LETTRE VI
Nous avons reconnu que la révélation^ confiée im- Lettre vi. médiatement aux Apôtres, avoit été transmise par eux de vive voix et par écrit : que par eux, le double dépôt de TEcriture et de la Tradition avoit été remis à leurs disciples, pour passer de main en main et d'âge en âge à leurs successeurs, dont la charge seroit d'y chercher exclusivement et non ailleurs les articles de la doctrine chrétienne; et le privilège de les en déduire, sans risquer jamais collectivement de s'égarer. Notfs avons reconnu que le devoir et l'obligation des fidèles étoient de se soumettre aux instructions uniformes qu'ils en reçevroient, et que la croyance du Catholique habile ou ignorant reposoit avec une égale solidité sur l'enseignement du corps épiscopal uni à son chef. Nous avons reconnu enfin que cet enseignement infaillible nous étoit surtout manifesté dans les décrets solennels acceptés universellement par les Ëvêques de la catho^ licite. D'oii il suit que nous admettons sans balftncer pour articles de foi tous ceux que l'Eglise nous enseigne et nous propose comme tels et comme révélés.
Ainsi nous croyons et nous confessons comme de ^oi la divinité de Jésus-Christ^ définie contre Arius dans le grand Concile de Nicée; la divinité du Saint- Ams^s. lEsprit enseignée contre Macédonius par lo Concile (£!cuménique de Constantinople. Nous croyons de ^^'^^'
SOS êVR LJBGLIS£ A^GLICANJB^
^^^^^ ^^' foi que le St. Esprit procède du Père et du Fils, parles
décisions données successivement contre les Grecs
Aa. 1215,1274, dans les Conciles généraux de Latran. de Lyon, et de
Florence. Nous croyons de foi Tunité de personne en An. 431. Jésus-Christ, avec le Concile général d'Ephèse, tenu contre Nestorius; et avec le même Concile nous proclamons la Vierge Marie, mère de Dieu. Par celui i^45i. de Calcédoine contre Entichés, nous croyons de foi les deux natures, humaine et divine «unies et non confondues dans la personne de Notre Sauveur. Le péché originel, nié au cinquième siècle par Pelage^ nous le croyons de foi sur l'enseignement de plusieurs conciles du même siècle, sur la constitution du Pape Zozime, universellement acceptée de tous les Evêques^ àr Texception de dix-huit déposés pour ce fait; sur le 1er et le 4e canon du Concile général d'Ephèse et depuis sur les décrets du Concile de Trente. Guidés par ces hautes autorités nous croyons de foi la nécessité du baptême pour effacer en nous cette tache mystérieuse, et ouvrir le ciel à la race malheureuse du coupable Adam.
Jusqu'ici, Monsieur, vous êtes d'accord avec nous sur ces diflférenls points de doctrine. Vos Réformateurs les ont respectés ; ils les ont trouvés trop fortement empreints dans leur propre conscience, trop (oOr cièrement enracinés dans l'esprit des peuples, po^^ - -songer à y porter atteinte. Toutefois ils en ont 3-^^ assez pour donner à d'autres plus d'audace, et appre^' dre bientôt aux Sociniens qu'on pouvoit hardime^ lencore s'en prendre à ces vérités fondamentales c^^ christianisme. Le droit de juger une foib donn^ ^ ^ous, il n'est plus rien de sacré^ rien d'inébranlable^ ri^^ÇJ l^ui puisse tenir debout.
