‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 13 sur 37 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Lettre IV. En même tems que les Réformateurs aflfèctoient pour l'Ecriture Sainte unedéférenee absolue, une soumission exclusive, ils réunissoient toute leur haine et toutes leurs attaques contre l'infaillibilité de l'Eglise. Cette disposition ne doit point vous surprendre, Monsieur, et vous en pénétrerez aisément le motif. On redoute avec raison un juge impartial, inflexible, dont on ne sauroit éviter Toeil toujours ouvert, et la sentence îrréformable : on n'en impose point à un tribunal suprême, dont l'office est de maintenir la loi dans son intégrité, "d'y rappeler ceux qui s'en écarteroient, de l'expliquer à ceux qui l'entendroient mal, de redresser toutes les erreurs, en donnant au texte sa juste et vraie signification: à un tribunal, armé d'ailleurs d'une autorité sacrée pour condamner et proscrire les réfractaires et les contumaces. Le moyen d'échapper à sa condamnation^ à* ses anathèmes, étoit de lui contester ses titres de création divifie, et d'anéantir, s'il avoit été possible, sa juridiction. Les auteurs de laJRéforme virent bien qu'ils n'avoient point d'autre parti à pren- . dre: ils le prirent, et y employèrent tous leurs efforts: ils se flattèrent d'y réussir, en substituant au jugement des Evêques l'autorité de la parole de Dieu, si relim gieus,ement révérée par tous les fidèles, si imposante à

£T LA ItéFOMf ATIOK EK oéNJÈRAL. 1 47

^les oreilles chrétiennes: et comme ils se réservoient .l*tt»iiy. le droit de l'interpréter, il ne leur restoit plus rien à oraindre en appelant de l'Eglise à rEcriture, c'est-à^ire^ à une lettre insensible et passive, qui se prête plus commodément à ce qu'on veut lui faire signifier, qui reçoit des interprétations diverses, et ne réclame point, parce qu'elle est muette-; qui souffre des violences, se laisse mettre à la torture, et ne se plaint point, parce qu'elle est morte. Ils établirent donc pour maxime première, que le juge de la foi étoit, non l'EgJise, mais rEcriture Sainte. Je viens d'examiner avec vous ce principe ; et si les raisonnemens que j'avois à lui opposer ne se sont pas trop afToiblis sous ma plume, ^ous avez dû conclure, ce me semble, qu'il étoit abso-* lument insoutenable en lui-même et dans ses conséquences.

Pour seconde maxime, ils enseignèrent que l'esseti-' tiel de la religion étoit dans i'Ecriture, et effective-» ment, si elle étoit la seule règle de foi, la foi s'y <levroit trouver toute entière. La conséquence est logique; mais non moins fausse en elle même que son principe. Nouis allons le prouver bientôt.

Mais d'abord l'Un et l'autre servent ici à nous faire juger combien peu les premiers siècles étoietit alors connus. Les Réformateurs ne .cessoient d'en vanter avec raison la pureté: iU vouloient, dispient-ils, faire revivre cet âge d'or du Christianisme; et le monde renouvelé âlloit voir renaître la primitive Eglise, qu'on opposoit toujours à l'Eglise Romain^. Ils supposoient donc ces trois 'choses : 1^. que l'antiquité n'avoit eu d'autre règle de foi que les livres saints : 2®. qu'elle n'avoit cru et pratiqué que les dogmes et les préceptes

14ft SUR L'BGUSli AMGUCAKXf

UKttt IV. qui s'y trouvent : 3^. que ceux qui ne s'y trouvent pas, avoient été ajoutés à la iioiplicité de la foi et du culte, dans les tems qu^ils appeloient d^ignorance et de corruption ; d*oii ils concluoient qu*en retranchant ces additions superflues, disoient-ils, superstitieuses, ido^ Ifitres ; et en suivant la règle qu'ils supposoient celle de Tantiquîté, (l) ils se rencontreroient infailliblement avec elle, et rameneroîent ainsi TEglise à sa pureté primitive. Tel fut le beau rêve qu'ils débitèrent à leur apparition dans le monde, de bonne foi, si Ton veut ; mais plus sûrement par Tignorance où Ton étoit alors sur les premiers siècles. Car vous avez déjà vu, touchant le premier point. Monsieur, que Tantiquité

