‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 27 sur 37 · TOME I. X · texte numérisé non relu

TOME I. X

3o6 . SUR l'église anglicane^

Lettre vui. jpqJj prejiners siècles Juifs et Payens, Infidèles et Catéchumènes en avoient connu la doctrine et la pratique, auroit-on jamais songé à forger sur la célébration de ce sacrement les calomnies atroces, dont vous avez sans doute entendu parler ! Seroit-on parvenu à les accréditer sur la terre ? à soulever tous les peuple» contre le nom chrétien ? à leur faire demander le supplice et la mort de ceux qui le portoient, et qu*0Q abhorroit, avec raison dans Terreur dont on étoit imbu contre eux, comme contre des êtres abominables, indignes de voir le jour ? Des hommes affreux avoient inventé ces horreurs : des hommes probablement trompés les répandirent. Ils parcoururent donc les provinces de TËmpire, avertissant partout qu'on eût à se garantir d'une secte nouvelle de gens qui, sous le masque de vertus extérieures, se livroient dans le secret de leurs mystères, aux derniers actes de cruauté et de débauche: qui égorgeoient, assuroit-on, un enfant nouveau-né/ couvert de farine, en réservoient le sang pour le boire ou y tremper leur pain, faisoient rôtir leur victime ])alpitante, s'en partageoient ensuite les membres pour s'en repaître, et terminoient cet horrible repas, en jetant un morceau devant le chien qui, attaché aux lampes, les renversoit et les éteignoit en se précipitant sur sa proie: qu'alors hommes, femmes, pères et filles, mères et enfants tous se mêloient et se confondoient indistinctement dans les ténèbres. Ces imputations, ourdies et accréditées sur des notions informes et confuses du corps et du sang, auxquels on avoit entendu dire que les chrétiens participoient entre eux, ne démontrent-elles pas, d'une part l'ignorance où étoient universellement les peuples, de l'autre le secret

£T LA HEFORMATION EN G^NiRAL. 30/

impénétrable que gardoient les chrétiens sur ce qui se LeureViiî.

croyoit et se pratiquoit par eux ? Eh bien. Monsieur,

ces calomnies et leurs suites sanglantes, où pensez-vous

qu'elles remontent ? Au temps même des Apôtres.

Nous apprenons d'Origènes que, dès la naissance du ^^' ^> contr»

Christianisme, les Juifs avoient fait courir dans le

monde le bruit que les chrétiens se repaissoient des

membres d'un petit enfant immolé : de Tertullien, que Apou ch.7.

dès le règne de Tibère, ces repas d'Atrée et deThyeste

avoient été de nouveau imaginés en haine et en détes-

tation des chrétiens : et d'Eusèbe enfin, que Simon et Hi8tiiv.4,c.7.

ses disciples, Carpocrates, Basilide, Saturnin étoient

les auteurs de ces atrocités. Simon, après avoir reçu

le baptême par TApôtre Philippe, et participé aux

mystères, étoit retourné à sa magie, à ses importures ;

et par ces calomnies, dignes d'un renégat, il crut sans

doute, ou qu'il forceroit . les chrétiens de renoncer à la

religion du secret, ou les feroit succomber sous les coups

de cette infâme accusation.

Si les Apôtres et leurs disciples n'avoient fait aucun mystère de l'Eucharistie, si dans les trois premiers siècles, Juifs et Payens, Infidèles et Catéchumènes en avoient connu la doctrine et la pratique, pourquoi les philosophes qui écrivirent alors contre les chrétiens, leur reprochoient-ils l'obscurité dans laquelle ils se tenoient, et en prétendoient-ils justifier les accusations, qu'élevoit contre eux la voix de l'univers ! Tel, à l'entrée du troisième siècle, Cecilius avançoitsans balancer " Que l'obscurité dans laquelle se cachoit cette religion, i>an« Mînufcus " prouvoit la vérité d'une partie des crimes qui lui ^^ étoient imputés. Pourquoi ont-ils tant besoin de '^ se cacher et de dérober leur culte aux yeux des

308 6UR L£GL1S£ ANGLICAKE^

LattfttVm. '* hommes, paisqu'on ne craint point d*exposer à la

" lumière ce qui est honnête." Dantoriçèaes, ^^^ ^^^ ta fin dtt premier siècle, ou au commeneement du secoad, le philosophe Ceisus revenoit souvent au secret de» mystères^ et s'en prenoit amèrement à h clandestinité affectée du christianisme, etc.

