‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 12 sur 37 · TOM. I. H · texte numérisé non relu

TOM. I. H

98 SUR L^èCLISË ANGLICANTB.

^'•**"™' de nos conducteurs est donc pour nous tous une ancre solide et de bon poids. Tenons ferme sur cette ancre^ et îai sons faire les vent», la tempête et les flots. Nousen serons agités sans doute, mais non pas entraînés. L*ancre immobile nous retiendra constamment à la Vue du*port, et dirigés uniformément entre nous vers un même centre. Quant à ceux qui, tronfipés par les artifices et les séductions de quelques hommes^ se détacheront, pour les suivre, de cet appui salutaire, vous les verrez devenus tous le jouet des vents, n'ayant plu» de guide que leur propre estime toujours incertaine »ur les hautes mers, s'égarant de mécomptes en mécomptes et dans la confusion des avis, ne sachant quelle route tenir, les uns disparoître à la fin sous les flots, et les autres parcourir tumultuairemetit un labyrinthe d*er» reurs éternelles. C'est l'histoire de l'Eglise et de toutes les sectes qui s'en sont séparées; et St. Paul est trouvé juste dans sa doctrine par l'expérience constante de dixhuit eents ans.

tradition d«s ^^' Q**® si dans le petit nombre d'écrits que nous g^niiers siè- j^y^^g g^^. \^ prédication de notre Seigneur et sur celle

des Apôtres, nous trouvons des preuves si manifestes

- de l'infaillibilité, combien n'en durent-ils pas avoir et

de plus frappantes et de plus multipliées, ceux qui

eurent le bonheur d'entendre Jésus-Christ et après lui

«es Disciples s'expliquer sur cet important article î On

sait que les écrivains sacrés n'ont rapporté que très-

succintement ce qu'a fait et dit notre Sauveur, ce qu'ils

ivanç. dernier Ont dit et fait eux-mêmes. St. Jean va jusqu'à décla-

^^* rer que si on. en vouloit donner tous les détails, le

monde contiendcoit à peine les livres qu'il en faûdroit

écrire. Ces paroles que nous lisons sur les promesses

ET LA RiFORMAtlON EN GIBNÉRAL. $9

faites à l'Eglise, doivent donc être regardées comme ï-***'»^^ quelques traits échappés. Ils suffisent à la vérité pour commander notre croyance : mais ils durent être plus répétés et plus développés de vive voix par Jésus- Christ. En efiet, en imposant aux uns Tobligation d'enseîgrter, à tous^les autres celle d^écouter, il a fallu nécessaireoitent les prémunir tous contre la crainte ou rfe se tromper ou d'être trompés. En leur enjoignant par dessus toutes choses de conserver entre eux Tunité d'un bout du monde à l'autre, Jésus-Christ a dû insister fortement sur le seul moyen qui pourroit les y rétenir et à leur tour les Apôtres le dire, le redire encore partout où ils portoient la parole et l'Evangile. Ils ont dû expliquer aux Evêqpes, à mesure qu'ils en étàblissoient, "que le droit et l'obligation d'instruire seroient dans tous les siècles au corps épiscopal de l'Eglise : que les décisions rendues par lui deviendroient pour les peuples une règle de foi manifeste et en même tems inébranlable par la puissance de l' Esprit-Saint, Il est même à penser que les Apôtres auront porté leur sollicitude jusqu'à leur expliquer la manière dont ils pourroient un jour s'entendre et se concerter, suivant les circonstances qu'il plàiroit au ciel d'envoyer à son Eglise, pour l'exercice de leur autorité et la promulgation de leur enseignement. Ces considérations me persuadent que, de sa nature, le dogme de l'infaillibilité a dû être un des plus clairement connus dès les premiers tems de l'Eglise. Toutefois je n'ai point de peine à vous avouer que nous n'en apercevons pas autant de traces dans les trois premiers siècles que dans les suivants. Ils n'en sont pourtant point dépourvus et jç vous en ferai connoître quelques-unes. Si elles ne

^*^ ^^^- s'y rencontrent pas si fréquemment, outre qu'il nous reste moins de monuments de ces tems reculés^ je vous en dirai encore deux raisons particulières. Quelque certitude qu'on eût alors que du concours des Kvéques il résulteroit un jugement infaillible, il n'y avoit nulle nécessité d'y recourir pour condamner des hérésies si évidemment contraires à la foi^ comme l'étoient celles des premiers siècles, qu'on ne sait de quoi s'étonner davantage, de l'audace ou de l'extravagance de leurs auteurs. Il étoit bien simple et bien facile à chaque Docteur de réfuter de pareilles opinions par leur opposition manifeste à la doctrine que les Apô.tres venoient récemment d'enseigner. Tout le premier siècle étoit rempli de leurs disciples : le second même en possédoit beaucoup ; et ceux qui ne l'étoient point alors avoient été pour la pluspart insruits par les successeurs immédiats de ces derniers. Ainsi le monde retentissoit encore de là voix et de l'enseignenoent des Apôtres : la mémoire en étoit fraîche et présente dans les esprits. Leurs chaires, suivant l'expression deTertulien, étoient^ pour ainsi dire, parlantes : il suSisoit alors de dire aux novateurs : ^' Ainsi n'enseignoient point les Apôtres, ainsi n'onl-*i!s pas écrit. Votre doctrine n'est point la leur ; nous l'entendons pour la première fois : elle est fausse, elle est impie." La seconde raison est l'impossibilité qu'il y avoit pour les Evêques, durant le feu de% persécutions, de s'assembler et de prononcer un jugement en commun, et de donner alors au monde des preuves éclatantes de leur autorité. Dans ces jours de recherches et de sang, il n'y a voit pas d'autre moyen d'obvier aux nouveautés que par des condamnations particulières, où cependant les Evêques laissent apercevoir des traces non équivoques du sentiment de leur

infaillibilité. Tout homme qui s'avisoit alors de dog- l-«*tr«fu matiser et de vouloir accréditer ses folle» idée^, étoit noté par TEvéque diocésain qui ravertissoît, le reprenoit charitablement, le réfutoit, le menaçoit, et le condamnoit enfin. L'affaire alloit ensuite de proche en proche, et suivant les facilités des circonstances, aux Evêques voisins, à ceux de la province, à ceux des E^ise^ Apostoliques et avec plus d'empressement et de déférence encore à celui qui présidoit sur la chaire éminente du Prince des Apôtres. Pour la plupart du tems, c'étoît de cette chaire principale que partoit la condamnation, et que du centre de Tunité elle parvenoit dans tous les sens jusqu'aux extrémités* Les Evêques y adhéroient par un consentement exprès ou tacite : et leurs approb^atious partielles formoiept par leur grande réunion le jugement irréfragable de TEgliae dispersée : le dogme en étoit affermi, et le novateur réfractaire signalé désormais à tous les fidèles, comme il le seroit de «08 jours après une pareille sentence, sous le nom diffemant d*hérétique. Ainsi furent condamnés au second «lècle et flétris comme corrupteurs de la foi. Saturnin* Basilide, Valèntin, Carpocrates, Cerdon et Mar4cion.(l)

(1) Ce seroit uue erreur bistorique He peo^r que les Eglises fussent alors isolées, sans communication entre elles, inconnues les tine9 m\ autres, tandis que dès son origine elles ne tendoient qu'à ^unir, à se faire connottre mutuellement, à s'appuyer les unes sur '^s autres. Souvenez-vous de Fortunatus se rendait à Rome pouf acclamer T^utorité du Pape dans le mouvement qui venoit de s^Its '^' à Coryntlie : de Clément qui le renvoie avec quatre députés P^ur travailler à y rétablir Tordre et la paix : de Polycarpe, allant ■*^i-mèrae dans une vieillesse si avancét*, conférer avec le Pape Ani- ^^1 sur des matières de discipline : d'Ignace écrivant sept EpStresà wfférentes Eglises durant la longue route qui le uienoit au martyre»

103 SUR LfiGLISK ANGLICANS,

Lettre xn. Dans les époques moins orageuses et lorsque TEglise respiroit «sous des Empereurs plus doux et plus bumainsj les Evêques ?e réunissoient autant que le permettoient les circonstances^ et prononçoient avec auto-

Hîst. Ecciea- "^é sur Ics affaires qui intéressoient la foi. Ëusèbe

Uv. 9, ch. 25, Qjjgerve, en parlant des premiers siècles, " qu'à la nais- ** sance d'une hérésie tous les Evêques du monde ac-

Ma^^Aurèkf '^ couçoient pour éteindre le feu," L'ambitieux Mpntan aspire à se faire passer pour le Paraclet promis par Jésus- Cbrist. Il séduit par l'austérité de ses mœurs, de ses préceptes et par le ton imposant de ses propbéties. Les Evêques d'Asie s'assemblent plusieurs fois à

et les priant d'envoyer des Prêtres affldés à son Eglise d'Antioche pour la consoler de son absence et bientôt de sa mort — ^Voici d'après Eosébe l'adresse de la lettre sur le martyre de Polycarpe- *' L*£glise de Dieu qui est à Smyrne salue tous les peuples de la ** sainte et catholique Eglise répandue par toute la terre.'^ L*an 166.— *^nsèbe nous a encore conservé la lettre des Eglises de Vienne et de Lyon aux Eglises d'Asie et de Phrygie sur le martyre de Pothin, Attalus, de Sabina et leurs compagnons, en 177. — Même dès le tems des Apôtres la correspondance étoit oirverte et fré-

Ch. l^vT. 8. queute entre toutes les Eglises. St. Paul loue le^ Romains de ce que ** leur foi est annoncée dans lunivers entier : de ce que leur

;h. 16 V. 19. " obéissance à l'Evangile est divulguée en tout lieu." Il les prie de

Ibid. V. 4. saluer se» collaborateurs Prisca et Aquila qui ont exposé leurs jours

pour ^auver les siens, et à qui non-seulement lui, mais toutes les

Eglises des Gentils ont de grandes obligations. Contraint de rester

tuxThessal. ^ Athènes il envoie Timothée aux Thessaloniciens pour les soutenir

'h. 3, V. 1,2. jans i^s persécutions qu'ils essuyoient. De l'Asie mineure St. Jean, suivant l'ancienne tradition, adressoit sa Ire. Epitre aux Parthes si éloignés de lui et hors de l'Empire Romain. St. Pierre écrivoit aux Chrétiens du Pont, de Gallacie, de Cappadoce,de l'Asie, de Bythinie, et ensuite à tous les fidèles de la dispersion. St. Jacques et St. Jude adressoitut leurs épitres à toutes les tribus disperjiées à tous ceux qui se conservoicnt en Dieu et en Jésus-Christ*

ET LA RÂFORMATION EN GiiiiRAh. 103

Hiérapolis, et après des aiiénagements et un long exa- ^«ttreiii raen déclarent fausses et prophanes les prophéties de ^"comocu!* Montan et celles de Priscilia, de Maximilla, qui avoient quitté leurs maris pour s'attacher aux extravagances de Fimposteur, condamnent leur doctrine, leurs erreurs, et les retranchent eux-mêmes de la communion, d^ TËglise.

£n 255 lorsque la paix fut rendue aux Chrétiens sous l'Empereur Gallus, plusieurs de ceux qui étoient tombés dans les dernières persécutions demandèrent là paix et la communion de l'Eglise, et y furent reçus après avoir subi les rigueurs de la pénitence publique. Novatien^ prêtre d'un caractère dur et farouche, s'indigne de la condescendance qu'on avoit montrée pour ces foibles et lâches Chrétiens, soutient qu'on ne peut accorder l'absolution à ceux qui sont tombés dans l'idolâtrie, et se sépare du Pape Corneille dont même il veut usurper le siège : un synode de soixante Evêqyesie condamne à Rome et le chasse de l'Eglise.