ET LA REFORMATIOK BN GBNÂllAL. 803
Grâces au ciel, on n*est point allé si loin dans votre LettueVi; Eglise. On a continué d'y croire et d'y enseigner les dogmes que j'ai nommés et quelques autres qui y tiennent. Observez pourtant la différence dont on les croit dans votre communion et dans la nôtre. Le principe de l'Eglise Anglicane est de n'admettre comme révélé et nécessaire à salut que les dogmes qui se lisent dans l'Ecriture ou s'en peuvent tirer par bonnes conséquences. Or à présent. Monsieur, parlez-moi, je vous prie, avec franchise : ces dogmes que vous croyez essentiels, les avez-vous pris dans .l'Ecriture? avezvous examiné, approfondi le texte sacré ? avez vous comparé les passages entre eux ? Non que je doute assurément qu'avec la pénétration, la justesse d'esprit que je vous i^Dnnois, vous n'eussiez de vous-même reconnu la vérité de ces dogmes dans les passages de rEIcriture où ils sont établis. Mais cet examen, cette discussion, vous n'y êtes jamais entré, je le sais. Le genre d'affaires dont vous avez été tout occupé, ne vous a donné ni le tems ni la liberté, ni même le goût de vous jeter dans ces recherches théologiques. Vous croyez simplement sur les instructions que vous avez reçues de vos parens, de vos maîtres, qui de même les avoient reçues des leurs, et ainsi de suite en remontant à l'époque de la Réforme. Votre croyance et celle de vos compatriotes en général n'a donc en dernière analyse pour appui, que l'autorité de vos Réformateurs, qui ne s'en, sont jamais prétendu aucune infaillible, et s'en sont même très positivement défendus. Voyez où vous en êtes, et combio«i votre foi, votre salut se trouvent avanturés sur une autorité toute humaine^ e); djès lors chancelante^ caduque et fautive. Mais le
ittpe VI.
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Catholique imbu de la promesse^ convaincu que Jésus- Christ qui a parlé par ses Apôtres, parlera toujours par leurs successeurs, certain qu'il ne peut s'égarer sur les pas des guides qu'il lui est ordonné de suivre, se sent ferme dans sa foi, dans son salut. Il sait que Tun et l'antre sont appuyés sur l'Eglise, comme sur le roc inébranlable, aux pieds duquel viendront éter* neliement se briser les efforts de l'enfer.
Instruit par la même autorité, le Catholique admet au nombre des articles de foi et des mystères révélés, celui du plus auguste des sacremens, l'Eucharistie, sous chacune des espèces du pain et du vin, dont la substance n'est plus; il adore Jésus-Christ voilé, mai présent et tout entier. Il sait, ou peut aisément savoir qu'au jour où pour la première fois cettè\îroyance fu attaquée dans l'onzième siècle par Bérenger, un cri d'in dignation s'éleva de toute part contre lui, que la foi an tique fiit maintenue par les docteurs de la chrétiennetéy ^ -, entre autres par le savant Archevêque de Cantorbéry "W Lancfranc,et définie unanimement par plusieurs concilesj comme elle Ta été depuis dans celui de Trente. Ici malheureusement la lice se rouvre entre les sociétés Protestantes et l'Eglise Catholique ; et nous allonî nous retrouver aux prises, dès qu'il a plu à vos ancêtrès, après s'être accordés avec nous sur tous les autre! mystères, de nous abandonner et de nous attaquer sui celui-ci. Votre convocation de 1562 n'a voit pas, poui l'épargner, les mêmes raisons qui lui avoient fait respecter les premiers. Dès le récrie d'Edward VI, leî opinions de Zwingle avoient été accréditées; elleî avoient fait de tristes progrès dans votre patrie, et voî nouveaux Evêques eux-mêmes n'avoient pu s'en sauver
£T LA K£FORMATlON EN GENERAL. 305
à leur article 28e ils s'élèvent' brusquement contre la Lettre VI, Transubstantiation^ rejettent en même tems le culte, Tadoration rendus à Jésus-Christ dans son sacrement, comme contraires au texte des Ecritures et à l'institution de r Eucharistie.
