‹ Discovrs de l'estat et des grandevers de IesvsChapitre 8 sur 12 · IRE · texte numérisé non relu

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Ayant à parler à vustre Majesté, j'employeray les paroles d'vn grand Ray, el d'vn Roy qui porte aux Roy s la parole de Dieuet leur dit de sa part, eten son nom : Si vous prenez plaisir à porter des Sceptres, et à seoir en des throsnes Royaux, Aimez la Sapience, afin que vous régniez éternellement : Aimez la lumière de Sapience , vous qui commandez aux peuples.

C'est vne belle instruction, et vn tressage aduertissement, pour ceux à qui Dieu a mit en main les resnes du gouuernement de ce monde. Aussi leur est-il addressé, par vn Roy doué d'vne sagesse si grande, que jamais auparauanl il n'y en auoil eu de pareil; ny jamais plus, dit l'Escriture, n'y en aura de semblable : Ou pour mieux dire, il teur est

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addressépar la Sagesse mesme Eternelle et Increée, qui a choisi en la personne de Salomon, Ut qualité Royale pour organe de sa parole; et a voulu parler aux Roys par vn Roy; et leur parler de la vra/ye sagesse, nécessaire à leurs personnes et à leurs Estats. Oraœle grand et salutaire, digne d'estreproferé de Dieu, d'estre annoncé par vn Roy, d'estre escouté des Roys, et mis par eux soigneusement en exercice dans leurs vertus et actions Royales !

Cette sapience recommandée par la Sagesse Eternelle, et annoncée par la sagesse de Salomon, vous fera cognoistre, SIRE, Que le Dieu du Ciel est le Dieu de la Terre, Dieu des Dieux, et Roy des Roys; et que c'est luy duquel vous tenez et la Couronne et la vie: Que ce n'est ny la force ny la violence qui fait régner les Roys; mais c'est l'ordonnance du Ciel qui les fait régner, et la grâce du Ciel qui les fait bien régner : Que Dieu qui a estably au Ciel des Dominations, Principautez, et Archanges, establit des Roys en la Terre, pour auoir en la Terre des Images de sa bonté, des crayons de sa grandeur, des rayons de sa puissance : Que les Roys sont tenu* de surpasser autant le reste des hommes enpieté, qu'ils les surmontent en dignité; Dieu les ayant establis sur son peuple pour la gloire de son nom, et pour le bien de ses Royaumes : Que la grandeur Auguste de leur Majesté Royale, consiste non à jouir de leur grandeur, mais à la répandre et communiquer au monde: Et Que le poinct auquel Us

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approchent de plus près et ressemblent le mieux à la Diuinité, est de pouuoir en quelque sorte béatifier en la Terre, comme Dieu béatifie au Ciel; et rendre heureux non vn homme, non vne famille ou vne ville seulement; mais tout vn pays, et tout vn monde, par manière de dire : La hautesse de leur estatn9 ayant rien de meilleur, que de vouloir, ny de plus grand que de pouuoir bien faire à vne multitude innombrable de plusieurs personnes, qui virttent sous leur Empire.

Que si vous escoutez dauantage cette Sapience, Elle vous fera cognoistre, qu'outre les deuoirs communs que vous auez enuers Dieu auec tous les Roy s, vous en auez de bien particuliers, qui vous obligent aussi à vne recognoissance particulière , s'il est iuste que les recognoissances sument les obligations. Combien y auoit-il d'obstacles, et à vostre Naissance et à vostre grandeur f et qui les a leuez f C'est Dieu, SIRE , qui les a franchis pour vous, et non pas vous. L'heresie sembloit esteindre en la personne du feu Roy les bénédictions du Ciel et de la Terre, et le priuer de l'héritage de sainct Louis, et vous en priuer en luy. Dieu le tire de l'erreur; le met en son Eglise; le rend pacifique en son Royaume; et en sa personne, vous fait ses faueurs aussi bien qu'à luy, voire plus qu'à luy; puis que vous en jouissez plus doucement, plus heureusement; et comme nous espérons, plus longuement que luy. Ce grand Prince estait lié depuis vingt ans à vne

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Princesse, qui estoit peu capable de donner des enfants au Roy, et des Roy s à la France. Il leue cet empeschement par la voix de l'Eglise. D'autres affections diuertissent son cœur du conseil de Dieu sur luy et sur vous. Cet obstacle est leué par mort inojnnée. Et des cendres de cet amour infortuné, Dieu fait naistre la ressource de cet Estât, la bénédiction de la France, et la gloire de la race de saincl Louis, par le conseil d'vne nouuelle alliance préparée du Ciel, pour donner naissance à vostre Majesté. Car le Roy ayant les yeux ouuerts, et le cœur penchant du costé que deuoit venir le bon-heur de la France, entre en l'heureuse Alliance qui vous a donné, et au monde et à la France. Alliance ordonnée dans le Ciel, beniste de l'Eglise, accomplie en la Terre, et si heureuse et féconde, que vous en estes aussi tost conceu; et conceu en la guerre, né en la paix; comme donné à la France par le Dieu des Armées, et par le Dieu de paix tout ensemble; Et comme deuant estre signe de paix à V Estât, etd'espouuante aux rebelles. Et la Reyne vostre Mère est la Colombe qui vous porte en son aduenement, comme vn rameau d'oliue, et vn signe de paix à V Estât de la France. Et comme si le feu Roy ne viuoit sur la Terre que pour vous consigner son royaume et sa grandeur, Dieu l'appelle à soy, coupant le fil de sa vie aussi tost que vous pouuez occuper son Throne et son Siège Royal. Auant le temps il le tire de ce monde, et auant le temps il vous establit en la.

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Royauté; vous y faisant entrer en aage d'innocence, pour lier l l'Innocence à la Royauté : Et comme s'il ne vous auoit donné la vie que pour régner, il vous donne à V Estât, mesme auant que vous donner àvous-mesmepar la majorité, pour vous conuier à employer la vie à bien régner. Aussi Dieu qui vous a mis en ce Throsne, vous y consente par sa grâce; vous y assiste par sa puissance; vous y régit par sa conduite. Et s'il y a eu quelques nuages qui semblaient faire ombre à la gloire de vostre Empire; c'est la misère des choses humaines, qui ne sont jamais accomplies de toutpoinct; ce sont les ombres dans vn tableau qui releuentles autres traicts et parties de la peinture. Ce sont les taches et les macules qui se retrouuent, mesme dans les corps célestes; et ne diminuent pas leur clarté, leur influence, et leur nécessité. La grâce de Dieu ne laisse pas mesme lors d'estre et de paroistre sur vous : sa conduitte y est euidente. Car c'est lors qu'il vous prend comme par la main, et vous fait passer comme vn esclair d'vn bout de vostre Estât à l'austre, pour y planter la Foy, et y establir sa gloire. Et en la fleur de vos ans, en la verdeur de vostre ieunesse, nous cueillons ces doux fruicts de la Conuersion du Bearn. Et en suitte, nous voyons que dés l'Orient de vostre Empire, ce grand Colosse de V hérésie est bien fort esbranlé, lequel les Roys vos prédécesseurs, après tant de triomphes, et en la maturité de leurs ans et de leurs victoires, n'ont osé toucher.