Paul de Samosathe, Evêque d'Antioclie en 262^^ pour attirer à la religion la Reine Zénobie, essaye de réduire les mystères à des notions intelligibles, attaque celui de la Trinité en niant la divinité de notre Sauveur. Les Evêques de la province prennent l'alarme, accourent pour une seconde fois à Antioche, condamnent les erreurs de Paul, le déposent de son siège, et l'excommunient d'une voix unanime. Paul protégé par Zénobie s'obstine à ne pas quitter son siège, jusqu'à ce qu'Aurélien devenu maître d' Antioche ordonne que la maison épiscopale appartiendroit à celui auquel les Evêques de Rome adresseroient leurs lettres, jugeant, ajoute Théodoret, que celui qui ne se soumettoit point

104 SUR L*icGLIS£ ANGLICANE,

Lettrtiii. à Ij^ sentence de ceux de sa religion, ne devoit plus rien avoir de commun avec eux.

Ces exemples, auxquels il seroil facile d'eu ajouter d'autres, prouvent que dès les premiers siècles, les Evéques prononçoient péremptoirement sur les choses de la foi, • déclaroient ce qui étoit révélé, ce qui ne rétoit pas, retranchoient de l'Eglise ceux quirefusoient de leur obéir, les reléguoient parmi les hérétiques et les infidèles, en les dévouant à Panathème. Et ce n'étoit point parce que ces hommes avoient enseigné des opinions erronées, mais parce qu'ils ne se rendoient pas à l'autorité de leurs supérieurs ecclésiastiques, parce qu'ils persistoient dans leurs opinions, après qu'elles avoient été condamnées, et qu'ils se constituoient con- £p.63. tumaces et rebelles à la décision épiscopale. ^^ Les *^ superbes et les contumaces sont frappés à mort par ^* le glaive spirituel, disoit St. Cyprien, alors qu'ils *^ sont retranchés de l'Eglise.*' (l) Or pour frapper d'une mort spirituelle les esprits superbes et dévouer les contumaces à une damnation éternelle, il falloit bien que les Evéques connussent tous leurs droits, qu'ils fussent convaincus qu'ils ne pouvoient se tromper dans leurs jugements, il falloit bien qu'ils se tinssent assurés que Jésus-Christ étoit avec eux, que l'esprit de vérité neles abandonneroit jamais, et que, suivant l'ordre du maître, quiconque ne les écoutoit pas, méritoit d'être traité en publicain, en payen. Loin de soupçonner ces vénérables Evéques d'avoir méconnu leur autorité, on seroit plutôt tenté de les accuser de l'avoir

(]) *' Spirituali giadio su^erbi ai coDtumaces necautur» duin de •* Ectlesiâ ejiciunlur/*

£T LA RÉFORMATION EN GëNÂKAL. 105

exagérée, de Ta voir étendue au-delà de ses bornes^ en Lettre in, s'altribuant dans des synodes trop peu nombreux une infaillibilité, qui n'avoit été donnée qu'au corps entier des Evéques. Mais il faut observer que les opinions condamnées dans ces premiers synodes, l'avoient peut« être déjà été par les Apôtres ; que peut-être aussi ce petit nombre d*Ëvéques assemblés connoissoit avec certitude la doctrine de leurs confrères absents^ et qu'en tout cas l'acceptation de ces derniers devoit arriver en son tems, et finir par ajouter au poids des sentences synodales le dernier sceau de Tinfaillibilité. (i)

(1) £usèbe nous apprend que le coucîle d'Antioche, après * Lir. 7. avoir condamné Paul de Samosathe, adressa une lettre synodale à Denys Evêque de Rome, à Maxime Ëvêque d'Alexandrie, à tous les Evéques, à tous les Prêtres, à tous les] Diacres du monde et à toute*r£glise Catholique sous le ciel."

** Les âdèles qui étoient dans l'Asie, dit encore Eusèbe, s'assemblèrent plusieurs fois et dans plusieurs lieux d'Asie, et ayant examiné la doctrine de Montan, ils la condamnèrent,' ce qui fit que ces hérétiques furent chassés de l'Eglise et privés de la communion Catholique." On auroit pu s'étonner, remarque le savant Traité dogm. Tbomassin, qu'Eusèbe^ après avoir dit que les Montanistes furent ^^^ jont™^ condamnés par toute l'Eglise Catholique, se contente de prouver s*est servi po cela parles conciles qui furent tenus en Asie.*... Mais les Eglises d'Asie l'unité dans

vivoient en communion et en parfaite intelligence avec les autres tous les tem

... cb. 2, art. 7.

Eglises Catholiques du monde. Elles étoient bien informées que

les nouveautés ne déplaisoient pas moins aux autres Eglises qu'à

elles-mêmes. Le silence des autres Eglises confirmoit fexamen ^

et le jugement que celles d'Asie avolent fait.

" Le Pape Corneille écrivit une lettre à Fabius, Evèque d'An- Eusèbe,

tioche, où il lui apprit ce qui avoit été résolu par le concile et tous ^^ T

les Evêques d'Italie et d'Afrique, outre plusieurs autres provinces.

On avoit aussi publié les lettres de St. Cyprien et des autres

Evêques d'Afrique qui s'étoient assemblés."

106 * BVR l^'fiGLlgE ANGLI€AN£,'

itKKTjim. Les faits que je viens de vous rapporter, parleni ajssez d'euisti-mêmes. Les Evéques ont déployé l'auto, rite dans toute Fétendue qu'elle pouvoit avoir: les fidèles i'pnt reconnue, en se confondant aux sentences lancées contre les hérétiques, avec lesquels ils ont cessé dès lors toute communication. Ainsi l'usage et la pratique de la primitive Eglise prouvent suffisamment que k dogme de l'infaillibilité y étoit très-connu. Nous voyons encore dans le peu d'écrits qifi nous sont venus de ces tems, que les Pères supposoient ce dogme comme une vérité généralement établie.

Revenons aux belles épîtres de St. Ignace, dont

Ltba». 1, dise. St. Alexandre, après avoir assemblé un concile à Alexandrie, oh •on reAnus. ^j^yg ^^ g^j premiers adhérents furent condamnés d'une voix unanime> écrivit à tous les Evéques uneletttre synodale, dont Théodoret nous a conservé une copie. Il expose les procédés et la doctrine de son concile : '* Nous professons tous, dit il entre autres choses, une seule Eglise Catholi(|ue et Apostolique, toujours invincible, quoique tout le monde conspire à lui faire la guerre, et victorieuse de toutes les entreprises impies des hérétiques, par la con- *' fiance que nous donne le Père de famille en disant: Prenez •« courage, j'ai vaincu le monde." — Et voici comme il termine: ** Condamnez-les avec nous à l'exemple de nos confrères qui m'ont ** écrit et qui ont souscrit au mémoire que je vous envoie avec " leurs lettres : il y en a de toute TEgypte et de la Tbébaïde^ de *' la Lybie, et de la Pentapole, de Syrie, de Lycie, de Pampbylie, " d'Asie, de Cappadoce, et les provinces circonvoisinès. Je m'attends *' à recevoir de vous des lettres semblables. Car après plusieurs autres remèdes, j'ai cru que le consentement des Evéques acheveroit de guérir ceux qu'ils ont trompés.*'

On envoyoit ces décrets à toutes les Eglises, et c'étoit de leur unité qu'ils tiroient leur dernière force. — C'est la remarque de B09suet sur le jugement que je viens de rapporter du synode d'Alexandrie contre Arius, liist. des Variât . liv. 7, art. 69.

Je v^ous ai parlé dans ma lettre précédente. ^^ Je criois ^-*"" ^*

ce ^i. j. • • !• • ifx a. • • Aux Philadel

*^ étant parmi vous^ je disois étant parmi vous, je

^' disôis à haute voix : attachez-vous à TEvêque.'*

— *^ Fuyez les divisions, comme la source des maux : AuxSmymiei

^^ suivez tous TEvêque, comme Jésus-Christ suit son

" IPère." Vous voyez l'autorité épiscopale marquée

ccMrxime le moyen de préserver l'unité. — " Je vous dis Aux TraiDen

'^ adieu en JésusrChrist. Soyez soumis à l'Ëvéque

^^ et aux Prêtres "suivant le commandement de Dieu.**

*^ Je vous exhorte à faire tout en la concorde divine, Aux Magné l'Evêque présidant en la place de Dieu." C'est toujours à la chaire épiscopale qu'il attacha le lien do la concorde. " Vous devez concourir à la volonté de AuxEpWsie TEveque, comme vous faites. Car vos dignes Prêtres sont d'accord avec l'Evêque^ comme les cordes d'une lyre, et votre union fait un concert merveilleux«.*.prenons donc garde de ne pas résister à l'Evêque, afin d'être soumis à Dieu.., .car tous ceux que le Père de famille envoie pour le gouvernement de sa ^^ maison^ vous devez les r^evoir, comme celui qui *^ les envoie.*' Ne pressons point les paroles de St Ignace jusqu'à conclure qu'il attachoit l'infaillibilité^ individuellement à chaque Evêque* Ceux dont il parle, il les connoissoit personnellement: il savoit SL^e leur doctrine étoit pure, conforme à la doctrine Universelle ; que l'union régnoit entre eux et leurs prêtres, entre eux et tous ceux que le père de famille avoit envoyés pour le gouvernement de sa maison. Or cette union eût cessé aussitôt qu'un Evêque eût ensei- {;ué quelque dogme contraire à la doctrine reçue dans VËglise, comme nous avons vu par Texemple de Paul de Samosathe, condamné et déposé par ses confrères.

ce

Lrttre iri. Cétoit donc en dernière analyse^ sur la conformité à •'enseignement général des Evêques, que St. Ignace fondoit d'une part l'autorité particulière de chaque Evêque, de l'autre la soumission entière qu'il exigéoit pour lui des fidèles : et par une conséquence ultérieure il falloit bien, dans ses principes, que l'enseignement de la majorité des Evéques fût infaillible autrement les Bdèles auroient pu, en s'y conformant d'après l'ordre de Dieu, être entraînés dans l'erreur, sans aucun moyen de s'en sauver. En un mot, si nous entendons la doctrine de ce grand homme, il nous apprend que Tunité de l'Eglise dépend de la soumission des fidèles à leur Evêque particulier et de Taccord de tous les Evéques entre eux, c'est-à-dire que l'autorité suprême donnée au corps des Evéques est la sauve-garde de l'unité. — Nous lisons la même doctrine enseignée 140 ans après 1^.33. par ril]ustre docteur et martyr de Carthage : ** L'Eglise " Catholique est une, écrivoit St. Cyprien, et les Evê- ** ques joints ensemble sont les liens de cette union." Ce peu de mots comprend tout le sujet de cette lettre et de la précédente : vous y entendez en abrégé la théorie entière de l'unité et de l'infaillibilité de TEgliee. (l)

Hi en 190. Cinquante ans avant St. Cyprien, I renée, arrière

nartyr sous

Marc-Aurèle»

Ml 803. - — ■ ?•

(1) "Il u*y a (jU*un Episcopat répandu de tout côté eo plusieurs " Erèques uuis enseoible." Cypr. daas son Epttre à Antonien Evêque d'Affrique: et encore au livre de l'unité: <* l'Eglise Catlio- 'f lique est unie entre toutes ses parties» et consolidée par le ciment ** (giutiuo) des Evéques adhérents les uns aux autres. Nous qui '* sommes Evéques et qui présidons dans l'Eglise, nous devons par- ** ticulièremeut et plus fermement embrasser cette unité et la dé* ^* ftudre."

£T LA REFORMATION £N GENERAL. iQ^

disciple de St. Jean par Poly carpe et Fapias, et L^reÛl. après le martyre de St. Pothin second Evêque de Lyon, écrivoit son grand ouvrage sur les hérésies. Ecoutez ce qu'il dit au livre 4e cb. 43. " C'est " pourquoi il faut obéir à ceux qui président dans " l'Eglise, qui tiennent leur succession des Apôtres, *^ comme nous l'avons montré et qui avec la succession de l'Episcopat, ont reçu la grâce certaine de la vé» rite, suivant le bon plaisir du Père." Où se trouve la grâce certaine de la vérité, il ne sauroit assurément y avoir d'erreur à craindre; là se trouve donc l'infaillibilté. Et encore au cb. 45 du même livre, parlant des successeurs des Apôtres, il ajoute: " Ce sont eux '^ qui conservent la foi que nous avons au seul Dieu qui *^ a tout fait, et qui nous exposent les Ecritures, sans " danger d'erreurs." Suivons donc hardiment leurs ex* positions de l'Ecriture, assurés que nous le sommes avec St. Irénée, que nous ne pouvons jamais nous égarer sur leurs pas, ni nous tromper en adoptant leurs interprétations.

