‹ Discours sur quelques sujets religieuxChapitre 18 sur 27 · SB · texte numérisé non relu

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règle de la sainteté, Dieu même manifesté en chair; puisque tu as répandu sur la croix tout ton sang pour le salut de mon âme je ne saurais être contre toi ; mais je

ne serai pas pour toi. Et pour qui donc, grand Dieu! car il faut être pour quelqu'un, il faut que le cœur s'attache à quelque chose ; le cœur ne vit que de ce qu'il aime. Pour qui voulez- vous être, puisque vous ne voulez pas être pour Dieu ? Apparemment pour vous , je le suppose? Mais qu'est-ce que ce vous, séparé de Dieu, sinon la chair dans toute sa corruption et le péché dans toute sa difformité ? Et quand on est pour ces choses, op n'est pas contre Dieu? et quand on est pour sa volonté dépravée, on n'est pas contre Dieu ? et quand on est pour le démon , on n'est pas contre Dieu? Non, mes frères, il n'y a dans le monde que deux empires, et je n'ai pas besoin de les nommer; mais je dis que qui n'est pas dans l'un est nécessairement dans l'autre ; qui n'est pas avec Jésus- Christ est contre Jésus-Christ. — Voilà la neutralité de l'indifférent.

Pour mieux apprécier cette neutralité, entrons dans le cœur de l'indifférent, et rendons-nous compte des sentiments qui y régnent. Il n'a, dit-il, point de haine. Passons ; cette haine , nous saurons bien la retrouver. Mais y a-t-il dans son cœur de l'ao^our et de l'obéissance? De l'amour pour Jésus-Christ ! Assurément non, puisqu'il n'est pas pour Jésus-Christ. Eh bien ! refuser l'amour à Jésus-Christ , je dis que c'est lui faire tout le mal qu'un ennemi déclaré pourrait lui faire ou du moins lui vouloir. Si Jésus-Christ était venu dans le monde, comme un roi dans une province révoltée, pour y étouffer la rébellion et y faire régner le silence de la terreur, il pourrait nous tenir compte d'une soumission tremblante, et nous savoir

gré du mal que nous ne lui ferions pas. Mais cette soumission, mes frères, il n'en a pas voulu, il n'en veut pas ; ce qu'il a uniquement voulu, ce qui l'a fait descendre sur la terre , le but auquel il a rapporté tous ses travaux , c'est la conquête de nos cœurs ; auprès de ce triomphe, tout autre ne lui est rien ; et si , au lieu de notre amour qu'il demande, nous lui offrons dérisoirement une soumission passive qu'il ne demande pas ; si, au lieu du culte de reconnaissance qu'il a mérité par tout son sang, nous lui offrons , comme par grâce , de lui épargner nos outrages, cela même n'est-il pas le plus cruel des outrages, le seul même auquel il puisse être sensible ? car notre haine, qu'est-elle à ses yeux, que l'expression plus prononcée et plus franche du divorce qui existe entre nous et lui, une forme un peu plus distincte de i'outrage que notre ingratitude lui adresse perpétuellement? Ou bien, est-ce que peut-être vous verriez quelque chose de plus grave à' l'attaquer, à le combattre ? En vérité , vous vous flattez ! Qu'est-ce qu'ajouteraient au crime de votre ingratitude vos misérables attaques? Ah! dès que vous avez le malheur de ne pas l'aimer, attaquez, combattez, guerroyez , on vous le permet. L'Eternel a bien affaire d'être ému de la rébellion d'un insecte ! Agitez-vous, débattez-vous dans votre poussière ; soulevez même, s'il se peut, un monde entier contre le Roi des mondés : vous ne retarderez pas d'une minute, ni ne reculerez de l'épaisseur d'un cheveu la marche des desseins éternels ; ce n'est que parce qu'il voit tout que le Seigneur apercevra vos ridicules efforts ; mais ce qu'il a vu , avant tout, c'est que vous ne l'aimez pas , et c'est là ce qui vous range parmi ses ennemis.

