LA FOI D^AUTORITÉ
Jean IV, 42.
« Et ils digaient à la femine : Ce ti*ett plus à came de ce que lu nous as dit que nous croyons, car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c'est lui qui est véritablement le Christ et le Sauveur du monde, o
Cette parole des Samaritains nous a souvent frappé , mes frères, comme une représenlation sim|)le et vive des deux périodes par où la foi de la plupart des chrétiens est assujettie à passer. La plupart ont commencé à croire en Jésus-Christ parce qu'on leur a parlé de lui, et plus tard ils ont cru parce que Jésus-Christ leur a parlé. Nous pouvons observer autour de nous deux espèces de croyance religieuse : Tune d'autorité, de tradition et d'habitude ; l'autre , de conviction immédiate et d'expérience; et tantôt la première ou la seconde existant seule chez un individu , tantôt ces deux sources de croyance se réunissant et se confondant. Nous entreprenons aujourd'hui de les caractériser l'une et l'autre, d'évaluer leur importance respective, d'indiquer les rapports qui les lient entre elles. En deux mots, le parallèle de la foi d'autorité et de la foi immédiate sera le sujet de ce discours. Ce sujet peut sembler, au premier coup d'œil, plus propre à une école qu'à un temple, et peutêtre vous attendez-vous à une dissertation plutôt qu'à un sermon ; mais si l'édification, ou, en d'autres termes,
rînstruction de Tâme, doit être le but et le caractère des discours qu'on apporle dans la chaire chrétienne, ce sujet ne pourra vous y sembler déplacé que par la manière dont je l'aurai traité ; puissé-je le traiter avec toute la simplicité dont il est susceptible; ne rien lui ôter de la saveur spirituelle qui lui est propre, et laisser autre chose dans votre oreille que le vain cliquetis des distinctions et des raisonnements de Técole ! Au reste, la matière que je propose à votre attention est délicate ; les circonstances actuelles lui donnent un intérêt immédiat. Nous avons donc besoin, moi pour vous l'exposer , et vous pour l'appliquer à votre édification, d'une assistance particulière du bon Esprit de Dieu. Demandons-lalui, mes frères, de tout notre cœur.
La foi d'autorité est la croyance que nous accordons à certains faits, sur le témoignage de personnes que nous jugeons sincères et bien informées. Il n'y a rien là , en soi, de déraisonnable : la déraison consisterait, au contraire, à ne vouloir faire aucun usage de ce moyen d'instruction ; une telle prétention, poussée jusqu'à son dernier terme, paralyserait la vie entière. On peut même admettre que la Providence divine, en nous refusant la connaissance immédiate de beaucoup de faits, que pourtant il nous importe de connaître , a voulu nous lier les uns aux autres par ce besoin comme elle nous a liés par tant d'autres ; et sans doute il est peu de besoins plus élevés que celui de connaître, et peu de liens plus nobles que celui de la confiance mutuelle. De là , la nécessité réciproque d'être vrai ; de là , la sainteté de la parole Jiumaine, et l'uue des principales dignités de notre existence. La foi d'autorité repose sur deux bases qui doivent l'honorer à nos yeux : la foi à l'intelligence et la foi
à la moralité. Mais si tel est le principe, voyons Tapplication. Dans certains cas, et particulièrement dans ceux qui se rapportent directement à notre intérêt, cette application est juste; dans beaucoup d'autres, dans le plus grand nombre peut-être, elle ne l'est point. Quand il s'agit d'une opinion spéculative, l'assentiment du plus grand nombre est déterminé par l'ancienneté de l'opinion, par le nombre de ceux qui la soutiennent, quelquefois ( singulier contraste ! ) par sa nouveauté, par l'isolement de ses partisans ; dans bien des cas, par le nom des chefs de cette opinion , par le bruit qu'elle fait dans le monde, par l'audace avec laquelle elle se produit; puis encore par son obscurité, ou par le peu de souci qu'elle semble avoir de se propager. Ainsi , selon notre caractère, les circonstances les plus diverses, les plus opposées déterminent tour à tour notre choix, et un seul trait commun réunit tous ces cas divers : c'est la négligence des vraies sources de la conviction , et des vraies conditions d'un témoignage ; la préférence donnée à de simples indices, à des présomptions , sur les preuves positives : car je ne nie pas qu'il n'y ait, tour à tour, dans l'ancienneté d'une opinion, dans la franchise de ceux qui la professent, dans leur modestie, dans leur désintéressement, de quoi prévenir l'esprit, sollidter son attenrion, et lui inspirer le désir d'aller plus avant et de regarder de plus près ; mais , s'arrêter aux indices , s'en tenir à de premières impressions, c'est corrompre un moyen de connaissance légitime en soi ; et nul de vous, mes frères, ne niera qu'une foule de convictions, soidisant individuelles , ne se forment tous les jours de la manière que je viens de dire.
