V.59. L'Evangéliste remarque, comme s'il avoit voulu
donner à son rçcit une plus grande authenticité, que cet entretien se passa dans la ville de Capharnaûm, en pleine Synagogne, où la multitude s'étoit assemblée autour de Jésus. Après le soin qu'il avoit pris de répéter et d'affirmer si souvent^ comme nous l'avons
ET LA REFORMATION ÏN v<;^éNêRÀL. 22f
entendu, la réalité de la manducatîon, il semble que ^-•ttre'^^ tous ses auditeurs eussent dû revenir de leur première opposition, et croire unanimement à ses paroles; triste et lamentable exemple de la foiblesse, de Torgueil et de l'aveuglement de l'esprit humain 1 L'in-<crédulité, loin de se rendre aux affirmations réitérées, s'en irrite. Ce n'est plus seulement dans le peuple qu'elle se déclare: elle a passé jusqu'aux disciples: ** Que ce discours est dur, et qui peut l'écouter ?" v. 60* dirent plusieurs d'entre eux. Jésus, qui lisoit dans leur âme, se retourne vers eux et leur dit : ^^ Cela vou» " scandalise? Et que sera-ce, quand vous verrez le *^ fils de l'homme monlet -^ '' Mr^\^ auparavant?"^ Pesons bien ces paroles : celles qui sortent d'une telle bouche ne sauroient jamais l'être assez. Si vous vous choquez, si vous vous scandalisez de ce que je vous dis, que je vous donnerai ma chair à manger, mainte^ nant qu'elle est sur, la terre et devant vos yeux, com*" bien n'en serez-vous pas plus scandalisés, quand vous la verrez monter au ciel et disparoître à votre vue ? Si cette luanducation vous semble incroyable, à présent que vous voyez mon corps, combien ne vous le semblera -t-el le pas davantage quand vous ne le verrez plus î Sa doctrine étoitdonc telle qu'après son ascension^ elle présenteroit plus de difficultés pour être comprise qu'auparavant. J'en conclus que sa doctrine n'étoit point celle que les Réformés lui attribuent. Car il ne pouvoit pas devenir plus difficile aux disciples de eompren:' dre une manducation spirituelle et figurée après qu'avant son ascension ; il ne pouvoit pas leur faire plus de peine de s'unir à leur maître comme Sauveur et comme Dieu, quand ils le croiroient à la droite de ,
2Q8 SUR L*àGhlBE ASGUCÀVR,
urtttVl. 9^ Père, que quand ils le voyoient au milieu d'eux. Loin même que leur foi dût trouver une difficulté de plus à l'atteindre dans le ciel que sur la terre^ au con* traire elle en devoit trouver beaucoup moins. Car Pascension est une des preuves les plus éclatantes de sa divinité^ et rien n'étoit plus fait pour enlever les cœun et enflammer la foi des disciples que le majestueux et ravissant spectacle de ce prodige. Il devoit donc leur devenir plus facile après de croire à Jésus-Christ, éû se repattre de son souvenir en prenant les gages de ^n amour, des*y attacher à lui par la pensée^ de l'em*brasser par la foi comme Rédempteur et comme Uieu. Mais dans le dogme catholique de la manducation réelle, Téloignement de sa personne, Tabsense de son corps visible et naturel dévoient être pour les disciples tine nouvelle difficulté d'ajouter foi au mystère. Et cela est si vrai, que vos théologiens partent du fait de l'ascension pour raisonner contre la présence réelle^ et qu*ils nous répètent sans cesse qu'il y a aussi loin de toos autels à son corps, que de la terre au cieL Aveugles ! qui ne s'aperçoivent point que, contre leur inten» tion, ce raisonnement tourne précisément à j'appui de notre doctrine, en lui donnant le caractère même que Jésus-Christ lui assigne ici, celui de paroître plus inconcevable après son ascension.