Tertullien, si célèbre par ses écrits et surtout par son excellent livre des prescriptions contre les hérétiques, les y apostrophe ironiquement ainsi: ^^ Eh bien ! il le " faudra donc pour vous complaire: toutes les Eglises " seront tombées dans l'erreur!. .. aucune n'aura été " regardée par l'Esprit-Saint 1 pas une seule n'aura été guidée par lui dans la vérité, par lui que le Christ avoit envoyé, qu'il avoit demandé à son Père, pour ,* être auprès des siens le docteur de la vérité ! Il aura " donc négligé son ministère, cet agent de Dieu, ce " Vicaire du Christ, en souffrant que les Eglises vins- *^ sent à penser, à croire autrement^ qu'il avoit lui-

Mort tn SI 6

110 SUR l'égltse anglicane,

«ttr« m. " même annoncé par la bouche des Apôtres !'* Têrtullien observoit en cet endroit q'iè d'après les hérétiques, il s'çnsuivroit que toutes les Eglises étoient tombées dans Terreur, puisque toutes s*accordoient dans les articles que les hérétiques rejetoient. Il relève l'absurdité d'une telle supposition par Tassistance perpétuelle de l'Esprit-Saint, assurée à TEglise par Jésus- Christ. Il croyoit donc l'Eglise toujours guidée dans le vrai par l'Esprit-Saint, et sous sa conduite toujours à l'abri de l'erreur: il le croyoit sur les mêmes raisons, les mêmes promesses qui l'ont persuadé avant et depuis à tous les siècles chrétiens/

Si j'sri prolongé la discussion des trois premiers siècles, c'est qu'en général ils sont moins connus, et qu'il falloit montrer que les promesses de Jésus-Christ, pour être alors plus récentes, n'en dévoient être que plus YÎves dans la -mémoire des hommes; que les Evêques, qui illustrèrent l'Eglise naissante, connoissoient bien les droits et les obligations de leur ministère, et que, pour . faire paroître avec plus d'éclat ledogme de l'infaillibilité, dont les esprits étoient profondément imbus, il ne manquoit alors que des circonstances favorables. Elles arrivèrent enfin, lorsque la Providence appela Constantin (l) au trône et y fit asseoir la religion avec lui. Bientôt on vit des Evêques de toutes les parties du j^z95 tnonde s'assembler à Nicée, où la doctrine d'Arius fut solennellement examinée et proscrite: celle de Macé* En 381. donius le fut ensuite au concile général de Constan* Eb43i. tinople: celle de Nestorius à Ephèse: celle d'Eu-

(1) £d 306y proclamé eniuite à Rome par le eéoat Premier A»*

ET LÀ HàtCytLUATlÙS EN CÊkÂRAL. lit

tichès à Calcédoine. Il seroit superflu de nommer tous P*^ ^^ les conciles Œcuméniques qui marquèrent les siècles ^^^^ suivants jusqu'au concile de Trente. Qu'on observe attentivement les circoiistances, les motifs qui amené, rent la convocation de ces conciles, la manière dont le» Pères y procédèrent, celle dont leurs décrets furent reçus dans le monde ; et on apercevra dans tous le» siècles cette persuasion généralement répandue," que l'autorité épiscopale est le moyen institué par Jésus- Christ pour préserver l'unité entre tous ses disciples, c* que les jugemens adoptés par la majorité des Evêques sont pour tous une règle infaillible de la foi. Il seroit long de poursuivre en détail cet examen sur tous les conciles : bornons-nous à celui de Nicée. .

Aritis condamné dans un synode d'Alexandrie, porte ^ts plaintes à plusieurs Evêques du dehors,.leur expose ges principes, proteste de sa soumission, implore leurs lumières et leur appui, parvient à se faire des amis, des protecteurs, grand nonàbre de prosélytes : sa cause devient bientôt alarmante par les séditions, le tumulte et les meurtres qu'elle occasionne* Constantin essaye d'y porter remède et n'y réussit pas. Le feu cependant alloit toujours croissant, et l'Empereur avec les jEvêques qu'il a consultés, ne voit pour l'éteindre S autre moyen que V autorité (T un concile universel. 11 le convoque à Nicée. Sur cette nouvelle, les esprits se calment, (les partis s'apaissent, chacun se flatte de voir bientôt triompher sa cause, et reste en paix dans l'attente du jugement définitif qui sortira de Nicée. On y voit arriver d'Europe, d'Afrique et d'Asie, au nombre de 318, des Patriarches, des Métropolitains, des Evêques, à leur suite grand nombre de docteurs et à la tête

lis * SUR L^fiGLlSE ANGLICAMI^

i^tartiu. le célèbre Osins de Cordoiie^ représentant le chef d TEglise, Sylvestre. Arius y est appelé : plusieurs ses partisans y étoient déjà. Il vient lui-même rendr <K>mpte de ses sentiments. Vous voyez jusqu'ici Topi- nion universelle bien constatée. Tout se range à Tautorité qui va prononcer : Arius et les siens lui renden . hommage et s*y soumettent d'avance : L'auguste et vé-^ nérable sénat ouvre ses séances. Constantin s'y montr»^ dans toute la pompe impériale. Je vous prie de re^ marquer ce passage dans la réponse qu'il fait à une hais rangue qui vient de lui être adressée au nom de toiKLi sozomène, les Pèrcs. ,, La fureur delà division se répandant daroa Kicéphore. *' Ics csprits et pénétrant les cœurs^ les anime les uav

contre les autres^ trouble la paix^ ruine la fbi^ rendant incertaine, remplit les pays de désordre *^ de tumulte, et après tout, expose la religion au m ^ ^^ pris, à la risée, aux blasphèmes de nos adverçaii — a " (les payens), qui en tirent avantage pour la décbzr: rer. J'ai cru pour remédier à un si grand mal^ 9^^* n'y avait rien de si puissant que toute TËglîse ag^^f sant avec autorité dans cette sainte assemblée qui J» " réprésente." Voyez l'Hist. La première affaire dont s'occupa le Concile fut ceJ/e

de rArianismc . . », # , . ,

l'v. 1. Maim. d'Arms. Il y procéda avec cette maturité, cette sagesse qu'on devoit attendre d'une assemblée si grave, si savante, où siégeoient encore grand nombre de Confes<» seurs de la foi, mutilés dans la persécution de Licinius 9t couverts de cicatrices que baisa respectueusement Constantin. Arius et sa doctrine y furent condamnét unanimement, la Consubstantialité du Verbe reconnue et fixée au Symbole immortel, qui est encore aujourd'hui dans toutes les bouches Chrétiennes. Les Pèces

ce

ET JsA R2F0RMATI0N EN oihàKAh 113

de Nicée à là fin de letrr travail adressèrent une lettre LeicwTir. synodale à toutes les Eglises qui sont sous le ciel pour notifier leurs jugements et les offrir à Tacceptation de tous les Evéques du monde. Ils y disent : '^ Qtae tout *^ d'une voix il a été résolu d'anathëmatiser Arius spvec *^ sa doctrine impie." Ils avoient déjà présenté le dé* cret de sa condamnation à l'Empereur, qui Tavoit reçu Ruffin 6^^ avec la plus haute vénération comme s*il eût été dressé par le ciel même, et qu'il lui eût été envoyé de la part de Dieu : il ajouta que quiconque ne s'y soumettroit point seroit e^tilé comme rebelle à une décision divine. C^ette menace réduisit à l'obéissance Arius et les ikuteura de sa doctrine, qui jusqùes-là avoient refusé de souscrire à la décision du Concile. Constantin fit ensuite expédier deux lettre». Tune encyclique adressée en général aus Eglises, l'autre à celle d" Alexandrie où rhé<^ résie avoit pris naissance^ Dans la première on lit ces lSK)tif: ''Tout ce qui se fait dans les Conciles des *' Eyéquea doit être rapporté à la volonté de Dieu.** £t dans la seconde, après avoir rappelé les tumultes^ tes discorde», Tes schismes que rhérésîe avoît suscita^ îl ajoute : ^^ Cest pour parvenir à les faire dispttroître ** que par la volonté de Dieu j'ai assemblé un si grand '' nombre d'Evêques à Nicéc." Et à la fin : " Ce que '' 300 Evéques ont ordonné n'est autre chose que U ** sentence du fib unique de DieU : le Saint-Esprit a ^ déclaré la volonté de Dieu par ceâ grands hommes " qu'il inspiroit. Donc que personne ne doute, que " personne ne diffère : mais revenez tous de bon cœur " dans le chemin de la vérité." (1) Avant de les con-

(l) C'est ainsi q«« l'on proposoit la décision du Concile, comme JOM. I. I '

114 SUR l'I^GLISE ANGLICAKEj

lettre m. gédier il rassembla les Evéques dans son palais, où il "*ninne."^' leur fit un excellent discours pour leur recommander la paix de TËglise^ qu'ils conserveroient en gardant inviolablement entre eux une parfaite union de cœur et d*esprit dans Tunité de doctrine et de sentiment, conformément à ce «que le Saint-Esprit venoit d'établir iistb. Soeom. par eux-niémes dans le Concile. Ëusèbe de Césarée qui s'y étoit long-tems opposé au mot consubstantiel, a écrit depuis la vie de Constantin, où il loue son zèle infatigable pour faire prévaloir la foi salutaire que le 3aint-Esprit lui-même avoit vraiment pronmlguée par Torgane des Saints Pères réunis à Nicée.

• Après la condamnation d'Arius, on examina la ques-^

lion de la Pâque : tous- les Pères convinrent de Tobserver le même jour^ et les Orientaux promirent de se conformer à la pratique de toutes les autres Eglises, c'est-à-dire, de Tltalie, de l'Afrique, de la Lybie, de TEgypte, de T Espagne, des Gaules, de la Bretagne, de la Grèce, de l'Asie et du Pont. ** Le Concile de t* Nioée, dit Atbanase dans son apologie, a été double** *^ ment utile, parce que les peuples de Syrie, de Cilicie ^' et de Mésopotamie ne célébroient point la Pâque au jour qu'il falloit: et parce que l'hérésie arienne s'étoit élevée contre l'Eglise. Tout l'univers s'assembla dans ce Concile. Lç jour de Pâques y fut réglé pour tous, et PArianiame y fut condamné. Il est vrai que pour

tin ot'diih (Hvin, aprvs lequel il n'y avoît .|>lua à examiner : car on ne doit pas douter que ces lettres de r£raperf ur ue tu<&sent dictées par Ui Evérpies, ou du moins dressées suivant leurs instructions. — Réflexion que fiiit le judicieux Fleury après avoir rapporté les lettres de l'Empereur. Misl. E^d. tom. J, pag. 169, édit. iB-4to.

ET LA RBFORMÀTION EN ciK^RAL. 115

** le jour de Pâques on usa de ces termes : il nous a Lettre m " semblé, à l'exemple des Apôtres, afin que tout le " monde obéît ; mais pour régler la foi on dit : TEglise ** Catholique croit, aussitôt on ajouta la Confession entière, pour montrer que ce n*étoit pas une doctrine nouvelle, mais celle des Apôtres : et que ce qu'ils mettoient par écrit, n'étoit pas de leur invention, mais venu des Apôtres." Que si dans la suite Arius et quelques-uns de ses partisans rétractèrent leur parole et l'obéissance qu'ils avoient jurée, Jes passions humaines n'expliquent que trop ce pirjure. Noiil devons en gémir sans doute, et déplorer les funestes suites qu'il eut sous les malheureux règnes de Constance et de Valens. Mais il nous suffit de savoir qu'A rius et ses partisans avoient reconnu l'autorité avant qu'elle se fût expliquée ; qu'ils s'étoient mémesoumis depuis à sa décision et qu'ils ne bazardèrent à se révolter contre elle, qu'assez long-tems après en avoir été condamnés. Quant aux autres Evoques du monde qui n'avoient pu assister au Concile, presque tous applaudirent à ses décrets ; les Docteurs les plus éclairés en prirent la défense, aussitôt qu'ils furent méconnus^ et généralement toutes les nations s'y conformèrent. Le Symbole de Nicée, déjà adopté par l'Eglise uni*" verselle, fut pour la seconde fois solennellement proclamé au Concile général de Constantinople, et y reçut les additions nécessitées par l'hérésie de Macédonius contre le Saint-Esprit. Dès le sixième siècle il fut publiquement récité dans les Eglises Grecques sur l'ordonnance de Timothée, Patriarche de Constantinople ; chanté dans les Eglises d'Espagne, suivant la forme des Eglises Orientales, par décret du Concile de Tolède ;

Iî6 SUR ïfkGîABS A)î6UCANXj

Afttrelifb dans les Gaules et dan9 TAllemagne vers la fia du huitième siècle ; vers Tan 1014, dans toute Tltalie par la constitution de Benoit VIII ; enfin il a été retenu par la Réfocme ; de nos jours, il est encore en honneur dans presque toutes les sociétés protestantes.