Viciées d^ns leur source , elles n'en sont pas toujours
pour cela moins fermes et moins énergiques. Chose à jamais étonnante ! L'homme, qui a tant de peine à croire, et chez qui ce seul mot de croire éveille Tidée d'iin sacrifice et d'un abaissement, Thomme, qui résiste aux preuves les plus décisives, au témoignage même de Tévidence intérieure et deTinstinct, Thomme, après avoir refusé sa foi à révidence, la livre, la prostitue à des présomptions vaines ; il se plail, par une sorte de goût dépravé, à croire ce qu'il n'a point examiné : il le croit même d'autant mieux ; il se perd avec une sorte de délices dans un espace sans barrières ; incrédule où il faudrait croire, il est enthousiaste oii la preuve manque , et se montre plus capable de fanatisme que de conviction ; et s'il se trouve qu'il ait en même temps des croyances bien fondées et des opinions qui ne le sont pas, vous le verrez avare envers les premières , prodigue pour les secondes. L'absurde lui plaît, parce qu'il le prend pour le surnaturel et le divin; mais, en revanche, il tient le divin pour absurde. Le même homme renferme souvent le sceptique obstiné et le fanatique aveugle et sourd. Ces croyances téméraires s'incorporent si bien à l'âme qu'elles ne s'en peuvent plus détacher; c'est une préoccupation, une idée fixe, une folie sérieuse que rien ne déconcerte , que les objections indignent, que l'opposition renforce, que le temps durcit, à qui tout sert de preuve et de confirmation. Tel les fables antiques nous représentent, dans le séjour des Ombres, un infortuné passant des siècles à poursuivre un nuage. Le dévouement ne manque pas à ces convictions d'emprunt : moins elles valent, plus elles coûtent ; elles immolent à leur objet imaginaire les convictions les plus primitives, les sentiments les plus invincibles de la nature humaine, les intérêts les plus chers du cœur et de la vie,
les engagements les phis inviolables, les lois les plus sacrées de la société , les souvenirs et les espérances , le présent et Tavenir, la vie même, qu'elles voudraient pouvoir donner plus d'une fois à une idée qui leur paraît valoir mille vies.
Je n'ai pas besoin de dire que le christianisme repousse avec horreur une foi de cette nature ; que, cru de cette manière, il ne s'estime pas cru véritablement, et qu'il aime autant et peut-être mieux l'incrédulité qu'une telle adhésion. Mais nous devons, mes frères, aller plus loin. Je suppose une foi plus raisonnable, une certitude mieux acquise, mais toujours par la voie du témoignage : cette foi ne suffit point encore , elle n'est point encore la vraie. Que vous croyiez à la religion parce que vos pères y ont cru , parce qu'on y croit autour de vous , parce que la charte du pays , parce que le budget y croit ( pauvres preuves sans doute) ! ou que vous y croyiez parce que la science vous a développé les preuves de l'authenticité des Ecritures, ou parce que l'Eglise où vous êtes nés vous parait couler à flots non interrompus du pied de la croix et vous apporter incessamment les eaux de la source ellemême, je dis, dans toutes ces suppositions, que si cette foi est autre chose que la préparation à une foi plus personnelle , si votre conviction n'acquiert pas d'autres bases , si vous ne finissez pas par croire sur le témoignage intérieur ce que vous avez commencé par croire sur le témoignage d'autrui, vous êtes, avec la conviction la plus légitime, la plus ferme, et, à quelques égards, la plus efficace, en dehors des conditions de la véritable foi.
Il faut distinguer dans la conviction religieuse l'acte en lui-même et son objet. L'acte n'est autre chose, dans
la supposition la plus fevorable , qu'une soumission raisonnable à des preuves bien administrées ; et, appliqué à des choses de morale et de religion , il suppose une certaine diligence de la raison, une certaine droiture d'intention, un certain sérieux de Tâme. On ne se livre pas à ces recherches, on n'y persiste pas, on ne les poursuit pas jusqu'à un résultat , sans être plus ou moins dans les dispositions que je viens d'indiquer, et ces dispositions sans doute sont une première bénédiction. E^e serait la première et la dernière à la fois, elle serait tout, s'il ne s'agissait pour le croyant que de prouver sa soumission aux révélations quelconques de Dieu , et d'admettre sur le témoignage de la raison des choses qui surpassent la raison. Mais il n'en est point ainsi. En nous donnant des choses à croire , Dieu n'a pas voulu seulement nous faire faire un exercice d'obéissance ou , pour mieux dire, de raison : il a voulu nous mettre en contact avec certains faits destinés à nous modifier, à renouveler tout notre être. Il a voulu créer et enraciner dans notre cœur, par la contemplation de ces faits, certains sentiments par lesquels notre vie entière doit être changée. Par une providence admirable, les faits révélés par l'Evangile sont à la fois hors de nous et en nous , extérieurs et moraux, divins et humains. Nous sommes sauvés par grâce ( voilà Dieu ) , mais par le moyen de la foi (nous voilà nous-mêmes) ; le même fait s'accomplit deux fois tout entier : tout entier sur Golgotha, tout entier dans notre cœur. Nous sommes ouvriers avec Dieu dans l'œuvre de notre salut : il donne la substance et nous le travail ; ou plutôt il donne tout sans réserve ; mais il exécute à la fois son dessein par lui et par nous. En un mot , il y a une vérité hors de nous , mais il faut qu'elle
devienne vérité en nous ; que ncrtre cœur s*y attache , se l'incorpore , la transforme en soi , se transforme en elle. Or, il ne peut être modifié par cette vérîtéque selon la na^ ture de cette vérité. Il n'est pas renouvelé par la croyance nue, mais par l'objet de la croyance. Ce qu'elle est, il le devient. Voilà , en religion , ce que c'est que croire.