Si les Apôtres et leurs disciples n'avoient fait aueiui

mystère de T Eucharistie, si dans les trois premiera

siècles^ Juifs et Payens, Infidèles et CathéeujBènes eo

avoient connu la doctrine et la pratique, qu'eût-il été

besoin d'appliquer ,dea chrétiens à la torture, pour en

' airracher Taveu des forfaits qu'on leur imputoit ? £t ee-

peadant Pline le jeune, gouverneur de Bilhynie, dans

le comte qu'il rend à Trajan sur les chrétiens, ne dit-il

paa^ à l'occasion des bruits qui en couroient aa-dehofs :

Lettre dePiioe ^< Qu'il a cru d'autant plus nécessaire^ pour savoir la

105. ' ^^ vérité, de foire donner la question à deuoc femaies,

qu'on disoit avoir servi dans les assemUées secrètes.

Mais je n'ai trouvé, ajoute-t-il, qu'une superstition

^' mal réglée et excessive." Ne sait-on pas encore, par

Daas (Ecumes ua fragment d'Irenée que, dans la persécutioode Lyon,

' ' les magistrats Romains, sur la déposition infcMmie

de quelques esclaves^ se persuadèrent qu'en eff^t les

chrétiens pratiquoient ce qui leur étoit imputé, et

tâchèrent par les tourmens de le faire avouer à Blan-

dine ? " Mais cette esclave chrétienne leur répondit

^^ avec mie liberté pleine de sagesse : comment ceux

*^ qui s'abstiennent par piété dès viandes qu'il leur

*' seroit permis de manger, seroient-ils capables de

^* faire ceschoses que vous nous imputez," Marquez,

s'il vous plaît, ce dernier trait -de réserve dans l'hé-

roîbe Blandine ; nous aurons bientôt occasion d'y re-

ce

£T LA REFORMATION EN oéNÂRAU 300

Tenir. Ne sait^on pas aussi par Eusèbe, à qui nous Lettre Vin*

devons la lettre admirable des chrétiens de Lyon à

ceux d'Asie, que Biblis, une des personnes qui avoienl

eu la foibiesse de nier, *' fut appliquée à la gêne pour

^' lui faire avouer les impiétés dont on accusoit les

** chrétiens? Les tourmens- la réveillèrent comme

^* d'un profond sommeil: ces doulours passagères lui

•* firent penser aux peines éternelles ée l'enfer : et

^' comment, dit-elle, mangerions-nous des enfans, noua

^' à qui il n'est pas permis de manger le sang des bétes ?

•^ Dès-lorsellese confessa chrétienne, et fut mise avee

^* les martyrs." (1) Ainsi l'ignorance avérée des Payens

sur Eucharistie redonne à l'Eglise une âme dont elle

avoit un instant pleuré la défaite, et replace avec bon*

neur Biblis à côté de l'invincible Blandine.

Que si nos adversaires, après tant de preuves con* vaincantes, en exigent erwîore de directes sur les trois premiers siècles, Tertullien et Origènes vont leur en ^ , fournir de très-positives. Le premier, repoussant les i^cusations d'infanticides et d'impuretés : " Qui sont Apoi. c 7, * ^' ceux, s'écrie-t il, qui ont fait connoître an monde ** ces prétendus crimes î Seroit-ce ceux que l'on en •* accuse ? Mais comment cela ppurroit-il être, puisque •* c'est la loi commune de tous les mystères de les '^^"Sî'^ ^

•^ M. Nicale.