En l'annonçant à ses disciples, il leur insinuoit et leur dpnnoit assez à comprendre, que dans la manducation de sa chair il n'y auroit rien poui* les sens, comme ils se l'étoient figuré ; et que sa présence n*y seroit ni palpable ni visible^ puisque selon cette présence naturelle, ils le verroient disparoître et s'élever dans tes cieux. Il les avertissoit encore quUls ne de-
ET LA ftiFOUf ATION XN oévéRAL. 209
voient pad juger de son corps^ comme des autres corps J^tpf^ Vf. humains, incapables par eux-mêmes d'un essor senr^ blable : que le sien devoit être d'une teempe divine, sa chair celle du fils de Dieu à laquelle il pouvoit ità^ primer une vertu toute-puissante et qu'il sauroit biea convertir dans un état surnaturel. Remarquez encore^ je vous prie, qu'il ne se contente pas de leur dire qu'ils le verront monter au ciel, mais bien, monter oà il était auparavant. C'étoit les frapper de sa Divinité; Et pourquoi ? si ce n'est pour fbnder sur ce motif trans-^ cendantet souverain la foi qu'il exigeoit d'eux et qu'îb refusoient à ses paroles. Or le sens figuré que voua leur prêtez est si facile^ si près de nos idées que, ni les disciples ne s'y seroient jamais refusés, ni Jésus-Christ n'auroit point eu besoin de rappeler sa Divinité pour en arracher la croyance. Ce sens ne peut donc pas être absolument celui de ses paroles : le seul qu'il soit possible de leur donner est donc celui de la réalité.
Vos théologiens ont imaginé que le verset suivant ramenoit au sens spirituel et figuré tout le discours qu'avoit tenu Notre Seigneur. Vous allez en ju^r:
C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne profite de rien: v.ea. les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.** Nous avons déjà prouvé que les paroles que Jésus-Cbrist avoit dites étoient décisives pour la réalité. Celles-ci ne peuvent donc pas leur donner le sens de la figure ; . •
car il seroit absurde de supposer que Notre Seigneur enseignât à la fois ou tour -à-tour dans le même dis-i cours et sur le mêifne sujet deux sens aussi opposés que le sont la réalité et la figure. Voici une seconde caison plus péremptoire encore. Si Jésus-Christ avoit fini par assurer que tout ce qu'il venoit de dire ne se de-*
ia 3
et
es?
il30 " 8UR L*i6LIS£ ANGLICÀVE^ ,
UttrtVi. voit entendre que dans un sens figuré, il est évident P^ que, et les Juifs qui s'étoient écriés contre la manduca- ^^^ tion réellcj et les disciples qui Tavoient trouvée d'une **?^ dureté insoutenable, se seroient aussitôt réconciliés à m doctrine, et attachés plus tendrement à leur oiattre. '^ V.66. Ilg s'éloignèrent pourtant de lui, même sur ces dernières
paroles, et ne le suivirent plus. Leur défection subsé- ■'^^^ quente prouve que les disciples ne virent dans ces ^ ^ paroles aucune explication dans le sens figuré, et que i
i^ Il
Notre Seigneur n'y en mit aucune de ce genre, puisqu'il ne l'auroit mise que pour eux, pour les désabuser et les retenir auprès de sa personne.