Et comment pourrait-il en être autrement? Comment le but de la religion se trouverait-il dans la simple sou» mission de l'esprit ? Comment y aurait-il un principe de régénération dans ce qui n'atteint point les profondeurs de l'âme, dans ce qui ne la touche que superficiellement? Prenez garde que, dans cette supposition, les dogmes les plus étrangers au christianisme, les plus arbitraires, les plus indifférents , pourvu qu'ils ne fussent pas positivement immoraux, rempliraient l'objet de la religion ; et s'il ne s'agissait que de cette soumission intellectuelle. Dieu sans doute pouvait nous sauver à bien moins de frais. Mais il a voulu donner une religion à notre esprit et à notre cœur ; une religion qui pût devenir une vérité de notre existence intérieure, un état de notre âme, une partie de notre vie. V objet de la foi n'était donc pas indifférent ; et, en conséquence , la foi d'autorité ne devait servir qu'à introduire une foi que j'appelle immédiate, personnelle, et j'ajouterais , si c'en était le lieu, surnaturelle.
Mais le principe humain sur lequel repose la foi d'autorité ne se contient pas aisément dans ses limites. Les hommes aiment que l'on croie pour eux ; car c'est bien ainsi qu'on peut qualifier la foi de la plupart d'entre eux ; elle n'est pas de première main, elle n'est pas à eux ; ils n'ont pas le courage de croire à la vérité : ils croient à ceux qui la croient. Il ne leur suffit pas qu'on leur ail
indiqué les sources de la foi : ils veulent qu'on en règle Tobjet. Une autorité, régulière ou irrégulière, se constitue sous les auspices de cette faiblesse ; et je crois m'exprimer bien , mes frères , car, en tout genre, ce sont les petits qui font la grandeur des grands , et la force de quelques-uns n*est que le résultat , et , pour ainsi dire , la somme des faiblesses d'un plus grand nombre. L'autorité ne se crée pas elle-même, elle est créée : et quoi que Ton veuille dire de ses instincts usurpateurs , son premier établissement ne fut pas une usurpation. Sous différentes formes , titres ou prétextes , une autorité se constitue, qui, en déterminant le sens de la parole révélée , règle par là même l'objet de la foi. Elle ne prétend pas toujours le régler souverainement, Timposer aux fidèles : mais cette souveraineté qu'elle ne s'arrogerait pas , on la lui impose ; on la force de commander et de prescrire ; on lui demande , non des lumières , mais des lois. Elle ne résiste pas longtemps : s'il est doux aux uns d'obéir, il ne l'est pas moins aux autres de commander ; elle convertit pour elle en pouvoir toute l'indépendance abdiquée par des âmes faibles ; et bientôt son ascendant va au-delà de tous les vœux et dépasse toutes les prévisions. Les vœux de la faiblesse ont l'ambition pour complice.
