TOM. I. M
I6d SUR CÉGLISE ANGLICAN Py
Lettre IV. «< gile, qne de regarder leî^ Traditions comme dei ** choses qui o A peu d'autorité/' — Et encore de St. Epiphane qui nous prouve la nécessité. de la Tradition.
n«rei.75. " Nous ne trouvons point tout dans l'Ecriture, dil-il, '^ parce que les A{)ôtres, qui nous ont laissé plusieurs '^ choses par écrit, nous en ont aussi laissé d'autres par '* la Tradition/'
Et si elle avoit remarqué, ce qui mérite fort de l'être par sa singularité, notre question proposée en propres termes par un auteur célèbre du second siècle, et dé-
y. de la cour, cidée comme il suit: " On demande, dit Tertullien,
Vo.3.4. " s'il ne faut admettre de Tradition que celle qui est
" écrite? (Voilà précisément la prétention de la Ré- " forme; en voici la réfutation.) A commencer par " le baptême; au moment d'entrer dans l'eau, mais ^* peu avant, nous protestons, dans l'Eglise et sous la *^ main de TEvêque, que nous renonçons à Satan, à *^ ses pompes, à ses anges : de là, nous somme» plongés à trois reprises, répondant quelque chose de plus que n'a prescrit Notre Sauveur dans l'Eva»gile. Retirés des eaux, nous goûtons un mélange ** de lait et de miel : et de cette heure, pendant u t^^ semaine nous nous abstenons du bain journali^^* Le sacrement d'Eucharistie, ordonné par le Seigne^^^ au tems du repas et à tous, nous le prenons da ^^ " nos assemblées avant le jour, et seulement de '* " main de celui qui préside. Nous offrons pour F "^^ " morts: nous célébrons annuellement la naissan -^^ " d«8 martyrs.... (le jour de la mort est celui de '* " naissance à l'immortalité.) Que si vous me (ï ^' ^' mandez sur ces usages et autres semblables quelq^*^^ *^ loi des Ecritures, vous n'y en trouverez point: w^^
XT LA .H£FORMATION EN GENERAL. l6S
" on VOUS offre la Tradition qui les ajoute, la coutume Lettre iv ** qui les confirme, et la foi qui les pratique.'*
Le jqur me manqueroit, pour parler à la manière de St. Basile, (l) si je voulois vous retracer tout ce qu'ont dit les Pères sur la tradition. Je ne m'étonne pas qu'iU y insistent si fréquemment. Ils touchoient au berceau de l'Eglise par deux ou trois intermédiaires : ils voyoient de près les moyens et les règles qui avoient servi à l'aggrandiret à l'étendre. Ils se souvenoient que
" Le jour me mHn(|ueroity si je voiiîois vous raconter tous les SurleStEsprit, •' mystères transmis à l'Eglise sans Ecriture. Pour omettre les ^ ®*
** autres ; cette profession de foi en Dieu le Père, le Fils, et le •* Saint-Esprit (symbole <les Apôtres), de quelle Ecriture l'avons- • nousl" Il avoit dit avant: '* Les paroles de l'invocation, dans ihîd. No. 66-^ '* la consécration du pain et du calice eucharistiques, qui des '* saints nous les a laissées par écrit? Car nous ne nous contentons '* point de celles que rapportent TEvangiie et l'Apôtre : nous en ^' ajoutons et devant et après, comme étant d'une grande importance ^* au mystère, et qui nous sont venues par une Tradition non écrite.*'^ Et ceci fort remarquable encore au même endroit: *' Les Apôtres et ^* les Pères qui ont prescrit, dès le principe, certains rits à l'Eglise, " ont $u conserver au\ mystères leur dignité, par le secret et le '• silence où ils les ont enveloppés. Car ce qui est porté à l'oreille "et aux regards des peuples, n'est plus tout-à-fait mystérieux. *' C'est pour cela que plusieurs choses nous ont été transmises sans ■* Ecriture, de penr que le vulgaire, trop familiarisé avec nos dogmes» ' * ne passât de l'accoutumance au inépris. Autre chose est un *• dogme, autre chose la prédication. Les dogmes veulent être tûs, "■• et les prédications publiées. C'est encore une espèce de silence ** que l'obscurité dont l'Ecriture se couvre à dessein pour rendre *' les dogmes plus difficiles à comprendre." Concluez à présent, je vous prie. Monsieur, ce que le savant Evêque de Césarée eût st. Basile, Arfiensé de votre Réforme, qui prétend tout prendre dans l'Ecriture, ^^^^^^^^^ «t daus la Tradition rien. mourut en 379
l64 SUR L*ÉGLIS£ ANGLICANE^