Histoire de la (i) £n 1528, à la dispute de Berne, où se trouvoieat Zwiogle, Suisse, par Ru- Pellican, Bullioger, Œcolampade, Capitoo et Bucer, la seconde

deblfi^SSïî ^«* ** ^**^^^« P®^^ de Christ ne fait point d'ordon-

à lAuzào. t. 9, *• nancei et de lois sans la parole de Dieu.^ Et il ne s'agittoit là

Genève. 1797. ^l'^^ ^^ loîs qui regardent le salut et obligent la conscience, d'après

l'explication donnée à la thèse par Kolb, au nom des Réformés. —

Id. p. 9S. -Bucer répliquant à un Catholique assura f qu'on avoit déjà prouvé

** que la vraie Eglise ne fiiit ancien règlement qui ne soit clairement

I " fondé en l'Ecriture."

Id. tome 6. En 1S3Ô>, à la dispute de Lauzanne, Virel dit: ** qu'i) ne suffit de

p.S4,35. ,, dire, je l'ai trouvé écrit (dans les Pères), mais qu'il faut s'en

" tenir à l'Ecriture ; et c*€tt ee que faii t Eglise du SeigneurJ* —

Apolog. eh. 1 '* ^^ Stitiita Pères, assuroit Jewel au nom de l'Eglise Anglicane.

No. 15. u ii'onf- jamais combattu les hérétiques que par les armes de l'Ecri-

Id. ch. €, '* ture." — ** Aussi, témoigne-t-il plus bas, lorsque nous avous désiré

lo, 17. tt feudre TEglise à son intégrité et piireté primitive, nous n'avons

/ pas cherché à bâtir sur d'autre fondement que celui posé par les

** Apôtres et Jésus-Christ: après l'avoir entendu-lui-nième nous

>** adressant ancpre la parole, après avoir considéré l'exemple de la ' •^ primitive Eglise, nous mYOns procédé, etc.''

ET LA RBFOmMAnOM ÈV aBNiHAL. 149

^1 posé la règle de foi dans renseignement des Evêques, Lettre n «élon Tordre de Jésus-Christ, et l'instruction des apôtres : sur le troisième^ vous verrez clairement dans la suite de cet examen que les articles^ traités d'addi* -tîons postérieures, appartiennent aux tems primitift : «ur le second, vous allez voir que loin de penser que les dc^oies et les précepties furent exclusivement con* t:enus dans l'Ecriture, Tantiquité nous apprend, d*aprètt l^EK^riture même, que- plusieurs articles nous sool ^enus des Apôtres par une tradition purement orales».

Le clergé d'Elisabeth, d*accord avec les novateurs du ^**»«*«^ C]!ontinent et comme eux en opposition avec les livres saints et Tantiquité, déclara ddinc '^que la Sainte Ecri- ^* ture contient toutes les choses nécessaires au salut; ^' et qu*ainsi on ne peut obliger personne à croire ^^ comme un article de foi, ou à regarder comme une *^ chose nécessaire au* salut, ce qui n'y est pas lu, ou ^* ne peut se prouver par elle.** Mais sans aller plus Joi'n, montrez nou» donc, Milords, la validité de votre loaptême par TEcriture seule? — Jésus*-Christ y ordonne <je le conférer, non en versant de Feau sur la tête des <?royans, mais en les plongeant eux-mêmes dans Teau* lL.e mot tiiirri^suj^ dont se servent les Evangélistes, emporte rigoureusement cette signification, ainsi qu*ea <ronviennent les savants, et à leur tête CasauboD, de t:ous les Calvinistes le plus versé dans la langue grecque* OMe baptême par immersion a cessé depuis plusieurs . siècles, et vous ne Tavez reçu comme nous que par infusion : c'en ^eroit donc fait de votre baptême si vous n'en établissiez la validité sur la Tradition et la pratique <ie VEglise. Et encore: nous voyons par TEcriture <iue Jésus-Christ chargea ses Apôtres et leurs succès*