L'objet de la foi , direz-vous , n'est pas changé pour cela. Je crois que c'est une erreur, une grande erreur ; car je vois que partout où l'autorité religieuse a voulu se donner une base ferme , et , je pourrais dire , une existence rationnelle, elle s'est dite inspirée, et conséquemment infaillible; reconnaissant par ce fait, qu'un corps ou un ordre, ou un homme, devenu chef de doctrine, ne peut se maintenir dans ce caractère qu'à la charge d'in-
dividualiser la vërité , c'est-à-dire de lui imprimer du plus au moins son caractère propre. Mais je suppose que l'objet de la foi reste entier et pur. Qu'importe , si le croyant ne s'en nourrit pas ? Qu'importe , s'il a chargé ses mandataires d'y croire à sa place? Qu'importe, si c'est l'Eglise qui croit et non pas ses membres? Qu'importe, si ma foi, toute négative, n'est qu'une fusion, une absorption de moi-même dans tous ? Or, c'est ce qui arrive trop souvent , soit par cette espèce de paresse du cœur dont nous avons parlé, soit par cette tendance, naturelle à tout pouvoir, d'étendre et d'exagérer ses attributions. Même involontairement, l'autorité retient à elle la foi et l'empêche d'aller plus avant. C'est moins à la vérité religieuse qu'on a foi, qu'à la personne ou au corps qui en est devenu le dépositaire. En vain direz-vous : En déterminant l'objet de la foi , nous ne l'avons pas celé ; nous ne l'avons pas soustrait à la contemplation ; chacun peut s'en occuper et s'en nourrir. Prenez garde de faire des concessions que vous ne pourrez confirmer. Il y a dans ce que nous appelons l'objet de la foi, dans les doctrines de l'Evangile , une vertu qui transforme ceux qui les étudient ; il en sort une religion complète , munie de ses preuves, de ses titres, de tous ses antécédents comme de toutes ses conséquences, qui peut se passer de vous ; la religion , contemplée par le cœur, se prouve , s'interprète elle-même ; une fois qu'elle a déployé cette vertu, c'est sans retour ; c'est-à-dire qu'une fois émancipé, on ne rentre pas dans la servitude. Si le fidèle alors ne s'empresse pas toujours de briser le joug qu'il a porté, c'est autant qu'il n'en sent pas la nécessité , et que rien ne l'y provoque ; mais sans avoir le sentiment de la liberté, il est libre pourtant; comme l'esclave dont on a doucement
détache la chaîne , et qui , ne s'en étant pas aperçu , se croit encore esclave, mais qui, au premier mouvement qu'il fera, découvrira qu'il ne l'est plus. Aussi, partout où l'autorité est maîtresse et voudra continuer à l'être , elle resserrera en des limites aussi étroites que possible rindépendance de l'étude de la religion, elle en écartera les divins documents, ou les environnera de documents de sa main , qui , si l'on peut le dire ainsi , émousseront les regards et voileront certaines vérités , celles qui par leur nature pénètrent plus avant dans l'âme et y réveillent plus vivement le sentiment et le besoin de l'indépendance. Se voit-elle menacée , entamée, elle se porte tout entière vers la brèche ; elle néglige les vérités internes, et proprement religieuses, dont elle est dépositaire, et s'attache aux dogmes extérieurs, c'est-à-dire, à ceux qui concernent son droit d'enseigner et de prescrire ; peu à peu la soumission à l'autorité devient à ses yeux toute la religion, la nécessité de l'autorité toute sa philosophie, la démonstration de l'autorité toute sa théologie : et l'homme , incessamment distrait du principal par l'accessoire , passe sa vie à bâtir une maison qu'il n'habitera jamais. Dans toutes les situations , l'autorité ne verra pas avec plaisir la religion faire elle-même ses affaires, plaider elle-même sa cause, et déployer son évidence interne. Elle ne se plaira pas à lui voir manifester ce caractère hautement rationnel qui éclate dans le surnaturel et même par le surnaturel des faits qu'elle annonce. Fidèle à son point de départ, elle rendrait volontiers, si elle le pouvait, toutes choses plus di£Qçiles a croire qu'elles ne le sont naturellement; elle fera un mérite d'adhérer à ce qui répugne ; elle est pressée entre deux nécessités opposées : celle d'encourager la vie reli-
gieuse qui est nécessairement une vie intérieure, et celle d'en réprimer Tessor dans certaines limites; car il est clair que la foi changée en vue détrône Tautorité dans rame du fidèle, non pas formellement toujours, mais en principe et en réalité. Celui qui croit de cette manière , quoi qu'on en dise, et quoi qu'il en puisse croire luimême, a cessé par ce fait de dépendre de l'autorité.
La foi changée en vue ! Quand je prononce ces mots> je n'oublie pas la bénédiction prononcée par Jésus-Christ sur ceux qui ont cru sans avoir vu , ni les déclarations de saint Paul, qu'ici-bas nous ne marchons pas par la vue, mais par la foi, et que dans le monde à venir la foi sera changée en vue ; ce qui suppose entre la foi et la vue une opposition directe ; mais la contradiction n'est qu'apparente. Sans doute c'est un autre monde qui ré-r serve à l'âme régénérée la vue d'uh ordre de choses conforme à l'ordre moral rétabli en elle , et en cela consiste ici-bas une partie de son épreuve ; sans doute aussi, bien des secrets de la Providence lui seront alors dévoilés ; et, dans ce sens, c'est seulement alors qu'elle verra. Mais il n'en est pas moins vrai que dès icibas la vue est le caractère idéal de ia foi; que tout ce qui est au-dessous de ce caractère n'est point rigoureusement la foi ; que la foi qui n'est point vue est une chimère, et que, dans un sens moral et spirituel, il faut voir, ton-* cher et goûter pour croire. La foi est, selon l'expression de saint Paul, la vive représentation, ou, pour rendre mieux toute l'énergie de ses expressions, la substance de ce qu'on espère. L'Evangile n'est pour nous une vérité que lorsqu'il est pour nous une réalité , lorsque , réveillant en nous des forces endormies, y comblant des lacunes senties , achevant mille données , résolvant
mille énigmes, il domie enfin un sens à notre existence.