Lettre IV. ]gg Apôtres, tout occupés du ministère de la parolt avoient rarement jjris ia plume, par occasion seulemei et par nécessité ; que leur prédication avoit été joui nalière, abondante; leur? écrits accidentels et succints que si le fonds de la doctrine y étoit, le développeme^nt ne s'y pouvoit rencontrer ; que pour le détail, il f=^SQ faltoit toujours venir à leurs explications verbales ; q^^zie même sur les mystères et sur les dogmes, ils avoient à dessein jeté dans leurs livres un certain voile dobsc^urité pour en défendre l'accès aux profanes, tandis qu'^aau milieu des fidèles, de leurs amis, ils s^exprimoient libr ^ment et à découvert ; enfin qu'ils ne confièrent jam^^i^ à l'Ecriture les paroles et les prières dont ils accoc^wpagnoient la célébration des mystères. Ces formuL es sacrées et souvent essentielles se déposoient dana W. <s cœurs^ dans la mémoire, et se transmettoient de bouclBie en bouche plus sûrement dans le secret. A Texemp:^'^ de leurs maîtres, les hommes apostoliques écrivirer ^t peu : c'étoit aussi pour eux le tems d'agir, plutôt q^ "«le de composer des ouvrages : et quand ils prenoient '& plume, ce n'étoit guères que pour faire connoîfc-re au-dehors ce qu'ils avoient entendu prêcher a^LJX # Apôtres. Journellement ils le redisoîent autour d'e^LJX
à leurs auditeurs, et quelquefois le eommuniquoient ^^ loin par écrit. De cette manière, dans les Eglises ^^^^ les Aj)ôtres avoient prêché, leur doctrine se mainten^^^^^ par la succession des disciples aux Apôtres, des a^^' diteurs des disciples aux disciples même, et ainsi c^3^ uns aux autres. Quant au-dehors, elle y parvenoit p=>a^ les communications, qui s entretenoient d'une Eglis^^* Vautre: une fidèle et active correspondance attestoit:::^ ^ propageoit dans l'univera l'enseignement venu i^^d^
. ET LA RÉFORMATION EN GÉNÉRAL. l65
kpotres et de Jésus-Christ, en établissant, suivant Té- ^ttrt n^ lergîque expression de Tertullien, comme une consan- '^uinité de doctrine dans toutes les Eglises du monde.
Venoit-il à s'élever quelque doute ou question nouelle, on recouroit aussitôt aux Eglises Apostoliques : n les consultoit de préférence, ces Eglises, dans les- [uelles " présidoient encore les chaires d'où les Tertuii. sur i*
A • r" • 11 / f • prescript.
^ Apôtres avoient tait entendre leurs prédications, et qui après eux semblent avoir été laissées vacantes )ar honneur:) " dans lesquelles se récitoient leurs iwd. ^ Epîtres autentiques, qui rappeloient pour ainsi dire ^ le son de leurs voix et les traits de leur phisio- ^ nomie," Observez que Tertullien joint ici les chaires des Apôtres avec leurs Epîtres, pour marquer ][ue la parole écrite, et la parole prêchée alloient tou* jours ensemble. ** Etes-vous à proximité de TAchaïe ? iwd, vous avez Corinthe. N'êtes-vous point éloigné de la Macédoine ? vous avez TEglise des Philippiens^ ^* celle des Thessaloniciens. Que si vous pouvez vous porter en Asie, vous avez Ephèse. (1) Mais approcheriez-vous de Tltalier vous avez Rome," dont Tertullien n'oublie pas ici de relever le siège du ton le plus noble, et le mieux senti dans les vrais principes du christianisme. " Voyez ce que Rome a appris, ce qu'elle a enseigné, et la parfaite harmonie de sa doc*
te
trine avec celle des Eglises Africaines." Vous l'en-
(1) ** L'Eglise d'Ephèse, fondée par Paul, gouvernée par Jean,
<il y termina ses jours après y avoir long-tems vécu avec la mère
<jue Jésus Christ lui avoit léguée du liant de la croix) ** jusqu'au
•*' règne de Trajan, est sans contredit un des témoins les niieuf
*' pourvu** de la tradition Apostolique." — îrénée, ch. 23.