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Bénissez Dieu en ses faueurs, et les grauez en vostre mémoire. Aimez, semez et adorez celuy qui vous a tiré du néant, pour vous donner V estre; de la poussière de la terre pour vous faire homme; et du commun d'entre les hommes, pour vous éleuer par dessus les hommes. Et voyant qu'il vous fait Roy, qu'il vous fait Roy de si bonne heure; et qu'envostre bas aage il vous a mis en son Throsne, et conduit par la main dans son Estât, qu'il veut et fait estre le vostre; oubliez les choses basses, et vous portez à choses grandes, dignes de vostre naissance, et dignes encores de la conduitte et du conseil de Dieu sur vous. Voyez comme il vous a tiré à chose grande, mesme dés la petitesse de vostre aage : Et comme en la tendresse de vos ans, U voies a esleué en vne Qualité qui vous sépare d'entre les hommes; vous ioincty et consacre au seruice de Dieu ; vous approche de sa Diuinité; et vous met en sa main, comme vn singulier instrument de sa gloire. Voyez comme cette Qualité est grande en sa dignité, est haute en son origine, est sacrée en son Onction, est céleste en sa conduitte, est Diuine en son pouuoir; et doit aussi estre Eminente, estenduë et signalée en ses œuures et en ses perfections.

Vn Roy, SIRE, est vn monde, et vn grand monde, auquel Dieu a mis en eminence et en perfection les quaiitez plus rares, et les parties principales de ce monde sensible que nom voyons. La plus visible et la plus noble est le Soleil. Aussi vn Roy est vn

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Soleil en son Royaume: maie vn Soleil vvuant et animé; qui par sa présence resouU les affaires de son Estât; qui par sa force dissipe les brouiUars des esprits rebelles; qui par ses mouuements réglez fait la distinction des temps, des personnes et des offices; qui par la splendeur de ses Loix, orne et embellit son Empire; et qui par la vigueur de son influence, fait renaistre le courage, reuiure les espérances, et reflorir les vertus cachées dedans le sein de ses Sujets. Les qualitez des autres parties principales de ce monde paraissent semblablement , et reluisent dans les qualitez d'vn grand Prince. Sa pieté est le Throsne et l'Empyrée où repose la grâce et le conseil de Dieu : Sa prudence est le Ciel qui nous couure, et nous enuoye sa rosée, ses influences et sa lumière : Son courage est le premier Mobile qui donne mouuement aux plus bas Cieux, et à tout le monde inférieur : Son regard est vn astre puissant, et vn aspect de bénigne influence : Son courroux est le feu qui embrase et consomme les rebelles : Sa clémence est l'air serain et salubre que nous respirons : Sa libéralité est Veau viue, douce et coulante qui nous arrose et abbreuue : La constance et fermeté de sa parole est la terre ferme et immobile, qui nous porte et souslient : Son Conseil est comme ce puissant ressort d'Archimede, qui remue toutes les pièces de cette grande machine : Sa Magnanimité est l'esprit vital qui rend viuantes et mouuantes toutes les belles parties que Dieu a mises

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pour sa gloire, et pour le bien de V Estât, en la Majesté d'vn grand Prince. Ainsi qui voidvn Monarque, void vn Monde et vn Monde admirable; Monde accompli, releué et orné de toutes les qua liiez, parties et perfections qui sont au Monde élémentaire, non pas en leur nature première, et en leur condition grossière, basse et matérielle; mais en vne forme rare, céleste et diuine.

Ces qualitez SIRE, sont eminentes, et vous attirent à les considérer; et vous séparant des choses basses, vous appellent à choses grandes, dignes de vos Couronnes, et dignes encore de vos triomphes. Mais te dois esleuer dauantage ce discours, et le porter à des pensées plus hautes. Car c'est dire trop peu, que de dire qu'vn Monarque est vn Monde. Vn Monarque est vn Dieu selon le langage de l'Escriture: VnDieu non par Essence, mais par puissance : Vn Dieu non par nature, mais par grâce : Vn Dieu non pour tousiours, mais pour vn temps: Vn Dieu, non pour le Ciel, mais pour la Terre : VnDieunon subsistant, mais dépendant de celuy qui est le Subsistant de par soy-mesme; qui estant le Dieu des Dieux, fait les Roys Dieux en ressemblance, en puissance, et en qualité, Dieux visibles, images du Dieu inuisible. Cette parole est grande, et n'est pas de moy : C'est la bouche non dss hommes, mais de Dieu mesme qui la profère, et qui dit avec emphase ces paroles : Ego dixi , Dij estis , comme s'il disoit : C'est moy qui suis Dieu-mesme .

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et qui vous nomme Dieux. C'est moy dont la Parole est Substance, et qui vous fais subsister selon mon bon plaisir en cette qualité Diuine. C'est moy dont la. parole fait ce qu'elle dit, qui le dis, et le disant vous faits estre Dieux, et Enfants du Trèshaut, vous donnant icy bas mon nom, mon pouuoir, et mon authorité, comme là haut je vous donnera/y mon essence et ma gloire. Portez en la Terre monnom etmonpouuoir, et ne leprophanez pas: Portez-y mon Image, et ne la souillez pas : Ne la défigurez pas : Ne grauez pas en vos cœurs et en vos mœurs la figure des bestes quej'ay soumises à vos pieds, et à vostre vsage et Empire. Au lieu de leurs qualitez basses, indignes et malignes, exprimez en vos mœurs et en vos actions mes qualitez et perfections Diuines. Grauez en vostre cœur la crainte de mon nom; V amour de vostre peuple; le respect de mon Eglise : Et vous rendez cléments, libéraux, magnanimes, vrays enfants du Trèshaut: Imitant vostre Dieu et vostre Père qui est es Cieux, qui fait bien incessamment; qui oublie et pardonne facilement; qui fait luire son Soleil sur les iustes et iniustes, etc.

Ainsi vn Roy est vn Monde ; et est vn Dieu, selon l'Oracle du Fils de Dieu mesme : Paroles grandes, et qui expriment des qualitez très-grandes de la Royauté : Mais en celte dignité si haute et si releuée, il y a deux poincts qui sentent d'ombre à son esclat, de contrepoids à son esleuation, de diminu-

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tien àsa grandeur; et qui seruent à nous faire cognoktre l'abbaissement, et la vanité des choses les plus hautes et les plus eminentes de la Terre. La première est, que cette grandeur a sa base et son fondement sur vn peu de boue et de fange, et ressemble à cette statue de Daniel, qui ayant la teste d'or, et les pieds de terre, est si fresU et si fragile, qu'vne petite pierre roulant d'vne montaigne la renuerse et la brise, sa Grandeur ne seruant qu'à sa cheute et à sa ruyne. Dieu est l'origine et l'Orient des Grandeurs de la Terre, car elles procèdent tour tesde Dieu: Mais la fin et le couchant des Grandeurs de la Terre, c'est U tombeau, qui leur est tousiours proche et imminent; qui couure tous les Chrands, qui les égale et les réduit au commun des hommes, voire aux vers, à la poudre, à la cendre; ne leur laissant que le bien et le mal qu'ils ont fait en l'exercice de leurs charges. Et ce qui redouble cet abbaissement, c'est que chaque moment de leur félicité, peut estre le dernier moment de leur vie et Grandeur. Nous en auonsvn eocemple en celuy dont vous tenez le Sceptre en main : Prince d'heureuse mémoire, d'vne fin peu heureuse : immortel en la guerre, et mort en la paix: Immortel au milieu de ses ennemis, mort au milieu des siens, mort en vn instant, mort en vne rue, mort au milieu de ses Triomphes. Et l'expérience nous fait voir que nul d'entre les Grands et les Roy s, n'a pouuoir de se promettre et s'asseurer d'vn seul moment: Dieu seul

