‹ Discovrs de l'estat et des grandevers de IesvsChapitre 11 sur 12 · Discours de V Estât · texte numérisé non relu

Discours de V Estât

drez celuy que le Père éternel engendre de toute éternité : Vous l'engendrez en vous , comme il l'engendre en soy : Vous l'engendrez de vous et de vostre substance, comme il l'engendre et produit de sa nicsme substance : et vous n'este? pas vn seul moment sans le droict de puissance maternelle sur luy , et le Père Eternel a esté vne Eternité sans pouuoir et authorité sur son Fils, car il est égal à luy : Et c'est vous qui luy donnant vne nouuelle naissance , donnez commencement au pouuoir du Père vers le Fils ; parce qu'en engendrant ce Fils , et luy donnant vne nouuelle nature , vous le mettez en estât auquel le Père puisse exercer son pouuoir sur luy. Et auant cette Naissance le Père est sans pouuoir sur luy , car en l'Eternité il l'engendre comme Fils , mais il l'engendre comme Dieu 9 égal à luy, et indépendant comme luy. Tellement que s'il est durant vne Eternité le Fils du Père auant d'estre le Fils de la Mère , il n'est pas Fils suject au Père auant d'estre Fils suject à Marie: car vn mesme poinct et vn mesme' instant. donne suject et commencement à rauthoritr de Marie , et à l' authorité du Père Eternel sur son Fils nouuellement naissant. 0 grandeur <fc cette humble naissance I ô société honorable de la Vierge et du Père Eternel au poinct de leur

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authorité sur Iesvs I Ne respecterons-nous pas deux pouuoirs si conioincts? Ne seruironsnous pas , bien que différemment , et la Majesté du Père et la Majesté de la Mère; deux Majestez si sainctes, si semblables? Ne dépendrons-nous pas volontiers de deux puissances si eleuées , qui ont vn mesme object pour subject , et vn mesme moment et Mystère pour origine de leur puissance ! Bénite soyez-vous, ô Vierge saincte, en vos grandeurs , et en Testât heureux auquel vous entrez en ce iour et en ce moment pretieux à la terre et au Ciel; Moment auquel vous estes Mère. 0 grandeur de Marie! Vous estes Mère de celuy dont le sainct Esprit mesme (sans deffaut toutesfois) n'est pas Père. Vous estes Mère de celuy dont le Père seul entre les personnes diuines , est Père : Et le Père éternel qui vous deuance vne Eternité en la production de son Fils, ne vous deuance pas d'vn seul moment en l'exercice de son authorité sur luy . Et en vous et dans vos flancs se commence ainsi la première puissance sur vn si digne suject, et la plus haute , la plus digne , et la plus souhaittable puissance que le Père éternel aura iamais, qui est la puissance sur son Fils incarné. C'est le troisième poinct de la grandeur de cette Naissance , que nous auons marqué cy-

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dessus, et qu'il nous faut expliquer maintenant , et auquel nous voulons finir et terminer ce discours des grandeurs de la Naissance humaine de Iesvs. Remarquons donc que la première personne de la tres-saincte Trinité a deux qualitez signalées enl'Escriture. Celle de Père, celle de Dieu ; Celle de Père au regard de son Fils vnique ; Celle de Dieu au regard de ses créatures : Et comme ces deux obiects et ces deux termes sont bien différents , aussi ces deux quauieu tomme Pere litez sont bien distinctes et bien distantes. Et

est pins à honorer , , . ~ .,., . , ,

que Dieu comme (selon sainct Cyrille) nous auons beaucoup plus ^Maffe^Deo 'd admirer, ^ adorer, à aimer cette personne dihœreua putont uine en sa qualité de Père , qu'en sa qualité de pvarem^edtGn- Dieu. Car en sa qualité de Père, il a vn terme cZJ^m" ifeJlt diuin et infiny, et il se rapporte à vne personne ttetur ad comu- égale àluy-mesme : En sa qualité de Dieu , Use

mêtiamid poilus e. J • * ■ * j- *■ *

perunere.ptamvi réfère aux créatures infiniment distinctes, se- 2oci ad cnauiïn parées et distantes de luy, selon tout leur estrv naturam haOiiu- p0SSible. Or comme Père, il a puissance à en-

dittem habet, sic r ' f

Pater ad FUium. gendrer son Fils, et est sans puissance sur son

Deum6pH^mZ Fils engendré : Mais sa puissance à l'engendrer.

c^raf^iQ^The- cest ^ d*re ^ engendrer vn Dieu , est si haute et

«aur. diuine, qu'elle equipole toute autre sorte dt

puissance qu'on luy puisse attribuer : et où au

contraire , comme Dieu il a puissance de créer.

et a puissance absolue et perpétuelle sur tout

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ce qui est créé. Puissance par laquelle , Vocat Rom. it, «. ta qum non sunt, tanquam ea qum sunt. Et par laquelle tout est viuant, et tout est néant au regard du Créateur.

Ces deux qualitez de Père et de Dieu , distinc- ces deux qualités en la Diuinité , et séparées en leurs objects, 0*^0011?^^ sont admirablement conioinctes par cette Nais- durablement par

ensemble en la

s an ce , par laquelle il est Père de celuy dont il naissance tempoest Dieu ; Et il est Dieu de celuy dont il est Père. wUe du Fn§" Il est Père de ce nouueau né : Car il est son Fils, et son Fils vnique , auquel il dit vniquement , et priuatiuement à tout autre , Ego hodie genui psai. u. 7. te. Il est Dieu de ce nouueau né : Car il est tellement son Fils , qu'il est aussi son seruiteur, et son seruiteur vnique : Et il entre en cet estât de seftiiteur par cette seule Naissance , à raison de laquelleil luy dit par son Prophète , Seruusmeus isa. xm, s. es tu , ô Israël, in te gloriabor. Et au chapitre 42, Ecce puer meus , selon l'Euangeliste , et selon le Prophète , Ecce seruus meus. Et ailleurs , Formons me ex vtero seruum sibi. Aussi le diuin Apostre conioinct ensemble les deux qualitez ExpUcauen a» en vn , en ces sainctes paroles , Deus etpater Do- ^SêTùlmt *i mini nostri Iesu Christi. Paroles dignes d'estre p^tf00J^1^9'