l66 SUR L*ÊGLISE ANGLICANE,
«iv. tendez, Monsieur: on ne se livroit point sur les quea-^ ^tions nouvelles aux disputes qui ne terminent rien: oiw^^» -n ne se laissoit aller ni à l'esprit particulier, ni à Tenthou — siasme : on ne s^abandonnoit point à des discussions i^rudites et pénibles, on ne se régloît point par Fosten — tation et l'étalage de quelques docteurs : tout se déci — doit par l'enseignement et la tradition des Eglises=s Apotoliques. Cétoit là, suivant l'heureuse expressioir":^' n de Thomassin, leur savante simplicité et leur méthod^^Xe çolide pour examiner les questions de foi.
Une circonstance particulière contribua beaucoup as à maintenir dans ces beaux siècles la pureté des traditions M~ns apostoliques. Dieu, dans des vues de protection suv mLMV son Eglise, permit qu'au milieu des dangers et des per- ""» '^' sécutions, quelques-uns de ces premiers et saintsEvêques-^s^^ poussassent leur carrière à un âge très-avancé: et comm^ MTjae jadis dans l'ancien monde, les Patriarches, à |a faveur ^-^*i^ de leurs longues années, transmirent plus aisément à 1^ I '* postérité ce qu'ils avoient appris de leurs Pères et dt^ :fcwe leurs aïeux sur la création du monde, sur les dogmes d^^— ^^ la religion et les principaux traits de l'histoire antédi— î ^^^ luvienne, ainsi danç le christianisme, ces vieillards vé— ^^^" nérables servirent à témoigner que la foi présente étoi^ ^ ^^^ ' exactement la même qu'ils avoient reçue des Apôtres ou des disciples des Apôtres. Sans parler de St. Jean^ qui vécut un siècle, et de son disciple centenaire Poly — carpe, qui souffrit le martyre en l66, nous apprenoni de Clément d'Alexandrie que *' quelques-uns de ceux: *^ qui avoient succédé immédiatement aux Apôtres et <? préservé la Tradition de la vraie doctrine prêchée par *^ St. Pierre, St. Jacques, St. Jean, St. Paul, avoient " vécu jusqu'au tems où il écrivoit ses StroniateSy pour
ET LA &B FORMATION EN GENERAL. l6 f
^■' verser et cultiver la semence de la vraie foi dans les Lettre iv. "*^ cœurs.'* {!) Cette remarque, il faut en convenir, ^ût été aussi inutile que déplacée, dans le principe de la Réforme. Car qu'étoit-il besoin de la longue vie de <ies saints personnages pour préserver les traditions apostoliques, et cultiver dans les âmes la semence de la vraie foi, si on n'avoit eu rien à croire ou à pratiquer <}ue ce qu'on Usoit dans les Ecritures, ou ce qui «'en j:>ouvoit aisément déduire î
Au surplus, Monsieur, ne pensez pas qu'en faisant ici le procès aux auteurs de la Réforme, je veuille étendre les mêmes reproches à tous ceux qui sont nés <lepuis dans son sein. ' Parmi les personnages distingués dont elle a droit de s'honorer, il en est grand Tiombre qiu ont cru devoir l'abandonner dans ses maximes outrées sur la suffisance des Ecritures: il faut le dire à leur louange, c'est une justice qui leur «st due, et que je me plais à leur rendre. A peine les premières controverses forent ouvertes, que phisieurs '-s'aperçurent déjà que dans le parti on avoit poussé les ^îoises trop avant. Ils commencèrent d'entrer en composition sur le. principe, voulant bien admettre la Tra^ édition sur certains points, et pourtant la rejetant sur 4es autres, pour l'honneur de la Réforme. (2) Ces
(1) Clément d'Alexaudrle mourut en 217. li écrivit ses Stromatet Ti'rs la il 11 Hn secoui siècle. .
