. Mais ce qu'on rencontre aussi parmi lésâmes d'élite, et bien plus chez elles qu'ailleurs, c'est la disposition à se plaindre d'elles-mêmes, et à se mettre volontairement bien au-dessous des âmes qui, dans l'opinion générale, leur sont de beaucoup inférieures. Ne serait*ce point que ces âmes d'élite, pour qui leur supériorité même est peut-être un commencem^it de révélation, sentent confusément qu'au milieu de leurs ai-^ mables vertus la vertu même leur manque ? Allons plus loin : de telles âmes viennent à rencontrer le christianisme. A qui, d'après les idées communes, est-il moins nécessaire qu'à elles ? N'ont-elles pas déjà, par le bénéfice de leur caractère, la plus grande partie de ce qu'il peut donner ? Hélas ! plusieurs se l'imaginent en effet I mais il en est d'autres, et cela nous suffit, qui en jugent tout différemment. Au milieu de leurs vertus si vantées, un besoin, non de perfection seulement, mais de rémission, mais de grâce, s'empare d'elles avec une force extrême ; elles confessent franchement qu'elles n'ont en elles aucun sujet de se glorifier devant Dieu. Leur parle-t-on de leurs vertus, elles demandent si ces vertus empêchent que leur vie ne soit une longue suite de transgressions de la loi divine. Leur parle-t-on de la valeur intrinsèque de ces vertus , on les voit tristement sourire ; car elles connaissent le vice de ces vertus hu-

maines, étrangères à tout principe de véritable obéissance religieuse. Récuser leur témoignage, mes frères, n'est pas chose facile ; ce serait, conti-e toute bonne pratique, ajouter foi plutôt à ceux qui se vantent qu'à ceux qui s'accusent; ce serait suspecter la vérité dans le cas précisément où elle est le moins suspecte, et nier la sagesse d'esprit de ceux à qui jusqu^lors on n'a pas pu la refuser; ce serait admettre qu'il n'est pas possible qu'un examen attentif de soi-même et de la loi divine puisse conduire un homme de Sens à d'autres vues morales que ceux qui n'ont point fait cet examen ; ce serait, en un mot, faire preuve d'une légèreté qu'on ne se pardonnerait pas en toute autre matière. Je crois que, tout au moins, un phénomène comme celui que nous signalons est digne de la plus sérieuse attention, et qu'on ne doit pas l'écarter de sa vue avant de se l'être expliqué.

Pour nous, si l'on nous demande notre sentiment, nous avouons que le délire de l'orgueil humain nous étonne. L'humanité plie sous le fardeau de ses iniquités : les horreurs se pressent dans sa sanglante histoire ; une haleine de mort s'exhale du sein de la société ; la vie de chaque homme est, de son propre aveu, un tissu de transgressions, et, considérée par rapport aux droits de Dieu, une longue et persévérante infidélité ; de ces terribles assortions, il n'en peut désavouer aucune. Le fils de Dieu vient le chercher au fond de cette abjection; d'aussi loin que cette créature déshonorée peut l'entendre, il lui crie la parole de grâce ; il l'invite à s'attacher à lui, et lui promet que sous sa conduite elle pourra se présenter sans crainte à son juge. — Un moment, dit l'orgueilleuse criminelle, un moment! qui donc a dit

que j'ai besoin de grâce ? et à quel titre vient-on m*offrir cet humiliant bienfait? Et mes vertus, les a-t-on comptées ? prétend-on aussi qu'elles demandent grâce ? les traînerai-je en suppliantes, ces nobles compagnes de ma vie, aux pieds d'un tribunal où le crime seul doit comparaître ? Si mes péchés ont besoin d'indulgence, mes vertus ne réclament que justice; et l'on prétend les absoudre ! — Oui, l'on prétend les absoudre, infortuné que l'orgueil égare; mais qu'importe encore ? avec elles ou sans elles, vous êtes condamné ; minuit va sonner ; l'époux est à la porte ; votre lampe est-elle allumée ? avez-vous l'âme unie à Dieu ? lui appartenez-vous par les inclinations de votre cœur? pouvez-vous être heureux dans la société des saints, de Christ et de Dieu même ? Voilà la vraie question , la question vitale ; et dans cette situation solennelle, lorsque votre habitation terrestre est prête à s'écrouler sur votre tête, lorsqu'un instant seulement vous est donné pour échapper , vous le perdez à ramasser quelques vains débris avec lesquels vous ne pouvez vivre et par lesquels au contraire vous allez périr.