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estant le Roy des moments et des Siècles, qui en dispose par soy^mesme, qui les a tous en sa main, qui n'y commet personne, et n'en traitte que dans le secret de son Conseil et de son Cabinet: Ce qui rend la Grandeur des Roys flottante et incertaine, carduque et momentanée. Le secondpoint est, que Dieu qui se monstre Grand à son peuple en la Grandeur des Roys, se monstre Grand aux Roys en la seueriU qu'il exerce sur eux, pour les tenir en crainte de sa Iustice; et par cette rigueur reprimer l'excès de leurs délices, et l'abus de leurs Puissances. le me perds quand ie lis en VEscriture, que le premier Roy d'Israël, Roy donné de Dieu à son peuple, Roy choisi de Dieu mesme, est reprouué de Dieu pour imprimer une terreur aux Roys dans leurs délices, et dans la iouïssance de leur Grandeur. Et cet effroy s'augmente, quand ie le voy reprouué de Dieu pour vne chose si petite en apparence, comme pour n'auoir eu patience d'attendre quelque peu de temps le Prophète qui tardoit : Non pour n'auoir rendu grâces à Dieu; mais pour auoir anticipé l'action de grâce et l'offrande, qui requeroit la présence du Prophète: Non pour s'estre plongé dans les plaisirs et les passions humaines, nypour auoir troublé son Estât, et mes-vsé de sa Puissance; mais pour auoir par1donné auec quelque prétexte de raison à ceux à qui Dieu luy auoit commandé de ne point pardonner. Si à ces te aulne sont mesurez les Roys, et s'ils sont traittez à cette rigueur, et selon cet exemple dupr&*

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mier d'entre eux; Que feront-ils ? Que deuiendrontils? Et Que respondront à Dieu les Roys qui se noyentdans les délices, quisuyuent leurs passions, et veulent que leurs peuples les suyuentf Qui troublent leur Estât et en font vn Cahos de confusion, pour asseruir leurs sujets à leurs vouloirs, et mouvements desreglez? Qui croyent que leur grandeur consiste à pouuoir, et à faire tout ce qu'on veut; au lieu que la vraye Grandeur, est à vouloir ce qu'on doit? C'est Dieu qui a fait les Roys à son Image et semblance. C'est Dieu qui fait les Roys, et leur donne Puissance sur son peuple : Et qui les faict Roys pour sa gloire et non pour leurs passions. Aussi Dieu veut qu'ils régnent pour luy et non pour eux. Dieu veut régner par eux, comme par les plus nobles instruments de sa gloire : ou veut régner sur eux, faisant paroistre sa grandeur en leur abaissement, et son yre en leur chastiment, suiuant ce foudre et cet Oracle de l'Escriture : Potentes potenter tormenta patientur. Oracle qui menace effroyablement les grands; et sert aux bons comme par la grâce de Dieu est Vostre Majesté, pour se conseruer en sa crainte; et aux autres pour y r'entrer; leur disant par la bouche du Sage : La Puissance que vous auez , vous est donnée de Dieu , lequel examinera vos œuures , et sondera vos cœurs. Et parce qu'estant Ministres de son règne ; vous n'auez pas cheminé selon sa volonté; Il vous apparoistra horriblement, et

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bien tost ; et fera iugement tres-dur de ceux qui commandent. Au petit se fera miséricorde : Mais les Puissants seront puissamment tourmentez.

Il me semble que la mesme Sapience, qui m'a ouuert les propos que i'ay tenus àVostre Majesté, les veut clorre et fermer en ceste instruction si impurtante qu'elle donne aux Roy s : Et m'oblige à passer i'vn Discours, qui concerne la Grandeur et condition RoyUlle, en vn autre qui regarde ma petitesse et condition particulière; et qui concerne le sujet du Liure que ie dédie à Vostre Majesté. Durant les mouuements de ce Royaume, et au temps que vostre Majesté daignoit m'employer à lapaix, et à la tranquilUté de son Estât; quelques esprits se résolurent de nous faire la guerre : Esprits cogneus de vostre Majesté : Esprits cogneus et recogneus en France et en Italie, rai creu deuoir plus de patience que d'emotion; plus de silence que de response, plus de mépris que d'offenses en l'excès de leurs procédures, et en leurs calomnies : Et aussi ay-ie esté sans parole, sans réplique, durant ces années passées". Mais par l'aduis de personnes grandes en V Estât et en l'Eglise; i'ay creu deuoir quelques Discours au public, pour appuyer vne vérité et vn dessein de pieté, par lumière et par pieté. Ces Discours sans fiel et sans amertume, et à mon aduis d'autre estoffe et façon que leurs Factums et leurs Libelles, senti* ront à leur faire voir . que l'on peut parler : Que

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si on ne leur parle pas, c'est par conduitte et par modestie : Et que parlant on ne veut parler que de choses dignes du public, dignes de nostre profession et ministère; dignes de nostre Foy et créance; à sçauoir des Grandeurs de IES VS, et de sa tres- Saincte Mère.

Ces Discours, SIRE, estant dressez par vne personne née en vostre Royaume, honorée de vostre bien*veiUance, et employée mesme quelquesfois dans le secret de vos intentions, ne peuuent estre offerts qu'à Vostre Majesté. le les luy présente donc, comme chose deuë, et non comme chose digne, eu esgard à moy. Mais si Vçstre Majesté a esgard au sujet des Discours, ie me promets qu'elle le trouuera digne de sa Grandeur et pieté Royale. le parle, SIRE, deuant Vostre Majesté, des Grandeurs de IESVS, et de sa tres-Saincte Mère : Des Lumières du Ciel, deuant les Lumières de la Terre : Des Grandeurs éternelles, deuant les Grandeurs temporelles : De V Estât de IES VS le Roy des Roys, deuant vn Roy semant à IES VS, et mettant sa Couronne, et sa vie à ses pieds; deuant vn Roy armé pour sa Gloire, et se glorifiant d'estre son sujet et vassal, et de V estre pour jamais. Vous estes son Image en la terre. Vous estes le fils aisné de son Eglise. Vous estes le Bras droict de sonpouuoir au monde. Vous estes son Lieutenant dans V Estât le plus florissant de son Empire. Et il me semble que les discours en nostre langue, d'an sujet si haut et

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sireleué, si grand et si digne, etsiconioinctàvostire personne par sa pieté signalée, et par sa qualité Royalle, l'ombre et l'Image de la sienne; ne doiuent point porter d'autres marques en leurs frontispices, que le Nom Auguste de Vostre Majesté.

