DÉTERMINATION DU PRINCIPE IMMÉDIAT
Quelle que soit la composition de la matière , la première chose à faire avant de la soumettre à l’analyse, c’est de déterminer si celte matière est un principe immédiat pur, ou une combinaison définie de plusieurs principes immédiats, ou bien si elle doit être regardée comme un mélange de deux ou plusieurs principes immédiats; pour arriver à ce but, divers moyens peuvent être employés, nous les signalerons succinctement; mais parmi ceux-là il en est un qui est si fécond dans ses résultats, que je crois indispensable de l’indi-
quer brièvement, je veux parler de la méthode des dissolvants,que nous devons à M. Chevreul et dont je vais exposer le principe.
Supposons que pour dissoudre une substance organique A il faille 100 parties d’un liquide B : on prend la matière A, et après l’avoir divisée si elle est solide, on la traite par dix parties de B et on agite jusqu’à saturation, on décante la dissolution, et sur le résidu on met
10 nouvelles parties de B; on opère comme en premier lieu , et on obtient une seconde dissolution ; on continue les traitements jusqu’à ce ({ue toute la matière A soit dissoute, ou jusqu’à ce qu’elle ne cède plus rien au liquide B. La substance pourra être traitée successivement de la même manière par divers dissolvants qui pourront être l’eau, l’alcool, l’éther, l’esprit de bois, etc.
r Si la matière a été complètement dissoute et que les dissolutions partielles soient homogènes, physiquement et chimiquement, et si étant évaporées les dissolutions laissent un résidu du même poids, on pourra conclure qu’on a opéré sur un principe immédiat; on aura une certitude d’autant plus grande, qu’on aura opéré dans des conditions différentes et avec un plus grand nombre de dissolvants ;
2° Si la matière est incomplètement dissoute , ou qu’elle donne des solutions hétorogènes , il est certain que l’on a opéré sur un mélange de plusieurs principes immédiats;
3“ Dans le cas où la matière serait décomposée par le dissolvant,
11 faudrait examiner si le corps n’est pas un sel dont on pût séparer la base et l’acide.
La pureté d’un principe immédiat peut d’ailleurs être démontrée par d’autres moyens : on peut recourir à des agents mécaniques, à des différences de densité, au point d’ébullition qui doit être constant dans un principe immédiat ; au point de fusion ou de solidification , à la congélation qui peut, dans certains cas, séparer l’eau ; à la forme cristalline si le corps est cristallisablc : s’il ne l’est pas, on
le combinera avec un corps qui pourra fournir un composé susceptible de cristalliser.
Toutefois, ajoutons qu’il serait quelquefois hasardeux de se prononcer sur la pureté d’une substance, lorsqu’on aura employé un seul de ces moyens ; en effet, la forme cristalline peut varier selon les circonstances dans lesquelles la substance a été placée, et on voit quelquefois le point d’ébullition varier dans un principe immédiat, parce que celui-ci aura perdu de son eau de constitution ; ou bien comme dans le cas de l’acide œnanthique, parce que la substance se dédouble en deux produits l’un plus hydraté qui distille, l’autre moins hydraté qui bout à une température plus élevée.
Enfin, ajoutons encore qu’une matière organique exempte de substances inorganiques doit brûler sans aucun résidu, lorsque, placée sur une lame de pjatine, on la chauffe fortement à la flamme d’une lampe à alcool.