(2) 11 est remarquable que la confession (PAugs bourg et Tapologie Art. Si, <léclareDt ne point mépriser le consentement de TË^çIise Catholique,
^1 vont jusqu'à réclamer l'autorité de l'ancienne Eglise. Zwingle T^j^^g £^^43 convient que* les Apôtres en^ieignoient de leur vive voix, çt que les ^^kres qu'ils envoyoieut ctoieut plutôt pour confirmer les peuples ce qu'ils avoieut appris de bouche, que pour les instruire.
l6S SUR L*£GLISE AI^GLICANE,
UMrt IV. Concession» premières en ont amené de plus franches et de moins limitées. Des esprits sages, fort éclairés venant à considérer de sens rassis les préceptes* de TApôtre, l'esprit de la primitive Eglise, et la confiance qu'on ne pouvoit refuser à la piété, à la ferveur des premiers siècles, à la déposition, au témoignage de tous ces saints Evêques, ces illustres martyrs de Jésus- Christ, ont senti la force irrésistible des preuves, et ont adopté franchement les idées et le langage de Tantiqùité sur la Tradition, Je pourrois vous en citer beauT coup; je me bornerai à trois ou quatre, que je ne
Calvia et Bèze ne tardèrent pas de recourir eux-tnèmes à la tm-
pial. 2. dition contre les Ariens sortis de leur école. *' Les paroles sacrées^
^* avoit dit Ocbiu, sont d'elles-mêmes très-claires, mesmement es
" ehoses nécessaires à salut : que si la Trinité ne s'y montre claire^
PmI. 4* " nient» personne n'est obligé d'y croir<f....Je ne trouve pas que le
" St. Esprit y soit appelé Dieu» ni le Seigneur. J'aime mieux
*< rentrer dans le cloître, qu'avouer cela." Mais Calvin les rame:
nant à la parole ngn écrite» leur enseignoit sur la 2de à Timotbée:
ité dans Flo- '* I^^^r cela est repoussée Tarrogance d'aucuns insensés, qui se
iiond. p. 955» u vantent de n'avoir besoin de docteurs, parce que la lecture de
r£criture est suiHeante. Qui ne tiendra compte dé l'aide d^ la
vive voix, et ^ contentera de l'Ecriture muette» 11 sentira quel
" mal c'est de mépriser le moyen ordonné de Dieu et de Jésus-
Ib p. 959 " Cbrist pour apprendre." — " Eh! Quoi? saints Pères," s'écrioil
Bèze contre Stator, Ocbin et les autres, *' vous qui pendant tanj
lèse lîv. sur la '* d'années, non de parole, mais par écrits qui ne mourront jamais
unit des hérét. u. avez contre l'autorité de tant de ^ois, de Princes et hérétiques
*' 2ivèç tant de labeur jusqu'à répandre votre sang, défendu a
*f grand mystère de la Trinité, sera-t-il dit que vous ayez été im
** prudents et ignorants? Oh! Athanase, qui as pour ce sujet coun
*' presque toute la terre, à quel propos as-tu fait et bâti avec am
P telle brièveté cet admirable symbole? &c."
ohoisirai point parmi les moins connus et les moins digt ingués.
jtrotius va parler le premier, (l) "De l'aveu du i^r. Rivet, ce que dirent les Apôtres, soit par ordre ixprès de Dieu^ soit en pleine connoissance de cause, l'a pas moins d^autorité que ce qu'ils écrivirent. ^^ Xlien de plus vrai. Or que les Apôtres n'aient point ^^ ^crit tout ce qu'ils ont dit, St. Paul le témoigne lui* ^ ^ sméme, en ordonnant qu'on obéisse à tout ce qu'il ^^ sivoit enseigné, soit par parole^ soit par lettres?^ (X^z^i Gretius ajoute le passage de St. Chrysostôme que je v^oxus ai cité plus haut, et conclut que dans Tun et l^s^ijitre cas l'autorité est la même.) " Mais, dit le Dœ- ^^. 'teur, nous sommes assurés des écrits; nous ne sau« ^^ vions l'être des paroles. Je le nie positivement. Lei ^^ écrits sont pleins de variations, comme il se voit en <x)mparant les manuscrits. Il y a dans les uns des particules qui ne sont point dans les autres. Il y a diversité dans les mots, isolés ou réunis. Y démêler l'original, n'est ni petite besogne, ni toujours beu» Teuse. Mais comment s'assurer qu'il y ait des Traditions Apostoliques, demande le Dr. Rivet? Le voici. D'abord c'est une présomption juste d'attribuer aux Apôtres ce qui se trouve partout^ et n'a point d'autre origine connue. A quoi si vous ajoutez
«c ce
0)Ceci est tiré de son Voium pro pace, pag.137, petit écrit judî- ^■«m et impartial, composé contre Rivet et ceux qui comme lui ^toîetit opposés à une réconciliation avec TEglise Catholique. Il est *^t-t ^ regretter que cet ouvrage ne soit pas plus connu. On ue ^^uroît trop en recommander la lecture à toutes les sociétés Protestantes. Vous le trouverez en Anglois, a Foie for Peace.