** tenir secrets r S'ils ne se sont pas découverts ©ax- ** mêmes, il faut que ce soit des étrangers. Mais corn- ** ment des étrangers en auroient-ils eu la connois*

(1) Les cbf étîeos observoieot alors, et long-temps même après, la ééiéase de manger du saug> portée par l^aiicieiuiiie loi et ^on&rmée par Le concile des Apôtres.

lettre VIII, '^ sance^ puisque Ton éloigne les profanes de la vue des *' mystères les plus saints, et que Ton fait choix de ^^ ceux qu'on en rend spectateurs ? " Si les chrétiens ne faisoient nulle difficulté de parler de rEucharistie, con)ment Tertullien pou voit-il dire : " Que la loi ** commune des mystères étoit de les tenir secrets/ Si les Payens en étoient instruits, quel droitavoitilde demander : " Comment des étrangers auroient-ils pu '* savoir ces choses !" Dans l'écrit qu'il adresse à sa femme, il suppose comme un fait, que les chrétiens se croyoient obligés au secret, puisqu'il s'en sert pour la détourner d'épouser en secondes noces un infidèle;

A sa femme, ** Car par là, dit^il, on tombe en cette faute que les

^^ Payens viennent à connoître nos mystères Votre

*^ mari, disoit-il, ne sauroit-il pas ce que vous goûtez ^* en secret, avant toute nourriture ? Et s'il s'aper- " çoit que c'est du pain, ne s'imaginera-t-il pas que *^ c'est celui dont il est tant parlé?"

Origènes, dans sa belle réfutation de l'ouvrage de Celse, après avoir répondu à ses reproches réitérés de clandestinité, qu'en général la doctrine des chrétiens

Ceifum^'ar 1 ^^^'^ mieux connue que celle des philosophes ; " Il est

^* pourtant vrai, ajoute-t-il, qu'il y a certains points ♦^ parmi nous, que l'on ne ce communique point à *^ tout le monde, mais cela est si peu particulier aux *^ chrétiens, qu'il s'observoit parmi les philosophes *^ aussi bien que parmi nous. ...C'est donc en vain que ^* Celse entreprend de décrier le secret que gardent les *^ chrétiens, ne sachant pas même en quoi il consiste." Ce passage prouve à la fois que le secret s'observoit au tems d'Origènes et à celui de Celse qui ne savoit en quoi il consistoit, c'est-à-dire, au commencement du

ET LA REFORMATION EN GÉnÊRAL. 311

troisième siècle et à la fin du premier. Ainsi tous les Lettre vili genres de preuves se réunissent ici pour montrer la discipline du secret relativement à TEucharistie pendant les quatre premiers siècles. Le fait est avoué de tous pour le quatrième ; et le bon sens démontre qu'il n'auroit pu s'établir alors, s'il n'avoit existé dès les Apôtres même. Les calomnies des infidèles, les attaques des philosophes^ les tortures mises en usage par les gouvernemens pour extorquer l'aveu des crimes prétendus^ sont des preuves indirectes mais convaincantes du secret, et de plus nous en avons des témoignages positifs pour le premier, le second et troisième siècles. (1)

J'ai voulu mettre ce fait historique hors d'atteinte et lui donner toute la certitude que vous pouvez désirer, parce que la discipline générale du secret suppose nécessairement la croyance universelle des cinq premiers siècles sur l'Eucharistie telle que l'Eglise Catho* lique Ta toujours enseignée : en effet, si, d'une part, celte discipline convient exactement à notre croyance sur l'Eucharistie ; si, de l'autre, elle ne sauroit se con* cilier avec l'opinion que s'en sont formée les Calvinistes, il en faudra bien conclure que ce que l'on cachoit dans TEglise Primitive, n'est pas ce que croient les Réformés, mais ce que nous croyons : on cachoit alors ou la doctrine du sens figuré, ou celle de la réalité, il n'y a pas de. mi lieu ; et si le secret exclut la première, il admet nécessairement la seconde. Il ne s'agit donc

Voyez flans l'Appenclix plusieurs autorités qui étabh^sent la disripline du secret depuis les Apôtres jusqu'au commençemeut du cinquième siècle.