0 tri iesu Christi.

grauées en la terre et au Ciel , et au cœur des hommes par la main des Anges. Paroles qui comprennent en peu de mots les deux plus

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grands Mystères de la Diuinité : La Trinité et l'Incarnation : Les deux estats du Verbe diuin, son émanation éternelle , et son émanation temporelle : Et les deux qualitez de TEstre suprême et increé, sa qualité de Père, sa qualité de Dieu : Et marquent l'excellence de nostre Religion , en laquelle on adore vn Dieu qui est Père, et vn Père qui est Dieu : Dieu et Père tout ensemble de nostre Seigneur Iesvs : Dieu et Père tout ensemble au regard du mesme obiect. Car celuy qui est nostre Dieu et nostre Souuerain , c'est à dire Iesvs, qui est appelle, Deus nosUr, a vn Père , car il est Dieu de Dieu , a vn Souuerain, car il est Homme-Dieu. Mais comme ces deux natures , diuine et humaine sont conioinctes en luy, et comme par Tvnion ineffable de «es deux natures il est Dieu et homme tout ensemble : Et comme par ce Mystère il est tellement Dieu qu'il est homme , tellement homme qu'il est Dieu : Aussi celuy-la mesme qui est son Dieu, est son Père : Celuy-la mesme qui est son Père, est son Dieu : Et ces deux qualitez sont conioinctes en vne mesme personne , c'est à dire en la personne du Père : Comme les deux natures sont conioinctes en vne mesme personne, c'està dire , en la personne du Verbe , le Fils vnique du Dieu viuant.

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Or comme c'est par ce nouueau Mystère que ces deux natures sont vnies; Auant iceluv, Dieu qui est de toute Eternité , est aussi de toute Eternité le Père , et Père tousiours engendrant son Fils , et tousiours exerçant la qualité de Père au regard de son Fils. Mais auant ce Mystère , Dieu a esté toute vne Eternité sans estre le Dieu de son Fils , comme son Fils durant cette Eternité , n'estoit pas en estât d'estre sa Créature. Et lors Dieu estoit sans exercer, au regard de son Fils, le pouuoir qu'il a en cette qualité de Dieu, et qu'il exerce maintenant. Car il n'est entré en l'vsage de cette puissance et authorité, que par ce diuin Mystère. Mystère auquel Dieu qui ne peut s'aggrandir en soy-mesme , s'aggfandit en son œuure , et en son Mystère qui le rend Dieu, et Dieu pour iamais de celuy dont il est Père de toute Eternité. Mystère qui parce moyen releue , honore , et aggrandit l'Estat et la Couronne du Père éternel : Et l'aggrandit d'vne qualité et dignité infinie. Car ce n'est comme rien à Dieu de commander aux Créatures : Ce sont des néants qui ne sont pas dignes d'estre , et de luy obeïr. Mais commander à vn Suject si digne, qu'il est infiny en sa dignité , qu'il est Dieu en sa nature , qu'il est Fils vnique de Dieu en sa personne ; C'est chose digne de

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Dieu mesme ; Son pouuoir et son commandement ne peut monter plus haut ; et son domaine est remply de toute la grandeur et dignité qui Le Pere éternel }Uy peut appartenir. 0 grande ur I ô abysme de

semble partager J r /f .* . f

•nrr la vierge son ce profond Mystère qui aggrandit ainsi le Père

au monté sur son , ■> • xxi«x^^i>

Fiu, et ce.ia com- éternel en sapuissance et authorité , etl aggranm#nl- dit pour iamais I O grandeur ! ô puissance de

Tabbaissement de Iesvs , qui éleue et accroist la grandeur et la puissance du Père éternel pour iamais ! O'bonté du Père , qui ne veut point reseruer à soy seul cette nouuelle puissance qui luy est donnée parle Mystère de l'Incarnation ! Car il la communique à la saincte Vierge t et la met en puissance et auctorité Maternelle sur celuy , sur lequel il prend puissance et auctorité Paternelle. Et des esprits foibles et peu cognoissans les Mystères de Dieu, ne voudront pas entrer en seruitude au regard de celle auec laquelle le Père éternel semble partager sa qualité, sa puissance et son auctorité sur son Fils : le dis partagersans diuision , sans diminution , mais par communication , par extension : Car c'est ainsi que les choses célestes , spirituelles et diuines , se partagent : Et c'est ainsi que le Père éternel honore et partage son pouuoir sur son Fils auec la Vierge , à laquelle celuy qui est le Fils de Dieu , et Dieu mesme , est

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assuietty pour nostre exemple et par nostre amour. Mais laissons ces esprits en leurs basses pensées : Offrons-nous et au Père et au Fils , et à la Mère. Adorons les grandeurs de ce Mystère f et de cette naissance seconde de Iesvs , qui honore , qui éleue , qui vnit , et vnit d'vn nouueau lien ces trois personnes ensemble : Le Père en la puissance qu'il a sur son Fils ; le Fils en l'honneur et hommage qu'il rend au Père ; la Mère en la qualité , puissance et auctorité qu'elle a au regard de celuy-la mesme qui est le Fils du Père. 0 Paternité ! ô Filiation ! ô Maternité ! Mais il vaut mieux finir, et adorer par vn sacré silence , ce que la langue et la pensée des Anges ne peut pas dignement annoncer ny aux hommes , ny aux Anges. Finissons donc , et recueillons en peu de mots les grandeurs proposées en ce discours de la Naissance de Iesvs en la terre. La source de cette humble naissance est le sein du Père : Son exemplaire , est la génération Récapitulation éternelle : Sa fin est la grandeur de Dieu , et de ^f ™ SJ xdp£ Dieu mesme en qualité de Père : Son propre est cou" de .u w de donner naissance nouuelle à Dieu , de donner de ie*n». vn estre nouueau à l'Eternel et immuable , de donner vne nouuelle essence au Fils vnique de Dieu : Son issue , est le salut de l'vniuers , son estât d'estre vn Mystère d'honneur, d'hommage