Que si vous me demandez la signification de ces V inôts : *' La chair ne profite de rien ; c'est Tesprit ^^ qui vivifie," voici celle qui s'accorde le mieux av€C ce qui précède et ce qui suit dans le discours de Not.ie Sauveur. On sait que dans le style de l'Ecriture, so vivent /a chair signifie les sens corporels, ou la rais^^ eharnelle et corrompue de l'homme : l'esprit, la grâ.^ de Dieu, l'inspiration du St. Esprit. Ainsi Not^^
Mat i6,v.i7. Seigneur dit à Pierre: '• La chair et le sang "«^^ ^* vous ont point révélé ce que vous venez ^^ *^ confesser, mais mon Père qui est dans le ciel -
C8.V.1. Ainsi St. Paul dit aux Romains: " Que les chr^- ^* tiens marchent selon l'esprit et non selon la chai ^* '
CSjT.so. Il détaille aux Calâtes les œuvres de la chair et celf^« de t esprit. Dans ces passages et dans d'autres l'esprit et la chair sont pris dans le sens que j'ai exposé : ils le sont de même au verset que nous examinons. Notre Seigneur a donc dit que la chair, q'est-à-dire, les sens ou la raison corrompue de l'homme ne profite de rien pour découvrir et croire ce qu'il avoit annoncé. , p'est toujours cette réalité de la manducation sur l
BT LA EKrOUIATIOH EN GJ3NBRAL* 33 1
liqneOe il avoit tant insisté, dont il déclare ici qu*on i^^tit VL KpoaToit juger par la chair ou par une raison cbaraelle qui n*y profite de rien, et qu*elle ne pouvoit être diKemée ni crue que par tesprit vivifiant^ c'est-à-dire^ pir la grâce et les lumières de Dieu. Aussi^ ajoute-t-il w-Ie-champ: *' Mais il y en a parmi vous qui ne v.63. ^ croient point. . . • c*est pour cela que je vous ai dit *^ que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui a pas ^ été donné par mon Père.*' A peu près comme il dit v.64. i St. Pierre qui venoit de confesser sa divinité : '^ La ^' chair et le sang ne vous ont point fait connoître ces '* choses, mais mon Père céleste.'* C*est qu en eflfet 'a foi est un don du ciel ; et que pour être plus frappe les preuves, sur lesquelles porte la crédibilité des Mystères, que des difiicultés que les sens leur opposent, il faut le secours d'en haut, les lumières et l'inipiration du St. Esprit. Suivant l'exposition que je iriens de vous faire, tout est suivi, tout est lié, tout se tient et s'accorde dans le discours de Notre Sei* gneur. (l)
Avez-vous remarqué. Monsieur, ces paroles : " C'est ' ^^ pour cela (parce qu'ils ne croyoient pas) que je ^' vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ** ne lui a pas été donné par mon Père." C'est-à-dire, qu'il falloit un secours, une grâce particulière du ciel pour croire à la manducation qu'il annonçoit. Ce n'étoit donc point celle qu'on reconnott dans votre
(1) Spirittis est qui vivificat, caro non prodest quidquam: <]uod indicat i&ta Spiritûs sancti auxilio intelligi oportere. Carnem eniro. boc est ratiouera liumanam io hisce divinîs rebas nihil prodesse, hoc est caligare et ineptire. — Centur. Lutheran. ceiit* i . c. 4. col. 167.
Cl4
à$» «UR L'ÉGLISB ANGUOAMfE, ^ ^
UttnVi. communion^ si naturelle, si conforme à nos Mées, qu'elle ne présente pas même Tombre d'un mystère, et qu'elle n'exige pour la croire, aucun effort sur notre esprit, bien moins encore aucun secours particulier de la grâce.