314 SUR l'Église anglicane.

Lettre vni. uiî Synode d'Alexandrie: ^^ Il n'est point permis de

montrer à découvert les mystères aux non-initiés, crainte que par impéritie ils ne s'en moquent, et que " les Catéchumènes ne viennent à être scandalisés par ** une curiosité indiscrète." Voilà pour la première espèce de motifs relatifs à l'état des personnes, infidèles ou catéchumènes.

. Vous vous souvenez de la raison que St. Cyrille d'Alexandrie apportoit de ses réticences : " Il auroit craint d'être entendu des non initiés, parce que, dit-il, on se moque ordinairement de ce qu'on ne comprend pas, et que les ignorants, ne connoîssant pas même la foiblesse de leur esprit, méprisent ce qu'ils de- ^^ vroient le plus admirer." Un auteur anonyme, mais cogDit. d'une très-haute antiquité, puisqu'on le voit traduit par Ruflin au quatrième siècle, prouve qu'il est fort difficile de prêcher à une multitude d'hommes de toute espèce, et souvent nécessaire en leur présence d'envelopper les mystères dans des termes ambigus. *^ Car ce qui est, ne sauroit être dit à tous, tel qu'il •^ est, à cause de ceux qui prêtent une oreille captieuse et maligne. Que fera donc celui qui porte la parole à une foule de gens inconnus ? Cachera-t-il le vrai ? " Mais alors comment instruira-t-il ceux qui en sont " dignes ? Si cependant il étale la vérité toute pure " devant ceux à qui le salut est indifférent, il manque à celui dont il est enyoyé, et duquel il a reçu l'ordre de ne point jeter les perles de la doctrine devant les pourceaux et les chiens, qui se déchaîneroient contre elle en argumens et en sophismes, l'envelopperoient dans la fange de leur intelligence charnelle, et par *^ leurs aboiemens, leurs répliques dégoûtantes, rom*

et u

prétendue sagesse dont ils se piquoient ? Jugeons de i^ttieVJU. ce qu'auroient dit des gens qui n'étoient pas chrétiens, par ce que nous entendons dire habituellement à des hommes, qui, bien malheureusement pour eux, ont cessé de Têtre. Il falloit donc alors pour leur propre intérêt ménager charitablement leur foiblesse ; il falloit aussi pour l'intérêt de la vérité, ne point l'exposer aux railleries de ceux qui n'étoient pas ^encore en état de Tentendre ; et dans l'hypothèse que le dogme fût alors le même qu'il est pour nous, l'on ne sauroit disconvenir qu'il étoit raisonnable et même nécessaire d'instituer cette discipline du secret.

£t pour faire ressortir davantage l'analogie de notre croyance actuelle à celle des premiers siècles, j'observe qu'en supposant entre elles une exacte parité, nonseulement le plus grand secret en dut être alors recom-* mandé, mais encore il dut l'être pour les deux espèces de motifs que je viens d'indiquer, les uns relatifîs à la foiblesse des personnes, ou, si vous voulez, à l'ignorance et l'aveuglement des infidèles, les autres à la dignité et à l'institution divine des mystères ; afin que d'une part les infidèles n'en fussent ni blessés ni scandalisés, ni par conséquent éloignés ; et que de l'autre, les mystères ne fussent point exposés aux railleries, aux sarcasmes^ aux objections d'une intelligence charnelle. Or de fait, ce qui doit vous frapper, la discipline du secret portoit exactement sur ces deux espèces de motifs. Ils sont distinctement marqués, les uns et les autres, par les Père's. *^ Nous nous servons d'expressions obs- '^ cures devant les Catéchumènes, disoit St. Cyrille •* de Jérusalem , . . Afin que ceux qui ne sont point ^* ipstruits n'en puissent être blessés/* Ecoutez tout