550 Discours de V Estât

et d'adoration aux choses plus ineffables et pltb incompréhensibles de l'Eternité : Son terme propre et ses effects , de faire que Dieu soit homme : qu'vne Vierge soit Mère de Dieu ; que les pécheurs soient saincts et enfans de Dieu pour iamais : Et par ce moyen , ietter en la terre ta* fondements du Royaume du Ciel , du Royaume de Dieu, du Royaume éternel, et pour dire tout en vn mot , ô merueille I ô grandeur ! de produire en la terre pour la terre et pour le Ciel , vne vie si haute , si puissante , si diuine . comme la vie de T homme-Dieu , Vie increée , et Vie incarnée ! Vie diuine et Vie humaine ! Vie glorieuse et Vie souffrante ! Vie , source de Vie en toute éternité 1 Vie anéantissante le pouuoir de la mort et l'empire du péché ! Vie reconciliante Dieu aux hommes ! Vie satisfaisante en rigueur de iustice à Dieu courroucé , à Dieu offensé ! Vie reparante par sa plénitude le vuide et les besoins de la nature humaine ! Vie méritante tout ce qui peut estre mérité de Dieu viuant, résidant, opérant en cette humanité sacrée.

et des Grandeurs de Iesvs.

DISCOVRS DOVZIÉME

De la troisième Naissance de Iesus.

ontemplans ces grandeurs, nous n'auons qu'à nous perdre en cet abysme , et nous condouloir auec toute la nature créée , de ce que cette vie si haute , si duine et si grands, est soubs l'Empire de la mortalité; et que cette seconde naissance donne a Iesvs vne vie passible , mortelle et périssable. Car Iesvs naist pour mourir, et ses grandeurs deuroient estre immortelles : Mais le Père Eternel y pouruoit par vne troisième naissance, le tirant de la Croix, de la mort et du sepulchre , et le faisant renaistre comme vn Phénix dans ce sien holocauste, pour luy donner vie en son sein et en sa gloire, et rendre son estât désormais heureux, glorieux et éternel. C'est le vouloir du Père sur son Fils : C'est le pouuoir du Fils sur soy-mesme, sur son estât et sur sa propre vie. C'est ce que « esl eonuena-

... .. , ... -ni»» ble que lesus sorte

mente et requiert sa grandeur, a laquelle 1 îm- du «eiour «ie ia

552 Discours de V Estai

mort pour eoirer mortalité est naturelle : car c'est par miracle que

en son repos et sa . , , .

gloire. Iesvs est mortel , comme nous sommes immor-

tels par miracle. C'est le souhait de toute Créature qui veut viure et renaistre en son Créateur. C'est le besoin particulier des hommes qui doiuent resusciter par sa Résurrection puissante. Et c'est en fin , ce qui est bien deu à tant d'abbaissemens et à tant de souffrances.

Apres six iours en la Création , Dieu a cessé

d'opérer , et est entré en son Sabbath et en son

repos. Apres tant de iours, tant de mois et tant

d'années , après la Récréation et réparation du

monde , il est temps , ô Iesvs , que vous cessiez

non d'opérer, mais de souffrir, et que vous en-

Desir* ardent» triez au Sabbath et repos éternel. Entrez donc

tare^écSn îi en vostre gloire après tant de souffrances, et

▼te glorieuse de apres tant de labeurs entrez en vostre repos.

Vous estes sorty de ce repos pour 1 amour de nous , et vous auez voulu eschanger le séjour de vie et de gloire où vous estiez de toute Eternité, au séjour de la Croix et de la mort. Délaissez maintenant le sein de la Croix, Testât de la mort , le séjour du Sepulchre , non pour r entrer en vne vie mortelle , mais pour retourner au sein du Père et au séjour du Ciel. C'est assez, ô Iesvs , auoir esté en cette terre des mourans, en ce païs d'exil et de bannissement , en cette

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vallée de larmes , en ce lieu de misères , en la Croix , en la mort , en la sépulture. C'est assez , ô Iesvs , auoir esté trente-quatre ans , mortel et passible. C'est assez auoir esté comme vn d'entre nous au milieu de nous. C'est assez auoir esté pèlerin en l'Egypte et en la Iudée. C'est assez auoir esté en Bethléem et au Caluaire , en la Creiche et en la Croix , au Sepulchre et aux Lymbes. Ces lieux sont lieux de mort et de souffrance , et vous estes la Vie et la Gloire. Cette terre est vne terre d'exil et de bannissement , et vous estes inséparable d'auec le Père/ Ces séjours de mort et de misères nous conuiennent , mais non à vous ; et si elles vous conuiennent , ce n'est que par nous, et pour nous. Vous estes Eternel , et ces demeures sont temporelles. Durant vne Eternité vous auez esté dans le repos et dans la gloire : Et cet estât présent vous est vn estât estranger. Estât et séjour bien différent de celuy qui vous appartient , et que vous possédez de toute Eternité. Car là vous estes au repos sans trauail , en la vie sans la mort, en la gloire sans misère. Il est temps de r'entrer en eét estât ; Il est temps d'estrë heureux , glorieux , immortel , aussi bien en l'vne comme en l'autre de vos deux natures. Car toutes deux sont vos natures, toutes deux sont

55 'i Discours de V Estât

vostres : L'vne est vostre par Essence , l'autre par Subsistance : L'vne par Naissance éternelle, l'autre par Naissance temporelle : L'vne par Nature , Vautre par Amour. Soyez désormais et en l'vne et en l'autre de ces natures vostres, selon qu'il conuient à vostre grandeur. Soyez pour vne Eternité au repos, en la vie, en la gloire.

