Voilà donc que nous avons terminé la dis
cussion sur l'usage de la monnaie accordé pour le commerce ou les échanges avec un prix proportionnel, et nous l'avons terminée sans nous servir des noms de prêt (mutuo), ni cTusure, noms qui sont devenus fanieux, non par ce qu'ils sont ou par ce qu'ils signifient , mais parce qu'avec ces mots on a introduit et enraciné dans cette discussion une confusion qu'il est impossible de dissiper si Ton n'abandonne ces mots, et si l'on ne reprend la chose par le fond, en examinant ce qu'elle est en elle-même, sans se jeter dans des disputes de mots, qui une fois terminées, procurent une victoire purement grammaticale , et n'établissent point les maximes de la saine philosophie, qui ne doit pas vétiller, mais éclairer l'esprit et le fortifier dans la possession de la vérité.
337. Nous n'avons employé aucun artifice, nous n'avons cherché à faire aucune illusion. jNous n'avons point dénaturé la chose; mais nous l'avons examinée et étudiée dans toute sa simplicité naturelle. La monnaie , comme toutes les autres choses (§ 165), n'est estimée que par l'usage qu'elle nous procure; et cet usage de la monnaie, nous l'avons examiné en tant qu'il peut avoir un prix ou une valeur pour devenir l'objet d'un contrat; c'est-àdire que nous ne craignons point le reproche d'avoir détourné la question en ne la présentant pas sous son vrai point de vue. D'ailleurs toutes les objections des adversaires consistent à rappeler le lecteur au mot de prêt (mutuum) , par rapport au capital de la monnaie. Or chacun voit qu'autre chose est de faire une convention sur l'usage dans
sa succession déterminée , autre chose est la monnaie considérée simplement dans l'acte par lequel on la cède. Au reste dans le troisième livre nous prouverons^ et j'espère d'une manière convaincante , que le prix de cet usage , même en employant le mot de prêt (mutuum) , ne doit point être regardé comme une chose qui vienne du prêt : ce qui fera disparaître jusqu'à la racine des disputes.