Vous rappelez- vous les usages de l'antique hospitalité? Avant de se séparer de l'étranger, le père de famille,brisant un sceau d'ai^ile où certains caractères étaient imprimés , en donnait à son hôte une moitié et conservait Tautre ; après des années , ces deux fragments, rapprochés et rejoints, se reconnaissaient pour ainsi dire , opéraient la reconnaissance de ceux qui se les présentaient mutuellement, et, en attestant d'anciennes relations, ils en formaient de nouvelles. Ainsi , dans le livre de notre âme, se rejoint à des lignes commencées leur complément divin ; ainsi notre âme ne découvre pas , mais reconnaît la vérité ; ainsi elle juge avec évidence qu'une rencontre impossible au hasai*d , impossible au calcul , est l'œuvre et le secret de Dieu , et c'est seulement alors que nous croyons véritablement. Redisons-le : l'Evangile est cru lorsqu'il a passé pour nous du rang de vérité extérieure au rang de vérité interne, et, si j'ose le dire, d'instinct ; lorsqu'il nous est à peine possible de distinguer sa révélation des révélations de la conscience ; lorsqu'il est devenu en nous un fait de conscience. Et ces caractères sont si loin de lui donner le moindre rapport avec le fanatisme , qu'au contraire ces caractères l'en distinguent et l'en éloignent. Le fanatisme est tout-à-fait étranger à l'excellente logique de la foi ; il n'a point à alléguer aux autres ni à soi-même ces intimes expériences , cette vérification irrécusable des faits par les faits; le fanatique est aveugle ; il croit parce qu'il ne voit pas, le chrétien croit parce qu'il a vu.
Voilà, mes frères, où il faut que l'on arrive, soit qu'on ait passé par la foi d'autorité, soit qu'on ait été, par une faveur particulière , exempté de ce noviciat. Cette dis-
pense est accordée à plusieurs. L'Evangile, inopinément rencontré, leur a tout dit, leur a tout appris ; il a été pour eux la première et la dernière autorité. Que si, après cela, une église ou un chef d'opinion leur vient alléguer sou autorité, ils peuvent répondre comme on le fait à un serviteur qui a tardé à rendre le message de son maître : € II fallait venir plus tôt; dans l'intervalle, votre maître * lui-même est venu, il a tout dit; vous n'avez plus rien > à m'apprendre. * La réponse serait logique ; pourtant elle ne se fait guère ; on a besoin de se rattacher à une communauté ; on l'accepte avec ses caractères, et même avec ses prétentions, se souciant peu que ces prétentions blessent la notion abstraite de liberté, pourvu qu'elles ne compromettent point la vie qu'on porte en soi ; sous ces apparences de subordination, on ne laisse pas d'être libre, et en réalité on ne relève que de Dieu. D'autres , mes frères, et en plus grand nombre, passent par la foi d'autorité pour arriver à la foi d'expérience, et ils y arrivent avec plus ou moins de promptitude et de bonheur, selon le caractère de l'autorité qui les gouverne. Dans certains cas, ils ne peuvent se réunir à la vérité qu'en se séparant de l'autorité ; dans d'autres l'autorité elle-même les mène à la vérité ; plus souvent enfin, ils sont portés au but sans s'en douter , quoique le déplacement soit réel ; et les plages où ils abordent diflfèrent extérieurement si peu de celles qu'ils ont quittées, que rien ne les avertit, au moins pendant longtemps , qu'ils aient changé de lieu. Ils continuent à honorer ce qu'ils ont toujours honoré ; à obéir, sans prévoir qu'un moment peut venir où l'obéissance ne sera plus possible; libres intérieurement, que leur importe une liberté extérieure ? En quoi les gêne une autorité qui jusqu'ici ne s'est point interposée entre eux et
leur yrai maître 7 A qum boQ une déclantkm de drcMts et on manifeste d'indépendance ? Préoccupés d'intérêts phis sérieax ^ pins directs , l'idée même d'nne semblable démarche ne lenr yient point. Edifices virants , on l'arcbitecte a mis la dernière main , eertamset sati^dts 4e ses regards qni embrassent et pmètrent tooies les parties de son (Borre, ils ne songent point à r^[Kmsser VédxkbLVtdage désormais inutile, qui a servi à les construire.^ Soit qu'ils le respectent pour les services qu'il leur a rendus, soit qu'ils ne s'avisent pas qu'As n'en <mt pkis besom y ils le laissent subsister autour d'eux, et même le cons^rv^fit avec amour.