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M^t^tt^ il A4f vi«iI»Ia /'|ti#', k S«tiipi€ar, mourBiit poor

r/fii4 |r 4 h^rrirVif^, ii .iv/Mf f\&i'\ <Ui ovû^ix à choîiir etai

f/ii/ Umi^/ |i/'it^ hi/rr>6nrfl H prmr gage qu'an alirnset

Mf/fiNiiih ;k (ffttW. h f^rr#*. fl4riii toutc^la voua nafier-^

M «^H«/ nhu i\ui \tiil r liOfpHïf li'» \iUe%f rien qiii pût dos-

ih'it i|i(i r<lj<»>iil (|m'<iii l<ur ou Dt un wcreL

iUm(m>4 u\* M«*nii |mihfi uid ^rniules merveîllei de

M»u )• 4IU uuHi v|u*iU ii'attcct^ut c^ langage, que Nv (a)pi«s)ui \U vviui viv runtu)4iitéy. et montrer qae \ H :sk^^««,« ^ ^*\ Uh rCkVH N\tviui«^t sur la difficulté de . .. .^ . . tt.\ X 0.v\ \ui >\'a o)>tHM4iioti aux wnsei à la >...«.x. ..X , vNS)\ivi4«KiK À IiiucdMtmie aussi bien Xlii.N .ui :vitd Zmûf^ et Bèze ne

trouvaient aucun mystère dans rEueharistie : ils s*ap- i^it» YUI.

plaudissoient de la découverte du sens figuré^ parée

qu'il ôtoit à la foi ses épines, son scandale, et qu'il '

rendoit la croyance simple et facile à tous les esprits.

Ce n'est pas autrenient qu'en jugent vos compatriotes

Zwingliens ; ainsi les ai-je souvent entendu s'exprimer

dans^ la conversation et dans leurs écrits. ^^ A mon

" avis, dit un docteur fort connu parmi vous, rien n'a

^' plus contribué à faire perdre aux sacrements de cette

" vénération qui leur est due, que d'avoir voulu le»

**' porter au-delà de ce qu'ils sont dans l'Ëcritare, et

^* nous les donner pour des mystères, quand ils ne sont

^* tout simplement que des actes religieux. C'est au

^^ côté inintelligible du sacrement que les esprits fort»

^* charistie, comme je l'ai fait, jamais incrédule n'en eût parlé avec irrévérence, ou du moins, n'auroit-it eu aucun prétexte de le faire." (l) Si la primitive

(1) Seconde lettre de TEvêque Pearce, écrite en 1730 au Dr. Waterland, publiée eu 1777, <^os 1^^ commentaires de l'Evêque Hoadly» d'oii le chanoine Sturges transcrit ces paroles, dans ce qu*r] appelle his Reflections on Popery^ page 100. " Pour qui a réfléchi sur les textes du Nouveau Testament, sur renseignement des siècles apostoliques et primitifs, pour qui n'est pas étranger aux témoignages des Saiuts-Pères dont je vous produirai quelques-uns à la fin de cette dissertation ; je ne sache rien de plus anti-chrétien, de plus révoltant que ce système de TEvêque Anglican. Il fait disparoiîre de rEueharistie les merveilles que Notre Sauveur y a mises, et que ses premiers, ses vrais serviteurs de tous les temps y ont crues ; et se vante par cette tactique d'avoir ôté à ce qu'on nomme esprits forts, et que nous nommons à meilleur droit esprits foibies, tout