Les mots qui précèdent immédiatement nous offrent aussi une réflexion que je ne dois pas laisser échapper : *^ Mais il y en a parmi vous qui ne 'croient pas." D'où vient C!B reproche d'incrédulité? Sur quoi peut-il porter? Demandez-le, s'il vous plaît, à vos théologiens : vous verrez leur embarras ou plutôt leur impuissance à donner à votre question une réponse satisfaisante. De quoi s'étoient-ils rebutés, ces disciples ? Que refusoieinit-ilç de croire? Ce n'étoit point quelques expressions trop fortes dont Notre {Seigneur s'étoit servi j car alors il les auroit adoucies : et puis un reproche d'incrédulité tombe sur les choses et non sur les expressions. Ce n'étoit point non plus la manducation jsu sens ^guré, trop sitnple pour qu'il fût possible d'y balancer un instant : c'étoit donc kt réalité qu'Us ne youloient point absolument admettre. Mais, dans les ,* principes de vos théologiens, cela ne méri'toit nul reproche. Ces disciples la jugeoiçnt impossible : vos Messieurs la jugent-ils autrement ? Et suivant eux, ces disciples, en s'y refusant, ne rejetpient-ils point ce que ceux-là dévoient rejeter ? Ne croyoient-ils pas ce que cei)x-là dévoient croire, en la tenant pour impossible ? ils ne pouyoient donc mériter aucun reproche ; et c'est Jésus-Christ (qu-il nous pardonne !), c'est Jésus-Christ qui avpit tort de leur en faire. y. 66. ^^ Depuis pe tems plusieurs de ses disciples se re-
ff tirèrent et ne voulurent plus le suivre.'* Interrogez
£T LA EiFORMATIOH EN GéNJBRAL. 933
encore ici les plus habiles de vos ministres : detnandez- uttre vi, leur pourquoi ces disciples abandonnent leur Maître r Vous n en tirerez jamais une réponse solide, je vous le garantis. Ils vous diront toujours, et ils n'ont rien de plus à dire, que ces disciples s'étoient laissé rebuter à des ex})ressions qui leur sembloient emporter la réalité de la manducation, que dans le fonds Notre Seigaeur ne leur avoit proposée qu'en figure. Mais lui qui voyoit dans l'intérieur, il auroit connu survie-* champ leur méprise :/et pour la faire disparoitre il lui suffisoit de ce mot: '^ Quand j'ai parlé de vou» ** donner ma chair à manger, je n'ai prétendu vous en ^' donner que le signe et la figure, et vous dire qu'en les prenant, vous vous uniriez à ma chair par la toi : et n'y êtes- vous pas déjà unis ainsi, vous qui êtes ^^ mes disciples ?" Et ils seroient tombés à ses pieds ; et ils ne l'auroient jamais quitté. En vérité c'est s'abuser soi-même que d'expliquer cette funeste séparation par un simple mal entendu, dont les hommes sont susceptibles entre eux, parce qu'ils ne lisent point dans l'âme les uns des autres, mais entièrment inadroisible entre ces disciples et Jésus-Christ qui pénétroit à découvert ce qui se passoit dans leurs pensées. Considérez leur défection : cherchez-y un motif aussi long-tems qu'il Vous plaira ; vous ne le trouverez que dans l'incompréhensibilité du mystère? En vain Jésus-Christ kur rappela-til sa mission céleste, sa divi* nité et les miracles qui attestoient l'une et l'autre : rien ne peut les persuader ; ni l'admiration pour sa personne, ni les œuvres d'une puissance. qui commande à la nature, ni les bienfaits reçus, ni ceux qu'ils avoient droit d'attendre, ne peuvent lei^r faire sqrmonter la repu?
^34 ' SUR L*iGLIS£ ANGUCANE^
i>itrevi. gnance de cette manducation' réelle. Ils s'obstinent à la juger par la chailTy par les sens corporels^ par une raison bornée et corrompue. lis la jugent impossible, ne veulent plus en entendre parler, ils se retirent. Hélas! trop souvent depuis, cette malheureuse défection s*est renouvelée dans le monde. Combien la même répugnance à croire au même mystère n*a-t-il point fait perdre d'enfans à TEglise ? Combien au tems de la Réforme, ne sont pas sortis de son sein, et depuis cette époque, combien n*ont point été et ne se sont pas encore détournés d*y rentrer par la même difficulté d'embrasser ce dogme incompréhensible? Ainsi le même effet qu'il a produit, en s'annonçant pour la première fois dans le monde, il le reproduit encore de nos jours : Téloignement qu'il a donné à plusieurs disciples pour Jéwsus-Christ, il le redonne encore à des chrétiens pour son Eglise.