if
Latre IV. f^ des témoÎDS d^une piété, d'une prudence, d'une au- ^' torité reconnues dans TEglise^ et qui vous disent : ^^ cela vient des Apôtres, nous avons alors toute la ^ preuve qu'on peut désirer dans ces matières, la même ^' précisément^ par laquelle nous distinguons les écrit! " Apostoliques de ceux qui ne le sont point."
^^ J'avoue aussi^ écrit M. Leibnitz à Bossuet, (l) *^ que non-seulement la connoissance du Canon (des ^' Ecritures.), mais même de toute VEcriture Sainte ** n'est point nécessaire absolument; qu'il y a des peuples sans Ecritures, et que renseignement oral, ou la Tradition peut suppléer à son défaut." Comparez cet aveu avec le principe de la Réforme. M. Leibnitz donne plus à la tradition, que St. Irénée n'en demandoit au second siècle.
Il avoit dit dans une lettre précédente : (s) ^^ La '^ question est, si les vérités révélées sont toutes dans ** l'Ecriture Sainte, ou sont venues du moins d'une *' Tradition Apostolique, ce que ne nient point plusieurs " des plus accommodants entre les Protestants." — Sur quoi l'illustre prélat lui répond: *•' Il ne s'agit pas ici de disputer sur l'autorité des Traditions Apostoliques; puisque vous dites vous-même, 'Monsieur, que les plus accommodants, c'est«à-dire comùie je l'entends, non*seulement les plus doctes, mais encore **Mes plus sages des Protestants ne le nient point, " comme je crois en effet l'avoir remarqué dans votre ** savant Calixte, et dans ses disciples." (3)
(1) Lettre 3Gc. dans les œuvres de liosàuet, tom,Ue. édit. de l^aris, jn-4lo. 1778.
(2) Lettre 31e. tnèiiie volume.
(8) Lettre 32e. ibid.
ce
2M. Leîbnitz encore, ou plutôt son habile associé l^^* d^Ltrks le projet de conciliation, M. Molanus, traite ainsi d^ la Tradition ou parole non écrite :(l) "Que de *^ procès sur cette matière î on pourra facilement les ^^ sicçoaimoder, en disant que la question entre nous ^^ ^t les Catholiques n'est pas, s'il y a des Traditions^ f^ nais s'il y a des articles nécessaires à salut qui ne *^ soient point dans l'Ecriture, ou qui ne s'en puisse ^^ "tirer par de bonnes conséquences. C'est ce dernier •^ <q[ue les Protestants nient. Mais ce qu'il y a parmi ^^ ^ux de gens modérés demeurent d'accord que nous *^ <Jevons à la Tradition non-seulement l'Ecriture, mais *^ encore son sens véritable et orthodoxe dans les ar- ^^ ticles fondamentaux, pour ne point parler des autres ** choses que Calixte, Horneius, et Chemnitius ont ■^* ^voué il y a long-tems, qu'on ne peut connoîlre que ^^ par ce moyen. Certainement ceux des Protestants ** ^ui reçoivent, après le symbole des Apôtres et celui ** «de ,St. Athanase, les cinq premiers Conciles généraux avec les Conciles d'Orange et de Mi lève, avec le consentement du moins des cinq premiers siècles, pour second principe de théologie, en sorte que les articles fondamentaux ne (puissent être expliqués autrement qu'ils l'ont été par le consentement unanime des docteurs, n'auront guère de quoi disputer avec l'Eglise Romaine." L'observation de M. Bos- ^^^t sur ce chapitre de M. Molanus est fort courte. Pour ce qui est de la Tradition, le même auteur demeure d'accord que nous lui devons, non-seule-
ce
ce
(1) Œuvres posthumes de Bossuet, vol. 1, |). 98. édit. d'Aip^ s^erd. in 4to. I75i.