Celte matière estsiconuenable à Vostre Majesté, que iepuis dire que le sujet de ces discours, est l'object de vos pensées chresliennes, de vos affections célestes, de vos adorations publiques et solemnellcs. Car celuy dont ie parle, est IES VS le Fils, et Fils vnique de Dieu; l'Image viue du Père Eternel; la première production du Très-haut dedans soy-' mesme; sa Puissance et sa Sagesse, et la Splendeur de sa Gloire. Ce IESVS est le Dieu de Paix, et le Dieu des Armées; le Dieu visible de la Terre et du Ciel; le Roy des Siècles; le Tout-puissant, le Trèshaut, l'Etemel comme son Père. Ce IES VS par excellence, et par vn mystère singulier et ineffable, est le don du Ciel à la Terre, de Dieu à l'homme; de Dieu qui donne le Fils pour les Esclaues, le Iuste pour les iniustes, le Puissant pour les infirmes, le Saine t pour les pécheurs, l'Opulent pour les pauures, le Bien-Aymé et Agréable, pour ceux qui sont en l'ire et en la malédiction de Dieu. Ce IESVS ainsi donné de Dieu à l'homme , est Fils de l'homme et Fils de Dieu : Homme et Dieu tout ensemble : Homme né sous la Loy; mais Dieu pour la consommer et accomplir : Homme pour seruir; mais Dieu pour affranchir : Homme pour patir; mais Dieu

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pour vaincre : Homme pour mourir; mais Dieu pour triompher de la mort de Satan et de l'Enfer. Quelle merueille, SIRE, que les yeux de nostre esprit voyentla DiuiniU à trauers de l'Humanité, et la Puissance à trauers de l'Infirmité, et la Puissance qui a créé le monde et l'homme! Car IESVS est vn Diuin composé de deux natures bien différentes, l'vne diurne, l'autre humaine ; l'vne increée, l'autre créée; l'vne Eternelle, l'autre Temporelle : Et aussi ces mystères sont accompagnez de qualitez bien diuerses et presque contraires, de force et de foiblesse, de félicité et de misères, de Grandeurs et d'abbaissements, comme marques de la DiuiniU muante en l'humanité, et de l'humanité subsistante en la DiuiniU. Il est Né, mais d'vne Vierge. R est Enfant, mais annoncé par me estoille, et adoré des Roys. Il est Infirme sur la terre, mais il guarit à sa seule voix toutes les infirmitez. Il paye le tribut, mais par miracle et puissance. Il est pris, mais il renuerse par sa parolle ceux qui le viennent prendre. Ilpatit m la Croix, mais il couure le Ciel de dueil et de ténèbres, qui ne peut voir son Dieu souffrant en terre : et il obscurcit le Soleil qui pert sa lumière en la mort de IES VS, comme en l'Eclypse de son Soleil mesme. Il meurt en la Terre, mais en mourant il ébranslela Terre, ilfenl les pierres, il espouuante les Enfers, il resuscite les morts, et se resuscite soy-mexme. Et comme IESVS est aim* adorable en soy-mesme. par ladiuereité de ses :V<*-

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tures; et en ses Mystères, par la différente de ses qualitez; Il est encore (Admirable en ses (mures et en sa conduitte, par l'opposition et la qualité des moyens qu'il employé à l'accomplissement de ses desseins. Car il establit vn Empire en la terre, vn Empire étemel, et a/uec vn succez esmerueMable : et il V establit par des voyes bien opposées au sens humain, bien contraires en apparence à son dessein. Il veut tirer le monde à soy : Momie attaché à la chair et au sang, Et il ne parle que de mort, que de croix, que de renoncement de soy-mesme. Il meurt luy-mesme le premier en Croix, et on le publie Crucifié : El U oblige les siens à mourir comme luy. et à signer leur créance et leur parole de leur propre sang. Procédé fort nouveau en la terre! Voye fort estrange à la chair et au sang ! et Langage fort incogneu, et barbare au monde! Et toutes fois Use fait escouter au monde, et il tire le monde à soy : Il suade en dissuadant : Il attire en repoussant : Il conuertit en diuer tissant : Il agit en pâtissant : Il establit en ruinant : Il éternise en mourant : Tirant ces effects de leurs cotitraires, par vne puissance occulte, admirable et Diuine. Aussi IESVS, par la puissance de son* Esprit, bannit du monde les diables et les idoles, et remplit le monde de Chrestiens et de Martyrs; et monstre que les siens ont plus de force pour souffrir, que tout l'Empire Romain n'a de puissance et de force pour les faire souffrir. Et par sa grâce les vaincus et mourants.

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vainquent les Empereurs qui les font mourir, et asseruisscnt leurs cœurs et leurs Empires à la Croix de IESVS, et les rendent adorateurs de IESVS crucifié, et humbles enfants et nourrissons de son Eglise.

Ce point mérite d'estre éclarcy d'au an toge, en la présence de vostre Majesté : Car il concerne vn grand Roy, et vn grand Empire; et auquel participent tous les Roys, et les Royaumes de la Terre. IESVS qui est le Fils unique de Dieu, l'Héritier de ses Estais, le Prince légitime de V Vniuers, y veut establir son Empire : Cela est juste, car tout est à luy : cela est facile s'il vse de sa puissance, car tout luy cède. Mais par vn Conseil es tr ange, et par vn secret admirable, il veut entrer en puissance par impuissance. Il trouue qu'vn estranger s'est faict le Prince du monde : y a estably sa domination dés le commencement du monde : l'a continuée par l'espace de quatre mil ans : l'a cymentée de la chair et du sang; et la veut fortifier des géhennes, et de la tyrannie des Grands. Pour chasser ce Fort armé, et vaincre le Prince du monde; Il vient au monde en qualité d'Enfant : H y conuerse en qualité de Charpentier : Il assemble des Pescheurs, et encores en petit nombre : et par cette voye il fait sa conqueste. Par l'ignorance il subiugue la doctrine; par la folie la sagesse; par la foiblesse la puissance; par les calamitez les victoires; par l'ignominie les triomphes ; par ce qui n'est point, ce qui est et pa-

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roist le plus puissant, le plus releué, le plus indomptable au monde. Quiiamais a veu, a dit, a fait, rien de semblable? Les Histoires de tous les siècles et de tous les pays sont ouuertes; les Annales de tous les Roys du monde son cogneuës; les Conquestes de tous les Empires sont rapportées par de grands Autheurs : Qui a-t-il qui soit digne d'en approcher? Iey nous voyons F Empire de VVniuers, et V Empire Eternel, estably par de pauures pescheurs, muets comme poissons, d'entre lesquels ils sont tirez : et nous voyons dans les retz de ces pescheurs, lesSçauants, les Orateurs, les Monarques du monde. Nous voyons douze pauures Prescheurs sans science et sans éloquence; sans finance et sans puissance; sans caballe et sans prudence; sans armée et sans violence; soubmettre le monde à IE- S VS : et le luy soubmettre en peu d'années, et le luy soubmettre en pâtissant , et en enseignant à patir; en mourant, et en exhortant à mourir. Et les Empires que nous voyons et exaltons , ne sont que petits restes de leurs exploits, et petits esclats de leurs conquestes. Car le théâtre de l'exercice de ces pauures Pescheurs, c'est le rond de la Terre : les bornes de leurs victoires, sont les fins du monde : et leurs armes sont leurs simples paroles qui se respandent par tout. En l'Orient, en l'Occident, au Septentrion et au Midy; dans l'Asie, dans l'Afrique, dans l'Europe; leurs pas sont recogneus, et comme adorez. Et ainsi d'un pôle à l'autre, et d'vn Soleil à