Au moment oii Notre Sauveur se voit abandonné par plusieurs de ses disciples, il aperçoit ses Apôtres qui, suspendus peut-être entre Tautoritéde leur maître et rincompréhensibilité de sa doctrine, se tenoieut humblement en silence. Mais lui, voulant s'assurer de leur attachement et de leur foi, dit aux douze:
V. 67, et 68. " Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Mais " Simon Pierre lui répondit: Seigneur! à qui irions- *' nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle : *^ nous croyons et nous savons que vous êtes le Christ, " le fils du Dieu vivant." Si les Apôtres donnoient ici pour motif de leur persévérance qu'ils avoient pris les paroles de Jésus-Christ dans le sens figuré, et qu'ils comprenoient bien que manger sa chair et boire son sang signifioit s'unir intimement à lui par la foi^ on
£T LA r£fORMATION ÈU G£N£RAL. SS5
seroît alors en droit de conclure que les disciples lett^Vi. avoient pris les mêmes paroles dans un sens trop littéral. Bien loin que les Apôtres expriment quelque chose de pareil, il est visible par leur réponse qu'ils en avoient conclu la réalité de la manducation^ ainsi que les disciples ; mais que plus confiants et moins disposés à juger par la chair que par t esprit ^ en correspondant mieux à la grâce^ ils s'en remettoient au Seigneur sur la manière dont il accompliroit sa promesse, quoiqu'ils n'en pussent concevoir ou imaginer aucune. Ils crurent ce qu'ils ne comprenoient points mais ce que Jésus-Christ leur avoit positivement dit et redit de croire : ils crurent, parce que les paroles de la vérité et de la vie éternelle étant dans sa bouche, il ne pouvoit ni se tromper lui-même ni les tromper : Us crurent, parce qu'ils le connoissoient pour fils du Dieu vivant, pour le Christ, puisss^nt pour opérer au-delà de ce que la raison humaine sauroit atteindre et concevoir : voilà leurs motifs. Evidemment le sens facile de la figure n'en auroit exigé aucune de cette force. II. y avoit donc pour eux de l'incompréhensible dans les paroles du Sauveur, ils y trouvoient le mystère inéfiable que nous y trouvons : et les motifs sur lesquels ils fondèrent leur croyance sont absolument les mêmes et les seuls dont l'Eglise Catholique a toujours appuyé Ja sienne.
Jetons, si vous le voulez, un coup-d'œil rapide sur les raissonnemens que nous avons développés dans l'examen de ce chapitre.
l"". Jésus-Christ commence par rappeler les grands motifs qui doivent convaincre ses auditeurs de l'obligati on d'ajouter foi à toutes ses paroles. Dope il a quelr
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ÙS6 SUR L*£GLISS ANftUeANC^
M^'^^ que chose à lair proposer qui sera en soi-même fort difficile à croire.
2^. Jésus-Christ en vient à sa proposition et dit: qu*il es ' le pain vivifiant, que le pain qu*il leur donnera à manger, c*est sa chair, la même quHl donnera pour la vie du monde : Les^ Juifs entendent le sens naturel de ces mots, et le rejettent, parce que la manducation de sa chair leur paroît impossible : donc ils ont entendu ses paroles d*une manducation véritable.
3°. La manière charnelle dont ils se représentoient cette manducation,' en suppose évidemment la réalité, et en exclut non moins évidemment la figure. Donc G*est la réalité qu'ils ont comprise.
4^. S'ils s'étoient trompes en comprenant la réalité, Notre Seigneur les auroit désabusés à Tinslant. Mais loin de les désabuser, en s'expliquant dans un sens figuré, il reprend sa première proposition^ la répète six fois de suite avec des expressions toujours plus fortes pour la réalité, et même avec serment. Donc il avoit en vue la réalité et il vouloit qu'on y ajoutât foi.
5*. Plusieurs disciples s'effarouchèrent des paroles qu'ils venoient d'entendre Notre Seigneur prononcer dans six versets consécutifs, et les déclarent d'une dureté intolérable. Donc elles portoient le sens de la réalité, incompréhensible à l'esprit humain, et non le sens delà figure, si conforme à nos idées.
6°. Au lieu d'adoucir les expressions qui aliénoient les disciples, Jésus leur déclare que s'ils se scandalisent à présent, ils se scandaliseront bien davantage quand ils le verront monter où il étoit auparavant ; c'est-àdire, que sa doctrine leur paroît ra plus incroyable après qu'avant son ascension. Qt la mandiication figurée
£T LA r£fORMATI0N BK CÉNBRAL. 33/
devient encore plus facile à croire après Tascension^ et la i^tm ¥f. réelle en paroit plus incroyable. Ce n'est donc pas la première, mais la seconde qui avoit été annoncée.
7^- Jésus, qui ne fait jamais aux disciples le reproche de n'avoir pas entendu le sens de son discours, leur feit ici celui de ne pas croire. Or le reproche de ne pas croire, ne peut tomber que sur la réalité. Donc il avoit annoncé la réalité dans son discours.