ij2 SUR L*é6LIS£ AN6LICANB3
lettre IV. ^^ ment TEcriture sainte, maiô encore la légitime et
naturelle interprétation de cette Ecriture^ et qu^il y a des vérités qtCon ne peut connaître que par son secours: ce qui nous sufffif, en sorte que cet article est pleinement concilié^ si Ton en croit ce savant " homme, (l)
Il pourra vous paroître étrange, et pourtant il est bien vrai que l'homme, qui peut-être eut plus de part à la rédaction des 89 articles, TEvêque Jewel, s'appuie continuellement sur la Tradition, sur les Pères et la primitive Eglise dans Tapologie, qu*H publia en 1562 avec l'approbation de ses confrères, et par ordre de la suprême gouvernante, comme aussi, assuret-on, avec l'applaudissement de toutes les sociétés Protestantes de l'Europe. Voilà donc l'autorité de la Tradition reconnue, invoquée, appelée en leur propre défense par les lords spirituels de la Convocation, au moment même où ils viennent de la rejeter indirectement, en déclarant qu'il falloit s'en tenir à TEcriture seule pour l'essentiel du salut. Que ces messieurs s'accordent comme ils l'entendent. Quant à moi, laissant à part ici leur sixième article, je m'en tiens au témoignage autentique de leur apologie, en faveur de la Tradition.
J'ai dans ce moment sous les yeux la traduction d'un fort bon ouvrage, que j'ai lu autrefois en Ai^glois. (2) J'y trouve un passage emprunté d'un auteu^ Protestant, (3) que je suppose appartenir à l'Eglise Angli-
(1) Œuvres posthume:» de Bossuet, vol. 1, p. 2l5.
(2) La conversion d'Angleterre au Christianisme comparée avec %'d Réforniation Prétendue, Paris, ni-8vo. I7!2î),
(3) La Tradition nécessaire.
ce
e3.i:^e. Or Tauteur protestant cité, après avoir consi- 1^^*^ dé ré les préceptes de St. Paul sur les Traditions orales, i3.î t, lés réflexions suivantes : " Nous voyons ici une «nention expresse des Traditions de St. Paul, et par <!oaséquent des Traditions Apostoliques, enseignées de bouche aussi bien que par écrit, et la condamnation de ceux qui ne les observent pas également." (et plus enclore sans doute de ceux qui les méconnoissent, au point de les mettre tout à-fait de côté, tels que les teurs de ia Réforme et du 6e. article.),..." Ainsi il est évident par l'Ecriture que toutes les vérités du christianisme furent d'abord confiées aux Evêques par une Tradition orale, et qu'il leur fut ordonné de garder précieusement ce dépôt, et de le faire passer à leurs successeurs : et Ton ne trouve en aucun endroit de St. Paul et des autres Apôlres qu'ils aient eu dessein d'y mettre par écrit, soit conjointement, soit séparément, tout ce qu'ils avoient enseigné comme nécessaire au salut, et d'en faire un détail si complet qu'on ne put regarder comme tel que ce qui y étoit contenu." Ces réflexions fort justes Ttent directement contre le sixième article, et en
un désaveu non équivoque.
*^ Je ne suis nullement de ceux (l) qui admirent les
^ vastes connoissances, en fait de théologie, révélées à
^* ce dernier siècle : et je ne sache point du tout qu*on
«oitaujourd'hui plus à portée qu'on nel'étoit autrefois^
Cl) The Naked Truth, or the state of tlie primitive Churcb, by Herbert Croft, Bi<)hop of Flereford, as verily supposée! . Lord ^onier's Collection of Tracts, vol. 3, p. 329, ou Tradition, or the Xuthority of Primitive Fathers, ibid. p. 341.