r IV

15D SUR LEOLISK ASGLICASE,

8e.urs. de prêcher^ de baptiser: mais nous ne lisons nulle part qu'il ait cpmmuniqué ce droit à des hérétiques^ qu'il traitoit de payens. Cela posé^ je vous le demande: de qui avez- vous reçu le baptême? !N'est*ce pas de TEgli^e Romaine? Et que pensez-vous d*eUe ? Ne la tenez-vous pas pour hérétique, et même pour idolâtre? Vous ne sauriez donc, aux termes de l'Ecriture, prouver, la validité de votre baptême; et pour en fournir la preuve,^ vous êtes forcés de la chercher avec le Pape Etienne, avec les Conciles d'Arles et de Nicée, dans la Tradition Apostolique.

Vous reconnoissez avec nous le préceptie de sanctifier te Dimanche ; et d'après le soin dont vous l'inculque^ à vos peuples, d'après les sages réglemens de police qui concourent avec vos instructions à l'affermir dans les esprits, (l) je ne puis douter que vous ne regardiez ce précepte comme nécessaire au salut. Cependant^ il ^Cl

(1) Je dois le publier à la gloire du gouveruement Anglois^ t\ à la honte des Etats Catholiques : le Dimanche est observé en Ai gleterre avec une régularité extérieure, dont nous sommes malheu^^^KiiireusenicDl bi^ n éloignés. Dans ce jour, spécialement consacré à^^ ^ Dieu, les lois et les mœurs de la nation ne souffrent point d'asseni — mMiv blées publiques, hors des Eglises et des Temples : point de bals^^-Hs de redoutas, de masquerades, point de Ranelagb, de Wauxhail : lea^ -^ *^ théâttcs sont fermés, les spectacles interdits. A Londres, dont la» ^ ^ commerce est si prodigieux, les voitures publiques restent en reppS; ^'^^ le cours des lettres est suspendu, la poste ne les rej^oit pas, qiioi-E^=^^ qu'il soit permis à celles parties la veille de faire route à leur de»^^ -^ tination: dans tout le Royauuip, ces charriots du négoce s'arrêtent sur les grandes routes. Je ne sais si un acte passé le Dimanche ne seroiî pas annullé par sa date seule. Ce qui est sûr, c'est que la justice civil» E ^^*^ est contrainte d'oublier ses poursuites, et laisse au débiteur le droî^^^'^^ de paroitre librement au jour du Seigneur. Eu ce jour encore, IC

Parlement est clos, malgré l'urgence des affaires, et je l'ai toujour m^^oi

saut Tavouer^ l'Ecriture se tait absolument sur ce pré- 1«*<>^1^ :epte : on y voit partout le Sabbat, le Dimanche nulle >art. Et vous voilà pour une troisième fois obligés en natière essentielle de vous appuyer avec nous sur la Tradition, qui nous montre de tems immémorial le 3i manche substitué au Sabbat, pour célébrer en un nênie jour les deux grands prodiges de TEre ancienne 't moderne^ l'univers sorti du néant, et Jésus-Christ du ombeau.

Pour écarter la Tradition, vous nous enseignez^ llilords^ que TEcriture a tout ce qu'il faul au salut* Enseignement étrange et bisarre ! Je ne saurois m*em- Décher de le marquer, lorsque très- positivement vous Ites redevables des Ecritures à la Tradition, que vous .^s tenez de sa main, et que sans elle vous ne sauriez i^omment vous y prendre pour démontrer leur autenti- 21 té : car on ne prouve qu'un livre soit de tel Apôtre» de tel Evangéliste, que parce qu'il a été reçu et lu i^omme tel dans les Eglises. Mais enfin, faudroit-il^ pour vous complaire un instant, admettre votre sixième article? Eh bien î j'y consens : et cependant ouvronsles ensemble^ ces divines Ecritures. Qu'y lisons-nous?

*' Je vous loue, mes frères, de ce que vous gardez les i. auxCori

** Traditions et les règles que je vous aï données.— '

•* Demeurez fermes (notez bien ceci, je vous prie) et 2. aux Tfc

^u interrompre respectueusement ses séances à l'approche des grandes solennités. Il faut convenir qi^'il y a dans ces lois un ton •de sagesse et de gravité qui en impose.