^t pour vous dire un root sur le sentiment particulier des Docteurs les plus célèbres de TËglise, le savant Eusèbe de Césarée, long-teois opposé dans le concile au terme consubstantiel, n'a pas laissé d'écrire depuia

oLitomL**^ cjue le Saint-Esprit lui-mêaie avoit vraiment promulgué la foi par Torgane des Pères de Nicée. Jll avoit déjà compté parmi les maux q^ Licinius s^oit faita

ini^^su* ^ i'Egl"^^ la défense d^assemhler des Coqcijes : « Car en ne peut, ajoute Fhistorien» terminer saiis synode Les controverses de grande iu^portance.*' On sait avec quelle force, quelle éloquence Athanase soutint pendant une lutte de cinquante aqs coptrç les demi-Âriçna les décisions .4e Nicée. Menacé de Texil dans sioub sii^e et de la mort danç son exil, il fit voir le même courage, et n'eut pas moins de crédit aux extréoiité) d^s Gaules, à Trêve» que dans TEgypte et dians Alexandrie. De toua les lieux où il fut contraint de se réfugier, il combattoit avee une fermeté inébranlable rbérésie armée de la puissance de deux Empereurs^ et fit plusieurs fois triompher en synode la formule de

ip. aux Ey. Nicée, comme la règle de foi orthodoxe. 11 Tappelle

i' Afrique. ' i t^« i

ia parole de Pieu, roracle divin et sacré de TEsprit-- Saint, " QuVt-il pu manquer au Concile de Nicée ** pour en demander d'autres ? Les Indiens même ne *^ rignore;nt paf, et tous les Chrétiens des paya ba?- «* bares le réyèrent..«.La parole de Dieu, qui a parlé ^ pat ce- p^iHiUe CEicuméoiquç, demeurera à j;

£T LA RérORMATION EN GÉNétlAL. Hf

Voîci comme ÎI commence la confession de fôî qtfé ^^^ ^^* TEmpefeur Jovien lui avoil demandée en 363, Hprèà 4es règnes si agités et si malheureux de Constance et de Julien : " Sachez donc, ô Empereur, que c*eât ^' ici la foi qui a été prêchéedès Je commencement^ ^* que les Pères du concile de Nicée ont reoonnue, ^^ et qu'elle est suivie par toutes les Eglises du monde, ^' soi-t en Espagne ou en Angleterre, dans les Grilles, ^^ dans toute Tltalie, dans la Dalmatie, dafis 4a Dacé, la Mysie, la Macédoine, toute la Grèce', la Pamphylie, la Lycie^ f Isaurie, TEgypte, la Lybie, le Poné, ^* la Cappadoce. il faut ajouter à cela toutes lés *^ Eglises qui nous sont voisines, aussi bien ^e celles "** d*Orieiït, excepté un petit nombre qui -sefnt dans Te ^ parti des Ariens. Nous «connoissens tous ceu^ que* ^' noas venons de nomrAer <et ,enc0re d*âutres plus " éloignés: nous avons tnême de leurs lettres.** Cyrille d'Alexandrie s'exprime avec la même vénération sur les Pères de Nicée. *^ Certes, Jésus-Chrirt ^^ âoit avec eux, lui qui a dit : quiand deux ou trois ^' personnes seront assemblées en mon nom, là je serai *^ au milieu déciles : car que Jésus-Christ ait lui-nfiénne ^^ invisiblement présidé <;ette sainte et grande assem- ^' blée, comment seroit-il permis d'en douter ?" St. Hilaire, St« Basile, St. Jérôme tiennent le même langage. St. Ambroise, dont les senti mens doivent se retrouver dans tout coeur chrétien, n'a point balancé <te pabliert *^ J'embrasse Tordonnance de Nicée, Ep.35,iir.5, *^ doni nî la nMft ni le glaive ne pourra me séparer.** St. Au^stin le nomme, " le Concile de l'univers, ^ dont les décrets sont à l'égal des commandemèhs *' célestes." En parlant de l'erreur de St. Çypried

ce

Uttre m. 8ûr la rebaptisation, il dit : ^* Que ce saint martyr- Lhr.3,ch.4, « s'en scfoit tenu à la décision de TEglise, si la vérité^

iurkBapt. . o '

'^ avoit été éclaircie et déclarée de son temps par un

" Concile universel," comme elle le fut à Arles et à

Serm. 14. de Nicée. De SCS principes sur TEalise, qui sont aussi

Verb. Aposu , , , . .

les nôtresyce grand homme concluoit en un autre en^

droite ainsi que nous le faisons avec lui: ^* Qu'on

peut souffrir les disputes, avant que les matières-

soient décidées par Tautorité de TËglise, mais que*

disputer r-près cela, cVst renverser le fondement!.

Ep. 78 à <^ de l'Eglise môme.'* Le Pape Léon déclare qu&

lÀnAugust. ^ ^ \ . ^

^^ ceux-là ne sauroient être comptés par les Catholiques^ qui ne suivroient pas les définitions du vénérable Synode de Nicée^ ni les règles du grand Concile d^ Liv.L ép. 24. ** Calcédoine.'* — " Je professe, écri voit Grégoire-le— '^ Grand, que je reçois et vénère les quatre premiers ^^ conciles généraux, comme les quatre livres du St«* " Evangile.** Socrates, qui écrivoit son histoire ecclé— lâir. i,eh.s. siastique un siècle après le concile, dit : ^* Que le^ ^^ Pères de Nicée, quoique la plupart simples et peim savants, ne pouvoient tomber dans Terreur, parce quils étoient éclairés par la lumière du Saint*- Esprit."

Il seroit assurément facile, s'il n'étoit long et fati«^ guant, de produire ici bien d'autres passages que four-nissent sur )e même sujet les écrits des Docteurs de rEgli'^C;- Vous serez peutrêtre plus fiise de savoir que Tautorité des Pères de Nicée a trouvé des défenseurs jusque dans la Réforme. Les p}us savants et les plus modérés de ses théologiens n*ont pas fait difficulté de se soumettre aux décisions des quatre premiers conciles généraiix ; et sur celui de Nicée^ vpici coipinsi

ET LA RBFORMATION BN GÉNÉRAL. 11$

prime entre autres un de« plus habiles docteurs de^-^ttre"'irotre Eglise Anglicane. Bull, Evêque de St. David : ,^^/^J^^ j^*|! ^* II s'agissoit dans ce concile d*«n article principal de ^^'g p*^^- " la religion chrétienne (de la divinité de Jésus^ ^* Christ). Si dans un article principal on s'imagine ^^ que tous les pasteurs de TEglise aient pu tomber " dans l'erreur, et tromper tous les fidèles, comment pourra-t-on défendre la parole de Jésus-Christ, qui a promis à ses Apôtres et en Ieur« personnes à leurs successeurs d'être toujours avee eux? promesse qu i ne seroit pas véritable, puisque les Apôtres ne " dévoient pas vivre si long-tems, n'étoit que leurs ^ successeurs sont ici compris en la personne des Apôtres même.** Vous voyez rinfailiibiiité du Concile de Nicée reconime par le savant Evèque de St. David^ appuyée siir le plus ferme des fondemens, la promesse de J^uS'-Christ, dont la parole ne passera point. Le raisonnement de Bull est celui de l'antiquité, de tou# les Pères, et i^elui de TEglise dans tous les tems. 11 pou voit, il devoit le ramener à elle et il ne Ta poiat Fait. Déj)lorable exemple de ht tyrannie qu'exercent même sur les meilleurs esprits les préjugés d'éducation et les misérables intérêts du monde! (l)

(1) Pendant que j'étois en Angleterre, il m'est tombé entre les nahis une cidlsection très-volumineuse (le notes décousues et super- Scîellessuf Vh\sioire^ecdéiih»\ii\\\e^ <\u\ m'^ont paru montrer beaucoup de lecture «t peu de savoir. L'auteur qui se dit théologien» ûiisantallusiou au passage ci-des^us^ en témoigne beaucoup d'humeur :'Oiilre Je savant Evèquo. Il observe néanmoins, et plus raisonnablement qu'il n'a Tair de le pen^er^ qu'avec de pareih principes sur Tautorité de. l'Eglise, Bull auroît dû franchir le pas tout rondement, et passer àr£glise Romaine.. Il n'y a pas^ioins de justesse daQS

139 SUR LSGUSE aNGUC4lN«9

Lcttn IIL Ce que je viens de vous exposer sur les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi le premier concile généra], doit, ce semble, suffire pour vous convainc cre qu'avant et après cette assemblée^ ainsi que durantr sa tenue, on étoit généralement persuadé que Tinfaillibi^ lité avoit été assurée à l'Eglisce pour maintenir l'unité de doctrine et de gouvernement. Vous avez vu le^ motifs qui portèrent les Ëvêques à en désirer la convo— cation, et TEmpereur à la procurer. Vous avez vu tou^ les partis reconnoitre d'avance Tautori té du grand con— cile, et prêts si se soumettre aux décisions qu'il porteroit^ Vous avez entendu les illustres témoignages qui lui ont été rendus ensuite, sa formule de foi applaudie dans le monde, accueillie comme si elle descendait du. eiel même, célébrée dans les chants, dans les solennitéa^ du culte et de la liturgie, gravée dans la mémoise d^ tous les fidèles, et répétée d'âge en âge d'un botit de la terre à l'autre par toutes les bouches chrétiennes.. Quant à l'opinion qui régnoit parmi les Pères du con^ cîle, quelque défiance de leurs propres ]ui))ières qu'ils puissent avoir individuellement, il n'en étoit aucun «sans doute qui ne se souvint alors de la promesse, et qui, sur la parole de Jésus-Christ, ne fût convaincu que l'Esprit de vérité planoit invi^iblement sur l'assemblée pour en diriger les décisions. Vous avez déjà entendu un de ceux qui y siégeoient parmi les juges de la foi,

texte réflexion, que de certitude dans la doctrine qui lui a donné lieu. Heureux le critique et TEvéque, si le premier avoit su apprend lïre de celui-ci le principe, et si tous les deux avoient en le courage dVn suivre la conséquence! Au reste, cet auteur» dont lés notés légères ont laissé peu de traces dans, mou esprit, s'appelle, autant qu'il m'en souvient, lé docteur Jortin.

Eusèbe de Césarée ; et encore Athanase, qui eut Thon- Lêttr* m, neur d'y accompagner Alexandre son Patriarche, et s*y distingua par son érudition et son éloquence. Sans vous redire ici leurs témoignages^ il suflfit des anathèmes lancés par le concile. Ils montrent visiblement une confiance entière ^ans Tinfaillibilité. Une société qui ne Tauroit point, et qui de son aveu peut se laisser surprendre à Terreur, pourroit à la vérité exclure de son sein quiconque refuseroit de se confornier à ses lois : mais dénoncer à Texécration, dévouer à une malédiction éternelle, et livrer à satan ceux qui n'accepteroient point ses décisions, cela passe de trop loin les droits et le pouvoir des hommes. II n'appartient qu'à une société assurée d'un privilège extraordinaire» et qui se sentant sous la main de Dieu, sous la garde et la conduite de son. Esprit-Saint, est fermement per« suadée qu^avec un tel guide elle ne sauroit chanceler ni faillir dans ses jugements.