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l'autre, Us estmdent et dilattent le Nom, le Sceptre, et V Empire de IES VS, auec estonnement; et en fin rmec obéissance de V Empire Romain. Et pour marque de triomphe, Rome la capitale de l'Empire Romain, par la puissance de la Croix, devient la capitale de l'Empire de IES VS; et plus estenduè en son pouuoir par la religion que par ses légions : La Croix, la souffrance, et la paix de IES VS , luy acquérant vnplus grand Empire en peu d'années, que les Aigles, les prouesses, et les armées Romaines en sept cents ans : et des pauures peecheurs font vne plus grande conqueste , que les Césars, les Pompées et les Scipions. Et ce qui est digne de considération particulière, au lieu que les Empires de la Terre ont commencé en l'Orient, et sont venus fondre en l'Occident; cet Empire du Ciel s'establit en l'Occident comme vn Empire, qui ayant son siège en l'Occident de cette vie, abboutit au vray Orient, c'est à dire, à l'Orient de V Eternité.

Voila, SIRE, le Roy duquel nous vous parlons. Voila ses œuures, son Estât et son Empire. Son Origine est du Ciel. Sa Conception est du Sainct Esprit. Sa Naissance est d'vne Vierge. Sa Puissance est de la Croix. Sa Monarchie est du Ciel et de la Terre. Sa Durée est de l'Eternité. Roy Couronné d'espines; mais aux pieds duquel les Roys mettent leurs couronnes et leurs diadèmes. Roy Crucifié, mais qui change l'ignominie de la Croix, en gloire; la malédiction, en bénédiction. Roy qui

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tire le monde à soy, et par la Croix qui espouuante le monde. Roy toutes fois duquel tous les Roys sont vassaux, et tous les vassaux sont Roys, Qui luy chantent ce beau cantique au Ciel : Tu nous a faits Roys : et nous régnerons sur la Terre.

C'est ce grand Roy du Ciel, qui a voulu auoir vn Royaume en la Terre, qui contient tous les autres Royaumes, et tout le rond de la terre. C'est ce Roy duquel vous défendez les Temples et les Autels, duquel vous releuez la créance et la gloire; et pour lequel vous auez reuestu les armes iustes etsainctes, dont vous estes glorieusement orné. C'est ce Roy que nos Aduersaires rendent infidèle en ses promesses, captieuâ en ses paroles, infirme en sonpouuoir, et duquel ils font VEuangile esclaue de leurs songes et incrédulité. C'est ce Roy duquel nous essayons de releuer l'honneur et la gloire en ces Discours, et duquel ils renuersent les Temples, ils polluent les Autels, ils auilissent les Mystères; et duquel, 6 Impieté! 6 Sacrilège! ils prophanent la présence Auguste en son Eucharistie; foulant aux pieds ce Corps précieux de IESVS abbaissé en la Terre par son Amour, comme il est esleué au Ciel par sa gloire; et faisant en V Estât et en l'Eglise, taîit d'excès et d'outrages, que nous pleurons amèrement de nos larmes, et que vous vengez sainctementpar vos armes.

En traçant ces Discours, quejepresente à Vostre Majesté, sur V Estât et les Grandeurs de ce Roy des

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Roy s, et de ce Sauueur du monde; je les effaçais de mes larmes, versant des larmes de sang, sur le sang qui se respandoit à vos pieds, durant les horreurs et confusions de la guerre. La mémoire de ces douleurs se rafraîchit et renouuelle en la veuë de vostre Majesté : et me représente la voix plamtiue de l'Eglise, gmiissante en la France sous le faix de ces misères. Car elle, à qui son Espoux a donné le nom de Colombe, n'est jamais sans gémissement. Permettez, SIRE, que i' en exprime les plaintes et les douleurs; et qu'en la présence de Vostre Maiesté ie hausse ma voix, ie rehausse mon courage; et que sur vn sujet si déplorable , {'adresse mes larmes à la France, mes complaintes aux Rebelles, et mon courroux à F Hérésie cause de nos malheurs.

France honorable, Vous estiez autrefois la gloire d* la Ten%re, et les délices de l'Europe; Splendide sur les autres Proninces, comme vn ml du monde : Et maintenant ie vous vois triste et désolée, sanglante et défigurée, comme preste à mourir. Vous estiez la fille de l'Eglise, lu sœur de l'Empire, la mère des Royaumes : et maintenant ie voy cette majesté auguste, qui vous rendoit vendable à vos enfants, formidable auœestrangers; estre prophanée de tant d'outrages, violée de tant d'excès. Vous estiez la bien-aiméedu Ciel, toute saincte et sacrée, et signalée de ce priuilege, de ne porter point de monstres : Et maintenant ie vous voy imite pollue et contaminée, tonte remplie d' Esprits desnaturez.

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et couuerte de tant de monstres et d' Hérésies. Vous estiez V ornement delà Chrestienté, le rempart du minci Siège, la terreur des Infidelles, le fléau des nations barbares: Et ie vous voy la fable des nations voisines, le wùet de l' Hérésie, le refuge de V Impieté: et vostre pays florissant, changé en vn lieu de désolation, en vne cauerne de serpents, en vn triste cymetiere de tant d'hommes signalez que vous auiez heureusement enfantez, chèrement aimez, tendrement nourris, glorieusement esleuez, capables de dompter VVniuers; et maintenant réduits en poudre et en cendre. Vous jettiez autres fois les rayons de vostre puissance, les flammes de vostre caurage, les desseins de vostre pieté, jusques aux pays plus loingtains et barbares :et de vostre ruche, sortaient les essains de vos armées volantes, jusques aux Prouinces plus esloignées , pour y respandre le miel de la Foy et Pieté Chrestienne : Et maintenant vous conuer tissez vos desseins, vos fureurs \t vos armes contre vous mesme. Maudite hérésie qui a changé vos grandeurs en ces malheurs, vostre gloire en ces opprobres : vos trophées en ces misères : vos triomphes en ces ruynes ! Funeste et infidèle hérésie, qniadulterant auec le sens humain, et Vambilion des grands, a ruyne[ et V Estât, et V Eglise ensemble1. Qui aux François accoustumez à vaincre, leur apprend à estre vaincus, et vaincus par eux-mesmesl Et qui naissant comme vne furie au monde, les armes à la main, ne peut mourir que les armes

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à la main! Et naissant en la France au milieu d'vneconiuration infâme, rend les abboys au milieu d'vne coniuration prodigieuse : vouant ses glaxues au sang des Chrestiens, au saccagement de leurs villes, au sacrilège de leurs Temples, à la ruyne de VEstat, à la désolation de V Eglise, et aux furies d'Enfer I Sont- ce les effets de vos belles par rôles? Sont-ce vos chef-d'œuûres et vos miracles? Sont-ce les fruicts de vostre Euangile, et les œuures de vostre reformalion. saincte ? Vous feigniez ne parler que de Dieu, que de Christ, que d'Escriture, que d'Euangile, que de Psalme, que de Foy : Et nous ne voyons qu'horreurs et confusions; que saccagemens et ruynes; que blasphèmes et sacrilèges. Vous ne iuriez que Cestes; etnous ne voyons qu'incestes. Vous ne chantiez que Psalmes; et nous ne sentons que fureurs brutales, et plus qu'inhumaines.