Des Anglois de distinction m'ont témoigné Tétonuenient qu'ils avoienlj eu de ne point trouver dans les pays Catholiques, le même respect pour le Dimanche. Ils m'ont avoué qu'ils avoitnt été làdessus fort scandalisés de nos mœurs, et certes, ils n'en avoienl^ue trop de sujet. L 4

163 SUE L*iGLT8B AMGUCAMB

tfe IV. €i conservez les Traditions que vous aves apprises^ mnt *^ par nos paroles, soit par notre lettre.** Revoyons ici votre article. Qu*y diroit TApôtre? Il veut qo*on tienne également ce qu'il a enseigné soit par écrit, soit de vive -voix. Et vous, Milords, que voulez-vous? Rien qui ne soit écrit. C*en est assez. Je continue à rimothëe lire. ^* O Timotbée, gardez le dépôt qui vous aétécon- ^moihëe, '^ fié.**— -'^Proposez- vouspour modèle les saintes instruo- ^' ' '*' tionsque vous avez entendues de moi. Gardez, parle *^ Saint-Esprit qui habite en vou9, Texcellent dépôt i. 2, T. 2. " qui vous a été confié.** — *^ Gardez ce que vous avez . *^ appris de moi devant plusieurs témoins, et donnez-le <^ en dépôt à des hommes fidèles, qui soient eux-gnémei ^^ capables d*en instruire les autres.** Apparemment vous ne doutez point, Milords, que Timothée ait suivi cet ordre et que les hommes fidèles et capables, instruits par lui, n*en aient instruit d'autres à leur tour. Ainsi de main en main, de siècle en siècle, le dépôt est parvenu jusqu*à vous. Et tout à coup vous refusez'de raccq|>ter! Vous refusez de le transmettre! Vous interrompez» vous brisez la chaîne traditionnelle. Apostolique ! Et sous prétexte dé ne vous en rapporter qu*à TEcriture, vous méprisez les ordres réitérés qu*elle vous présente en toute lettre ! Avouez-le de bonne foi,- Milords : vous n*avez pas pensé, en jetant à Técart laTradition, que vous alliez vous embarrasser dans des contradictions et avec vous-mêmes, et avec l'Ecriture Sainte. Nous la recevons, nous la vénérons^ ainsi que vous, comme le plus beau présent que Dieu ait fait aux hommes: honorez de même avec nous sa parole non écrite, puisqu'elle n*en vient pas moins de lui. Réformez votre article • restons fermes ensemble^ suivant précepte de. l'Apôtre

ET LA Ri^ORMATIOK XN GàvàsULh. 193

^t retenons toute doctrine qui nous aura été eilsei- Lettre ne» ^née, soit de vive Toix, soit par écrit.

Je reviens à vous^ Monsieur^ et je vous prie de peser es observations que j*ai encore à vous offrir sur cette natière importante. Elles nous sont suggérées par Tex- ^rnpledes Apôtres et celui de leurssuccesseurs durant les K»ux çiècles de TEglisCi' 1^. Nous voyons souvent que Fésus-Christ ordonne à ses disciples de prêcher sa doo* rine» de la portera toutes les nations: '^AUez, leur disoit- ^ il, enseignez tous les peuples: annonce2-leur tous mes ^ i^ommandeoiens.** Nous ne voyons nulle part qu*il leur '* eûtdit: Allez, écrivez pour toutes les nations ce que je ieur ordonne jde croire et de pratiquer, et qu'elles en aient toujours entre les mains et sous les yeux le détail Le plus exact, tracé par votre plume.** Nous voyons les Apôtres et les disciples, après avoir reçu PEsprit^Saint, parcourir toute la Judée, annonçant à leurs compatriotes le Royaume de Dieu : tout s*y passe en exhorta- Lions, en paroles, en prières. S*ils avoienteu le dessein de donner au monde et de lui laisser après eux un code complet de la Révélation, il semble qu'ils eussent dû l*exécuter avant de se séparer. Observons-les donc ao moment oh, se partageant Tunivers pour en accélérer la conquête, ils vont quitter Jérusalem et la Judée, et ■nârcher chacun de son côté, à leur destination particu* lière. Ils partent, çt n'emportent avec eux nulle écri- "^ure, nul corps de> doctrine rédigé d'un commun accord, bus cependant portent le même Evangile, mais daus eur âme: ils traversent les villes, les provinces, les oyaumes; et ne se présentent point aHXnktions, les ivres sacrés à la main : ils font entendre d'une bouche (ispirée la doctrine Evangéljque; ils ne la produisent

