‹ Discussion sur l'usureChapitre 11 sur 102 · Ce maître, comme il est dit dans saint Mat · texte numérisé non relu

Ce maître, comme il est dit dans saint Mat

ihieu, donna cinq talens à l'un de ses serviteurs, deux à un autre, un à un troisième , selon la capacité différente de chacun d'eux. Le premier ayant fait valoir ses cinq talens en gagna cinq autres, celui qui en avait reçu deux, en gagna de même encore deux autres. Mais le troisième alla faire un trou dans la terre, et y cacha son talent. Quelque temps après, le maître étant de retour, fit rendre compte à ses serviteurs. Les deux premiers lui présentèrent , outre la somme qu'ils avaient reçue, l'un cinq talens, l'autre deux; et ils entendirent ces paroles de la bouche de leur maître : « Cela est bien, ô bon et fidèle serviteur, « parce que vous avez été fidèle dans de petites « choses, je vous établirai sur de beaucoup plus « grandes. Entrez dans la joie de votre Seigneur.» Le troisième s'étant présenté, dit: « Seigneur, je « sais que vous êtes un homme dur, que vous « moissonnez où vous n'avez point semé , et que <f vous recueillez où vous n'avez rien mis : c'est « pourquoi, comme je vous appréhendais, j'ai été « cacher votre talent dans la terre : le voici, je « vous rends ce qui vous appartient. » Alors son maître lui répondit:» Serviteur , méchant et part resseux , vous saviez que je moissonne où je « n'ai point semé, et que je recueille où je n'ai « rien mis. Vous deviez donc mettre mon argent « entre les mains des banquiers, et à mon retour « j'eusse retiré avec intérêt ce qui est à moi. » Ensuite il fit dépouiller de son talent le serviteur inutile, et ordonna qu'il fût jeté dans les ténèbres

extérieures, où il y a des pleurs et des grincemens de dents.

77. Considérons maintenant cette parabole. Si le dernier serviteur avait prêté à usure son talent aux banquiers , il n'aurait pas reçu de reproches , il n'aurait pas été puni ; mais il aurait été loué, il aurait été appelé comme les autres à partager la joie de son seigneur. Une œuvre dont la pratique reçoit des éloges et des récompenses, dont l'omission est blâmée et punie, présente tous les caractères de la justice, loin de présenter les caractères de l'injustice. Or c'est ainsi qu'est représentée dans cette parabole l'œuvre par laquelle on obtient une usure proportionnée au talent. Avec quel front prétendra-t-on donc réprouver et proscrire sans distinction toute usure, comme injuste et condamnée par le Sauveur? Et si l'usure est criminelle par elle-même, comment le Sauveur se hasardait-il à donner cet exemple? Le serviteur ne serait-il pas aussitôt disculpé sur l'injustice de cette œuvre? Ceux qui entendaient ce discours n'auraient-ils pas eux-mêmes mis en avant cette excuse? Cependant on n'entend rien de semblable. D'où il résulte que le serviteur et ceux qui entendaient ce discours ne pouvaient pas regarder cette usure comme injuste. Cela étant, comment pourrons -nous nous-mêmes blâmer toute usure comme injuste, et cela au nom de l'Evangile ? Comment cette usure , considérée dans saint Luc, ne serait-elle pas en contradiction avec l'enseignement du même évangéliste, si ces paroles mutuum date ^ nihil inde sperantes proscri-

vaient toute usure sans exception? Approuver et désapprouver sont évidemment une contradiction.

On dira qu'il est question ici de banquiers, qui pratiquaient le change de place en place, et que par conséquent il est question d'usures licites. On répond que les banques pour le change tel qu'il se pratique aujourd'hui, étaient absolument inconnues chez les anciens , et que par conséquent on ne peut voir ici que les banques oii l'on avait pour but principal de prêtera usure (1).

Et il ne s'agit point de banque où l'on coure les risques du commerce : en ce cas le maître aurait parlé du gain provenant du négoce , il ne se serait pas servi du terme impropre d'usure , comme se prêtant aux futurs sophismes des raisonneurs sur cette matière.

79. Que si l'on répliquait qu'il s'agit ici d'une parabole, c'est-à-dire d'une chose imaginaire et non réelle, nous répondrons que l'exemple est imaginaire, mais que l'éloge et la récompense des serviteurs fidèles sont quelque chose de réel, ainsi que le blâme et la condamnation du serviteur qui a négligé de prêter son talent à usure; que cela est d'autant plus réel, qu'on le proposait comme modèle à celui qui veut conquérir le royaume des cieux. Et par conséquent la preuve reste dans toute sa force.

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