Au surplus, ce principe d'autorité, si solidement établi par la tradition et l'Ecriture sainte, va ressortir davantage, en le mettant en contraste avec le principe de la Réforme. Il est évident que celle-ci n'auroit jamais fait un pas, non plus qu'aucune autre hérésie avant elle, si elle s*étoit rendue, comme elle le devoit, à l'autorité qui la condau.noit* Il lui afallucommen* Qer^ en se mettant à l'œuvre, par se constituer en révolte contre elle : il lui a fallu de nécessité travailler ^vant tout à renverser le rempart qui seul alloît arrêter sa marche et qui jusqu'alors étoit tenu généralement clans le monde pour avoir été posé par la main de Jésus-Christ même% Les Reformateurs ont donc dit ^t répété aux peuples qu^ tous les hommes étant sujetr

132 SUR l'Église anglicane^

Lettre m. j^ Terreur, nul mortel, nulle a?semblëe ne pouvoitVarroger un titre à rinfaillibîlité : qu'elle étoit l^ppanage de Dieu ; q»)e l'Ecriture inspirée par lui, seule la partageoit avec lui, que seule elle étoit la règle de notre foi, assez claire, au moins dans l'essentiel, pour que chacun la put entendre, juger de la bonne ou mauvaise doctrine, et former sa religion dans sa conscience. Arrêtons-nous sur ce principe qui substitue le sens privé à l'enseignement uniforme du corps épiscopal.

L'Ecriture seule règle de notre foi ! L'écriture suffisamment claire et intelligible à tous les esprits! Mais commencez donc par enseigner aux hommes à lire. Les trois quarts du genre humain ne le savent pas, ou Tout si mal appris qu'ils hésitent à chaque mot. Ce sont des laboureurs, des ouvriers, des hommes de peine, condamnés à gagner leur pain à la sueur de leur front, et qui n'ont ni l'aptitude ni le tems, ni l'instruction nécessaires pour apprendre.

L'Ecriture seule règle de notre foi! suffisamment claire et intelligible à tous les esprits! Nous lisons

cks, V. ?7. aux actes des Apôtres ce qui suit: *^ Philippe partit ^^ donc et il rencontra un eunuque Ethiopien qui " étoit venu à Jérusalem pour y adorer. Cétoit un *^ dts premiers officiers de Candace, reine d'Ethiopie, ^' et .sur-intendant de tous ses trésors. Il s'en retour- ^' noit assis sur son chariot. Il lisoit le Prophète '^ Isaïe. Alors l'Esprit dit à Philippe: Allez, ap- ^ prochez de ce chariot ; il y courut, et ayant ouï que " l'eunuque lisoit le prophète Isaïe^ il lui dit : Enten- ** dez-vous bien ce que vous lisez ? Comment le ** pourrois-je entendre, lui répondit-il, si quelqu'un *^ ne me r€xplique r'* Mettez aujourd'hui rEeritui^

£T LA REFORMATIOK £N GENERAL. 123

à la main de tous ceux qui savent lire^ et demandez Lettrtin. à la plupart : entendez-vous bien ce que vous lisez-là ? S'ils sont d'aussi bonne foi que Teunuque de Candace, ils vous répondront avec lui : comment le pourrionsnous entendre, si quelqu^un ne nous l'explique ?

L'Ecriture seule règle de notre foi ! suffisamment claire et intelligible à tous les esprits! Et d'oii vient donc que les sublimes Réformateurs, ceux-là même qui les premiers ont fait de TEcriture s=ule la règle de notre foi, n'ont jamais pu s'entendre sur le sens de cette même Ecriture ? D'où vient que Luther, Zwingle, Calvin et ceux qui en sont provenus, Ti'ont su de la vie s'accorder entre eux ? Je n'en finirois pas de sitôt si je voulois vous raconter tous leurs différends. En voici un exemple: *• Il est clair par l*Ecriture, dit Zwingle, ^^ que l'on ne reçoit dans le sacrement que du pain et " du vin." — ** Vous vous trompez, répond Calvin, il ** est clair par l'Ecriture, que le vrai corps et le vrai sang sont présents non au sacrement, mais à qui le reçoit dignement. Vous n'y entendez rien l'un et l'autre, s'écrie Luther, en s'avançant au milieu ^* d'eux, et vous êtes deux ânes. C'est du diable que " vous tenez cette doctrine. Il est clair par l'Ecriture, " ajoute t il d'un ton plus calme, qu'il faut accuser le ^* St. Esprit de mensonge, ou croire que le sacré corps ^* et le sacré sang de Jésus-Christ sont véritablement

et réellement présents au sacrement^ aussi bien \

qu'à celui qui le reçoit.'* Si l'Ecriture est si claire, si intelligible, d'oùviennent, je le répète, leurs disputes éternelles ? Et pourquoi la Réforme, en suivant un seul et même guide, s'est-elle dévoyée en des routes si diffé-

ce

134 W% L*é6USB ANGLICAKI/

Ut^Xll. rentes, (l) Vingt fois ils ont essayé de se rallier^ vingt fois ils ont tenté si quelque formule générale et bien dressée te concilieroit pas tous les partis : aucune n*a

Calv. epifit ad (i) « j| est de grande importance, écrîvoît Calvin à Melanch-

p. 145. ton, qu il ne passe aux siècles a venir aucun soupçon des di-

'' TÎJÎoits qui sont parmi nous. Car il est ridicule au-^elà de ce

' ^ qu'on peut imaginer, qa'après avoir rompu avec tout le monde»

nous nous acciordions si peu entre nous dès le commencemenl de

notre Réforme." Il parloit ici des disputes sur le sens de ce»

mots, ceci est mon corps.

Luther contre Luther disoit encore mieux sur le même sujet : " Si le monde

Zwinçleet

CEcolompade» '' doit subsister plus long-teins, je le déclare, avec toutes ces in- ** terprétatians diverses qu'on nous donne sur TEcriture, il ne nous ^* reste d'autre moyen de conserver l'unité de la foi, qu'en recevant '< les décrets des conciles, et eu nous réfugiant sous leur autorité.'^ Il avoit donc enÇn senti la nécessité de l'unité dans le Foi et Tim* possibilité de l'obtenir sans l'autorité suprême de l'Eglise ? S^roit^ il po.isible, qu'après 200 ans d'expérience de plus, les Protestants lie fussent pas encore frappés et convaincus de la justesse de sa rê* flcxiou ]

Etourdis pas la confusion d'idées qui régnoit chez eux, Melauchton et Chatillon déclaroicnt, le' premier 'Vqu'on savoit assez qui éviter» " mais non qui suivre." Le second *' qu'il doutoit fort si la vérité *' étoit ouf n'étoit pas de leur côté".

Pant les Eptt. *' M'ù\s les nôtres cntin, comment sont-ils, s'écrioit Duditius?

Tliéol. de Bèza « Dispersés, agités par tout vent de doctrine, emportés au large d'u»

P* lo*

'' côté et d'autre. Quel est aujourd'hui leur sentiment en Religion» vous pouvez peut-être l'apprendre ;• quel il sera demain, im|><;s» sible à deviner. En quoi s'accordent-ils, s'il vous plaSt, tous ceux, qui font ta guerre au Pontife Romain] Du premier au deroier, parcourez tous les articles ; vous ne verrez rien d'avancé par uti de nos docteurs, qu'aussitôt un autre ne se récrie à l'impiété.. .ils

*' se font un nouveau symbole tous les mois, meustruam iidem habent.'

ce

tt

Ceorç. Major •< Les Papistes nous objectent nos disseutions: j'avoue qu'on ne mr la coDfiw. . • , • .' 'i

4es do^e». '' sauroit assez les déplorer* J'avoue aussi que les simples en suut

JET LA &EF0RMAT10N EN GâN^RAL. 130

i les réconcilier encore. Pour faciliter le rapproche- ^^^^ '^^ ent si désiré, quelques-uns ont depuis imaginé de Duver du superflu dans TEvangile, de le réduire au ippte nécessaire, à des points fondamentaux, comme Jésus-Christ avoit enseigné des dogmes ou des pré« ^ptes inutiles, comme s'il n'avoit pas ordonné à ses g^i^^^^i^^g pôtres d'annoncer tout ce qu'il leur avoit prescrit, et ^' *®' 2 leur avoit pas dit que le St. Esprit les instruiroit de ' v^ge. ' ' »U8 les points : comme si St. Paul n*avoit point proisté à ceux de Milet et d'Ephèse, qu'il leur avoit an-' ^"^^^^ once toute la volonté de Dieu, sans leur en cacher uelque chose ; et que St. Jacques n'eût pas écrit : Quiconque ayant observé tout le reste de la loi, la ^^ ^^;£2£^ viole en un seul commandement, n'est pas moins sujet à la condamnation, que s'il les avoit tous tràns* greasés ?" Et même encore après toutes leurs res- ^ictions arbitraires, que dis-je ? après toutes leurs réuctiona sacrilèges, ils ne se sont pas mieux accordée M ce petit nombre de points fondamentaux. (1)

troublés, au poiot de ne plus savoir où est la vérité, et s'il re^te ftcore à Dieu une Eglise sur terre.''

" Rien ne décredité autant notre Evangile, que nos discordes in- Metanchtcooi . ' testines/' Theolog. p.349.

(l) '' Qui est-ce, dit un Calviniste, qui pourra décider, au con- Arnald. Poleasentémeiit de tous, quels «ont les dogmes nécessaires au salut, et v^?.* w^*^** ' qui y suffisent précisément! Je le prendrai pour un grand w*'^®^^'^;},'*?!* Prophète." Nicole, p. 35a.'

Ub autre auteur Calviniste, dans son livre sur la réunion du ^bristîaoisme^ avoit écrit : ** que d'autres qui sembloient avoir visé ^ à cette réconciliation générale, n'avoient pas assez distingué ce ■ * -

'* qui est fondamental de ce qui ne Test pas." L'auteur également ^aWiniste des remarques Bur cet ouvrage, çn fait une sur ce p^age^

126 nVR L*ÉC>L1S£ ANGLICANE 3

Lettreiir. Certes, la honte de leurs débats, de leurs divisions intestines devoit bien enfih leur ouvrir les yenx, et une %\ longue exp($rience les convaincre, que le principe dont ils sont partis, n*est propre qu'à donner de l'enflure aux éiudits, et mettre en jeu, en opposition les passions humaines. Ce n'est pas un aiguillon, mais le freif) qu'il faut aux savants, aux superbes. Ils n*ont pas moins besoin de guide que les simples, et la sagesse de notre Législateur éclate en cela, qu'elle les plie également sous le joug de la même autorité pour les contenir tous dans l'unité de la même doctrine.

Concluons donc, Monsieur, que l'Ecriture seule, loin d'être une règle de foi commune à tous les hommes, ne sauroit l'être pour aucune classe particulière des hommes : pas pour celle des savants qui ne s'en sont servi jusqu'ici que pour s'égarer entre eux dans deÈ contestations interminables sur plusieurs matières importantes : pas pour le grand nombre de personnes qui, avec la capacité de lire, n'ont pas celle de comprendre: pas pour la classe si générale des ignorants, des simples, hommes et femmes, à qui les lettres sont totalement inconnues. QuMl n'y ait point d'autre règle sous le ciel, et tous les docteurs du monde consumeront leurs jours en dissertations savantes, en querelles opiniâtres, infructueuses sur le sens des Ecritures ; et les gens d'une éducation ordinaire sortiront de la vie, sans avoir su à quoi s'en tenir sur ce qu'ils auront lu : et la

Nicole, prëju- ^"^ ''^ laisse pas d'être curieuse : " A quoi, dit-il, pense cet homme T

g^s légiMnies <* Croit-il qu'il soit si »isé de convenir de ce qui est fondamental ou contre les Cal- , ^ ^

vhiistety ibid. '* qui oe l'est pas ? N'est-ce pas jusqu'ici une diff! cuite insurmou* " tabU r

multitude des ignorants^ des simples^pour n*avoir pas su l^tm lU.

Iire,sera condamnée à ne jamaU connoîlre Jésus-Christ.

Mais non, ii n'en est pas ainsi : et ce malheur est bif n

plus à craindre pour les savants que pour les petits que

le oionde méprise, et que Jésus-Christ a préférés, à

cause de la droiture et de la simplicité de leur âme.