1Ï4 SUE L*àGLlSE ANGUCANEy

Littra IV. point en écrit. A les voir, à les suivre^ ils oe paroissent pas même songer aux moyens d'instruire par les yeux. C'est aux cœurs qu'ils s'adressent et qu*ilsj parlent : ce sont eux qu'ils veulent gagner à Jésus-Christ. Ils sont tout occupés de prêcher, et non d'écrire; de graver la parole, non sur les livres, mais dans les âmes. Plusieurs années se sont déjà passées, et nul ouvrage n'est encore sorti de leur plume. (1) Vous remarquerez que deis douze Apôtres, deux seulement nous ont laissé l'Evangile, et m^me St. Jean dans un âgé très-avancé,^ à Kphèse, sous l'empereur Nerva, l'an 96. Si vous examinez les occasions qui les ont portés à écrire^ vous verrez que des circonstances particulières et locales, mé^ nagées sans doute dans les vues de la Providence, pour l'utilité du monde, mais qui cependant éloignent toute idée de plan prémédité, ont donné naissance à ces écrits, ainsi qu'à tous ceux qui composent le Nouveau Testament. Nous devons l'Evangile de St. Marc à la ferveur et à l'empressement des Chrétiens de Rome." Les auditeurs de St. Pierre à. Rome, nous apprend Eusèbesurle liât. Eccies. témoig:n9se de Clément d'Alexandrie.prièrent Marc son

IV, 2, ch. 14. ^ ^ ^ '"^

disciple de mettre par écrit la doctrine du Sauveur. Il le fit i et Pierre inspiré d'en haut examina cet ouvrage, l'agréa, le confirma de son autorité, et ordonna qu'on le lût dans les Eglises. *^ St. Luc débute par nous instruire du motif qui lui ayoijt mis la plume à la main.

(1) Il fnut excepter l'Evangile de St. Matthieu. Car nous apprelur St. Matt nous de St. Jean Chrysostome, que huit ans après l'Ascension du Sauveur, au moment de porter ses pas et sa prédication aux gentils» St. Matthieu, à la sollîcitatioii des Juifs, leur traça dans leur kngu« rhisjioire de Jésus-Christ et de 9a Révélatioi).

ET LA RÊFORMATION BN GEN&RAL. 155

Des hommes ignorans et grossiers, poussés par un zèle tettitXV. aveugle et blâmable, avoient essayé de leur propre mouvement de raconter les faits et les paroles du Sau* veur: leurs écrits se répandoient parmi les Chrétien» sous les faux titres d'Evangile, selon Pierre,selon Thomas, selon Philippe, selon Barthelmie, selon Matthias, selon les douze Apôtres, etc. Il étoit important de faire tomber ces misérables rapsodies. St. Paul exhorta ses disciples à publier une narration exacte^ et Luc Texécuta sous les yeux de son maître, dans TAchaïe^ et la Béotie ,au rapport de St. Jérôme, l'année 58, la seconde de Néron. Quant à St. Jean, c'est pour réfuter les hérésies de Corinthe et des Elionites que, s* élevant d*UQ v^ol d'aigle au-delà des temé, il nous montre Jésus-Christ aix sein de la Divinité^ fils de Dieu, Dieu lui-même| et qu'il redescend ensuite avec lui sur la terre, pour nous raconter son incarnation, sa vie, son ministère psi. r mi les hommes.

Les Epîtres, pour la plupart, sont ou des réponses

k des consultations, ou des instructions à des Eglises

spécialement dénommées, ou même à des individus.