Délaissez donc ce sepulchre , 6 Iesvs mon Sei- Psai. cxxxi, 8. gneur , et vous éleuez en vostre repos , Bxurgt in requiem tuam, tu et Arca sanctificationis tu&. « Eleuez-vous en vostre repos, Vous et l'Arche « de vostre sanctification , » c'est à dire , vous et vostre Humanité saincte. Car c'est vne Arche comme l'autre : C'est vne Arche d'alliance plus que l'autre : C'est vne Arche qui est beaucoup plus vostre que l'autre. C'est vne Arche plus saincte et plus sanctifiante que l'autre : C'est vne Arche bien plus adorable que l'autre. Et elle est aussi l'obiect d'adoration et de la tenv et du Ciel , et des Anges et des hommes, et pour le temps, et pour l'Eternité. Arche qui porte la présence de vostre Diuinité , et la porte en vne manière si haute , si auguste- et si puissante ! C'est donc vostre Arche , et V Arche de vostre sanctification : Et partant permetteznous de vous dire ces paroles de vostre Pro-

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phete, Leuez-vous en vostre repos, Vovs et vostre Arche , c'est à dire , vostre Personne et vostre Humanité. Cette Arche et cette Humanité est pretieuse ; Elle est formée par le sainct Esprit; Elle est tirée du corps immaculé de la tres-saincte Vierge; Elle est vnie au mesme instant à la diuinité , et vnie inséparablement ; Elle est remplie de grâce et de dignité infinie : Chose si grande doit-elle estre mortelle ? Que si l'excès de vostre amour vous porte à subir nostre mortalité , il est temps de tirer ce corps sacré et deïfié, de la Croix et du sepulchre, pour l'establir en la Gloire et Immortalité. C'est le Conseil du Père éternel sur son Fils : C'est son bon plaisir de le tirer hors de la mort et du sepulchre : C'est son vouloir de luy dire pour vne troisième fois, Ego hodie genui te, par vne troisième Naissance, en laquelle il veut donner à Iesvs vne nouuelle vie , et vie plus puissante et glorieuse , que n'est pas celle que tu luy as rauie , à Iuif. Tu Tas mis en la Croix, tu l'enfermes au sepulchre. Mais tu te trompes, ô peuple infidelle : Cette Croix est le bûcher où u croix de iece nouueau Phœnix , cet oyseau du Ciel pren- moTeUe^de dra Renaissance , et en vne meilleure vie. Tu??,, ^c#nfi81??,î^

' Elle est le lict de

te trompes, 6 Iuif, ce sepulchre sera vn lieu de son amour et le

nid de sa f8COn~

vie , et non de mort ; et de vie plus puissante due.

556 Discours de l' Estât

et glorieuse que celle que tu luy as rauie. Cette

Croix et ce sepulchre, qui est deuant tes yeux

vn sepulchre de mort , deuant les yeux du Père

est vn nid pretieux , où son Fils doit renaistre

et reuiure , et duquel il nous dit par son serui-

Exposiiion de teur fidelle , In nidulo meo moriar, et sicut phœ-

^tn^dui^meo n^x multiplicabo dies meos. Paroles Prophétiques

moriar. et sicut ei admirables : Et texte tissu par vn grand se-

pharnir, etc. . **

cret de contranetez apparentes. Car quelle conuenance y a-?t'il entre la vie et la niort ? Et toutesfois Iesvs dit en ce texte, Moriar et muliob. xxix. 48. tiplicabo dies meos. Quel rapport y a-t'il entre la mort et le nid; Nid qui est lieu dévie, de naissance, et non pas de mort? Et toutesfois Iesvs dit , In nidulo meo moriar. Car si Iesvs qui est la vie doit mourir, sa mort est vie pour nous, et le lieu de sa mort est le nid de la vie que nous receuons en la mort et par la mort de celuy qui est vie , duquel tout est vie , et duquel la mort est vie , et mesme vie vitrifiante. Mais il y a bien plus : car sa Croix est vn nid . non seulement pour nous, mais aussi pour luy : Elle est le nid de sa vie et de sa renaissance en Timmortalité : Et aussi dit-il en cette paroi? Prophétique , In nidulo meo moriar. Disons donc , Que cette Croix de Iesvs est le lict de son amour et le nid de sa fécondité, où éleué

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entre le Ciel et la terre comme vn oyseau du Ciel, il esclost ses petits. Et disons encore, Que cette Croix est le lict et le nid où ce nouueau Phœnix prend luy-mesme vne nouuelle naissance. Car comme entre tous les oyseaux de l'air, et les animaux de la terre, le Phœnix seul a le lieu de sa mort , pour le nid de sa vie : Iesvs aussi seul entre les mortels , a le lieu de sa mort, pour le nid de sa vie et de sa renaissance , tirant de sa Croix et de sa mort la puissance et le droict d'entrer en vne vie nouuelle et immortelle. 0 Croix! ô nid! 0 mort! 6 naissance! 0 vie mourante! ô immortalité! 0 immortalité, source d'immortalité ! le vous adore, ô Iesvs , en la Croix , comme au lict de vostre amour, et comme au nid de vostre immortalité : Et au pied de vostre Croix , à l'entrée de vostre sepulchre ie me prosterne deuant vous, ô Iesvs , mon Seigneur, que ie voy en Testât et en l'ombre de la mort, et ie contemple vos douleurs et mes misères, et les desseins du Père éternel sur vous et sur nouspar vous. Là ie vous adore comme mourant et comme engendrant vos enfans dans l'immortalité. Là ie vous adore comme mourant et comme renaissant en vne nouuelle vie. Là ie vous adore comme mourant et comme respandant la se-