L^isôlement toutefois n'est pas l'état naturel m <le rboiiîme ni du chrétien. Dans aucun sens , dans aucune sphère, il n'est hm q^ Vhomme ml seul. La foi se réchauffe par le ccmlact avec une autre foi ; et en s'élevanl de la foi d'autorité à la conviction personnelle et d'expérience, le chrétien se trouve en Rapport avec tous ceux qui s'y sont élevés avec lui. Une autorité succède à une autre : c'est l'autorité de l'exemple et de l'amour; nommons -la mieux : c'est l'Esprit divin, formant de toutes ces fidélités réunies un foyer sacré sur lequel il souffle sans cesse. Ces chrétiens sont des homiûes, ils ont leurs misères, ils les sentent; ils les rétmisseùt en un faisceau; ils se consolent, i'eiicouragent et se fortiîQent dans l'unité ; ^ dedans dé la fraternité générale qui les lie à tous les enfonts d'Adam , îk *ei*pent entre eux lé lien d'uttê fraternité plus spéciale ; ainfei naît l'Eglise universelle ou catholique, soutien et colonne de la vérité, unie sous un seul èhef , *et forte d'une union invincible ^ çareé qu'ducUn pouvoir extérieur n'en a été le niédiateur. A&siie aux pieds du Christ et l'écoutant lui seul, elle dit à toute
église visible , comme autrefois les Samaritains à cette f^Qime : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que * nous croyons ; car nous Tavons entendu nous-mêmes,
> et nous savons que c'est lui qui est véritablement le
> Christ, le Sauveur du monde. * Ou encore, comme le saint homme Job : < J'avais ouï parler d^ toi de mes ^ oreilles ; mais maintenant mon œil t'a vu » (Job XLII, 5). Et cette voix, njes frères, n'est ici h voix de tous, que parce qu'elle est d'abord la pensée^ le sentiment, l'expérience de chacun.
Ne concluons pas toutefois de ce qui précède que l'autorité n'ait aucune place légitime dans le domaine des choses spirituelles, tt ne prétendons pas lui enlever tout emploi. D'abord, l'entreprise serait vaine. L'autorité a ses racines dans notre nature et dans la condition générale de l'esprit humain. De même que sous le rapport temporel nous naissons associés, de même sous le rapport spirituel nous naissons en quelque sorte croyants. Nous trouvons, en entrant dans le monde, un gouvernement pour nos pensées aussi bien qu'un gouvernement pour notre liberté. On nous a préparé des croyances comme on nous a préparé une condition civile. Il fout, en attendant mieux y que nous acceptions l'oi^dré ^ de choses et d'idées au milieu duquel nous commençons à vivre. La première autorité pour nouis, et longtemps ia seule, est celle de nos parents; ils nous donnent leur morale , leur religion , comme ils nous donnent notre nourriture. Notre liberté intérieure, la personnalité de notre pensée, ne se développe que lentement; efr, par delà le cercle de famille, elle trouve un autre cerde^qui, plus vaste, n'est pas moins bien fermé. La société est une autre famille^ où certaines opinions- héréditaires ou
conventionnelles préviennent la formation des nôtres, et s'opposent longtemps à l'essor de notre individualité. On n'a eu que trop de sujets et d'occasions de déplorer l'empire qu'exercent sur la liberté intérieure l'imitation, qui est une transsubstantiation de tous en chacun, et l'habitude, qui nous lie à nous-mêmes et enchaîne despotiquement notre présent à notre passé; et l'on ne peut considérer que comme un symptôme de dégradation le penchant qui nous entraine tour à tour, ou même à la fois, vers une liberté sauvage et vers une aveugle soumission , comme si l'homme ne savait jamais ni se soumettre, ni s'affranchir à propos. Mais, après tout, il faut se demander ce qu'il adviendrait des passions et des imaginations individuelles, si l'esprit nouveau-né n'était pas couché dans des opinions toutes faites, comme dans un tranquille et commode berceau. On se demande si la foi en l'autorité n'est pas le noviciat nécessaire de toute intelligence et de toute conscience , et si la liberté humaine n'a pas besoin, pour se constater, de subir la rencontre et la résistance de ces opinions de masses, de cette puissance de l'exemple, imposant tour à tour, et avec une espèce d'indifférence, le bien et le mal, l'erreur et la vérité. On se demande si les individus, j'entends les hommes tels que les a faits le péché, ne seraient pas, en les supposant soustraits à cette rencontre, plus mauvais à tout prendre , plus funestes à eux-mêmes et aux autres, qu'ils ne le sont sous l'empire injuste d'une autorité qui, après tout, n'a pu manquer de puiser, quelquesunes de ses inspirations dans l'intérêt général.
