LETTRE II
me rends à vos instances, Monsieur; puisque Lettre i to\i.s Texigez, je discuterai successivement les princi-» çau^ articles, sur lesquels nous différons: et d*abofd, il vous le trouvez bon, je commencerai par jeter avec tous un coup-d'œil général sur le spectacle que pré^ sente la religion dans votre patrie. J*en ai lon^ tems été le triste témoin : j'en ai gémi mille fois intérieurement, lorsque j'habitois au milieu de vpus : et aujourd'hui, dans Téloignement même où je me trouve, je suis encore également frappé d'eflroi et de pitié, toutes les fois que je considère ce que vous étiez, et ce que vous êtes.
Depuis rétablissement du Christianisme dans votre patrie, jusqu'au jour où, pour la première fois l'ont y ente;:.-*: parler de Réformation, vos heureux ancêtres n'a voient connu qu'une foi, un autel, une religion. Liés au-dehors avec toutes les Eglises* du monde, ils étoient au-dedans étroitement unis entre eux : ils se rendoient au^ mêmes temples, ^'assem* bloient autour dçs mêmes autels. Soumis aux mêmef pasteurs, ils écoutoient la même doctrine, participoient aux mêmes sacremens. On ne rencontroit que des frères, des membres du même corps de ^ésus* Christ. On ignoroit jusqu'au nom de dissident : une
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Lettre II. douce harmonie, une paisible uniformité régnoît dans^ les familles, dan$ les cités, dans les provinœs, dans tout Tempire. A la voix de la Réfurmation, tout a changé de face. Que voyons-nous depuis Elisabeth? Elle avoit prétendu dans sa haute sagesse, et dans les grandes conceptions de ses ministres, qu'en séparanf «es sujets du monde catholique, elle les faço'nnerott tous à sa réforme, les plieroit uniformément à sa règle^ et que sa suprématie ^'étendroit aussi loin que son sceptre. Et voilà, qu'en dépit de tous ses efforts, elle n'a jpu attirer à sa croyance les habitans d'une seule province, quedis-je? pas d'une seule ville, d'un Seul village: et voilà que sa réformation n'a cessé d'enfai^ter successivement de nouvelles sectes; et quey saiHi qu'il soit possible de prévoir un terme à cette matheureuse fécondité, d'elle sont déjà sortis et les Pres^ bytériens, et les Indépendants, et les Puritains, et les Sociniens, et les Quakers, et les Anabaptistes, et les Frères Moraves, et ceux de la Nouvelle Jérusalem, et les Latitud inaires, et la foule des Méthodistes, ete. ^ Pendant que, parmi vous, la loi civile admirablement dispensée domine indistinctement sur toutes les tête/ et les retient dans l'ordre, la loi ëvangéliqXfe est livrée aux systèmes, aux opinions, même au fanatisme de quiconque veut s'ériger en interprète, en prédicateur, et possède le talent de se faire écouter, de se créer un auditoire, ou ce que vous appeler une cot)grégation* «Partout, autel est élevé contre autel : partout, à côté de l'église établie on rencontre des églises rivales, des chapelles disparates, de& temples étrangers l'un à l'autre, des rassemblemens domestiques, où aux mêmes heures le culte est célébré avec des formes, des céré-
£T LA RiSFORMATlON EN GENERAL. 15
monies différentes^ TEvangile expliqué diversement^ uttreit. /a doctrine interprétée en sens opposés et contraires. Enfin depuis le bouleversement d*£lisabeth^ la religion n'offre plus dans votre patrie qu*un mélange de toutes les sectes, une confusion de tous les cultes, un vrai cabos de doctrines où chacun s'agitant» dogma^ lisant S sa guise, on ne sait plus auquel entendre. Ton ne sait plus que croire, que penser, que faire.