menée de l'immortalité , et pour vous et pour nous. Là ie vous adore comme renaissant en vnevie céleste, comme acquérant vn nouueau droict de gloire , et comme entrant en vn nou- Momem de la ueau pouuoir sur l'immortalité. Et ie vous îesns'eîsMgrM- adore en ce moment heureux , auquel vous denrs. passez de la Croix à la Gloire , de la mort à la

vie , de la terre au Ciel , de la vie mourante et voyagere à la vie céleste et immortelle. O moment heureux , aymable et adorable ! Tu finis les labeurs et la Croix de Iesvs! Tu donnes commencement à son immortalité ! Tu establis en son immortalité la nostre ! Tu donnes suject de nous esiouïr, et de dire auec TApostre, « Iesvs-Christ est mort vne fois , et ne mourra « iamais plus, la mort ne luy commandera « plusl » Tu triomphes de la mort, comme la mort auoit triomphé de Iesvs ! Tu rends à Iesvs ce qui luy est deu , et ce que son amour auoit suspendu et arresté si longuement! Combien ce moment nous doit-il estre précieux, qui est le premier moment de sa gloire accomplie, de sa vie céleste, et de son immortalité? Moment heureux! Moment dans l'Eternité , qui donne principe à vne Eternité , et à l'Eternité d' vne telle vie et d'vne telle gloire, source et resource de la vie éternelle , et des

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hommes et des Anges ! Heureux moment dans l'Eternité !

Mais ie trouue icy encore vn nouuel effort et nouuelle surprise de vostre amour, qui veut signaler sa puissance et ses effects dans le commencement de vostre vie nouuelle et immortelle , comme il la signalée dans tout le temps de vostre vie voyagere et mortelle : Car en abandonnant vostre corps à sa gloire , il suspend encore le lieu de cette gloire , et Iesvs est viuant entre le Ciel et la terre , conuersant en terre par l'espace de quarante iours. 0 amour ! tousiours amour , et tousiours triomphant! Et triomphant de chose si haute et si diuine comme de la vie et de la gloire de Iesvs! 0 amour triomphant, et triomphant de Iesvs, mesme dans le triomphe de sa gloire ! Car comme en la Naissance hors de la Vierge en la vie mortelle , vous naissez en la terre , et la terre est le lieu qui vous doit receuoir en cette humble lésas naissant Naissance : Aussi en cette naissance hors du to^eu0iî°^tïrp sepulchre dans la vie immortelle , vous naissez an CieI el nMnl-

/v i i. i n- i xi t j m. moins son amour

au Ciel , et le Ciel est le lieu qui vous doit pro- entiers son Egiue prement receuoir en cette heureuse Naissance !^u* Crante dans Testât de la Gloire. Mais l'amour de vos Umn- Apostres , de vos Disciples , et de vostre Eglise, arreste encore pour quelque temps ce dernier

560 Discours de V Estai

effect de ceste dernière Naissance : Et voetre entrée au Ciel est différée et suspendue par vn miracle , et miracle d'amour exercé par vous mesmes sur vous mesmes, suspendant non Testât de la gloire comme ailleurs , mais le lieu propre à la gloire. Car l'amour puissant à vous tirer du Ciel en la terre , et du sein du Père au sein de la Vierge , vous arreste et suspend entre la terre et le Ciel. De sorte que renaissant en Testât de la gloire, vous n'estes pas pourtant au lieu de la gloire : Et partageant vn Mystère en deux pour nous vnir à vous, vous mettez in* terualle de quarante iours entre la Résurrection et l'Ascension, afin que nous soyons tout ce temps auec vous ; diuisant ainsi par vosfre Amour , ce que la nature des choses , et des choses suprêmes deuoit conioindre, asçauoir TEstat de la Gloire auec le Lieu de la Gloire. 0 amour estrange en sa nature et en ses effects. en Iesvs I Car le propre de l'amour en soymesme , c'est d'vnir : Et le propre de l'amour Diuin, c'est d'éleuer au Ciel : Et au contraire, le propre de Tamour en Iesvs , c'est de séparer, et d'attirer Iesvs en la terre. L'amour, ô Iesvs. vous tire du sein du Père, et vous en fait sortir, comme vous dittes vous-mesme , pour estree* vne terre et nature estrangere ; car vous parler

et des Grandeurs de Iesvs. 561

ainsi : Exiui à Pâtre, et veni in mundum : L'a- ioan. ivi, 28. mour sépare vostre nature humaine de la Personne humaine, pour la liurer à vne autre personne , et à vne personne distante infiniment de sa propre nature et condition. L'amour sépare en vostre vie voyagere la Gloire de l'Estat de la Gloire; et la gloire de l'Ame de la gloire du Corps. L'amour par vn effort estrange sépare cette Ame déifiée de ce corps déifié ; et toutesfois ils estoient conioincts, non seulement par le rapport de leur nature comme en nous, mais bien plus puissamment par leur Diuinité, en laquelle ils demeurent vnis en Testât de leur séparation. Et maintenant que Dieu réunit L'amour diu» ce Corps et cette Ame déifiée par le Mystère de ^uMtMt^Jarro la Résurrection , et rend au Corps la gloire qui ™irade^^jj: luy est deuë ; L'amour sépare l'essence et l'es- «mi •» ïmm. tat de la gloire d'auec le lieu de la gloire , etc. O amour séparant et non plus vnissant ! Que de séparations vous faittes, et au regard de suiects si dignes et si puissans T Vous séparez en vne certaine et excellente manière le Fils d'auec le Père, par la condition d'vne nature estrangere , et leur propre nature les conioinct en vnité d'essence I Vous séparez la nature humaine de la subsistance humaine , et toutesfois elle est de soy, et par tout ailleurs le terme