I^ révoquées par des circonstances locales, mais toujours

dictées par PEsprit-Saint, elles parurent successivement

à. des époques différentes, à des distances éloignées :

faites pour les occurences du lieu, des personnes et

quelquefois du moment, elles roulent sur des sujets

^^latifs et particuliers, quoiqu'elles renferment en

^ême tems des avis, des leçons, des préceptes qui

® appliquent à l'universalité des Chrétiens. Mais ceci

^^ suffit pas pour annoncer ou supposer dans l'écrivain

*acré, encore moins dans le collège des Apôtres, une

Tésolution prise, un dessein prémédité de nous tracer

156* SUR L^BGLISE ANGLICAVB»

^^« on corps complet de doctrine. Il est vrai que toos ces écrits furent reçus avec une avidité singulière par les fidèles auxquels ils étoient adressés ; qu'ils furent communiqués de proche en proche avec un saint empressement; et que du jour oii ils furent connus jus* qu*à celui oii je vous en parle^ ils ont été lus dans toutes les assemblées religieuses, dans toutes les Eglises du monde, et qu'ils le seront perpétuellement jusqu'à sa consommation. Il est vrai qu*on y reconnoissoit Tenseignenient des Apôtres, qu'on y- goûtoît leur parole, qu'on y retrouvoi fleur prédication, et qu'ab* sents on croyoit encore les entendre. Il est vrai que les premiers fidèles durent admirer l'accord et la res* semblance de ce qu'ils lisoient avec ce qu'ils leur avoient ouï dire. Ils ne purent pourtant point ne pat remarquer que tout ce qu'ils avoient entendu n'y étoit pas ; ils ne purent donc pas, en recevant ces ouvrages comme un dépôt sacré de la parole divine, les regarder comme le seul et unique dépôt de cette parole. En effet, jamais les Apôtres marquèrent- ils qu*on eût à se borner, pour la croyance et la pratique, à ce quMIs écrivoient ? Marquèrent-ils jamais qu'ils avoient mis par écrit tout ce qu'ils avoient prêché de vive- voix? ou même tout ce qui étoit nécessaire au salut ? Il n'existe pas une sentence semblable dans tout le Nou* veau Testament. Elle est sortie de vos RéformateuT8y qui Font tirée de leur cerveau ou empruntée des an* ciênnes hérésies, mais non de la Sainte Ecriture, quel« que piotestation qu'ils nous lassent sans cesse de ne rien enseigner qui n'y soit. Qu'ils vous montrent donc ce principe, puisqu'ils l'admettent, et veulent que vous l'admettiez ; qu'ils vous le montrent dans les

n LA KivORlIATION M» GkvÛBJLL. %if

livres saints. Maip comment s*y. pourroit-il rencontrer^ Lettwiv.

lorsque le principe contraire s*y trouve de mot à mot ?

Car vous avez vu St. Paul revenir fréquemment aux en»

seignemens qu*il avoit donnés de vive -voix; vous Tavez

entendu xiistinguer positivement ses instructions verbales

de ses instructions épistolaires, et prescrire qu'on eût à

observer également et les unes et les autres. J usqu*à vos

pères de 1 562, cet ordre avoit été observé en Angleterre,

ainsi que sur le Continent jusqu'au jour où la Réforme

montra sa tête. A cette époque, si funeste pour votre

patrie et la mienne, le précepte de St. Paul y a été

splennellement transgressé pour la première fois, et

pour là première fois on y a dit : en matière de salut,

rien qui ne sôit écrit. Mais les premiers Chrétiens

qui ont passé plusieurs années sans écritures, qui les

ont reçues successivement, à dés distances éloignées» *

et ont attendu TEvangile de St. Jean jusqu'è ^'année.

96 ; mais ces peuples barbares et pourtant si religieux

qui n'avoient encore aucune écriture lorsque St. Iréoée

nous parloit d'eux vers la fin du second siècle: ils

h'ajuroient donc connu ni ce qu'ils dévoient croire, ni

ce qii'ils dévoient pratiquer; ils auroient été sans res*

source pour le salut, eux qui l'ont opéré avec une

étendue, une vivacité de foi que nous n'atteindrons

janoais? Il faut que la Réforme soutienne^ au moins

ici que le moyen qu'ils avoient alors de connoître la

loi et qui leur lijiffisoit, devint absolument inutile,

aussitôt que le ciel daigna y en ajouter un second, et

que la parole qui prit des caractères lisibles» dépouilla

celle qui n'en prit pas, du mérite et de la valeur dont

elle avoit joui jusques-là dans le monde chrétien. Je

viens de vous prouver. Monsieur, que cette notion ne"

t*tt»'v. s'accorde nullement avec la conduite et renseignementa^ dts Apôtres: vous allez voir qu'elle ne s'accorde pas mieux avec la conduite et renseignement de leurs cesseursy et que l'antiquité ne la connut jamais.