Quant à la présence réelle, que nous devons envisager comme le grand article^ le point principal du mystère, ils se montrent plus réservés : ils ne disent point ouvertement ni qu'il faille l'admettre, ni qu'on Joive la rejeter ; ils se servent d'expressions qui semblent se prêter à l'un et à l'autre de ces sentimens» On voit qu'ils avoient également peur d'effaroucher ceux ^qui tenoient encore en grand nombre à la présence réelle, et ceux qui n'en vouloient plus. M. Buraet, avec une franchise plus qu^ordinaire, et sa justesse d'esprit accoutumée, admire cette adroite délicatesse de la convocation. Il se complaît à nous faire remar-
quer que l'article fut couché de manière à ce que chacun y trouvant son compte, tous en fussent plus facilement attirés, et vinssent ainsi grossir l'Eglise naissante. Qu'une insidieuse et foible politique s'y prenne de la sorte, à la bonne heure; cette méthode astucieuse peut servir les vues et l'intérêt du moment. Mais s'accordet-elle avec une religion éternelle et divine.- n'est-elle pas indigne du 'caractère épiscopal? la foi ne connut jamais ces tempéramens, ce vague, cette indécision. Elle est franche; sa marche est droite, son langage simple, précis et décidé. Elle ne transige point avec l'erreur, parce qu'elle ne sauroit s'allier avec elle. Au reste, ces ménagemens politiques de vos lords spirituels déceloient assez le fond de leurs pensées, et il fallut être bien borné pour se laisser méprendre à leurs pitoyablejT
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•oreVK artifices. Car enfin, si tous ou lar plupart, avoieat cru la présence réelle, ils auroient tenu à devoir, à honoeur d'en faire une haute pro^ssion, de prémunir leur» ouailles contre Thérésie, en condamnant avec une vigueur sacerdotale les opinions Zwingliennes. Us n*y croyoient donc point pour la plupart : Leur réserve, leur silence Tattestent. Mais dès-lors, que ne la condamnoient-ils ouvertement ? Que signifient cet embarras^ ces pièges, ces réticences concertées ? Reconnoissez ici Monsieur, la marche inévitable de Terreur. De tout^at tems elle s*est montrée timide, insidieuse au début, e toujours ses premiers pas ont été mal assurés.
Je serois en droit de me refuser à toute discussio ultérieure, et de vous renvoyer sur TËucharistie, comoa sur tous les autres articles de la foi, aux ji:^mens qu^ ^i en ont été portés par l'Eglise. J'ai établi son autorité z. ; j'ai montré qu'elle la tenoi{ de son divin fondateur: ; qu'au moment de quitter la terre, il l'avoit léguée à Apôtres, et dans leurs personnes à ceux qui leur suc*cédroient dans le ministère; qu'il n'avoit cessé d'en seigner par leur organe, et continueroit jusqu'à la fin monde d enseigner par celui de leurs successeurs ; qu' conséquence l'enseignement de l'Eglise sera toujours l'abri de l'erreur; ou'en l'écoutant, c'est Jésus-Chris^^ ^^ qu'on écoute, qu'en la méprisant, c'est Jésus-Chris*^-^^ qu'on méprise. Vous en avez vu les preuves: elle^ — ' vous ont paru convaincantes. Que si l'iaipression qu'elles avoient faites sur vous, s'est aâfoiblie,* relisez les; soumettez-les, si vous le voulez, à un nouv examen. Mais quand une fois on est^ pénétré leur solidité, il n'y a plus à balancer. La décisi a été portée,- tout est dit ; il ne reste qu'à l'accepter
ET LA RiFORMilTlON EN okhàMAU StOf
fy soumettre. Cette méthode simple et en même ^tettrevr. tem« certaine abrège pour tout Catholique savant oo ignorant, les difficultés interminables dans les sociétés Protestantes.
Mais les raisonnemens que vous avez souvent entendu opposer à la croyance des Catholiques sur ce iiïjrstère, ceux que vous avez lus dans les écrits de vos locteurs ont fait sur vous une impression profonde : iU ^viennent souvent à votre esprit, et y balancent, dites- ^ous, la force de l'induction générale tirée d'une autoite infaillible. Êh bien ! Monsieur^ je consens d'enrer avec vous dons le fonds de cette controversé ; je n'engage à vous justifier les décrets de l'Eglise sur 'Eucharistie, à vous montrer (eur conformité avec la loctrine de Jésus-Christ. Je la vois d'avance dans lonte son étendue; je* l'aperçois d'un seul trait avec ?Dotes ses preuves devant mes yeux. Si seulement je poUvois la retracer avec la même rapidité devant les irôtres ! Mais la discussion sera nécessairement longue: il faut vous y résigner. Le repos de votre esprit l'exige : le sujet est de toute importance. Je craindroîs aussi que mon silence ne vons parût un aveu tacite de la foiblesse de ma cause ; et ye ne dois pas laisser à vos docteurs cette sorte davantage dans votre esprit.