562 Discours de V Estât

propre et l'accomplissement substantiel de cette nature 1 Vous séparez la gloire de Testât de la gloire , et Testât de la gloire du lieu de la gloire : Et toutesfois ces choses sont Suprêmes , sont Diuines , sont surnaturelles , et sont Diuinement ioinctes , et par tout ailleurs , hors en vous seul, inséparablement conioinctes I Notable différence de TAmour en Dieu et de l'Amour en Iesvs. Car Tamour en Dieu est vnissant , et Tamour en Jesvs est séparant : L'amour en Dieu vnit iusques à Tvnité d'essence, et Tamour en Iesvs sépare iusques à la diuision d'essence , diuisant Tessence de l'homme de la personne de Thomme , Tessence de la gloire de Testât de la gloire , et TAme deïfiée d'auec le Corps deïfié , qui sont deux essences conioinctes et par nature , et par grâce et par gloire. Que cet amour, ô Iesvs , qui est en vous soit en nous; Que cet amour qui opère en vous f opère en nous ; Que cet amour qui triomphe de vous, triomphe de nous ; Que cet amour qui diuise et sépare en vous , diuise et sépare en nous , et qu'il nous sépare du péché, de la terre, et de nous-mesme , pour viure à vous : Et que cet amour nous occupe de vous , nous tire à vous, nous remplisse de vous. le voy que cet amour séparant , fonde , establit et accompagne trot

et des Grandeurs de Iesvs. 563

sortes de vies en vous. Que ie vous contem- Trois vie* en

i j j a • , . lesus ausqaelles

pie et adore en ces trois vies , et aux trois mo- toutes vies doiments de vostre entrée en ces trois vies. Trois ueni •■*«»«»»-

crées : sa vie dans

vies ausquelles toute la vie des hommes et des l'incarnation, -qui

. j'Axjj-^m* x est la vie humaine

Anges doit estre dédiée. Trois moments pre- de Dieu et ta vie cieux , ausquels tous les moments de nostre dinine dfl. ,,hom'

* me ; sa vie voya-

mortalité et de nostre Eternité doiuent estro gère et mentante;

t x j ht a- * sa vie glorieuse et

consacrez. Le moment de 1 Incarnation , ou céleste. Iesvs commence à estre Iesvs , et à viure d'vne vie increée , et le Verbe commence à auoir vne vie nouuelle et incarnée : Vie diuine et humaine , diuinement humaine , et humainement diuine. Le moment de la vie voyagere et méritante où l'Ame de Iesvs est vnie , et à vn corps passible , et à la vie de gloire tout ensemble , et Iesvs par ce moyen a vne nouuelle sorte de vie. Vie qui n'est que pour luy I Vie qui est l'origine de nostre vie éternelle I Vie en gloire et en souffrance 1 Vie qui vnit et conioinct deux estats si diuers en vne mesme ame , par vn miracle opéré en Iesvs-Christ par Iesvs-Christ mesme , et opéré en luy seul , et continué par l'espace de trente-quatre ans sur la terre ! Le moment de sa vie céleste et pleinement glorieuse, où Iesvs est triomphant dans la vie, dans la gloire , dans l'immortalité. Vie sans souffrance et sans mortalité ! Vie qui n'est plus

564 Discours de V Estât

que vie , et n'est* plus que gloire ! Vie qui durera vne Eternité ! Ces trois moments donnent ces trois vies origine à trois vies : Ces trois vies ont trois seproimMiov^te jours différents, dans lesquels nous deuons première ie sein adorer cette Humanité sacrée de Iesvs ! O mo-

du Pero ; la secon-

de son amour en- ments 1 ô seiours ! ô vies adorables ! Ce doit ^ém^gioire.01 es*re l'obiect de nos pensées : ce doit estre le suject de nos occupations : ce sera l'obiect de nostre Eternité. Que ie vous regarde donc, ô Iesvs, en ces trois moments I Que ie vous adore en ces trois vies I Que ie vous contemple en ces trois seiours I Car Dieu est vostre seiour et vostre retraicte en ces trois vies; et Dieu vous reçoit en son Sein , en son Amour, en sa Gloire. Vous estes au sein du Père par vostre Naissance éternelle ; et en la plénitude des siècles vostre personne diuine y tire et éleue nostiv humanité. Là se traicte , se résout , s'establit le Mystère de l'Incarnation : Là Dieu est homme, et l'homme est Dieu : Là cette Ame et cette Humanité de Iesvs est consubsistante auec la Diuinité : Là le Fils vnique de Dieu qui repose au sein du Père , repose en cette Humanité. Là cette Humanité n'a estre que dans l'estre increé , et a sa vie , sa subsistance et son estât en vne personne produicte au sein du Père , résidente au sein du Père, et inséparable du

et des Grandeurs de Iesvs. 565

sein du Père. Là cet homme qui s'appelle Iesvs , est à la dextre de Dieu par sa puissance ; est au sein du Père par sa subsistance ; et a sa vie et son repos pour iamais en la Diuinité. A la vérité le Verbe a esté vne Eternité sans cette Humanité, mais il sera aussi vne Eternité auec elle. Et le Verbe n'a iamais esté que regardant en sa diuine essence, comme en vn parfaict miroir, cette Nature humaine, la regardant comme vne nature qui deuoit estre à luy pour vne Eternité. Il n'a iamais esté sans ce regard vers elle : Car son regard et son amour à nostre humanité, est vn regard et amour éternel. De toute Eternité il la regarde comme sa propre Essence : Comme celle qui doit estre vn iour , et pour iamais vne de ses Essences ; et comme l'Estre qu'il veut accomplir et terminer de sa propre subsistence. 0 regard Diuin ! ô regard éternel ! ô regard plein d'amour et d'honneur I ô regard qui doit tirer nostre regard , nostre amour et nostre hommage vers cette Humanité , que Dieu regarde éternellement et incessamment comme sienne , et que nous deuons regarder comme nostre , et comme nostre par le don du Pore ; par l'opération du sainct Esprit ; par la subsistence du Fils , qui luy est donnée pour opérer nostre salut ; en fin par la

puissance de la Croix et de la mort , qui l'a consommée en sacrifice et en holocauste pour nous.