te tt
Lettre IV. " de pénélrer les vérités de l'Êvangile et de ses ^' mystères ...que tous ces saints et anciens Pères de ** l'Eglise aient été plus spirituels, et par conséquent bien plus clairvoyants dans les choses spirituelles, que nous autres pauvres et charnelles créatures de ces derniers teais, est chose évidente parla vie sainte 1 aux Co- " et toute spirituelle qu'ils ont menée. V homme 14. ^ ' " animal ne reçoit point les choses qui parient de *^ reéprlt de Dleu....il ne peut même les connoitre, parce quHl faut être spirituel pour en bien juger. Or que nous soyons des créatures animales, charnelles, aveugles, cela n'est que trop, beaucoup trop visible... .11 est fort simple que les sentimens, les intentions de Jésus-Christ et de ses Apôtres aient été bien mieux connus de ceux qui vécurent tout près d'eux, que de ceux qui sont venus si long-tems après dans des siècles corrompus. La raison est '^ bonne, sans dou{e ; mais elle trouble furieusement " ceux qui, habitant au pied de la montagne, dans ^^ la vallée des ténèbres et des iniquités, sont bien ** moins à même de discerner ce que Jésus-Christ fit •^ entendre au haut du Mont Sion, que ceux qui se " trouvèrent placés à des degrés plus rapprochés du ** sommet. C'est pourquoi je tiendrai toujours à " devoir de prêter une oreille attentive^ et respectueuse " à ce que me disent ces saints hommes de la primi- " tive Eglise. Plus ils nous offrent de vertus et d'an- " tiquité,plu8 sans doute ils méritent notre déférence.*' fj^^fuîn^d^ Le savant Evêque de St. Asaph, Beveridge, après Canons de la ^yoir dit pour complaircau sixième des 39 articles, que EfUse. dans les préceptes nécessaires au salut, l'Ecriture étoit
fort claire à tous les yeux, développe ses propres sen-
ce u
ce
£T LA RÉFORMATIOK ENÛÊNERAL. 173
tlments comme il suit : **' Dans les objets de doctrine et Lettre W. ^* de discipline, si nous ne voulons ni errer ni transgresser, gardons-nous avant tout de tenir opiniâtrement à nos conceptions, à nos conjectuiies ou à celles d'autrui. Examinons plutôt ce qu*a pensé TEglise universelle, ou du moins la majeure partie *^ des Chrétiens ; et attachons- nous au sentiment qui '^ a été unanimement adopté par les Chrétiens de tous •^ les siècles. Car ainsi qu*en tout, le consenteihent " de tous est la voix de la nature, suivant Cicéron : " de même dans les questions^ le consentement de ** tous les Chrétiens doit être tenu pour la voix de TEvangile. Il y a bien des articles qui-ne se lisent point en termes précis dans les Ecritures, et qui pourtant s'en déduisent par Tassentiment universel ^^ des.Cbrétiens: par exemple, qu*il faille adorer trois personnes distinctes dans la Sainte Trinité, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit; que chacune d'elles est Dieu et qu'il n'y a pourtant qu'un seul Dieu : que ** leChrist soit Dieu et homme dans une seule et même *' personne.. .(sont-ce là des articles nécessaires au salut, ou non ?) Ces points, et d'autres semblables, ne sont pas tracés en toutes lettres dans l'un ou l'autre Testament : et néanmoins qu'ils soient fondés *^ sur tous les deux, c'est ce dont il est convenu, et l'a toujours été parmi les Chrétiens, si vous en exceptez quelques hérétiques, dont il ne faut pas plus tenir compte en religion que des monstres dans la nature* ^
" Et encore, que les enfants doivent être lavés dans "l'eau sainte du baptême....et le dimanche religieusement observé....que chaque année il faille solemiiser la passion^ la résurrection, l'ascension de Notre
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176 6UK L*éGLIS£ XSGLICASK,