Et vous, Messieurs, que nous regardons d'vn œil plus doux et plus bénin que V hérésie; et que nous déplorons enseuelis en ces erreurs, et enueloppez en ces confusions; Iusques à quand; Iusques à quand serez-vous ainsi charmez des paroles et des cercles de cette impie et infidèle à son Dieu et à son Prince? Iusques à quand armerez-vous le fils contre le père, le frère contre le frère, le mary contre la femme , l'oncle contre le nepueu, et les François contre les François? Iusques à quand estans sans dessein, sans vigueur contre les infidelles, serez-vous en fu-

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reur contre les fidèles, désolant nos villes, ruinant nosprouinces, et rougissant nos campagnes du sang des Chres tiens? Entrez en meilleures pensées. Conuertissez cette fureur brutale en vne passion plus saincte : Portez-vous à vn. genre de combat plus humain , plus Chrestien : Combat d'Esprits à Esprits, en la recherche du salut. Combat d'autant plus heureux et glorieux, qu'en conseruant la vie du corps, il acquiert celle de l'ame; et en couronnant le vainqueur, il fait triompher le vaincu, et luy acquiert le repos en la terre, et la gloire éternelle dans les deux. Escoutez-nous, Messieurs: Si vous estes armez, c'est au nom du Dieu des Armées que nous vous parlons. Si les Loix Huiles m se font point ouyr parmi les armées, la parole de Dieu se fait ouyr par tout : C'est vn tonnerre qui espouuanie la Terre, qui pénètre les âmes, qui retentit dedans les cœurs, qui es tonne les Démons, quiesbranle les Enfers. En son nom, et de sa part, nous parlons pour vostre bien, et pour vostre salut: et nous vous disons, Arrestez-vous, Messieurs, accoisez vos esprits : et tempérez vos fureurs. Quoy, voulezvous oublier vous-mesme, et vostre Dieu, vostre Prince, et vostre patrie, vos ancestres et vostre postérité; à V appétit de nouueaux Docteurs qui se sont faits Docteurs eux-mesmes? à l'appétit de Docteurs mal instruits et mal enuoyez? à l'appétit de nos Apostats, qui se font vos Apostres? Voulez-vous sacrifier vos âmes et vos vies A vne doctrine inco-

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gneuë au monde, depuis que le salut et la vra/ye lumière, est au monde; et qui estant incogneuë depuis seize cents ans, ne s'est fait cognoistre que les armes A la main : Doctrine publiée en la Terre, non comme vn Euangile, par douceur, par miracles; mais comme vn Âlcoran, par armes etpar fureurs?

Ressouuenez-vous, Messieurs; car en ce que te vous dis, ie n'en veux autre luge, que vous-mesmes, ny autre tesmoin que vos yeux et vos sens; ny autre rapporteur que vostre mémoire. Ressouuenez-vous donc, et remarquez qu'il y a quatrevingts ans que l'Eglise en laquelle vous estes, et pour laquelle vous estes armez, n'es toit point au monde. Il y a quatre-vingts ans que l'on neparloit point en France de Villes d'ostage, de Cercles et assemblées, de Chambres my-parties, d'Eglise Reformée. Tous ces termes sont incogneus en l'antiquité, sont ignorez de nos ancestres, sont nez en ce siècle: Sans iceux le monde estait Chrestien, et fidelle A son Prince : Le Ciel estoit ouuert, et la Terre bemtte : le Fils de Dieu regnoit en l'Vniuers, et les peuples l'adoroient en ses mystères. Et toutes fois ce sont les points qui vous font armer contre vostre sang; combattre contre vostre Prince; et ruyner la France vostre patrie. La plus-part d'entre vous croit qu'on se sauue parmy nous, et que le salut n'est pas attaché à vostre Foy nouuelle, et à vostre Eglise autrefois inuisibls en sa pieté y et maintenant trop visible m son iniquité. Et vos ancestres ont

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trouué le salut sans cette Foy , et sans cette Eglise, qui leurestoit entièrement incogneuë, et heureusement inuùtible. Cherchez donc le salut où vos anvestres l'ont ironué : Venez à nous : sauuez-vous parmy nous : et sautiez la France de tant de malheurs que vous luy causez. Ayez repos en cette Foy, et en cette Eglise, en laquelle tout le monde a eu repos, et a estésauué; ou bien le CM n'a point esté ouuert auant vostre naissance : horreur que vous n'oseriez penser, comme trop iniurieuse à IESVS- CHRIST, et à son sang précieux; à la Terre et au Ciel; à vosperes et à vous-mesmes. Nostre salut est en IES VS9 qui est venu au monde il y a seize cents ans : Il a vn corps réel, et vn corps mystique en la terre, auquels il nous faut adhérer pour estre sauuez. Nous adhérons à son corps réel par la communion de l'Eucharistie, et à son corps mystique par la Com/munion de l'Eglise; et nous receuons en terre le Corps et l'Esprit de TES VS . qui nous donne la vie, et nous conduit au Ciel, nous donnant icy bas en ce pèlerinage, son Corps en son Eucharistie, et son Esprit en son Eglise : afin que nmtre salut soit consommé en luy. Ces deux points sont les principaux dont vous denez estre instruits, et sont comme les deux pôles sur lesquels se doiuent faire les mouuements d* vos Ames, en la rechercha du salut.

Lisez les Escritures : Vous pensez comme les Juifs auoir vie en icelles; et vous verrez que c'est

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IESVS mesme qui dit en l'Escriture à son Apostre : Tu es Pierre , et sur ceste Pieire i'edifieray mon Eglise. Voila vne Eglise réelle, et non imaginaire. Voila vne Eglise édifiée par IESVS, et non par vn simple homme mortel. Voila vne Eglise édifiée sur celuy que IES VS monstre au doigt, et que IESVS nomme, Pierre. Voila vne Eglise ferme, et inébranlable mesme aux puissances d'Enfer. Voila vne Eglise que IES VS appelle son Eglise. Elle doit estre la vostre, Messieurs, et non pas celle en laquelle vous estes, et qui vous met les armes en la main, qui est bien différente de la sienne. Celle-là est dressée par IESVS-CHRIST: celle-cy est dressée par Caluin et Beze. Celle-là est dressée il y a seize cents ans : celle-cy est dressée en nos jours. Celle-là est édifiée par IESVS-CHRIST, sur sainct Pierre : et celle-cy ne peut souffrir le nom. le siège et Vauthorité de sainct Pierre. Celle-là a son Siège à Rome capitale du monde, siège de l'Empire: et celle-cy est logée durant seize cens ans aux espaces imaginaires; et se publie elle-mesme dressée par des gens suscitez en nostre temps ; par des gens non prédits en l'Escriture; et non nommez en l'Euangile; si ce n'est en ce texte qui nous adnise qu'il viendra des faux Prophètes an monde.