Il les a trop chéris, pour n'avoir pas voulu se mettre à

leur portée, et s'en faire connoître. " O mon Père, s'é- Matth. ch. n

** crioit-il dans une effusion de tendresse pour eux, LucJ'c^. lo,

" je vous rends grâces de ce que vous avez caché ces ^' ^^'

^^ choses aux savants, et de ce que vous les avez révé>

** lées aux petits."

Qu*i]n législateur, un fondateur d'empire ou de république, sans se mettre en peine de créer des magistrats, des tribunaux, livre le code de ses lois aux mains de ses peuples et leur dise : ^' Prenez, lisez, interprétez mes lois vous-mêmes : elles sont elaîres, intelligibles. Surtout, plus de procès, mais amour fraternel^ concorde^ unité parmi tous :" ne voilà-t-il pas une république bien ajustée r Et que va-t«il résulter de cette admirable et nouvelle ordonnance ? D'abord, les trois quarts ne sachant pas lire et n^ayant pas de tems à perdre pour gagner de quoi vivre, jetteront là le code ' sans se soucier de ce qu'il y a dedans. Les autres y liront tout ce que leur intérêt leur fera désirer d y trouver. D'après le texte commenté à volonté, nul n'aura tort, chacun sans contredit aura la loi de son côté. Ainsi plus de termes aux chicanes, disputes sans fin, haines implacablett, le feu au cœur, aux quatre coins de l'Empire. Enoncer simplement une pareille hypothèse, c'est déjà en avoir fait sauter aux yeux la folie. Qu'on la transporte, si Ton veut à un autre monde :

128 SUR L*éGLISE ANGLICANE,

Uttrtil^ elle ne va point au nôtre. Aussi ne fut- il jamais I gislateur qui n'instituât des magistrats avec une aut rite suprême; jamais fondateur d'empire qui n'en «^"t — aît le besoin essentiel pour interpréter les sens de la lo^cz)i, en faire l'application à tous les cas particuliers, poL^^nr maintenir la sûreté des biens et des personne^t, c^'est-i^ àdire pour décider en dernier ressort sur des obje -=— sts aussi frivoles, aussi passagers que leurs propriétairf"^=s, 8ur des intérêts de poussière et de boue: et Ton voi^^^droit que Jésus-Christ, lui qui connoit le cœur et s^ es replis, rhomme et ses petites passions, sa curiosité i^^quiète, sa manie pour la singularité, pour parottre à Jsl tête, se faire un nom, des créatures, des sectateur lui qui connoît Tignorance, l'incapacité de la molt tude, et qui pourtant a voulu réunir les uns avec I autres sous la même loi, et faire de tous les peuples d monde un seul peuple de frères ; on voudroit, dis-j que Jésus-Christ eût manqué d^une prévoyance ordi Bairc, dans TEglise, dont il est roi,- dans son plan d concorde universelle, où il s'agit des âmes qu*îl a m^ chetées de son sang, de leur bonheur dans cette vie et dans l'éternité. ( l )

Vos ancêtres ont débuté par dire : l'homme est sujet à l'erreur, et l'infaillibilité est l'appanage de Dieu seul* Jusques-là nous sommes d'accord, et quand nous attri'* buons cette prérogative aux Evêques réunis, nous sommes loin de la croire inhérente à leur nature, qui semble à la nôtre ; nous la déduisons du ciel et de promesse. Nous la prenons en grâce, en pur don qu

(1) " La piété est utile à tout, ayant les promesses de la "V^* *' présente et de la vie à venir." St. Paul, 1 à Tim. c. 4, v. 8.

Jësus-Christ a daigné leur faire pour notre utilité, Lettre lit afin que nous ne fussions plus des enfans abandonnés et flottants^ mais conduits par une main paternelle et ferme. Pour vous, qui ne voulez ni des promesses ni des dons de votre Sauveur, vous qui que vous soyez, réformateurs ou réformés, Luthériens ou Calvinistes, Anglicans ou Presbytériens, Méthodistes, Anabaptistes, ou Sociniens, vous qui avouez que la communion dont vous êtes membres, n'a?«pire point à ce privilège d*en haut, vous qui avouez qu'elle peut faillir et vous entraîner à l'erreur, comment pourriez-vous sans inquiétude continuer et achever avec elle votre pèlerinage? Comment ne pas craindre de donner tous ensemble dans des écarts pernicieux ? Comment marcher avec une conscience rassurée, quand, de votre aveu, vos pas ne le sont point? Votre communion entière pourroit s'égarer, dites-vous : elle n'est donc pas l'Eglise à qui Jésus^Christ a dit que les portes de l'enfer ne pré- Matth. cb. 16, vaudront jamais contre elle ? Votre communion pourroit s'égarer ; elle. n'est donc pas l'Eglise à qui Jésus- Christ donnoit cette admirable et consolante assurance: *' Voici, je suis avec vous jusqu'à la consommation du Matt. ch. 38,

" monder" Elle pourroit s'égarer; elle n'est donc

point l'Eglise à qui s'adresse cette promesse maj^nifi-

que de son divin fondateur : '^ Je vous enverrai l'Esprit st. Jean, eh.

•* de vérité, qui demeurera éternellement avec vous, ï6, r. 13.

*^ et qui vous instruira de toute vérité?" Elle

pourroit s'égarer ; elle n'est donc pas p Eglise du Dieu 1 à Tim. ch. 3,

vivant, la colonne et le soutien de la vérité ? Elle pour- Ep.aux Ephés.

. ■, -, . ^ ch.3, V.I3, U.

roit S égarer: ou sont donc ces Apôtres, ces pasteurs, ces docteurs qui par institution divine dirigeront toujours l'Eglise, la fixeront dans la foi^ afin qu'elle ne I TOM. !• K

130 SUR L£GLI»£ AîfGLrCANE,

Uttre )iK puisse jamais être emportée à tout vent de doctrine?* Avouea-le, Monsieur: voilà vos ancêtres, par leur propre principe, visiblement retranchés du corps de Jésus-Christ. Ils ont renoncé aux promesses, rejeté les dons qu'il a faits aux siens: ils n^en sont donc plus: il» ont cessé d'y appartenir : et vous voilà tous déclarés par vous-mêmes étrangers à son Eglise, dès que- vous l'êtes aux privilèges dont il lui a plu de la décorer.

Mais voici une autre conséquence du même principe qui pourra vous étonner, et qui, je l'avoue, m'a causé d€ la surprise, dès que je l'ai aperçue. Vous vous souvenez de tout ce que nous-avons dit ici et dans la lettre précédente sur l'autorité d'enseignement dans les gouverneurs, sur le devoir de la soumission dans les gouvernés, sur Ténormîté de l'hérésie et du schisme.

^ Eh bien! Monsieur, avec le beau principe de la Ré-

ferme, toute autorité disparoît dans les supérieur», toute obéissance dans les fidèles ; il n'y a plus d'hérésie, plus de schisme, ou si vous le voulez, l'hérésie, le schisme, que l'Ecriture et toute l'antiquité nous peignent comme les plus, noirs de tous les attentats, se trouvent désormais au rang des actions permises, toutes simples et fort innocentes. En effet, dès que vous ne reconnoissez d'autre règle de foi que l'Ecriture, et que vous laissez à tous les hommes le droit de l'interpréter d'après leurs propres lumières, je ne fais évidera^ment qu'user de mon droit, en adoptant l'interprétation qui me paroît la plus raisonnable. Elle vous semble extravagante! tant qu'ail vous plairai vous pensez ainsi, je ne m'y oppose point. Souffrez que comme vous j'use de mes droits. Mais vous heurtez de frowt la doctrine géuéraleroent reçue ! D'accord: que me fait

ET LA RéFORMATION EN GBNiRAL. ISl

à moi Topinion d'autrui ! ne toe parlez plus d'autorité: ï!^ttre I j'en suis affranchi. L'exemple n'est point ma règle. Ma raison est mon seul guide; et 'tant que je n^anrai pas de nouvelles lumières, sur telle et telle question, il faut que je m'en tienne à l'opinion que j'ai choisie. Mais direz-vous encore, ce choix même et la persévérance dans le choix^ constituent précisément l'hérésiei A la bonne heure : je serai donc hérétique, vous le serez aussi, quand il vous plaira; tous les autres de même, il n'y aura plus que des hérétiques au monde, parce que tous ayant également le droit de choisir, chacun choisira l'opinion qui lui semblera préférable.* Il y a plus, et si parmi toutes les sociétés chrétiennes qui' existent, je n'en trouve aucune de mon avis, je me fai» par le même droit une société à part: y vienne qui voudra ; si la fantaisie n'en prend à personne, je res^ lerai seul, et mon église sera toute où je suis, (l) •

J'ai peut-être l'air à vos yeux d'imaginer d'absurdes hypothèses, pour charger injustement la Réforme. Point du tout. Monsieur ; et si vous prenez la peine de remonter à sa naissance, ou de consulter les ouvrage» des plus célèbres latitudinaristes, (2) vous verrez que

(1) Je me rappelle d'avoir lu quelque part qu'un certain M. Johnson, Angiois, avoit dans sa maison, à Amsterdam, une Eglise composée de quatre individus, et que bientôt elle fut divisée et réduite à deux, attendu que le dit Johnson excommunia sou père et son frère, qui de leur côté l'excommunièrent aussi.

(2) Entr'autres Strimesius, Belgius et autres professeurs, tant de l'université de Francfort sur l'Oder, que de l'Académie de Dubburg au Duché de Clèves ; Jurieu et ses partisans eu Hollande, Cartwright, Chniingworth, Burnet, en Angleterre. Papin, long-tems attaché à leurs principes. Suit' par être effrayé de leurs conséquent

132r 8UR L£GLI&r£ ANGLICANE,

UttrallT*. jç ^g gyjj qu'historien. Les premiers Réformateurs et leurs émissaires détachés de toute part pour propager la doctrine, s^étoient flattés qu'en remplissant le inonde de leurs fougueuses déclamations contre la prétendue tyran-nîe du Pape et des Evêques, ils se substitueroient Uisensiblement à leur place, et s'attireroient tout ce qu'ils parviendroient à leur enlever de considération et d'autorité. L'illusion ne dura guères, et il ne leur fallut pas beaucoup attendre pour se convaincre où aboutissoient leurs belles expériences. Tous ceux qui avoient donné daus leurs idées, s'étoient mis à coibmepter les Ëerkuresy. à rechercher, comparer les passages, à raisonner sur l'ancien et le nouveau Testament. Car on a voit eu grand soin de leur en préparer des versions en différentes langues^ et chacune assaisonnée au goût du traducteur et suivant les opinions qu'il vouloit accréditer» (l) La manie des controverses

Lmter

ces^ Il vit qu*ii faudroit absolument ouvrir l'Eglise aux Socinieos, et même éteucire le salut hors de Jésus-Christ. Il s'arrêta aa bord de Fabtaie i et là» mesurant toute sa profondeur, et fixant ensuite ses regards sur la divhie et inévitable autorité de l'Eglise^ il hi reconnut» s'humilia devant elle et vint se rendre à Bossnet. vâortftur C^) I^^^^l^r fit une veision de l'Ecriture en langue vulgaire: le Leip^c. y Z^ingle, après l'avoir examinée» publia qu'elle corrompoit !a pardie l« mUto faus- de Dieu. Les Luthérieus dirent la même chose de la version de ^ Zwingle. Œcolampade el les théologiens de Basie firent une autre

version : mais» suivant le fameux Bèxe, elle est impie en plusieurs endroits : ceux de Basle en dirent autant de celle de Bèze. En eflfet» ajoute Dumoulin» autre savant Ministre» il y change le texte , de TEcriture ; et en pariant de celle de Calvin» il dit que Calvin

fiiit violence à la lettre è\angélique» qu*il a transposé et ajouté du »ieiu Les Ministres Geoevoki se crurent obligés de fiiire une ver-

£T LA RBFORMATION EV GÈnIbRAL. ISS

avoit donc gagné tous les états ; le courtisan et le nria- l-^twir gistrat, l'homme d*épée et Tbomme d'afiâires, les femmes elles-mêmes, surtout celles qui se pîquoîent de bel esprit et de savoir, tous se mêloient de th^ologi^. Le moine ennuyé de la cellule, jetoit là le froc, gagnoit le large, et s'en alloit en bon Protestant édifier le parti, et régenter les successeurs des Apôtres : le petit bourgeois tranchoit du docteur, le magister du village ne se croyoit pas moins habile que les nouveaux ministres. Ceux-ci eurent beau remontrer : on les laissa dire, bientôt on ne les écouta plus, nul n entendoit à obéir; tous réclamoient leurs droits, leur indépendance, et cette liberté des enfans de Dieu qu'on leur avoit si fort exaltée dès l'origiiïe. Ainsi les armes^ dont les ministres avoient renversé îautorité légitime de leurs supérieurs, furent tournées contra eux-mêmes. De la liberté on en êtoit "bientôt venu à la licence, à l'anarchie, chacun tirant de son côté, arrangeant l'Eglise à sa fantaisie, et se forgeant des dogmes à son gré. Rien ne tenoit, tout alloit en ruines. " L'auto- capitoii,coi ^* rite des ministres est entièrement abolie, tout se ftrasbqwrg* *^ perd, tout va en ruine. Il n'y a parmi nous aucune aml^FareuJ Eglise, pas même une seule oii il y ait de la discipline...Ie peuple nous dit hardiment : vous voulez faire les tyrans de l'Eglise qui est libre; ^* vous voulez établir une nouvelle Papauté." — " Dieu int Ep. Ci *^ me fait connoître ce que c'est qu'être Pasteur, et le ^'^'

s'ion exacte, mais Jacques I, Roi d'Angleterre, déclara au colloque de Hamptoncourt, que de toutes les versions, c'étoit la plus mé- ^iidiile et la pli^s infidèle.