Grandes questions que nous ne faisons qu'indiquer. Nous aimons mieux, dans un pays chrétien, faire l'éloge de l'autorité en vantant votre bonheur , vous qui avez
respiré en naissant une atmosphère toute chargée des émanations de la vérité ; qui avez sucé avec le lait le respect et peut-être l'amour de la révélation évangélique ; vous qui en avez rencontré partout de vivantes traces dans les institutions et dans les mœurs; vous à qui la Parole de Dieu fut ouverte dès l'entrée de votre voie ; vous surtout qui avez vu le christianisme réalisé et par là même prouvé dans toute la vie de vos parents. Mais prenez garde , en vous en tenant à ce premier avantage, de le rendre vain. Ne faites pas d'un moyen un obstacle, et d'une bénédiction un malheur. Ne prenez pas le parvis pour le sanctuaire. La foi, mes frères, c'est une vie , et dans cette croyance imposée vous n'avez pas la vie. Fût-elle même le résultat d'un examen approfondi de preuves et de documents, elle n'est point la vie encore. Comptez que vous n'aurez la vie, et par conséquent le salut (car ce sont deux noms d'une même chose), que lorsque votre cœur aura perçu la vérité comme il perçoit la douleur et la joie ; lorsqu'elle sera devenue , non plus seulement une impression que vous recevez par quelque organe, mais un organe même de votre être moral ; lorsqu'elle sera le point de vue de vos jugements, et l'impulsion générale de votre conduite; lorsque, placée au sommet de votre existence, elle pèsera sur toute sa pente et en déterminera le cours, ainsi qu'une source alimentée par le ciel pèse sur les flots qui jaillissent immédiatement de son sein , et par les premiers sur tous les autres , jusqu'au dernier terme qu'ils doivent atteindre. Tant que vous n'avez pas la conscience d'une telle foi, ne dites point que vous croyez, ne dites point que vous êtes chrétiens ; disposez-vous à de nouveaux progrès, ou plutôt, du siège conunode où
vous êtes assis, levez-vous et marchez ; marchez à la recherche de la vérité ; heureux qu'on vous ait montré le chemin ; heureux d'être sûrs de la posséder si vous le voulesi réellement !
Une exhortation à la liberté, dans le siècle où nous vivons, offre au premier coup-d'œil quelque chose d'étrange. Peu de gens, ce semble, ont besoin de la recevoir, et attendront qu'on la leur adresse. Je crois pourtant que si les libertés que nous voyons rechercher avec tant de zèle et même d'emportement, se présentaient d'abord toutes hérissées de devoirs , elle auraient beaucoup moins de poursuivants. La liberté qui fait l'objet de ce discours s'annonce d'entrée comme un devoir et une responsabilité. L'action, l'effort et la fatigue sont les premiers caractères qu'elle manifeste ; elle renferme les plus grands assujettissements ; elle est, sous le nom de liberté, la première des servitudes. La soumission à l'autorité, en matière de religion, cache au contraire, sous le nom d'obéissance, une liberté trop réelle; c'est une liberté bien triste, sans doute, la liberté de ne point voir, de ne point choisir , de ne point avancer par soimême ; la liberté de rester faible et pauvre , la liberté de ne point veiller sur les trésors de l'âme ; mais si l'on a vu des peuples combattre pour l'esclavage et se dévouer pour le despotisme , s'étonnera-t-on de voir des individus faire des sacrifices pour éloigner d'eux une liberté qui leur en imposerait de plus grands? Il n'est pas beau, mes frères, mais il est commode peut-être d'avoir quelqu'un qui se charge pour nous de tous les embarras de la liberté, et qui, en retour de quelques observances et de quelques rites, nous exempte de la grande affaire de la régénération. Multipliez ces rites et ces observances,
il n^importe : toutes ensemble pèsent mom$ que la nécessité d'être saint. Dis-je pourtant que la liberté qu'on repousse n'est pas digne d'envie, n'est pas la liberté î A Dieu ne plaise ! quiconque l'a goûtée, sait au contraire que c'est la seule chose au monde qui mérite le nom de liberté ; je dis seulement que, tout excellente et glorieuse quelle est, cette liberté apparaît à plusieurs comme un esclavage ; ce qui les empêche de s'en emparer quand elle leur est offerte, ou d'en faire uss^e quand ils s'en sont emparés.