Pécheurs vertueux, pécheurs vicieux, écoutez encore une fois la parole de l'Apôtre : il n'y a point de différence ; vous êtes, les uns et les autres, privés de toute gloire devant Dieu.

Mais aux pécheurs de toute sorte, à nous tous» au monde entier, l'homme de Dieu crie dans l'Ecriture : € Dieu vous a tous enfermés dans la rébellion pour » faire miséricorde à tous. > Il n'y a devant lui ni acception de personnes, ni acception de péchés ; il ne s'arrête pas à quelques nuances ; il ne nous applique pas nos vaines mesures; car le crime originel est égal

chez tous; et comme il nous a tous enveloppés dans la rébellion, il nous enveloppe tous dans la miséricorde. Ouvriers de la première, de la seconde, de la onzième heure , que dis-je ? vous qui ne fûtes point ouvriers, et qui , arrivés au minuit fatal , n'avez à offrir à votre maître que de la confusion et des larmes, il y a place pour vous tous dans ses bras ; mais il faut s'y jeter, mais il ne faut pas chercher son secours ailleurs; mais il ne faut pas affronter la malédiction tant de fois dénoncée dans le prophète : Malheur à ceux qui descendenl m Egypte pour avoir du secours l c'est-dire, malheur à ceux qui, répugnant à être sauvés par pure grâce , se réfugient dans le souvenir de leurs bonnes œuvres, de leur bonne volonté, de leurs bonnes intentions, ou dans le prétexte trompeur d'une faiblesse qu'ils n'ont pu vaincre, ou dans l'idée impie que Dieu leur pardonnera aux dé-^ pens de sa justice ! L'amnistie est pour tous sans doute , pour tous également; mais il faut l'accepter telle qu'elle est offerte, non comme un droit, mais comme une grâce ; non comme un abandon des principes du gouvernement divin, mais comme le prix de l'incarnation de Jésus-Christ, comme un retour du sacrifice qu'il a consommé et de la garantie qu'il a ofîerte.Voilà dans quels sentiments il faut se présenter à ce maître offensé , qui seul a le droit de poser et de régler les bases du traité qu'il veut bien conclure avec nous. Ce serait consacrer et aggraver la première rébellion par une seconde que de disputer sur les termes du titiité, d'y proposer des modifications, de chicaner sur les clauses, que dis-je? de ne pas l'accepter avec tout l'empressement de la reconnaissance et tout l'abandon de l'amour. Pesez toutes ces choses, mes chers frères ; et que ceux de vous qui sen-

tent intérieurement qa'ils ne sont pas réconciliés avec Dieu se demandent sans aucun retard : Que tardonsnous à conclure un accommodement avec la justice divine? Persisterons-nous à faire, sans aucune ombre d'espérance, cause commune avec les révoltés? Voulonsnous que la mort nous surprenne enveloppés dans la rébellion ? Laissons le monde insulter à notre faiblesse ; il n'y a point de lâcheté à capituler avec Dieu. Insensé qui peut vendre à un vain renom de courage les espérances de l'éternité ! Malheureux qui a pu passer toute une vie sans servir Dieu et sans l'aimer ! Nous voici donc. Seigneur ; prends-nous à toi , prends-nous tout entiers ; nous ne voulons plus être à nous-mêmes , nous voulons être à Celui qui nous a aimés le premier, aimés d'un amour éternel !'

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