134 SUR l'eguse anglicane^

ï-cttrcnL (c JQJ.J qyg nous avons fait à l'Eglise par le juge- ** ment précipité et la véhémence inconsidérée qu" " nous a fait rejeter le Pape. Car le peuple accou ^' .tumé et comme nourri à la licence, a rejeté tout-à

** fait le frein ils nous crient: je sais assez TEvan-

^^ gile ; qu'ai-je besoin de votre secours pour trouvei *^ Jêsus-Christ ? Allez prêcher ceux qui veulent vouî *^ entendre." Bucer, collègue de Capiton à Strasbourg faisoit les mêmes aveux en 1549, ^^ ajoutoit qu'or n*avoit rien tant recherché, en embrassant la Réforme. |bid. p. 509, ** que le plaisir d'y vivre à sa fantaisie." Mycon, successeur d'Œcolampade dans le ministère de Basie^ ibid.p. 53. fait entendre les mêmes plaintes : " Les laïques, dit- ^^ il, s'attribuent tout, et le magistrat s*est fait Pape.*' £t ce paisible et malheureux Mélanchton, qui passa la moitié de sa vie à pleurer le parti où il s'étoit engagé^ et mourut sans avoir eu la force de Tabandonnen Lib. 2,ep.202 u L*Elbe, écrivoit-il confidemment à un ami, l'Elbe

avec tous ses flots n'a pu me fournir assez d'eau pour pleurer les malheurs de la Réforme divisée." — Vous voyez les emportemens de la multitude et ses aveugles désirs," écrivoit-il encore à son ami Camerarius.

Tant d'excès et d'attentats qui se commettoient journellement dans la Réforme, ouvrirent enfin les yeux aux chefs sur les principes qu'ils avoient d'abord mis en avant, et leur firent comprendre qu'il falloit changer de méthode et de langage. Aveugles 1 de n'jivoir pas connu plutôt que pour détruire il n'est besoin que d'enthousiasme et d'ivresse, à quoi la multitude est si malheureusement portée ; mais qu'on ne sait plus quand on voudroit reconstruire, par où rame?

£T LA KEPORMATION £N GÊNëRAL. 135

ner à Tordre et à la subordination des esprits une fois Lettre gn infatués de leur indépendance religieuse! Quoiqu'il en soit, les réformateurs y employèrent les ressources de leur esprit, le crédit qu'ils a voient chez lies Princes, et Ie^peu d'empire qu'ils retenoient encore sur les peuples. Voyez avec quelle ardeur s'y portoit ce pauvre Mélanchton: '^ Plût à Dieu, plût à Dieu, disoit-.il^Liv.3,ep. ^ R^^ j^ puisse non point confirmer la domination des' *^ JËIvêques, mais en rétablir l'administration 1 Car ^* je vois ({uelle Eglise nous allons avoir, si nou« ren- '^ versons la police ecclésiastique. Je vois que la ^^ tyrannie sera plus insupportable que -jamais. . .1 . *' Quel sera l'état de l'Eglise, poursuit-il, «i nous ^^ changeons toutes les coutuoles anciennesi, ^t qu'il *^ n'y ait fdus de prélats et de conducteurs certains ?'*

**. Nos gens me, blâment de ce que je rends la'juri- Liv.i,cp. *^ diction aux Evêques. Le peuple accoutumé à la Luthen-* ** liberté, après avoir une fois secoué ce joug, ne le ^ veut plus recevoir, et les villes de TEtnjjîre sont ^ celles qui haïssent le plus cette domination. Elles ne se mettent point en peine de la doctrine et de la religion, mais seulement de l'empire et de la liberté.*' A quelque tems de là, il paroît que les ministres et ^^ principaux personnages du parti étoient revenus ^ Son avis ; car au lieu de dire : nos gens me blâment, " dit à présent : ^' Nos gens demeurent d'accord que Resp.ad'R la police ecclésiastique, où on reconnoît les Evêques Supérieurs de plusieurs Eglises, et î'Evêque de Home supérieur à tous les Evêques, est permise. Il a été aussi permis aux rois de dqnner des revenus aux Eglises : ainsi il n'y a point de contestation sur la supériorité du Pape et sur Tautorité des Evêques;

ce

(( it

136 SUR L*£GLIS£ ANGLICANE.

Lettre III. ^^ et tant le Pape que les Evêques peuvent aisément " conserver cette autorité. Car il faut à TEglise des ^* conducteurs pour maintenir l'ordre, pour avoir l'œil sur ceux qui sont appelés au ministère ecclésiastique, et sur la doctrine des Prêtres, et pour exercer les jugemens ecclésiastiques : de sorte que s'il n'y avoit point de tels Evêques, il en faudroit faire. La monarchie du Pape serviroit aussi beaucoup à conserver entre plusieurs nations le consentement ^^ dans la doctrine. Ainsi on s'accorderoit facilement '^ sur la supériorité du Pape, si on étoit d'accord sur *^ tout le reste, et les Rois pourroient eux-mêmes *^ aisément modérer les entreprises du Pape sur le ^* temporel de leurs royaumes." Que de réflexions ce passage et bien d'autres du même ton, que je pourrois ajouter, ne font-ils pas naître sur la force irrésistible de l'expérience et de la vérité, qui oblige enfin à reconnoître le3 principes qu'on avoit soi-même renversés ? Ce n'est pas Mélanchton seul qui pensoit alors ainsi. Vous aurez remarqué cette déclaration : *^ Nos gens demeurent d'accord." Dans la Confession d'Augsbourg, on avoit déjà fait sonner assez haut l'autorité de l'Eglise, le consentement de l'ancienne Bglise, de l'Eglise Catholique, et même l'enseignement de l'Eglise Romaine. Je vous en ai rapporté les passages précédemment, Quant aux Calvinistes^, sans retracer ici cette multitude de professions de foi, de synodes, dont le but est évidemment d'instruire et de retenir les esprits par la voie d'autorité, je noterai quelques sentences du Synode de Delpht, parce qu'on y a imité de plus près le langage de l'Eglise Catholique et presqu'adopté la mêrpe dpctrinet

Les Remonsrtrants avoient avancé que le Synode ^-*^" '*^ dont on les menaçoit, ne seroit pas infaillible comme les Apôtres. 11 n'étoit pas facile à des Calvinistes de le v>ier ouvertement : ceux du Synode de Delpht ne *^"' laissèrent pas de leur répondre en ces mots : ** Jésus-^ " Christ, qui a promi» aux Apôtres l'esprit de vérité, *^ dont les lumières les conduiroient en toute vérité " a aussi promis à son Eglise d'être avec elle jusqu'à ^^ la fin des siècles^ et de se trouver au milieu de deux "ou troifj qui s'assembleroiçnt en son nom ;" d'où ils concluoient peu après, " que lorsqu'il s'assembleroit de plusieurs pays des pasteurs pour décider, selon la parole de Dieu, ce qu'il faudroit enseigner dans les Eglises, il fa 11 oit avec une ferme confiance se persuader que Jésus-Christ seroit avec eux selon sa promesse." Or ce Synode provincial (ce qu'il faut remarquer) fut ensuite lu, approuvé au Synode national de Dordrecht, appelé dans tout le parti le Synode presqu'Œcuménique, parce qu'en effet il s'y trouva des députés d'Angleterre, d*Ecosse, du Palatinat, de la Hesse, des Suisses, de Genève, de Bremen, d'Emden,en un mot de tout le corps de la Réforme non uni aux Luthériens, à l'exception des François, que des raisons d'état en tinrent éloignés, mais qui l'approuvèrent ensuite. Nous voyons ici le Calvi-r • nisme entier revenu à son tour aux principes d'autorité, comme auparavant le Luthéranisme dans la confession d'Augsbourg.

Les docteurs particuliers qui sont venus depuis, et qui ont montré plus de savoir et de modération dans l'un et l'autre parti, ont adopté les mêmes principes et tenq à peu près le même langage. Je ii'en excepte

138 SUR L*EOLI8B ANGUCAKE5

i-tltr? M. pas même tout-à-fait M. Jurieu, que je pourrais vous ^ citer^ s'il ne valoit mieux vous faire connoitre un personnage plus grave, plus solidement instruit^ l'Abbé de Lokkum, M. Molanus, l'ami et collaborateur de Leibnitz dans le projet de conciliation conduit assez longtems entre eux et M. Bossuet^ mais malheureusement échoué. M. Molanus assigne pour troisième règle de la foi : " l'inteq^rétation de TEcriture adoptée d'un consentement commun on autorisée par la pratique

de l'Eglise ancienne et moderne ou qui sera

approuvévpar un concile Œucuménique tenu lëgi- ** timement et librement. Tous les Chrétiens sont ** d'accord^ dit-il, suf les points suivants: 1°. Que tels *' ou tels conciles ne sont point par eux-mêmes et tou- ^^ jours nécessaires, mais seulement à cause de cer- ^^ laines circonstances, comme quand on ne peut au- ** trement apaiser les troubles de T Eglise."

" 3°. On est d'accord que l'interprétation de l'Ecriture donnée par le concile doit être préférée, ^ moins extérieurement, à celle de tout particulier, c'est pour cela que la Confession d'Augsbourg déclare qu'un concile général est le moyen final pratiqué par l'antiquijté pour procurer la paix de •^ TEglise, et demande qu'on l'emploie. Le Synode ** de Dordrecht, tous les conciles tenus dans les deux " partis, et même celui ^ies Apôtres, confirment la ^* même chose. Enfin on en trouve encore une con- *^ firmation bien précise dans les actes du Synbde de Charenton, oh il est dit que s'il étoit permis à tous et à chacun de s'en tenir à des interprétations parti- *^ entières, il y auroit autant de Religions que de " paroisses. 3^. On est encore d'accord que les con-

ce

£T IA RBFORMATION EN OSNERAL. 139

*^ cîles Œcuméniques, (l) ont très-souvent erré» et f-^ttreiu. que quand on leur attribue l'assistance du St. Esprit, ou cetteinfaillibilitë à laquelle tous les chrétiens doivent une sonniissîon intérieure, on n'a jamais prétendu que l'infaillibilité leur appartient, précisément " parce qu'ils sont conciles, mais à cause du consente^ *^ ment subséquent de la plus grande partie de l'Eglise, *^ à laquelle l'assistance du St. Esprit est promise." Et dans la nouvelle explication de sa méthode, il dit : '^ Si l'Eglise avoit décidé dans un concile indubita^ ibid.p.332. *^ blâment Œcuménique, tels que le sont, de l'aveu de tous les partis, le premier de Nicée, les trois de Constantinople, celui de Calcédoine, et celui d'Ephèse, le contraire de ce que prétendent \es Protestants^ il n'est pas douteux que cette décision ne dût l'empor- ^^ ter." Voilà donc, suivant le savant Abbé et suivant M. Leibnitz, puisqu'ils travailloient ensemble, l'autorité de l'Eglise remise en honneur: d'après eux et les actes deCharenton, il n'est permis à personne de préférer ses interprétations particulières, parce qu'autrement il y auroit autant de religions que de paroisses : le concile Œcuménique devroit l'emporter sur tout : l'infaillibilité est attachée à la plus grande partie de l'Eglise, parce que l'assistance du St. Esprit lui a été promise. En exigeons-nous davantage r Et en demandions-nous plus au tems de Luther et de Calvin? Qui ne se senti roit profondément ému de pitié, en

te

ce

(1) Je ne sais qui peut accorder que des conciles Œcuméniques aient erré: ce ne peut pas être certainement M. Moianus^ qui nou» enseigne le contraire dans ce même passage.

uttM m. voyant le schisme funeste^ qui s'est opéré à force de décrier une autorité à laquelle on devoit un jour revenir ? O aveuglement, illusion de Thomme ! ô misère de vos coupables réformateurs et de leur nombreuse descendance !

