‹ Discussion sur l'usureChapitre 10 sur 102 · Nous observons encore que dans le cin · texte numérisé non relu

Nous observons encore que dans le cin

quième concile de Lalran , lorsque sous Léon X on approuva les monts de piété, ce texte de saint Luc, produit comme fournissant des preuves contre l'usure , fut écarté comme incapable de prouver, malgré tout le zèle de ceux qui l'employaient. Mais ce qui est plus étonnant encore, c'est que Benoit XIV, environ deux siècles après, dans sa fameuse Encyclique Vix pervenit sur l'usure, ne fait aucune mention de ce texte si connu, si souvent répété ; tandis que s'il avait le sens que l'on prétend, il suffisait tout seul pour terminer les controverses.

72. INous reviendrons, dans d'autres chapitres, sur ce passage de saint Luc, et nous montrerons, par de nouveaux argumens , qu'il n'y est point question proprement du prêt regardé comme contrat, ni par conséquent de l'usure. De telle sorte qu'il sera toujours plus manifeste que les preuves que l'on en déduit pour condamner toute usure sans exception , sont absolument sans force.

73. Néanmoins personne ne niera que l'on ne puisse tirer de ce texte des preuves contre l'usure oppressive des pauvres. On peut en tirer et légitimement, mais par déduction d'un principe général, parce que tout ce passage insinue, recommande la charité et la bienveillance, et non parce qu'il s'y trouve une loi expresse sur l'usure. Autrement encore : on peut tirer ces preuves, je dirais, par une liaison fortuite et non nécessaire, parce que quand il s'agit du pauvre, l'usure est exigée avec violation de la charité , non parce que toute usure renferme essentiellement une lésion

de la justice. Mais cela se comprendra mieux dans les livres suivans.

74. En saint Matthieu, chap» 5, on trouve àpeu-près le même discours que nous lisons dans saint Luc sur la bienveillance universelle, mais on y omet ce mutuum date , nihil indè sperantes , comme n'étant point necessaire : ce qui nous fait voir de nouveau qu'il n'y est point question de l'usure, ni delà prohibition de l'usure. Ce passage de saint Matthieu a été moins célèbre; néanmoins il est propre à nous diriger dans l'inlerprétation de l'autre évangéliste : c'est-à-dire qu'il favorise tout ce que nous avons dit; et c'est une nouvelle raison de nous attacher à notre explication.

75. Nous avons vu que dans le texte de saint Luc il n'est point question du prêt à intérêt, et que , supposé qu'il en fût question , il n'en résulterait pas que toute usure soit défendue comme quelques-uns le prétendent. Ce sentiment reçoit une nouvelle force de la parabole du Sauveur, que les mêmes évangélistes, saint Luc, 19, 13, et saint Matthieu, 25, 14, rapportent à-peuprès dans les mêmes termes. Il s'agit du maitre qui, s'éloignant pour quelque temps de son pays, remet de l'argent à ses serviteurs, afin qu'ils le fassent valoir, et qu'à son retour ils le lui rendent avec les intérêts convenables. Cette parabole est le seul passage du Nouveau Testament où il soit parlé expressément de l'usure; il importe donc de l'examiner attentivement et d'en saisir le véritable sens.

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