Avant de commencer le développement des preuves, il est bon d'écarter certaines difficultés générales qui pourroient en diminuer l'eflfet. Ces difficultés naissent chez les uns, de notions fausses que se figure une imagination surprise; chez les autres^ de raisons spécieuses qui leur semblent démontrer l'impossibilité physique de la présence réelle. Les premiers- s'in* dignent à Vïdée seule de% conséquences qu'ils se
An 334.
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l-«*trtVi. croiroient obligés d'admettre. Si Jésus-Christ étcSt réellement présent dans rEucharistie, il se seroit donc, disent-ils, abandonné à la merci des pervers, il se seroit remis lui-même dans la main de ses créatures, en leur donnant le pouvoir de faire subir à son corps adorable les dernières indignités, de le jeter aux ani- " maux, de le traîner dans la fange, ou de le fouler soqs les pieds ? Mais d'abord ces Messieurs ne réfléchissent point qu'on feroit de pareilles objections contre la présence de Dieu qu'ils admettent dans l'univers. Ils répondront sans doute que Dieu n'est point préseot dans tous les lieux en substance, comme nous le disons de l'Eucharistie, mais uniquement par sa science i finie, et par l'action d'une puissance illimitée. L'a servation est juste, et pourtant les objections n' reviennent pas moins, ^ar ne paroît-il pas indig de la Majesté Suprême, que son œil pu;* et immor soit ouvert à toutes les scènes d'horreur et de bauches ? Que des représentations, des œuvres pleir& de ridicules ou de turpitudes, des images dégoûtantes infâmes trouvent place dans les conceptions divines aillent se réfléchir dans l'intelligence incréée r Loin dô nous cependant de semblables illusions. Dieu voit tous les forfaits, et son regard n'en est point souillé; i» les connoît, et la pureté de son essence n'en est poiot altérée, (l) Gardons-nous également de croire que \^
(1) St. Pierre Chrysologïic, Archevêque de R avenues, parlant ^* ]a feriime qui s'approcha doucement derrière Notre Seigneur, touclia la frange de sa robe, comme pour lui dérober la vertu la guérir du flux de sang dont eUe étoit travaillée depuis doute • krinon35. fait la réflexion suivante: "Elle savoit que la divinité ne puu
de
-profanations exercées sur une hostie consacrée, puissent Lettre vi. toucher et affecter la personne de Jésus-Christ. Le seul droit qu*il ait accordé à ses ministres sur elle, c*est de pouvoir à leur volonté la rendre présente sur les autels, et encore d*une manière qu*il ne leur a pas donné de comprendre. Les pervers peuvent à la vérité profaner les voiles sous lesquels il se couvre, les prostituer aux animaux immondes, les traîner dans la fange ou sous leurs pieds. Car il abandonne à leurs outrages insensés l'enveloppe qu*il a mise entre eux et lui,vile et commune par elle-même, il est vrai, et toutefois digne de nos respects, de notre vénération par la présence de Thôte éternel qu'elle nous cache. Là s'arrêtent leurs profanations; elles ne vont point jusqu'à son corps adorable, sur lequel il ne leur laisse aucune prise. Inaccessible à tous leurs sens, il est à Tabri de toutes leurs atteintes; et non moins impalpable qu'invisible, au milieu des plus indignés déportements, sa personne divine reste éternellement impassible et inviolable.
D'autres empruntent leurs argumens d'une métaphysique plus abstraite encore, et nous étalent d'un air triomphant leurs prétendues démonstrations de l'impossibilité qu'un même corps puisse exister en plusieurs lieux à la fois. Leur triomphe sana contredit seroit
«« être ni flétrie par le tact, ni blessée par la vue, ni offensée par
« roiieur, ni lésée par l'ouie, ni souillée par les pensées humaines.
'< Car si le scleil touche les ordures par ses rayons, sans en. être
** souillé hiimème, à combien plus 'forte raison, le Créateur du
** soleil peut-il toucher quoi que ce soit, sans en contmcter la
" moindre souillure ?"