Il n y a plus qu a se demander si notre Divin Législateur est venu donner à son Eglise des formes différentes, variables au caprice et au gré des hommes ; à sa doctrine, à ses dogmes des sens divers,, des significations opposées : ou plutôt s*il n'a point assigné à son Eglise une constitution fixe, à ses paroles un sens propre; s'il nV point imprimé à l'ouvrage entier de sa révélation, soit dans l'ensemble, soit dans le détail, ce caractère de simplicité et d'unité qui se remarque dans toutes les œuvres divines, et qui en constitue l'excellence et la beauté, omnis pul^ chritudinis forma unltas. Nous voici amenés à une question d'une importance si haute, si décisive entre nous, que je me sens contraint de m'y arrêter et de vous développer les preuves qui me semblent porter
jusqu'à l'évidence la nécessité de reconnoître et de conserver l'unité dans le gouvernement et dans la foi; Je consulterai d'abord la raison, et elle nous dira que le dogme de l'unité est si conforme, si analogue à l'esprit de notre révélation, qu'il paroît nécessairement lié avec son établissement : j'ouvrirai ensuite les Ecritures, et elles nous en montreront le précepte enseigné par * Jésus-Christ et ses Apôtres de la manière la plus claire, la plus énergique, la plus, péremptoire: enfin
l6 §UR L'ÉGLISE AKGLICA!f£^
^**^''* j*interrogerai les beaux siècles de l'Eglise, si justement révérés par les Protestans pour la pureté de la doctrine, et ils nous apprendront que l'unité est Tâme, la vie du Christianisme^ comme le schisme en est le poison et la mort.
l^ La raison conçoit, assez d'elle-même que l'unité devoit tenir au plan et à l'esprit de notre révélation. En effet, où en étoit le monde à l'avènement de Notre Sauveur ? vous le savez ; si vous exceptez le seul peuple qui conservoit le dépôt des vérités sacrées, tous les autres, livrés à la corruption de leurs cœurs, aux ténèbres de leur esprit, avoient perdu de vue le Créateur. Incapables de comprendre vju' un seul être pût présider à tout, ils avoient peuplé le monde dé dieux imaginaires, enfanté les cultes les plus bi* zarres^ tantôt portant leur encens et leurs vœux aux planètes qui roulent sur nos têtes, tantôt les prostituant aux productions qui naissent sous nos pas, aux animaux les plus vils, aux passions les plus honteuses ; et dans cette multitude de temples qui couvroient la terre, le Dieu qui l'avoit créée n'ayoît pas un seul autel, si ce n'est, si l'on veut, celui qu'Athènes avôit érigé à la divinité inconnue.
Telle étoit la condition déplorable du genre humain, lorsque parut dans la Judée un personnage extraordinaire, distingué des autres hommes par un ca-* ractère unique, incomparable, divin ; annonçant aux Juifs que les tems, fixés pour l'abrogation de leur loi cérémonielle, étoient arrivés, et aux nations qu'çlled étoient toutes appelées à la connoissance du vrai 'Dieu. Dès qu'il descendoit du ciel pour apporter aux bommeep unxode de doctrine^ la raison ne saurbit
ET LA RÉrORMATlON SN câlIERAL. \J
admettre qu'il pût être indifférent aux diverses ma- Let&t )i nières dont ce code seroit entendu, ou que les inter^ prétations iés plus opposées dussent lui être également agréables. - Elle ne sauroit adiqettre qu*il entrât dans l*esprit et l'économie de sa niission de remplacer Ja foule des sociétés idolâtres, des cultes superstitieux par une foule de sectes disparates, de communions incohérentes et opposée^ : elle ne sauroit admettre qu'il ait voulu qu'il régnât sous son Evangile une con« fusion d'idées presqu'aussi générale que sous l'empire d'une raison aveuglée, et qu'on ne s'entendît gqère mieux au sein de la vraie religion que dans le paganisme. Où il existe opposition de dogmes, con-^ trariété d'opinions, il y a nécessairement erreur ; et il seroit abstirde de supposer Dieu indistinctement favorable au mensonge et à la vérité. La raison au contraire nous dit que le Dieu de toute vérité, en se eom^ muniquant aux hommes^ n'a pu leur révéler qu'une seule doctritie, leur constituer qu'un seul gouverne^ ment spirituel, étant de fait que la diversité dans Je gouvernement entraîne plus ou moins diversité dans la doctrine.
Elle nous dit que ses dogmes, ses préceptes quels qu'ils soient, il a dû vouloir quMls fussent adoptés tels qu'ils les enseignoit, que rien n'y fût ajouté, rien n^n fût retranché, qu'on n'osât jamais leur donner une signification étrangère à celle qu'il leur avoit fixée lui* luéme. ËIU nous dit enfin qu'il est venu élever devant tous les homme> le flambeau de sa révélation, substituer dans le monde à la variété des superstitions l'uniformité de croyance, et réunir du nord au midi, du couchant à l'aurore, en une seule association, sous