Nous avons parlé de l'amour : et l'obéissance ? Y a-t-il

4e robéissaace chez Tindifférent ? Non, sans doute ; car Cjçlui qjui n'aime pas p'obéit pas. Il est vrai qu'une crainte servile peut faire accomplir quelques devoirs extérieurs ej produire une obéissance matérielle ; mais l'Evangile demamie une obéissance spirituelle, qui n'est possible qi|'à l'amour. Vaincre ses passions , v^ser du monde comme n'en usant pas , yivre d^ns l'humilité et dans la charité , consacrer toutes ses forces k l'avaucemeut du règoe de Dieu, voilà ce que l'indifférent ne fera pas, vmlà ce qu'il ne peut pas faire : il vit donc dans la désobéir sance. Or, je vous le dema,nde, <M)mment serait con^'* déré, dans un état, l'homme qui n'obéirait pas ijtuK lois? Çertainiamen); comme un ennemi, lors même qu'il ^'au^ rait jamais pris les armes contre l'état; un suj^t rebelle n'est-il p^^ un ennemi ? Et comment sera considéré celui qui ne s^ soucie pas plus des lois spirituelles de Jésus- C^risl que si Jésus-Christ ne les eût jamais données? Ççrtainemeq); aussi comme un ennemi. D'où il suit que celui qui u'est pas pour «fésus-Chnst est par là même contre ^ésus-Christ.

]^is, mes frères, nous ue nous contenterons pas d'avoir montré qu'a» prir^ip^ Tindifféreat est un véritçible ennemi de Jésus-Christ. Nous ferons voir encore que, quand les circonstances le voudront, il deviendra ennemi positivement et de fait. Qu'est-ce, en effet, que cett^ indifférence, sinon, comme nous l'avons vu, un secret éloignement pour Jésus-Christ et pour sa doctrine, un désaccord entre l'âme et Jésus, une inimitié endormie? Aussi longtemps que les circonstances ne la stimulent pœ, elle reste éndornaie, elle n'a pas conscience d'elle-même, elle ne sent pas qu'elle hait ; et chez quelques personnes elle çlure toute Isi vie sous cette forme^ la plus funeste

peut-être. Mais chez beaucoup d'autres, des circoustànces fanprévues la réveillent et la font apparaître soUs ses véritables traits. Tantôt, c'est une vue plus daîre de la vérité qui la réveille. Cette vérité, dont on détournait ses regards, vient un jour à frapper les yeux avec une vivacité inattendue ; on s'avise tout à coup que c'est une chose Sérieuse que l'Evangile, qu'il y va de tc(ut de l'accepter ôu de le rejeter ; on se représente tout le temps qu'on a péché saris réflexion ; mais surtout on sent combien on à le cœur éloigné de goûter les maximes austères et la saveur spirituelle de l'Evangile ; on sent que, si une fois on le prenait au sérieux , cela n'irait pas h moins qu'à nous obl^er de changer de vie : alors lès renoncements , les privations , les sacrifices se présentent en foule; la mauvaise humeur pénètre dans l'ânîô; mais, au lieu de se porter contre nous, dont la conduite condamne la loi, elle se porte injustement contre la loi, qui condamne notre conduite. Dès lors il rie faut plus parler de neutralité ni d'indifférence ; le voile est déchiré, la blessure est faite, la haine est éveillée. Dès lors nous soriimes directement contre Jésus-Christ.

Quelquefois aussi ce passage de*Piniriiitié â sa vraie forme est ofccasioniïé par le réveil religieux des personnes qui nous entourent. Ce sont des personnes qui se sont aussi trouvées dans la situation que nous venons de décrire ; la vérité les â aussi percées d'une atteinte imprévue; mais après un moment d'indécision, leur mauvaise humeur, qui ne savait où se prendre, s'est tournée contre elles-mêmes. Daris la nécessité de se haïr ou de haïr TEvangile , elle ont préféré se haïr. Et de la haine d'elles-mêmes elles sont naturellement passées à l'amour de Jésus-Chi'ist. Dès lors, régénérées par l'Esprit d'en-