3l6 SUR L*BGLIS£ AKGLICANE^

«neViii. Elle expose, il est vrai^ et distribue à ses adeptes le pain et le vin, mais toujours tel, eo effet, que nos sent les aperçoient : pour elle, tout changement de substance est une erreur grossière, Tadoration une idolâtrie. Ces alinnents ordinaires, le pain et le vin, n*ont ici d'autre mérite pour elle^ que d avoir été choisis par Jésus-Christ conrune figures de son corps et de son sang. Que pou voit y trouver à redire le Juif ou l'Infidèle le plus opiniâtre ? N*est-il pas ordinaire et convenu de laisser de soi quelque gage |i ses amis en les quittant, de se représenter ainsi à leur souvenir dans Tabsence ou après la mort ? Et n'est-ce pas chose indifférente que tel ou tel objet soit désigné pour éveiller la mémoire^ réchauffer le cœur, et remplir entre absents ce ministère de tendresse réciproque? Même il est visible que le Seigneur, mourant pour tous les hommes, n'avoit rien de mieux à choisir et à leur laisser pour mémorial et pour gage qu'un aliment commun à toute la terre. Dans tout cela vous n'apercevrez rien qui pût choquer les idées^ rien qui pût donner ombre de scandale aux hommes ; et par conséquent rien qui exigeât qu'on leur en fît un secret.

iiTîD, Animer- Je sais qu'il prend quelquefois fantaisie aux mi* nistres de nous parler des grandes merveilles de leur Eucharistie, et, des incompréhensibilités qui s'y rencontrent sans présence réelle, ni conversion de substance. Mais je sais aussi qu'ils n'afiectent ce langage, que pour se rapprocher de celui de l'antiquité, et montrer que les passages ou les Pères s'étendent sur la difiiculté de croire au mystère, sur son opposition aux sens et à la raison humaine, conviennent à leur doctrine aussi bien qu'à, la nôtre. Mais au fond Zwingle et Bèze ne

trouvôient aucun mystère dans TEucharistie : ils s'ap- i^i»» inll. plaudissoient de la découverte du sens figuré^ parôe qu'il ôtoit à la foi ses épines, son scandale, et qu'il '

rendoit la croyance simple et facile à tous les esprits. Ce n'est pas autrement qu'en jugent vos compatriotes Zwingliens ; ainsi les ai-je souvent entendu s'exprimer dans^ la conversation et dans leurs écrits. ^^ A mon avis, dit un docteur fort connu parmi vous, rien n'a plus contribué à faire perdre aux sacrements de cette vénération qui leur est due, que d'avoir voulu le»

porter au-delà de ce qu'ils sont dans l'Ëcritnre, et nous les donner pour des mystères, quand ils ne sont tout simplement que des actes religieux. C'est au côté inintelligible du sacrement que les esprits forts^ en veulent et adressent plus volontiers leurs ridi* " ouïes. Mais si on avoit bien voulu représenter l'Eu-* ^* charistie, comme je l'ai fait, jamais incrédule n'en *^ eût parlé avec irrévérence, ou du moins, n'auroit-il *' eu aucun prétexte dé le faire." (l) Si la primitive

(1) Seconde lettre de l'Evêque Pearce, écrite en 1730 au Dr. Waterlaody publiée eu 1777, clans les commentaires de r£vêque Hoadly, d'où le chanoine Sturges transcrit ces paroles» dans ce qu*ii appelle his Reflections on Poperj/, page 100. " Pour qui a réfléchi sur les textes du Nouveau Testament, sur l'enseignement des siècles apostoliques et primitifs, pour qui n'est pas étranger aux témoignages des Saiuts-Pères dont je vous produirai quelques-uns à la fin de cette dissertation ; je ne sache rien de plus anti-chrétien, de plus révoltant que ce système de TEvèque Anglican. Il fait disparolîre de TEucharistic les merveilles que Notre Sauveur y a mises, et que ses premiers, ses vrais serviteurs de tous les temps y ont crues ; et se vante par cette tactique d'avoir ôté à ce qu'on nomme esprits forts, et que nous nommons à meilleur droit es])rits foibie^, tout