2^. Je suppose que la Réforme eût à prononcer une question de foi. Comment s'y prend roît-elk i pour approuver ou condamner la doctrine soumise à s^. ^ décision ? Elle ne connoît que l'Ecriture : pour ell^s^ tout ce qui importe au salut s'y trouve : pour elle, rie^ii ne sauroit s'exiger qui ne s'y lise en toutes lettres, c^u ne puisse s'en tirer par bonne et due conséquence. Elle n'auroit donc et ne pourroit avoir que les Ecritures à consultera Mais ainsi n*en alloit-il paç darvs l'antiquité. Elle examinoit non-seulement les Ecritures, mais encore ce que croyoient et enseignoient les Eglises, surtout les Eglises Apostoliques, et ce que les Pères les plus célèbres avoient marqué dans leurs ouvrages: son examen portoit à la fois et sur l'Ecritav^ Sainte et sur l'enseignement traditionnel, sur la parole de Dieu écrite et non écrite. En voulez-vous «Jtn exemple, mais le plus illustre de tous, et qui nous di^ pensera d'accumuler ici une multitude de faits? f^ grand Concile de Nicée a voit à prononcer sur Ari^s qui prétendoit justifier sa doctrine par rEcritu^*» Nous apprenons par les historiens du tems comme^^ Jh^rt^^èbe ^' procéda dans son examen : ^' Les Evéques. . • . o|)- ** posoient aux fausses subtilités des Arien*?, les grandie '* vérités de TElcriture, et Tancienne créance de l'Eglise Gébse ** depuis les Apôtres jusqu'alors." — " Après avoir loogtems, mûrement et pleinement considéré ce sujet adorable, il parut à tous les nôtres ensemble que h '^ cpnsubstantialité devoit être définie de foi, de la

ET LA RéFORMATlON SN GivitKAh. ^59

^ même manière que cette foi nous ?ivoit été transmise ^e*^ i^- *' par nos Saints Pères après les Apôtres/' Vous voyez une question fondamentale, solennellement décidée sur l'une et l'autre autorité^ sur l'Ecriture dont Arius s'appuyoit, et sur la Tradition des Saints Pères, conformément à laquelle la décision fut portée. Ce trait seul bat en ruines le principe de la Réforme, et lui montre combien elle s'est écartée de la marche antique.

Mais voici quelque chose de bien autrement fort, une autre question d'importance, célèbre par ses antagonistes, d'une part le chef de l'Eglise, de l'autre le Primat d'Afrique; et qui après avoir agité, partagé rSglise près d'un siècle, est définitivement décidée, sans recours possible à l'Ecriture, par la tradition seule, dans ce même Concile général, c'est-à-dire dans la plus auguste assemblée qui ait jamais été convoquée. J'en* tends ici l'affaire de la rebaptisation. On chercheroît en vain dans l'Ecriture la manière dont les hérétiques doivent être reçus dans l'Eglise, s'il faut les admettre avec le baptême qu'ils ont eu au-dehors, ou s'il faut le leur administrer de nouveau. Vous sentez. Monsieur, combien cette question intéresse le salut, et combien la , méprise seroit fatale, si leur baptême étant nul, on ne le leur conféroit pas dans l'Eglise. L'Ecriture n'e(\ parlant point, tout fut décidé par la pratique des Eglises. Mais au moment où la question s'éleva, cette pratique n'étoit pas encore généralement connue ; les conversions, les retours d^hérétiques n'étant alors ni journaliers, ni même si iréquens dans tous les pays. St. Cyprien, voyant qu'en Afrique on Içs recevoit sans renouveler leur baptême, ne sachant pas d'ailleurs ce ^ qui se pratiquoit dans les lieux éloignés, se persuada

•IImIV.