Mais c'est trop vous retenir en pays étranger : je me hâte de vous ramener à vos compatriotes. Dès que TAngleterre, à qui la gloire est due peut-être de mieux entendre ses intérêts temporels, de posséder mieux l'art de gouverner^ eut pris la fatale résolution de légaliser le schisme et de se créer une constitution religieuse, elle sentit la nécessité d'investir sa nouvelle Eglise de toute la force et de toute la puissance nationale. Un des premiers soins du Parlement fut de porter une loi pour établir l'uniformité du culte. La suprême Gouvernante se conduisit sur le même plan. Elle n'eut pas plutôt substitué ses Evêques à ceux de l'ancienne Eglise, qu'elle leur fit savoir qu'ils eussent à s'assembler et à tracer une formule de foi qui servit de base à la croyance commune de ses sujets. Ils s'assemblèrent en effet en 1562^ et dressèrent les 39 articles qui reçurent ensuite l'approbation de la Gouvernante et la sanction légale du Parlement. Mais que poùvoit la Gouvernante, que pouvoit le Parlement sur les esprits^ après avoir instruit les peuples à mépriser la sainte autorité que Jésus-Christ avoit donnée à son Eglise ^ Que prétendoient surtout les nouveaux lords spirituels dans leur vingtième article ? De quel front y réclamoient-ils pour eux le droit déjuger les controverses, de décider les matières de la foi, de forcer l'obéissance à leurs décisions par toutes les censures spirituelles^ eux qui naguères s'étoient Fait gloire d'abju^

Ter Tautorité de TEglise universelle^ et venoient d^afli- leitm ik cher si indignement Tinsubordination contre leurs su* périeurs légitimes ? D*oîi leur venoit aujourd'hui cette haute idée de la dignité épiscopale et cette attribution depouvoirs, si déplacée sans doute dans leurs propres personnes, et pourtant au fond très-chrétienne r II est donc certaines vérités fortes, dont les hommes se trouvent pénétrés et comme empreignes, quoiqu'ils en aîenf:^ auxquelles ils sont contraints, quand leurs intérêts 66 taisent, de rendre hommage : ils posent alors en tliéorie les principes, comme s'ils ne se souvenoient d^jà. plus de les avoir combattus la veille par leurs actions. Au reste, tout ce que ceux-ci gagnèrent, fut de donner un éclat plus scandaleux à la contradiction qu'on leur reprocha entre leur doctrine actuelle et leur conc3uite publique. "Qui êtes-vous, leur disoit-on, " d'où venez- vous? Hier on ne vous connoissoit pas. XDe qui occupez-vous la place ? De vos maîtres dans la ÏVDi, de vos supérieurs à qui le droit d'y siéger appart.ient encore, à moins que la force seule ne le fasse J^erdre.^ Vous avez méconnu l'autorité en eux, et \^ou8 voudriez la faire reconnoître en vous ? Mais eux ^u moins ils latenoientde l'Eglise universelle, avec laquelle ils étoient en communion ; ils faisoient par- '^ie de la descendance et de la chaîne apostolique : annais vous, en rompant la communion, n'avez-vous jpas rompu la chaîne r N'êtes-vous pas sorti de la ligne ? Intrus sur ces sièges antiques, vous y commencez votre origine. Vous n'avez d'être, vous ii*avez de pouvoir que par la Gouvernante: vous êtes ses créatures, comme elle-même l'est du Parle- " ment : votre autorité Vous vient d'elle, la sienne de

14!l SUR L EGLISE ANGLICANE,

Vttttêin. " lui. Faites ensemble, tant qu'il vous plaira, defl " r^lemens de ppiice, entre vous et les vôtre?», à la: •* bonne heure. Mais ne prétendez pas subjuguer nos opinions: elles sont libres, vons le savez, vous nous l'avez appris, et sans cela vous ne seriez point où " vous êtes,** La contestation a continué depuis et dure encore entre les partisans de l'Eglise établie et les sectes nombreuses qui n'en veulent p?s. Les premiers, d*accord avec l'institution du divin législateur, jugent avec raison que sans autorité rien n'est uni dans l'Eglise : les autres, d'accord avec le principe de la Réforme, et beaucoup plus conséquents, jugent que s'il faut se rendre à l'autorité spirituelle, il n'étoit nul besoin de commencer par s'en affranchir, et qu*à tout prendre^ il valoit mieux s'en tenir à celle qui tiroit son origine de Dieu même. 11 est certain que la doctrine du vingtième article est insoutenable dans le principe de la Réforme, en Angleterre, ainsi que sur le Contiment. (1) Il n'y avoit d'autre moyen de la rétablir qu'en revenant au principe catholique. II eût fallu que les premiers réformateurs,instruits par l'expérience, eussent franchement avoué leurs torts, déclaré hautement qu'ils s'étoient égarés et qu'il ne pou voit y avoir d'ordre, d'unité, de salut à espérer, qu'à l'ombre d'une autorité infaillible. Un aveu de cette vigueur eût été trop héroïque pour l'attendre de ceux-là-méme

(1) Voyez, entre autres. Lord Soramer's Tracts, vol. 2, p. 460, où TOUS trouverez un écrit anonyme dont rautour s'exprime d'une manière forte et virulente contre le vingtième article, et contre r£vëque Sparrow^ éditeur des 39 articles et des canons.

qu i avoient levé l'étendart de la révolte. Mais vous UttiwilÂ

qoi venez de si loin après eux ; vous qui, sans partager

leur agression, partagez leur égarement et les suites

fi:tnestes dont ils ont été les premiers témoins, et quHls

ont tant déplorée sur la fin de leur carrière, qui vot»

empêche de vous rendre à la clarté des preuves^ à la

force de la vérité, à la leçon de l'expérience ? Ne per-

<le^2 jamais de vue le jour où la Réforme prit naissance

d^ns votre patrie et ailleurs, et dites : FËglise et son

atJitorité étojt alors comme avant, comme aujourd'hui,

comme toujours^ consolidée sur les promesses de Jésua-^

Ohrist: ce fondement n'est pas moins inébranlable que

c«lui de l'univers, puisque le doigt de Dieu les soutient

également l'un et l'autre, et leur assure la même durée.

" Oui Monsieur, me direz -vous : je vois avec vous et

aATccnos Réformateurs les maux qui sont sortis de leurs

pirîncipes. Je reconnois malgré moi que les hommes

ont abusé pour leur perte des droits qu'on leur avoit

d* abord attribués : je suis frappé d'ailleurs de ce que

v-ous m*ave2 dit en faveur de l'infaillibilité de l'f^lise:

s preuves m'embarrassent, je ne saià qu'y répondre.

outefois. Monsieur, pardonnez ma franchise : je suif

A^nglois : j'aime, j'adore la liberté. Vos principes

d* autorité la détruisent : ils ne sont propres qu'à faire

d^s esclaves et je nesaurois le devenir."

Je m'attendois à ce dernier retranchement de votre côté. Monsieur ; je cannois les sentimens de vos compatriotes et leurs idées de liberté, qu'ils portent jusque dans le sanctuaire. Je nie souviens même que pen- <Jant mon séjour à Londres, un de vos Evêques (te Dr, Hoarseley, si ma mémoire a bien retenu son nom) publia un écrit où il poussoit à outrance cette objec<^

144 SUR L*iGLISE ANGLICANE^

itreiii. tJon contre les principes catholiques. J*ai lu dansi

tems cet écrit, dirai-je avec scandale? c'est trop peu^ avec indignation. Comment, me disoîs-je à moi même, comment un homme, doué dé raison et d beaucoup d'esprit, se va-t-il imaginer qu'on fesse de lui un esclave, parce qu'on lui propose de soumettre son opinion particulière au jugement uniforme de tous les Evêques de la terre ? Là liberté, selon lui, seroit donc pour chaque individu de se préférer, soi seul à la plus haute autorité du monde ? Mais n'est-ce point là plutôt le comble de lorgueil, le dernier terme de l'extravagance? " Ne se point soumettre à une pa- " reille autorité, seroit le comble de l'impiété et de *^ la plus aveugle arrogance.... quelle preuve plus ma-

" nifeste de notre ingratitude envers Dieu, que de ** mettre notre gloire et nos efforts à combattre une ^* autorité, qu'il créa pour nous être en aide et en " assistance V" ( 1 )

Eh ! quoi. Monsieur, parce que sur le seul fait de» dogmes révélés, on exige que vous suiviez la décision de l'antiquité, de tous les conciles, universellement adoptés, vous allez vous regarder comme dégradé de votre liberté, comme traité en esclave? Etoit-on esclave en Italie, en Allemagne, en France, en Espagne, en Angleterre, où fleurissoient tant de «élébres universités, où tant de grands homnies ont paru dans tous les genres ? Et pour n'en citer ici qu'un seul, mais le premier de tous, Bossuet, à votre sens, étoit-il un esclave, lui dont le vaste génie a embrassé tant de

(I) St.Aug. à son ami Hoooratus, sur Tutilité de croire à TEgli^e^

ST LA RBFORMATION EN GéNÉRAU 145

sciences et les a traitées en maître î Lui dont l'élo* Lt^^»"« i v. quence inimitable et souveraine a terrassé les'ennemis qu'il a combattus, fait tant de conquêtes à la vérité, érigé tant de trophées immortels à la Religion ? Mais direz* vous pour les dogmes au moins, Bossuet n*étoit qu'esclave, puisqu'il enseigne si fortement lui-même que, quand TEglise a parlé, il ne reste plus qu*à croire

et se taire.

Un naoment. Monsieur, je vous prie. J'ai peutêtre quelque chose à vous dire qui vous fera 'rougir salutairement de votre idée et la repoussera pour jamais de votre esprit. Répondez-moi, s*il vous plaît r Si JTésus-Christ reparoissoit sûr la terre, ou plutôt si vous aviez eu le bonheur de l'y contempler, d'entendre sa prédication^ lui auriez-vous refusé l'obéissance r Vous seriez-vous tenu pour esclave parce qu'il vous auroit commandé de croire à sa parole ? Vous vous taisez ! Eh bien î l'autorité sous laquelle il s'agit de vous plier aujourd'hui, c'est la sienne encore. Ce n'est point à ^ la voix de Thomme que vous obéissez, en écoutant i'Ëglise; c'est à celle de Jésus-Christ : il a parlé par ses Apôlres : toute la chrétienrieté en convient. 11 a parlé par leurs successeurs ; et, jusqu'au cinquième ftiècle^ les Protestants même en tombent d'accord. Il a continué de parler et il parlera jusqu'à la fin du inonde par leur organe, cela est démontré : lui-même l*a dit, l'a promis, Ta souvent assuré: vous en avez entendu les preuves^ Laissez donc là vos idées rampantes de servitude, et sentez-vous plutôt ennobli sous Un joug que votre divin Rédempteur a placé de sa QiaiQ sur vous, et sans exception sur l'universalité du genre humain.

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