318 SUR L'ÉGLtSE ANGLICANE^

Lëttrt VJii. Eglise avoit pensé à la façon de ce moderne théologien^ elle n*auroit eu aucune raison de soustraire ses autels à la vue des Catéchumènes et à la connoissance des Infidèles. A l'abri des traits de la raillerie et de la malignité, elle auroit pu célébrer son^ Eucharistie à portes ouvertes, en parler, en écrire sans obscurité, sans déguisement. Mais qu'a-t-elle fait ? Précisément le contraire ; et pendant plus de quatre siècles elle a maintenu une rigoureuse discipline sur le secret des mystères, surtout de celui dont nous parlons. Que votre docteur Pearce, et tout ce qu'il a de confrères au monde, nous indiquent, s'ils le savent, une raison plausible de cette conduite. Il n'en est point, il ne peut y en avoir dans leurs idées sur l'Eucharistie : leur opinion et la discipline du secret ne vont point ensemble ; elles sont à jamais irréconciliables. Tout mystère une fois ôté du sacrement, la primitive Eglise n'avoit plus de raisons pour s'en taire.

Que dis-je ? Et elle en auroit eu les plus fortes pour s'expliquer. On la charge publiquement d'actions atroces, abominables ; et elle ne s'en justifie pas, ce

prf texte d'en parler avec irrévérence. Avec les admirables principes de ct's concilians Docteurs, il ne leur reste (pi'à ra^er d'un coup de plume tous les mystères de la Religion» à cause vraiment que des esprits orgueilleux et par conséquent foibles lancent de préférence leurs traits et leurs sarcasmes contre le côté inintelligible de la doctrine."

Ajoute? ce nouvel exemple à ceux que je voua ai déjà fait remarquer, de Teniportement, des variations, de la discorde perpétuelle, où la licence effrénée de dogmatiser entraine les esprits dans votre Eglise, et même comme vous \oyez par ces trois personnages jusque dans son sanctuaire.

£T LA RKFORMATION EN ciN^RAL. 319

qui lui étoit si facile, en déclarant nettement ce qu^elle L.ttreVJii. croit, ce qu'elle pratique! Si une explications franche de ce genre n'eût pas encore suffi, que n'ouvroit-elle ses portes ? Que ne demandoit-elle à ses accusateurs de paroître dans ses assemblées, ou d'y envoyer des ins|>ecteurs ? Que ne célébroit-elle sa cène religieuse en leur présence ? Rien n'étoit plus simple, plus naturel dans le système du sens figuré, dont les Payens ne pouvoient être choqués. Le compte que les témoins auroient publié de ce qui s' étoit passé sous leurs yeux, auroit fait tomber en un instant les calomnies dont les nations étoient imbues.

