‹ Discussion sur l'usureChapitre 50 sur 102 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AUTRE HANIKRE DE TRAITER LA QUESTION AVEC LES TERMES DE l'école.

496. Dans le chapitre précédent nous avons discuté la matière que nous avons entrepris de traiter, avec les termes de prêt et d'usure, en en suivant les notions communes, et en en déduisant des conclusions parfaitement conformes à la doctrine des livres précédens. D'un autre côté j'ai suivi dans la discussion la méthode la plus propre à persuader, en passant des principes généraux et en descendantensuite à des conclusions particulières, comme ferait l'école. Maintenant je me propose d'arriver au même terme , mais en prenant une autre voie plus facile et plus droite, et comme opposée. Nous verrons comment la même vérité reparaîtra plus lumineuse, et nous apercevrons encore mieux quand on ne peut rien exiger audelà du capital prêté, et quand on peut exiger un intérêt. Je reviens au premier principe.

497. Parle prêt on donne pour un certain temps une chose qui doit être rendue avec la même valeur et dans la même espèce; par exemple, le

qu'ils fussent seulement la moitié de l'intérêt du capital. Si usurœ summam capitls impleverint^ usurœ carrant, capitis quidem diiplœ\ usurarum vero simplœ, Cod. Theod., lib. 3, lit. 2.

grain doit élre rendu en grain , le vin en vin , la monnaie d'or en monnaie d'or : les choses qui doivent être rendues dans la même espèce et non dans les mêmes individus sont appeiées/bngiùles, comme il a été explique dans le § 433. V usure est tout ce que l'on exige, ou que l'on reçoit au-delà de la chose prêtée ; comme il a été dit dans le § 437.

498. Mais cette notion du prêt se présente à nous dans son universalité comme la défmitioa d'un genre plutôt que d'une espèce. Néanmoins il est certain que l'on a connu d'abord les espèces , et ensuite les genres, comme on connaît les individus avant les espèces. Donc quand on a commencé à employer le mot de prêt, il a été un nom d'espèce et non un nom de genre. Il est donc de la dernière importance de défmir à quelle espèce de concessions sous la condition de restituer la même valeur, on a donné primitivement le nom de prêt, pour refuser ce nom aux concessions d'espèce différente; afin de porter par-là la lumière dans la science et le repos dans les esprits. Mettons la main à l'œuvre.

499. Comme on prête par l'impulsion d'une cause, il faut examiner avec le plus grand soin le caractère de cette cause, afin de voir où commence une espèce de concessions et où elle finit, où une autre vient prendre sa place, de manière qu'on donne à chacune les propriétés qui lui conviennent. Examinons cette cause.

500. 11 est certain que celte cause est dans celui qui cherche l'emprunt, et qui nous en fait la

demande. Cai- nous prêtons précisément sur la demande (ju'on nous fait.

501. Celle demande ou cette reclierclie vient du besoin de l'emprunteur. Caries hommes cberchenl ce qui leur manque; ^t quand quelque chose leur manque, la nature en souffre comme étant hors de son assiette ou de son niveau.

502. Or une chose peut nous manquer, 1° pour soutenir la vie; 2° pour la rendre plus commode? 3° pour la rendre plus agréable, c'est-à-dire qu'il y a des besoins de nature, de commodité, d'agrémens. Mais les besoins de commodité et d'agrémens ont plutôt le nom et l'apparence que la réalité de besoin.

503. Les premières concessions qui se sont faites parmi les hommes sous la condition de la restitution de l'équivalent, ont été sans doute pour les besoins de la nature. Car ces besoins ont été les premiers à se faire sentir : les aises, le luxe étaient dans les premiers âges du monde des noms inconnus : la nature visait à se procurer le peu qui lui était nécessaire pour subsister, elle n'ambitionnait pas cette abondance, qui est plus propre à exciter la jalousie des autres, qu'à donner la sécurité et le bien-être.

504. On ne peut pas s'empêcher d'accorder l'emprunt qui est cherché pour les besoins de la vie. Car tout besoin qui est dans nos frères est comme un besoin qui serait en nous-mêmes. Or je ne puis pas sans crime refuser de satisfaire un besoin de la nature qui serait en moi. Ainsi je ne puis pas me refuser la nourriture ou la boisson

ni m'est nécessaire pour vivre, ni les vétemens ui me sont nécessaires pour me défendre contre intempérie des saisons. Donc on ne peut pas ne as accorder l'emprunt qui est demandé pour les 'tsoins de la nature.

i 505. En d'autres termes, il y a obligation d'ac-

jorder l'emprunt qui est demandé pour les besoins

e la nature. Car nous ne pouvons passanscrime

b refuser, comme on l'a vu dans le paragraphe

recèdent.

506. L'emprunt cherché pour se procurer les lises et les agrémens de la vie n'impose aucune '])ligation de l'accorder. Car nous pouvons sans njustice nous refuser à nous-mêmes les aises et es agrémens de la vie.

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