Lisez les Escritures, et vous verrez que c'est IESVS mesme, qui nous addresse à vne Eglise visible, escoutante, et parlante, sur peine d' estre tenus pour Etlmiques, et Payens. Et vous nous

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renuoyez à vne Eglise muette, à vne Eglise invisible: A vne Eglise sans aonsistence, pour nous recueillir; sans oreilles pour nous oiiyr; sans langue jtour nous parler; comme bien différente de cette que le Fils de Dieu a assemblée en Sion, et à laquelle il a enuoyé du Ciel son Saine t Esprit, et des langues, pour parler de sa part, le langage du Ciel au milieu de la terre. Et contre ces euidences, vous annoncez au monde vne Eglise infortunée, me Eglise imaginaire : Eglise sans Apostres, Apostres sans mission. Pasteurs sans Ouailles. (Mailles sans Bergerie, Fidelles sans Eglise. Chrestiens sans Baptesme, Prophètes sans Miracles. Temples sans Autels, Religion sans Cérémonie et sans Sacrifice, Loy sans Obéissance, Foy sans Oeuures, Charité sans Effets : Tous points qui ne sont pas en l'Escriture, et qui sont en vostre Foy : Tous points qui combattent le sens commun, et les principes de Religion : Tous points qui se ruinent par oppositions mutuelles, comme des monstres en la créance, qui se combattent et se défont euccmesmes.

Lisez les Escritures : et vous verrez que c'est IES VS mesme, qui en la dernière action de sa vie. et en ses dernières paroles, assis au milieu de ses Apostres, au Cœnacle de Sion, leur parlant de ce qu'il a entre ses mains; de ce qu'il leur monstre et leur présente ; de ce qu'il leur commande de prendre de leurs mains; de ce qu'il met m leur bouche; leur

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dit : Cecy est mon Corps, Cecy est mon Sang. Et vous, Messieurs, donnant vn dementy au Fils de Dieu, en sa Mort, en son Testament, en son Euangile, en la face de son Eglise, voire à la veuë de toute la Terre et de tous les siècles à venir; vous ailles que ce n'est pas son corps, ny son sang : Comme si vous vouliez imiter le serpent qui voulut démentir Dieu en sa parole et en son paradis : et estre confederez attec celuy qui remuoit cette langue serpentine, et formoit cette parole: Parole non de vérité, mais de mensonge : Parole non de vie, mais de mort, et de mort éternelle. Changez, Messieurs, d'esprit et de conduille. Suiuez ces textes, et n'ayez point Dieu suspect en sa parole; Parole de vie et de vérité. Laissez-vous vaincre à la lumière de ces Escritures . et reuenez à nous, et à l'Eglise. Et lors faisanspartie auec nous de son corps Mystique, vous receurez son vray corps et son sang précieux , de celle qui en est la dépositaire; et non pas de vostre Fay trompeuse et imaginaire, qui ne croyant que l'ombre et la figure en nos Sacrements, contre les paroles expresses du Fils de Dieu, se promet sans paroles et sans texte, et contre le témoignage de sa propre Foy. d'y donner, et d'y receuoir ce qui n'y est pas, selon sa créance : c'est à dire, le corps et la vérité; démentant en vn mesme article, IESV8-CHHIST, sa parole, et soy-vnesme.

Mais dautant que l'heresic qui vous séduit, vous fait mauuais Chrestiew et mauvais François tout

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emeinble; le dois adjouster à ces textes, qui parlent tle la créance, ceux qui parlent de lf obéissance : et vous dois dire, que c'est vn texte de l'Escriture, qui nous dit : Que les Roys sont de Dieu : Que c'est luy qui les establit : Qu'ils ont domination de par luy : Que c'est l'œuure de Dieu, que les Roys régnent : Que Puissance leur est donnée par le Seigneur, et Principauté- par le Souuerain. Par moy , dit l'Eternel, ensaparole, les Roys régnent, et les Princes décernent Iustice. Et en son Prophète Hieremie : I'ay fait la terre, les hommes et les bestes qui sont dessus la Terre ; et l'ay donnée à qui bon m'a semblé. Maintenant donc j'ay liuré tous ces pays en la main de Nabuchodonosor , Roy de Babylon mon seruiteur : Et toute Gent qui ne luy aura seruy sera visitée de glaiue, de famine et de peste. Que direz-vous, Messieurs, à ces tesmoignages exprès, qui doiuent vaincre vos cœurs, ouurir vos villes, changer la guerre en paix, et la rébellion en obéissance ? C'est Dieu qui parle en son Prophète, et qui parle d'vn Roy de Babylon; d'vn estranger à son peuple; d'vn Roy qui est sa verge en sa fureur; d'vn Roy qui enuahit Hierusalem; qxti a son règne plein d'extorsion, plein de violence. Et toutes fois Dieu declarepar ce Prophète, et ailleurs par Ezechiel, qu'il luy a donné la Terre, et qu'il veut qu'il soit obey. Et Daniel seruiteur de Dieu, et son Prophète, parlant à ce Roy, vse de ces ternies : Toy Roy, es le Roy : dautant que le

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Dieu des Cieux t'a donné le Royaume, puissance, force et gloire. Et toutes fois ce Roy n'estoit pas de naissance, ny de créance semblable à ce Prophète. Et le Roy, Messieurs, contre lequel vous estes armez, est Chrestien, est François, est donné du Ciel au milieu de nos misères, en la resource de cet Estât succombant dans ses propres malheurs. Ce Prince n'eslpas la verge de Dieu en sa fureur : mais c'est vn fruict de bénédiction, et le signe de paix donné de Dieu, appaisant son courroux, au milieu fie nos guerres plus que ciuiles. C'est vostre Princ* légitime, et la Terremaintenantn'enporte point vn plus signalé en lus tics, plus remarquable en Intégrité, plus réglé en son intention, plus craignant Dieu, plus esloigné de licence en ses mœurs, et plus consente en l'innocence. Innocence digne d'vn honneur singulier en cet aage florissant, et en la licence d'vn pouuoir suprême. Innocence reeeruée à la France, par dessus les contrées voisines, et les nations qui l'enuironnent. Recognoissez cette grâce du Ciel. Receuez cette puissance légitime. Rendez hommage à Dieu, en celuy qui est son Image, et qui vous représente en la terre sa grandeur et son authorité. On dit que les Tygres rencontrans en leur cliemin de grands miroûers, qui leur représentent le Soleil, demeurent fermes, arrestez et rauis par l'éclat et la beauté de cet image brillante en ce cristal poly, et oublient leurs proyes et leurs fureurs : Serez-vous plus félons, que les Tygres f El voyants en vos

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contrées le Roy, qui en sa personne porte l'Image de Dieu , et la lueur de ses rayons emprainte dedans sa face; ne voulez-vous pas oublier vos desseins et vos fureurs? Le Roy est vn Soleil que vous deuez regarder.. C'est vn Soleil Leuant que vous deuez adorer. C'est vn Soleil qui s'èlhue en son Midy; que vous deuez redouter. Et encores qu'il vous enteste quelque peu, vous ne deuez pas laisser de recognoistre, que sa chaleur et son influence vous est nécessaire. C'est l'Astre de la France. C'est l'Oinct du Seigneur, comme parlent les Escritures. C'est vne viue Image de Dieu, qui porte l'Authorité et la Maiesté de Dieu, visible en sa personne. Rendez luy hommage et obéissance. Ouurez luy vos cœurs et vos Villes. Imitez IESVS, le Sauueur du monde, qui a voulu par ses Loix affermir l'authorité des Roys ; etpar son exemple fortifier leurs Couronnes. IESVS s'est humilié sous les Princes, quoy que Payens, pour tracer en luy-mesme ce chemin à son peuple, à ses enfants, et à son Eglise. Ilapresché l'obéissance, et a voulu naistre et mourir sous la puissance de l'Empire Romain. Et luy, qui est le le Roy des siècles, et dispose des temps, a choisi pour soy ce temps et celte domination, pour estre, et naissant et mourant, sous la puissance d'autruy. Naissant, il est en l'obéissance et en la sujection de César, et enroolle son nom sous son commandement dés sa naissance. Viuant il presche l'obéissance à César 9 et il luy paye le tribut, iusques à le fournir