8°. Jésus leur reproche *dè ne pas croire à cette réalité. Donc ils avoiént tort, et vous plus encore après eux, de la prononcer insoutenable,^ Les Juifs et les disciples jugeoient sainement, suivant vous, en jugeant cette manducation impossible. Donc votre jugement^ comme celui des Juifs et des disçiplep, est en opposition directe avec cçlui de Jésus-Christ. Et vous êtes égale* ment condamnés ensemble.
9^. Jésus déclare ici que nul ne peut croire en lui, touchant cette mandttcation, s'il n'en a reçu la grâce par son Père. Or pour croire une manducation figurée, il n'est besoin d'aucune grâce, puisqu'il n'est besoin d'aucune effort : donc il ne parloit point de cette espèce de manducation.
10^. La doctrine de Notre Sauveur sur la manduca* tion est telle, qu'elle empêcha beaucoup de Juifs de croire en lui, et porta plusieurs disciples à l'abandonner. Or la doctrine de l'Eglise Catholique sur ce point est telle aussi qu'elle empêche plusieurs chrétiens de se réunir à sa croyance, et qu'elle a porté plusieurs de ses enfans à la quitter: tandis que la doctrine des Ré-^ formés, quelle que soit la force des expressions dont ils exposent la Sainte Cène, n'a jamais engagé personne à les quitter ni empêché qui que ce fût de se
3S8 SUR L BGLISE ANGLICANE^
1^*^ VI. réunir à eux. Donc la doctrine des Réformés sur cette manducation n*a point les caractères de la doctrine de Notre Sauveur, tandis que celle de TEglise Catiiolique les a tous : donc la foi catholique est la doctrine de Notre Sauveur.
11^ Les disciples s'éloignent de leur maître, plutôt que de croire ; les Apôtres s*y attachent en fondant leur croyance sur sa divinité et sur son pouvoir souverain. Or les premiers n*auroient jamais abandonné un tel maître pour ne pas croire une chose si simple qu*uDe manducation figurée : et les seconds n'auroient point eu besoin, pour la croire, de se rappeler sa toute-puissance et sa Divinité. Donc ni les uns ni les autres n'ont entendu cette manducation dans un sens figuré : donc celui de la réalité est le sens unique, qui puisse expliquer à la fois la conduite opposée de ces disciples et des Apôtres.
En terminant cet article, permettez-moi. Monsieur, de vous adresser une dernière réflexion. Je ne sais quelle impression aura fait sur vous ce contraste entre les Apôtres d'une part, les Juifs et plusieurs disciples de Tautre. Changez les tems et les noms, et vous y voyez l'histoire de l'opposition qui existe entre ceux de votre communion et nous. Je sens à regret tout ce qu'ils trouveront d'odieux dans ce rapprochement. Je les supplie de me le pardonner : il m'est encore plus pénible d'avoir à leur dire des vérités dures, qu'à eux de les entendre. Rien ne m'y auroit jamais déterminé que l'espoir de leur être utile, même en leur déplaisant. Il faut donc ici rouvrir un instant devant vous et devant eux la scène de Capharnaûm, afin que vous en saisissiez l'application frappante aux fauteurs de votre
Réforme. Ils l'ont renouvelée et la copient journelle- Lettre vi. ment avec tant de fidélité que vous les verrez jouer les mêmes personnages^ les mêmes rôles que les. Juifs et les disciples, emprunter leur langage, imiter leurs actions, leurs gestes, et pousser la ressemblance jusqu'au dénouement. En effet quand nous leur disons que Jésus Christ est le pain vivifiant descendu du ciel : que le pain qu^il nous a donné à manger est sa propre chair, la même quHl nous a donnée pour la vie du monde, ils se soulèvent à cette seule proposition, la même présisément qui dans la bouche de Jésus- Christ mit les Juifs en révolte. Comme eux, ils nous donnent mille signes d'impatience, de dédain, de mépris : ils nous traitent d'insensés et d'absurdes ; notre doctrine d'impossible, d'extravagante, et nous reproduisent ainsi sous mille formes injurieuses là brusque exclamation des Juifs : ^^ Comment cet homme pour- ** roit-il nous donner sa chair à