Explication de Comme vous estes ainsi ,ÔIesvs mon Seigneur. c^e^niqnrSn au sein du Père par vostre Naissance première, Pere. vous estes en l'amour du Père par vostre se-

conde Naissance : Car le Pere qui vous engendre par cognoissance en la Diuinité, vous produit par amour en nostre humanité. Aussi employe-t'il son Esprit et son Amour en cette humble Naissance , selon la parole de l'Ange : Et c'est par amour enuers nous, que le Pere donne au Fils , non seulement vne humanité , mais nostre humanité , c'est à dire , l'humanité tirée de nous; l'humanité semblable à nous; l'humanité mortelle et passible pour nous. Et vous qui estes ainsi au Pere , c; est à dire , en son Sein et en son Amour par vos Naissances précédentes ; Vous estes maintenant par vne troisième Naissance en la Gloire du Pere. Car en la Croix , en l'Enfance , et en la Vie voyagere , vous estes bien au Pere , mais non pas en la gloire du Pere , qui n'a esté pleinement communiquée à cette Humanité , que par cette troi- Exposition de siéme Naissance. Mais Dieu veut maintenant de^MriSraAM ^n^T c^ estat d'abbaissement et d'humiliation : snbject. j)îeu veu^ vous éleuer et exalter pardessus tout

et des Grandeurs de Iesvs. 567

ce qui est créé : Dieu veut vous mettre à sa dex-

tre , en son repos , en sa Gloire : Dieu veut que

toute langue vous recognoisse en cet estât , et

que selon l'Apostre, Omnis lingua confiteatur, Phmp. u,n.

quia Iesvs Christvs in Gloria est Dei Patris.

C'est la vie où vous entrez par cette troisième Naissance : Vie de gloire et de grandeur : Vie recogneuë et publiée par les Apostres : Vie de laquelle le bien-aimé Disciple nourry dans les secrets du Ciel , en l'eschole et au sein de Iesvs, nous dit qu'il a veu vostre Gloire , et qu'elle est la gloire du Fils vnique , comme vnique du ion. xi*. Père : Vie de laquelle le grand Apostre , rauy au troisième Ciel , nous dit que c'est la gloire mesme du Père , et que toute langue le doit ainsi recognoistre et aduoûer. Paroles grandes "•Cor- X1I« * et profondes , dignes de ces deux grands Apostres , les plus instruicts et les plus éleuez en la lumière et cognoissance de Iesvs ! Escoutons ces paroles , méditons ces paroles , et inuoquons la conduitte et la lumière de l'esprit qui les leur a reuelées et inspirées. C'est assez de nous dire, ô Disciple de vérité , 6 bien-aimé Disciple , que vous auez veu cette gloire ; et que cette gloire est la gloire du Fils vnique , comme vnique du Père ; Et si la raison ne peut atteindre si haut, que la pieté nous y conduise par éleuement et

568 Discours de V Estai

par admiration. Disons donc , O gloire du Fils vnique de Dieu, comme vnique du Père! 0 gloire digne du Père , qui est source de toute Diuinité ! O gloire digne du Fils , qui est égal au Père , et qui est la splendeur de la gloire du Père I O gloire digne de sa Croix , de ses abbaissemens , de son anéantissement ! O gloire digne de l'honneur et seruice rendu au Père ; Honneur et seruice infinyen dignité, en mérites, en effects I O gloire , digne d'estre l'object de la gloire communiquée aux Angesetaux hommes! O gloire , digne d'estre nommée par excellence Mony*. œ di- la gloire du Père ! Car c'est ainsi que la nomme le Hérault des grandeurs et des abbaissemens de Iesvs , quand il nous dit que toute langue doit confesser, Quia Dominus Iesvs Christvs in Gloria est Dei Patris : Où nous parlant de Iesvs humilié, de Iesvs exalté ; et distinguant ces deux estats si differens, il nous dit pour conclusion. Que Iesvs exalté est en la Gloire du Père ; voulant comprendre et enclorre en la sublimité de ce peu de paroles , vne chose infinie et ineffable, et nous marquer la voye par laquelle nous deuons entrer en quelque intelligence de cette gloire immense. Car il faut cognoistre le Père, il faut cognoistre le Fils , et il faut cognoistre l'Amour réciproque du Père au Fils , pour co-

wn. nom

et des Grandeurs de Iesvs. 569

gnoistre et mesurer Testât et la grandeur de cette gloire , qui est la Gloire du Père , la Gloire du Fils, la Gloire du Fils par le Père et en son Père. L'Escriture nous représente deux voyages du Fils de Dieu , l'vn par lequel il sort du Père , et vient au monde par le Mystère de l'Incarnation , A Deo exiuit : l'autre par lequel il sort du monde et va au Père , AdDeum vadit: L'vn s'ac- io»u. xm, i. complit par l'Incarnation et par la Naissance humaine de Iesvs , l'autre s'accomplit par la Glorification et par la Naissance glorieuse de Iesvs. Le Fils de Dieu donc yssu du Père retourne au Père, rentre au Père, et entre en la Gloire du Père pour n'en sortir iamais , viuant tousiours en gloire , en puissance , en grandeur, en Majesté digne du Fils , digne du Père , digne d'vn tel Fils et d'vn tel Père. Iesvs est en la Diuinité du Père , et la Diuinité du Père est la gloire du Père. Iesvs donc est en la Gloire du Père. Et encore que cette Diuinité dés le moment de l'Incarnation soit communiquée à Iesvs, elle luy est maintenant communiquée , non seulement en sa subsistence et en sa Dignité personnelle , mais en sa Vie et en sa Gloire. 0 subsistence I ô Dignité I ô vie I ô Gloire de Iesvs ! Cette Gloire de Iesvs n'est pas vne gloire comme la nostre : Car aussi la Grâce de Iesvs n'est pas