haut , elles ont véca d'une nouyelle vie ; et malgré leur humilité et leur réserve, il y a tant de différence, même extérieurement, entre vivre selon le monde et vivre selon Dieu, que ce changement a dû frapper leurs entours. Leur vie est devenue comme un Evangile vivant. Les indifférents et les neutres ont lu alors TEvangile , non point en caractères morts sur des feuilles inanimées, mais en lettres vivantes dans des cœurs d'honunes. C'a été, si Ton me permet de m'exprimer ainsi, une nouvelle édition de la Parole de Dieu , avec les conunentaires du Saint-Esprit. Alors s'est produite , dans le cœur des indifférents, cette même lutte que nous avons décrite; alors l'évidence de l'Evangile, et la divinité de Christ, et le sérieux infini de la vie, ont, en quelque sorte, ébloui les yeux et accablé l'âme ; alors il n'a plus été possible de se renfermer dans un système de froide neutralité. L'âme , trop vivement pressée , devait prendre un parti, hélas ! elle a pris un parti : elle hait. Mais, en dépit des apparences, sa position n'est point essentiellement changée ; c'est bien toujours le même éloignement pour l'Evangile ; mais cet éloignement , elle en a la conscience , le vif sentiment ; et tout ce qu'on peut dire, c'est qu'alors se vérifie la prédiction du vieillard Siméon , lorsque , tenant Jésus enfant dans ses bras, il disait : < A son sujet , les pensées du cœur de plusieurs seront manifestées. » Haïr Jésus-Christ, tel est donc le terme où vient aboutir la neutralité de l'indifférent. Haïr Jésus-Christ ! quels mots sommes-nous réduits à prononcer ! L'inorédule le plus enraciné ne voudrait point passer pour haïr Jésus- Christ. Mais ce sentiment, qui fait horreur à l'incrédule, indifférents ! c'est le sentiment habituel de votre âme. Or, afin qu'au moins vous sachiez ce que vous faites en

haïssant Jésus, venez et voyez. Ce docteur, plein degr&ce et de vérité, qui va semant partout la Parole de la réconciliation ; ce médecin compatissant, dont aucune misère n'approcha sans être soulagée; cet ami qui chercha à vous rassembler de devant le mal comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes» c'est celui-là que vous haïssez. Ce modèle de pureté et de charité , cet homme en qui ses plus furieux ennemis ne purent découvrir Fombre d'un péché, c'est celui-là que vous haïssez. Ce héros céleste, qui, dans le jardin de Gethsémané, se chargeant de la conscience du genre humain , accablé sous le fardeau des péchés de toute la terre, épuisant pour vous le caUce de la colère divine , gémit dans la poussière et dans une sueur de sang , c'est celui-là que vous haïssez. Cette victime qui, pour vous, gravit sur le Calvaire ; qui , pour vous , se laisse attacher à la croix ; qui , pour vous , réunit en sa personne tout ce que l'imagination peut concevoir de douleurs , et dont le dernier soupir est une prière pour ses bourreaux, c'est celui-là que vous haïssez. Ne vous soulevez pas contre cette assertion : si vous n'êtes rien pour celui qui a été tout pour vous , si vous ne donnez pas un battement de cœur, à celui qui vous a prodigué sa vie , si votre vie est une résistance perpétuelle à ses lois, vous êtes ses ennemis ; si vous ne l'aimez pas, vous le haïssez ; et si vous ne le combattez pas encore, vous le combattrez.

Je suis arrivé au terme d'une démonstration pénible, et que Je n'ai entreprise, Je dois l'avouer, qu'avec répugnance. Mais, connaissant trop bien l'état que J'ai décrit, persuadé depuis longtemps qu'en effet , si l'on n'est pas avec Jésus-Christ , on est contre lui , J'ai dû signaler à mes frères les dangers d'une neutralité sur laquelle plu-

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sieiirs s'abuisent peut-être , et leur dire, à rexetnpie dé Josué : Choisissez qai vdus \iùulez servir. Ceux-là ont choisi qui, d'un pas lent et pénible, mais sans irrésolution, se sont mis en marche vers le pays des découvertes infinies; qui, ne possédant pas encore toute la vérité, la cherchent avec bonne foi et patience ; qui, sollicités par la dmr et par le monde, se tournent en gémissant vers Dieu qui peut les aider, et qui, tous les jours, offrent au Seigneur leur bonne volonté, ne pouvant lui offrir autre chose. Dieu nous préswve de décourager personne, et c d'écraser, comme dit le poète, le germe naissant d'où pouvait sortir un ange ! > Mais il en est d'autres qui n'ont pas diotsi, et qui ne songent pas à choisir. Il en est qui se persuadent que, pourvu qu'ils ne soient ni pour ni contre Jésus-Christ, Jésus-Christ pareillement ne sera ni pour ni contre eux. Ceux-là, il fallait leur montrer que la neutralité où ils se renferment est une véritable inimitié, et qu'elle sera jugée comme telle; ceux-là, il fallait les réveiller par nos avertissements, et nous l'avons tenté dans notre faiblesse. Bénis, Seigneur, ces avertissements donnés en ton nom ; fais-les pénétrer, fais-les c recevoir avec douc^eur > dans l'âme de tous ceux qui ont besoin de les entendre ; dans l'âme de nous tous. Seigneur ! car qui n'a besoin d'être averti ? Inspire-nous à tous le sincère désir de l'appartenir en Jésus-Christ entièrement et pour jamais.

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