manger?" Nous avons beau représenter que, si on ne mange la chair du Jils de rhommCy si on ne boit son sang, on n^aura point la vie; que sa chair est véritablement une nourriture, son sang véritablement un breuvage ; que nous tappre^ ruons de celui qui a été envoyé par son Père et qui est venu du ciel pour nous instruire et nous sauver ; que son ordre est que nous croyions tous à sa parole,etc. ils n'en restent pas moins inébranlables dans leur première incrédulité : ils passent du côté des disciples, nous répètent avec eux, et avec beaucoup plus d'amertume encore, que ce langage est dur ! qui pourvoit Vécouter ! Nous insistons pour essayer d'amolir leur inflexibilité: nous leur rappelons que ce mystère nous est proposé par celui qui est monté où il étoit auparavant ; qu'il est déraisonnable de croire à sa divinité
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-Lettre VI. ^ àe ne point croire à sa doctrine : ces hommes superbes ne nous écoutent plus, ils nous prennent en mépris oii en pitié, et par la même cause qui éloigne les disciples, ils s'éloignent aussi de nous. Qu'ils nous vantent à présent la haute antiquité de leurs principes : qu*ils les datent, sMIs le veulent, de Tère chrétienne ; ifs y ont droit incontestablement ; sur ce point je les reconnois pour partisans et associés des Juifs de cet Evangile, pour successeurs et héritiers des disciples, j'entends de ces ingrats et malheureux disciples, que le St. EIsprit nous a signalés dans l'Ecriture comme les premiers apostats de Jésus-Christ. Peut-on être chrétien, et ne pas rougir d'une pareille descendance ? Peut-on être chrétien et ne pas trembler de partager les opinions, l'entêtement, la désertion et le sort de ces antiques renégats î
Pour vous au moins. Monsieur, songez,, je vous en conjure, au danger où vous exposent les préjugés de votre éducation. Osez vous en affranchir : il doit vous en coûter moins pour quitter une opinion qui n'est point de votre choix. Supposez-vous un instant au milieu de la Synagogue, oii se traita cette grande affaire. Figurez -vous que vous êtes présent à la scène et témoin de tout ce qui s'y passe : vous distinguez Notre Seigneur entouré de ^es Apôtres et de ses disciples ; vous suivez attentivement avec eux les paroles qui sortent de sa bouche, et à l'endroit de son discours où il en vient au mystère, vous entendez les murmures confus, et ensuite l'opposition déclarée de la multitude. En vain Notre Seigneur s'efforce de les persuader, en affirmant à plusieurs reprises ce qu'il venoit d'énoncer. La multitude reste sourde : et bientôt même vous remarquez la répugnance de plusieurs disciples^ les
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paroles de contradiction qu'ils élèvent, et puis leur dé- i^^ ^. fection, leur éloignement. D'un autre côté vous admirez la fermeté^ la vivacité de la foi des Apôtresy et ce qu'il y a de plus frappant dans cette scène entière^ le front calme et l'inaltérable douceur de l'Homme- Dieu. Tout cela se passe sous vos yeux, vous y êtèsf présent, je le suppose. Qu'allez-vous faire vous-même? Il faut vous déclarer. De quel côté vous rangerez-vous ? Soumettez-vous votre raison avec les Apôtres ? Vous attachez-vous avec eux à votre divin Maître ? Ou lui tournerez- vous le dos avec la foule des murmurateurs } Vous vous indignez de ma question : y a-t-il à balanceiV me dites*vous ? Eh bien I Monsieur, le parti que vous auriez si décidément pris avec les Apôtres, prenezle aujourd'hui. La contestation dure malheureuse^' ment encore. Elle s'est renouvelée depuis près de trois siècles avec plus d'aigreur qu'à sa naissance, et avecf des suites bien autrement déplorables. Ce il*est plus entre les Juifs et dans une Synagogue^ mais dans r Eglise et parmi les Chrétiens : Jésùs-Cbrist est encore au milieu d'eux : il leur parle toujours le mêmef langage. Vous venez de l'entendre ; rendez-vous donc à lui.