Si en prêtant nous venions à passer à l'idée
la faculté d'exiger l'usure même non stipulée du huit pour cent sur les sommes fournies pour un temps déterminé. Sancimus ut usurœ ipsis non solum ex stipulatione, sed etiam abs" que scripto prœbeantur : novel. 136, cap. 4.
de l'usage, pourrions-nous vendre même l'usage d'un temps fort court?
Je réponds que nous le pourrions, mais en calculant le prix d'après le temps, afm qu'il y eut proportion. Je ne vois pas comment on pourrait répondre le contraire. L'usage pendant un temps court est une partie de l'usage pendant un temps plus long. Par conséquent, s'il n'y avait pas un prix légitime proportionné à chaque fraction du temps, il n'y en aurait pas même un qui correspondit à l'usage d'un temps plus long ; ce que nous avons démontré être très-faux. Et c'est ainsi que l'on paie l'usage court ou long des voitures, des habits, etc.
Néanmoins ce sera toujours une conduite honnête, polie, digne d'éloges de déployer les sentimjens de la bienveillance et de donner gratuitement, quand il s'agit d'un temps fort court, l'usage de l'argent, quoiqu'il n'y ait point d'obligation de le pratiquer ainsi.
481. J'ai entendu, mais il y a long-temps, cette objection puérile, que celui qui reçoit moyennant un prix l'usage de l'argent pour le commerce le reçoit à la vérité à cette condition , mais par force et non librement; car s'il était en pleine liberté , il le voudrait sans cette charge : et par conséquent ce prix doit être regardé comme injuste (1).
(1) Honorât. Leotardi, De usuris, qnaest. 6^ § 6 ; Neque dehitor libere stipalationem usuraram consentit^ sed necessitate ^rorsùs , et quia non alia ratione potest rebus suis consulere.
Mais les nëgocians riraient beaucoup de cetfe objection, qui, si elle avait quelque valeur, nous ferait conclure que celui qui doit payer et ne veut pas payer, est exempt de payer, qu'autrement il aurait droit de réclamer contre la violence.
Ainsi nous répondrons hardiment que la liberté est ibndée sur le calcul des motifs et sur le choix que l'on fait au milieu des motifs, et non sur la déraison ; et que ce serait se montrer fort déraisonnable, et oublier le calcul de ses propres intérêts, que d'exiger l'usage d'autrui sans aucune compensation, quand l'usage est estimable, et par conséquent susceptible d'un prix. Nous ajoutons qu'aujourd'hui cette difficulté est absolument sans fondement, puisqu'aujourd'hui communément recevoir de l'argent à un intérêt modéré n'est point regardé comme une charge, mais au contraire comme une chose agréable et avantageuse. Et les personnes honnêtes ne chercheraient ni ne voudraient point l'usage de l'argent sans intérêt, surtout si la somme était considérable et qu'il s'agît d'un temps un peu long; elles sont même les premières à offrir un intérêt convenable et proportionnel quand elles demandent à emprunter une somme considérable.