Et ne croyez pas qu'elles n'eussent cours que dans

le menu peuple : elles avoient gagné les premières

classes de la société, les hommes instruits. Plusieurs

prirent la plume contre les chrétiens, et prétendirent,

les convaincre de ces crimes par la clandestinité de

leurs assemblées, et par le secret de leur doctrine*

Qu'avoient à leur répondre les apologistes chrétiens,

dans l'hypothèse Zwinglienner Tout simplement

ceci, ou à peu près : " Loin de commettre ce dont

vous nous accusez, et dont la seule pensée seroit un

crime pour un chrétien, nous ne prenons dans

*' notre cène sacrée qu'un peu de pain et de vin, en

*^ mémoire de notre Divin Maître ; le pain comme

*' figure du corps qu'il a livré, le vin comme figure du

** sang qu'il a versé pour nous. Lui-même, la veille

*^ de sa passion, institua cette cérémonie sainte et

*' touchante, nous ordonnant de la renouveler après

** lui, en souvenir de sa mort, comme aussi en signe

^' d'union entre nous et par lui : nous ne faisons que

ce

320 SUR L*é6LI8£ Aï^TGUCANE^

Lettre viii. ce |^jj obéir." Maîs cette réponse satisfaisante et ûâ-

turelle, fut-elle jaitiais celle qu'ils donnèrent ? .Ecou-

I Apoi. adv, tons-les : ** Ceux qui nous accusent de ces crimes,

Lurel. an. 117. ^ ^ *

^' dit Justin, les commettent eux-mêmes^ et lès attri- . ^^ buent à leurs dieux. Pour nous, comme nous ny ^' avons point de part, nous île nous en mettons point ^' en peine, ayatit Dieu pouf témoin de nos actions et ** de nos pensées • . . Nous vous prions que cette re- ^^ quête soit rendue publique, après que vous l'aurez ^^ répondue comme il vous plaira, afin que les autres '^ connoissent ce que nous sommes, et que nous puis- ** sions être délivrés de ces faux soupçons qui nous ex- ^^ posent aux supplices. On ne sait pai^ que nous con- ^^ damnons ces infamies que l'on publie de nous, et *^ que c'est pour cela que Aous avons renoncé aux ** dieux, qui ont commis ces crimes, et en exigent de ** semblables. Si vous rôrdonnèz ainsi, nous exposerons nos maximes à tout le monde, afin qu'il se convertisse, s'il est possible." Remarquez qu'il ne dit pas nous exposerons nos mystères, nous les célébrerons devant témoins, nous ouvrirons nos portes. C'étoit cela pourtant qui auroit détruit tous les soupçons et mis fin pour jamais aux calomnies. On ne conçoit Tien, dans l'opinion Zwinglienne, qui pût empêcher Justin de faire publiquement une oflire, une invitation si simple, si naturelle, (l) " Si nous nous cachons

te

(1) Dans cette opioiiîon encore, comment concevoir qu'un jeune chrétien eût été réduit à recourir, en preuve d'innocence, au parti que vous allez voir. " Même un des nôtres, à Alexandrie, pour

£T LA RKroRliAXIOlf X2t aiv^RAL. 321

^* toujours, répliquoit Tertullien, éomment a-t-on dé- M^^yi^» *' couvert ce que nous faisons ? Et par qui Ta-tron << découvert r Non par les accusés sans doute, puis^ ^* que c'est . la loi commune de tous lea myëtères . de 'f les 'tenir secrets, ce sera donc par des étrangers^ Mais d'où ceux«<^i le sauroient^ils ? puisque les initiations sacrées ne veulent point d'étrangers pour ^^ témoins^ et qu'elles écartent les pro&nes." jEln vain la clandestinité du culte étoit-elle objectée par les Payens : loin de la nier, ou d'y renoncer, Tertullien la justifie, et s'en sert pour montrer la futilité d'imputa^*tions toutes calquées sur l'ignorance. *^ Croyez-vous Dans MinuU; '^ donc possible^ s'écrie Octavius, qu'un pauvre petit '^ corps si tendre soit destiné à tomber sous nos coups ? ^f et que nous fassions couler le sang d'un être nouveauné, encore informe, et à peine bomme ? Que celuilà le croie qui seroit assez cruel pour le faire. . . • quant à nous, il ne nous est permis ni d'assister à un '', homicide, ni même d'en entendre parler : et nous '^ sooimes si loin de verser le sang humain, que nous '^ nous interdisons celui des animaux dans nos repas.** On avoit beau noircir et envenimer la conduite secrète des chrétiens : Octavius se contente de montrer

qu'ils sont incapables de commettre ce qu'on leur im-

*' vous persuader que dans nos mystères il ii*y a rien des infamies " qu'on nous attribue, présenta requête au Gouverneur Félix pour ** permettre à un chirurgien de le faire eunuque, (Car on disoit *' que cette permission étoit nécessaire.) Félix ne voulut pas ré- " pondre à cette requête» et le jeune homme demeura en repos» " content du témoignage de sa conscieuce/'-^Justin» dans sa 1ère Apol. adressée, à Antonin^ 150 ans après la naissance de Jésus- Christ.

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