Voilà ce que la vue de l'influence de l'autorité me fait dire à ceux qui l'ont subie. Voici ce que je dis à ceux qui l'exercent :
Vous voulez donner à vos enfants , à vos disciples , à vos ouailles , à vos lecteurs ( car j'embrasse d'un même regard tous les genres d'autorité), vous voulez leur donner la vérité, c'est-à-dire, la vie. Je le suppose ; car, si je ne le supposais pas , je n'aurais rien à vous dire. On vous a conseillé, et vous vous conseillez à vous-mêmes, d'user de tous vos moyens. Si l'on ne pense qu'à ceux qui se tirent de votre autorité même, je vous dirai plutôt : N'usez pas de tous vos moyens. La foi est une chose du cœur, et le cœur ne vit que par la liberté ; ménagez donc de l'espace à la liberté. N'usez pas de tout votre ascendant ; gardez- vous d'ajouter à son action naturelle et d'en forcer le ressort. Guidez plutôt que vous ne commandez ; aimez mieux inspirer qu'imposer. Befusez , dans l'occasion, une partie des pouvmrs qu'on vous défère , et sachez rappeler la liberté au respect d'ellemême. Cette liberté est la part de Dieu , et c'est pour laisser quelque chose à faire à Dieu, qu'il ne faut p^s que vous vouliez tout faire. Votre affah^e principale est d'in*
dîquer la source et de la rendre recommandable, désirable, par votre exemple surtout. Votre tâche ensuite est d'enseigner, mais comme hommes et comme à des hommes , n'oubliant jamais que , dans ce domaine d'instruction ainsi que dans tout autre, on ne sait rien si bien que ce que Ton a appris par soi-même. Réprimez les écarts avec l'autorité de la parole, mais avec sa douceur; tenez compte du caractère et de la position de chacun ; admettez la nécessité d'une marche progressive et lente , supposez volontiers la bonne foi dans l'erreur, ou, si à la racine de l'erreur vous apercevez la passion et le péché, amenez doucement l'errant à se découvrir à lui-même le principe de son illusion. Sachez à propos vous montrer et vous effacer tour à tour ; montrez-vous pour disputer le terrain aux ténèbres; soyez encore plus empressés de vous effacer pour faire place à Dieu. Fiezvous à lui, défiez-vous de vous-mêmes. Craignez, en imposant la forme avant d'avoir fait comprendre le fond , en attachant l'hérésie à la moindre inexactitude de langage , en multipliant les articles , en renforçant les nuances, en donnant trop à l'appareil systématique , en refusant au sentiment la liberté de se créer sa forme, en exigeant trop tôt toutes les conséquences d'un principe à peine adopté ; craignez surtout, en affichant trop votre autorité, de manquer votre but, et, au lieu de la foi que vous vouliez produire, d'avoir cultivé la disposition contraire, sous la double forme de l'incrédulité proprement dite ou de la foi morte. Vous voulez régner pour faire régner Dieu, à la bonne heure, mais veuillez régner sur des vivants et non sur des morts. N'oubliez pas que l'autorité, mal exploitée, a des effets plus malheureux et plus durables que l'absence de toute autorité.
Vous qui voulez former des chrétiens, vous êtes chrétiens sans doute ; votre autorité s^appuie donc sur celle de l'Evangile : or, que vous apprend l'Evangile ? Il s'est prononcé sur la question par des faits et par des paroles. Par des faits, puisque Jésus-Christ et ses apôtres se sont montrés préoccupés avant tout des intérêts de la liberté, jaloux de ne régner sur les esprits que par la force intrinsèque de la vérité, renvoyant à elle les regards et les hommages qui s'adressaient à eux, avares des signes de puissance avec lesquels ils auraient pu si aisément subjuguer la conviction, réclamant la foi pour leurs paroles bien plus que pour leurs prodiges, et quelquefois même trouvant dans l'incrédulité de leurs auditeurs une raison, non de multiplier les miracles , mais de les épargner. Par leurs paroles : car dans quel autre sens notre Seigneur aurait-il dit : c Croyez ce que je vous dis, sinon » croyez-moi à cause des œuvres que je fais? > N'était-ce pas placer en seconde ligne la foi d'autorité? Dans quelle autre intention aurait-il défendu aux chrétiens d'appeler personne ici-bas leur docteur ou leur père? Pourquoi saint Paul aurait-il repoussé de lui avec tant de force la prétention de dominer sur la foi de ses frères ? N'est-ce pas parce que le Sauveur et ses apôtres reconnaissaient à la vérité la force et le droit de se démontrer elle-même, d'être h elle-même sa propre autorité? Je n'indique ici qu'un petit nombre de faits et de passages , mais j'ose assurer qu'on en trouvera dans l'Evangile un grand nombre qui les confirment, aucun qui les démente. Ce trait de conduite dans le maître et dans ses disciples immédiats est digne de plus d'attention qu'il n'en a obtenu peut-être, et se recommande à l'étude et de ceux qui enseignent et de ceux qui sont enseignés.
Que de choses à ajouter ! que le sujet est vaste, mes frères ! et qu'à mesure que j'y avance je sens combien il est grave, et dans un rapport direct avec les circonstances du temps actuel ! Il me semble que je l'ai moins traité que je n'en ai fait ressortir à vos yeux les points principaux. Ce peu de chose ne sera pas sans utilité, avec la bénédiction de Dieu. N'est-ce rien que de dissiper une confiance dangereuse , et de déterminer , avec les vrais caractères de la foi, les vraies conditions de la vie? N'est-ce rien que de susciter dans une âme , dans une seule, un élan vers la liberté? N'est-ce rien que de rompre ou d'élargir une maille de ce filet où nous sommes tous enfermés, dont le réseau, quelquefois grossier, plus souvent subtil et invisible , nous retient captifs à notre insu, et qui, fût-il plongé en pleine vérité, ne nous y placerait pas nous-mêmes, parce que, pour l'âme, il n'y a point de vérité hors de la liberté, parce que la liberté est le commencement de la vérité? Puissent ces convictions avoir été accueillies dans le cœur de quelques-uns de ceux qui nous écoutent, et puissent-elles les bénir selon leurs divers besoins ; les uns, en leur faisant mieux sentir et la joie et les obligations d'un affranchissement déjà consommé ; les autres , en leur faisant désirer et poursuivre la délivrance !