160 mm h^kcLiSE angucanb^

par beaucoup de raisonnement spécieux^ que cet usage blessoit les vrais principes de TE^Iise et de la foi. Il convoqua ses confrères à Carthage» et de concert a eux» décida qu*on changeroit dorénavant de méthode et que le baptême seroit conféré de nouveau à tous ceu qui viendroient de Thérésie. Cette décision fit bruit: le successeur dèPierre, Etienne^ fit entendre de chaire suréminente et principale, la voix de la Tradition St. Cyprien^ ne la croyant ni si générale ni si ancienne ne se rendit point. Le différent continua et ne fu levé que par la* décision de Nicée, qui reçut sans nou veau baptême tous les hérétiques, excepté les disCipl de Paul de Samosatei qui en altéroient la form '^ Nous-mêmes, dit St. Augustin en parlant de la qu ^^ relie de Cyprien et du Pape, nous n'oserions ^^ avec Etienne ta validité d'un tel baptême, si elle '^ nous étoit confirmée par la concorde très-par&ite d *' r%lise Catholique, à l'autorité de laquelle St. Cy prien se seroit aussi soumis, si de son tems le Con cile plénier avoit éclairci et décidé cette question.*" Que la Réforme se rende enfin à l'évidence de ce faÀt s qu'elle reconnoisse avec le grand Concile de Nicée.qu l'Ecriture ne contient pas seule tout l'essentiel ; que Tradition peut suppléer à son silence, puisqu'ici, ail défaut des livres saints, tout se juge sur la croyan ancienne et généi^le, justement attribuée à l'enseign ment des Apôtres.

Jamais la Réforme n'auroit songé à mettre en pria cipe, que l'Ecriture seule décide de tout l'essentiel, si elle s'étoit souvenue de cet exemple décisif et san^^ réplique: et si elle n'avoit point perdu de vue cetr axiome de l'antiquité, auquel St. Augustin revient sE

ET LA RÉFORMATION EN GÉNéRAL. ï6ï

ouvent; qu'il faut attribuer à Tinstitution des Apôtres Lettre iv^ 3Ut ce qu'on voit généralement cru et observé dans leé Sgîises, sans qu*il soit possible d*en apercevoir l*ori- ;ine et le commencement.

JEt si elle avoit eu devant les yeux cette doctrine des premiers siècles^ marquée dans Vincent de Lérins en es termes, " Il faut croire et tenir avec le plus grand ^^^""J^*** ^ soin^ ce qui a été cru et tenu en tous lieux, en tout

* tems, et par tous. Car le propre du Catholique est ^ de s'attacher à Tuniversalité^ à l'antiquité, au con- ^ sentement. Or suivre l'universalité^ c'est admettre

* pour vraie, cette foi unique, professsée par l'Eglise

* dans tout l'univers. Suivre l'antiquité, c'est ne

* s'écarter jamais des sentimens manifestement célé-

* brés par nos ancêtres et nos Pères, Suivre le con-

* sentement, c'est adhérer de même, et dès la plus

* haute antiquité,, aux définitions, aux sentences de

* tous, ou presque tous nos maîtres dans la foi."

Et si elle avoit voulu prendre conseil de St, Chry- (ostôme qui, sur le fameux passage de St. Paul aux rhessaloniciens, s'exprime ainsi : " Nous voyons par se. Sermon lu; ^ là que les Apôtres n'écrivoient pas tout, mais qu'ils ge.Vp.^'ail

* enseignoient plusieurs choses de bouche seulement. ^

* De quelque manière qu'elles nous viennent d'eux,

* nous sommes également obligés de les croire.

* Croyons la Tradition de l'Eglise ; il doit nous suffire '* pour cela que ce soit une Tradition." — Et de St.

Basile sur le même passage: ** Parmi les dogmes dcD^ st. Kiprii^ ^* l'Eglise, dit-il, il y en a qni sont contenus dans les ^^' ^^' '' Ecritures, d'autres viennent de la Tradition: et les " uns et les autres ont une égale force par rapport à ■* la piété. Car c« seroit porter un coup mortel à TEvaw»

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