570 Discours de V Estât

vne grâce comme la nostre. Nostre grâce et saincteté est vn accident et vne qualité respanduë en l'ame ; et nostre gloire est cette mesme grâce consommée et plus accomplie ; mais proportionnée en son estre , en sa qualité et en son degré à nostre grâce. Aussi la Gloire de Lests est semblable à la Grâce de Iesvs ; et comme la Grâce de Iesvs est bien différente de la nostre f ainsi la Gloire de Iesvs est bien éloignée de la nostre. La Grâce et Saincteté de Iesvs est substantielle, et sa Gloire est substantielle : sa Grâce est increée , et sa Gloire est increée : Et la grâce infuse qui se dériue en l'Ame et aux puissances et facilitez de l'Ame de Iesvs , est vne grâce émanée de cette Grâce primitiue et principale, de cette Grâce propre à Iesvs ; de cette Grâce constitutiue de Iesvs : et est vn accident dépendant de cette Substance éternelle. Aussi lagloire correspondante à cette grâce infuse , est vue gloire émanée de cette Gloire essentielle , qui est communiquée à Iesvs en la communication ioao. xvii ; m- de la Diuinité , qui se donne à cette humanité latin», in psai. n, comme vie et comme Gloire essentielle et superessentielle.

Ponrsuitte du Esleuons-nous par dessus no us- mes mes, et iStatede ^'sm Par dessus la gloire des hommes et des Anges, w«!a 8l°iM d6 e* nous Perd°ns en la veuë et contemplation de

et des Grandeurs de Iesvs. 571

cette gloire : Car cette gloire est si haute et si diuine , que nous pouuons bien dire que cette gloire de Iesvs , est la Splendeur de la Gloire de la Diuinité , comme la Personne de Iesvs est la Splendeur de la Gloire du Père.

Aussi le mesme Apostre, le digne Hérault des grandeurs de Iesvs , le contemplant enlVne de ses Epistres , nous dit de luy : In ipso inhabi- Exposition a* tat omnis Plenitudo Diuinitatis Corporaliter : En JïpJSJ016^! Iesvs habite toute la plénitude de la Diuinité ?a"!î/J,'*W0 '?"

r habitai omnis

corporellement. Cette parole est énergique , ptemudo mm-

digne de la profondité de ce Mystère , et de la ^coi Tifs™ '

profondité du sens Apostolique , et comprend

deux termes, esquels est le nerf du discours et

la clef de l'intelligence sublime et éleuée de

ce grand Apostre , le terme de Plénitude et le

terme de Corporellement : Et il employé ce mot

de Plénitude parlant de la Diuinité , pour nous

marquer le vuide de la créature , et nous faire

considérer tout estre créé comme vn vuide qui

est remply de la plénitude de Dieu. Car y ayant

deux Estres en Iesvs , l'estre créé et l'estre in-

creé : L'estre increé habite en son estre créé ,

comme en son vuide , lequel il remplit de sa

plénitude , et de toute sa plénitude , ne voulant

rien reseruer de ce qui peut estre communiqué

à vne nature créée, demeurant créée.' Il com-

572 Discours de V Estât

munique soïi estre à son néant , sa grandeur à sa bassesse , sa dignité à sa petitesse , sa puissance ù son infirmité , sa gloire à sa mortalité, sa lumière à son obscurité , sa plénitude à sa capacité , sa Diuinité à son Humanité , et sa subsistence à la substance de la nature humaine, en laquelle il habite comme en sa propre nature- Dieu habitoit auparauant en cette humanité, mais il suspendoit les effects , les estats , et la splendeur de sa présence. Il habitoit en elle comme en vne nature estrangere : Car aussi Iesvs vouloit estre estranger, pèlerin et mortel sur la terre, parce que nous estions nous mesmes estrangers de Dieu , et qu'il vouloit estre semblable à nous , et vouloit effacer en nous cet estât peruers par Testât humble et estranger » sa grandeur, lequel il porte sur la terre. Mai? il habite maintenant en cette humanité comme en sa propre nature : Et le Père Eternel veut que son Fils soit et paroisse en Testât de sa grandeur, le tirant hors de la minorité en laquelle il a voulu viure par l'espace de tant d'années en Nazareth , en Egypte , en Iudée. Et comme la Diuinité est la plénitude de Thumanité subsistante au Verbe : Aussi en cet estât heureux et glorieux est la plénitude , Taccomplissement et la consommation du Mystère de

et des Grandeurs de Iesvs. 573

l'Incarnation. C'est pourquoy il employé ce terme de Plenitvde , ety adiousteceluy de Corporellement, pour nous dire, Que la Diuinité , Que la Plénitude de la Diuinité, Que toute la Plénitude de la Diuinité habite en Iesvs, et habite en Iesvs Corporellement, c'est à dire comme en son propre corps. Vérité grande et haute , et qui en deux paroles dit chose ineffable , et marque vne infinité de grandeurs et merueilles , et contient vn abysme enprofondité de sens et de lumière ! Qvetovte la plenitvde de la Divinité habite en Iesvs comme en son propre Corps. Pour entrer en l'intelligence de ces grandes paroles , il nous faut considérer, que Dieu n'a point de Corps en sa Nature diuine. Car il est tout Esprit, et Esprit infiniment distant de tous les corps, et mesme de tous les Esprits créez , par l'eminence de son Estre increé : mais son Amour lu v donne ce que sa Nature ne lui donne pas ; Puis que parle Mystère de l'Incarnation le Verbe est fait chair, et cette chair et ce corps est la chair et le Corps de Dieu. Ce Corps est deïfié , ce disent les Pères , et c'est le langage ordinaire de l'Eglise primitiue , c'est à dire , ce Corps est fait le Corps de Dieu , et Dieu habite en iceluy comme en son corps : Et ce que Dieu n'a point par son Essence , il l'a par sa bonté , par sa dignation ,

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