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auec miracle. Mourant, il veut mourir, non par la fureur des Iuifs, mais par Vauthorité de César, en son Lieutenant. Viuez, et mourez ainsi, Messieurs, à son exemple, enobeïssance, et non pas en rébellion, et les armes à la main, pour la maintenir, fit selon sa parole, Rendez à Dieu, ce qui est à Dieu : Rendez à César, ce qui est à César : et Rendez les Peuples et les Villes à leurs Princes, et à leur Roy légitime. C'est ce que vous annonce VEua/ngile. C'est ce que IES VS a prattiqué en sa propre personne; Luy, qui en sa dignité ne releue de personne, et qui estoit le Souuerain de César mesme. C'est ce que les Apostres et Disciples ont enseigné, ontprattiqué vers les Empereurs de leur siècle. C'est ce que vos Ministres vous doiuent dire : ou il les faut rendre Ministres de l'Eglise inuisible; et les traitter comme infidelles en V Estât, aussi bien qu'en l'Eglise. C'est ce que vous deuez à vostre Prince, et à la Personne auguste de la Majesté Royale. Si l'esclat de ses armes vous espouuante; Sçachez que ce Prince est armé, non contre vous ; mais contre vostre fureur ; non contre vous, mais contre l' hérésie qui séduit vos cœurs qui sont à luy. Il en veut au serpent qui vous enuironne, et non à vous qui périssez par ce serpent, s'il ne peritpar la conduitte etpar Vauthorité de ses armes. L'histoire nous apprend qu'vn excellent archer, apperçeut de loin son fils entortillé d'vn serpent; et craignant d'arriuer trop tard pour le secourir, qu'il darda son trait si dextrement, qu'a-

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près auoir percé le serpent, il s'arresta à la peau de F enfant, sans la meurtrir et V entamer; saunant par sa dextérité son enfant bien aymé, et tuant le serpent duquel il estait entortillé. Ce Prince est le Père commun de V Estât de la France. Il vous tient pour son peuple et pour ses enfants : Il se pourmene par ses Prouinces; et ressemblant à cet excellent Archer, il vous void saisis du Serpent de ï hérésie, et prests à périr de son venin. Son courroux irrité retenu de long temps, l'anime à tirer ses fleiches contre le serpent : et son cmir paternel le porte et le conduit à les tirer si dextremetit, que tuant le serpent, il ne tue point l'enfant, et ne porte point de dommage à son Peuple. Ne voyez-vous pas que ce Prince ne cherche point de triomphe aux despens de ses subjets ; et qu'il met sa gloire et son contentement en leur bien et en leur repos? Il n'en veut qu'à l'heresie, et non à F hérétique. A Flieresie furieuse et maudite, qui luy rauit le cœur des Siens : Qui luy ferme les portes de ses Villes : Qui ouure les coffres de ses finances pour les rauir : Qui remplit ses Pais de soldats et d'armées : Qui appelle les Estrangers à piller son Royaume : Qui partage et cantonne son Estât et ses Prouinces : Qui sont tous effecte qui ne respirent pas FEuangile, et ne resentent rien de l'Eglise : Si ce n'est de ceste nouuelle sorte d'Eglise, qui bastit des Citadelles, et abbat les Eglises; qui fait des Soldats et Capitaines, et défait les Ecclésiastiques; qui fait des meurtres et des ruines, et ne fait point

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de miracles au monde. Eglise Apostatique, et non Apostolique, dont les Conciles sont les Armées ; dont les Patriarchats sont les Cercles; dont les canonnades sont YEuangiie. Eglise , qui venant à la terre, sans Mission et sans Puissance d'Apostres et de Pasteurs pour prescher ; vsurpe la Mission et la Puissance des Roy s , pour dominer, et pour couurir fit effrayer la terre de soldats, de canom et d'armées. Et en ce double attentat, et vsurpation furieuse et illégitime, parois t dés sa naissance comme vn monstre en V Estât et en V Eglise, impie en l'vn el rebelle en Vautre.

Mais vos tre Clémence et Pieté, SIRE, surpasse et l'impiété et la rébellion de ces esprits déuoyez de la Foy deuë à Dieu; et de la fidélité qui vous est deue. Car ie voy que Vostre Majesté portée par les vents de sa prospérité, j risques aux extremiiez de son Royaume, foudroyant de ses canons ses def*niere$ villes rebelles; et estant aux termes de reprendre sa puissance absolue, et d'emporter vne victoire entière sur ses ennemis; Entre en pensée de paix, pour l'amour de son peuple, le voy Vostre Majesté arresterpar sa douceur le cours de ses victoires. le la voy rauir à soy-mesme la gloire de son Triomphe , pour neranir à ses sujets le bien de la paix; et pour triompher de leurs cœurs et de leurs volotitez. le la voy oublier sa gloire el leurs offenses, pour ne pas oublie** sa bonté enuers eux; qui s'oublians euxmesmes, s'estoient rendus tres-dignes de son cour-

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roux, tores-indignes de sa Clémence. le la voy adjouter à son titre de Iuste, le titre de Pacifique. le lavoy planter l'Olivier de la paix, à V ombre de ses Palmes; se rendant aimable et vénérable aux deux partis qui diuisent la France. Aux Catholiques par sa pieté; employant ses beaux jours, non aux délices, non à l'oisiueté, non aux interests d'vne ambition particulière; mais à l'honneur de celuy pour qui les hommes et les Roys sont créez. Aux hérétiques, par sa Clémence; les receuant à ses pieds, si benignement et si inopinément à miséricorde, après tant de rebellions et d'offenses.

Mais, Esprits d'orage et de tempeste, serarfil bien possible, que comme vostre puissance vient fondre auxpiedsdesa Majesté, vos cœurs soient amollis par les rayons de sa douceur et clémence? Serant'il bien possible, que vous reformiez vos humeurs, vos desseins et vos pensées premières? Sera^t'il bien possible, que vous gardiez la Loy de Dieu, et la Loy du Prince ; Chose que vostre F oy nous pr esche estre impossible ? Mais le Roy veut auoir meilleure opinion de vostre intention, que de vostre Religion : Veut oublier vos fureurs, pourueu que vous les oubliez vous-mesmes : Veut vous tenir pour sonpeuple, pourueu que vous le teniez pour vostre Prince, et luy obéissiez comme àvoslre Roy légitime. Vousrendrezvous capables de cespensées tranquilles et salu taires ? Ne vous rendrez-vous point indignes de ces conseils pacifiques ? Ne fer ez^oous plus la guerre en la paix,

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