.cttrtiv. " Seigneur, la descente de son Esprit-Saint^ et quKi-flUe ** l'Eglise doive être gouvernée par les Evêques, di^ is- ** tingués des Prêtres, et supérieurs à eux ; ces art' r^ides. et d'autres encore ne sont nulle part coaimand^^^s expressément dans les Saintes Ecritures: et néaicr==»moins depuis 1500 ans ils sont suivis dans la pn tique publique de rEglise....ce sont comme d( notions communes plantées dès l'origine dans *^ cœur des Chrétiens.,.dérivée8 de la Tradition d( '^ Apôtres, qui avec la foi ont propagé dans Tunivei ^* ces rits ecclésiastiques, et pour ainsi parler ces ii *^ terprétations générales de l'Evangile: autrement, il
** seroit incroyable, et même impossible qu^elles eusseicr^^ ** obtenu une telle unanimité dans tous les lieux, danC^^* *^ tous les tems et chez tous les Chrétiens." •
Parmi les partisans et les défenseurs des Tradîtîon^*^^ primitives, vous pouvez compter encore les^Thorndik€^^^> les Collier, les Bull, les Parker (Samuel), les Bramhal^^^» les Dodwels, les Waterland, etc. Enfin l'antagoniste^ ^ et le contempteur déclaré des Saints Pères, le Dr. Mid^ ^ dleton, se désole de leur trouver tant d'admirateurs c^^ de disciples parmi les docteurs de l'Eglise Anglicane^ Quoiqu'en général, dit-il, les Eglises réfofmée^^^ tiennent que l'Ecriture seule suffise, je ne sais c6m- ^^ ment il s'est fait parmi nous que nos docteurs ont toujours été portés à joindre l'autorité de la primitivi Eglise à celle de l'Ecriture ; à chercher dans 1( *^ anciens conciles des doctrines dont l'Ecriture nt " parle point, ou pas assez : d'ajouter les St. Pères aw ^^ collège des Apôtres, et en accordant les menées dons^ " les mêmes pouvoirs aux uns et aux autres (en ceci " le Docteur n'est point exact), de ranger les tradi^
ET LA RBFORMATION RN GéNBRAL. 177
• tîons pritnitives de niveau avec les préceptes Apos- l-ett»^« t toliques/XO
(1) Introductory discourse, p. 67» to a free Enquiry ioto the iraculous powers, <&c. by Conyers Middleton, principal librarian of the Universify of Cambridge, Edit,. in 4to. Londoo, 1752.
Mais que dire de ce Docteur Middleton qui, après avoir ouvert tous les monuments de la Tradition, après avoir jeté un œil curieux ^t pénétrant dans les écrits des Pères, se sent tout à coup comme saisi d'une horreur religieuse, et frémit en lui-même î Qu'y a-t-it donc vu ? Le Catholicisme, bon Dieu ! le Catholicisme en entier : 11 le dit, il le prouve; et au lieu de conclure qu'on avoit donc eu ^ort de s'élever dans la Réforme contre des dogmes, des pratiques ^vénérables, au lieu de préférer à ses indévots et turbulents ancêtres du sixième siècle, les Pères les plus voisins des Apôtres, leurs ^lus fidèles, leurs plus saints imitateurs, cet esprit bisarre et for- ^2ené prend aussitôt le change, jette là toute la Tradition, repousse floio de lui les Pères : il n'en veut plus, parce qu'il ne sauroit se isrendre à la primitive Eglise, sans renoncer à sa chère et glorieuse !S.éforaiation.
il lui étoit entré en tète, et rien sur terre ne l'en auroit fait dé« ordre; il lui étoit donc entré fortement en tête que la messe, ses utels, son sacrifice, la prière pour les morts, et par conséquent lé urgatoire, le signe de la Croix, les saintes huiles,- l'invocation es Saints, l'honneur rendu aux reliques, étoient des dogmes, des' mAsages superstitieux, idolâtres. Il (es voit pourtant dès les années primitives, il eu convient franchement. Eh bien ! ces siècles pri-> cxiilifs. Apostoliques ne seront plus pour lui que des siècles idolâtres, superstitieux; et à l'entendre, il n'aura pas moins fallu que toutes les lumières, toutes les vertus d'uu Luther, d'un' Calvin, pour dégager enfin le Christianisme de sa rouille antique, et des souillures' de son berceau. Cela ne tient-il pas du délire et du blasphème? Qui ne seroit effrayé des excès où peuvent se laisser emporter les liotKimes, même les plus instruits» une fois abandonnés à eux-mêmes ^ 4 leurs préjugés)
lX>imez-yous un moment, je vous prie, la satisfaction de raprocher ^^ Dr. Middleton de l'Evèque Croft. Celui-ci, loin d'admirer les