‹ Discussion sur l'usureChapitre 58 sur 102 · LES TROIS CONTRATS OU LE CONTRAT TRINE · texte numérisé non relu

LES TROIS CONTRATS OU LE CONTRAT TRINE

573. Comme nous l'avons dit ailleurs ( § 417 ), m donne ce nom à un contrat de société joint à ieux contrats d'assurance , avec une diminution proportionnelle des profits pour chaque assurance. H'est-là une invention du quinzième siècle, à lajuelle on a eu recours pour convaincre l'école le la justice du prix de l'argent cédé pour un îertain temps. Supposons, lui dit-on, que je fourlisse mille pièces de monnaie pour un négoce, ît qu'un marchand fournisse son travail, conveiant tous deux départager les profits et les pertes. ]e serait là un contrat de société, contrat regardé :omme très-licite dans toutes les écoles. Suppoons que le produit probable de chaque centaine lans ces mille pièces de monnaie soit de vingt- [uatre par an. Que celui qui a donné l'argent, velant à considérer le danger de le perdre en passe m contrat d'assurance avec son associé, ou avec ine autre personne, en cédant sept sur la somme nnuelle de douze qu'il espère pour ses profits, et e contentant du cinq en assurant le capital. Enuite,pour avoir aussi un profit certain, qu'il fasse m contrat pour s'assurer le revenu annuel du rois pour cent, en laissant à celui qui lui donne ette assurance l'intérêt -probable du deux poui*

cent, ou même davantage. Voilà le contrat trine ^ ou les trois contrats : le premier de société, le second d'assurance du capital, et le troisième encore d'assurance, mais des profits , avec une diminution graduelle des profits pour celui qui a donné l'argent, dans chaque assurance. De sorte que dans notre cas celui qui a donné les mille pièces de monnaie serait sûr de cette somme et du revenu annuel de trente , et pour celui qui a fourni son travail et les assurances, il resterait ving-et-un pour cent, ou 210 pièces de monnaie probables chaque année, c'est-à-dire un profit sept fois plus grand que celui du capitaliste.

574. Or on a dit aux scolastiques : le contrat de société est licite, les contrats d'assurance sont licites : or posés ces contrats, il résulte pour moi de la somme de mille un revenu annuel de trente: donc ce profit est licite : c'est-à-dire qu'avec ces trois contrats on se procure licitement l'intérêt de l'argent, quand même cet intérêt ne serait pas licite dans le prêt.

Non, a-t-on répliqué dans l'école. Ce triple contrat n'est qu'un prêt pur et simple; et par conséquent l'intérêt est aussi injuste que dans le prêt. Or ici on a répondu qu'il est faux que le triple contrat soit un prêt, parce que dans le prêt, suivant l'opinion de l'école, on transfère le domaine de la chose prêtée; mais dans le triple contrat on commence par un contrat de société dans lequel, selon l'école, le domaine n'est pas transféré; et ainsi il y a une différence manifeste entre le prêt et les trois contrats : et lors même que l'intérêt

serait illicite dans le prêt , il doit être regarde comme très-licite dans les trois contrats.

575. L'école a senti la force de cette réponse, et sur le point d'être battue avec ses propres armes elle a eu recours à toutes sortes d'échappatoires, et elle s'est écriée, que si chacun de ces contrats était juste considéré en lui-même, ils cessaient d'être tels quand on les réunissait. Or c'était là s'écrier que si à des choses égales , car la justice des contrats consiste dans l'égalité, c'était, dis-je, s'écrier que si à des choses égales on ajoute des choses égales , elles cessent d'être égales, ou il n'y a plus d'égalité. Ce qui est contraire à tous les principes de la métaphysique et desmathématiques.On a encore objecté que si ces trois contrats se font avec des personnes différentes on peut lesadmetlre, mais non quand on les fait avec une seule personne. C'était également prétendre que ces trois contrats sont justes pris séparément, et non pris conjointement; ce qui est aussi contraire à toutes les notions de la métaphysique et des mathématiques.

576. Ainsi avec ces trois contrats on montrait la justice de cet intérêt annuel des mille pièces de monnaie : conclusion applicable à toutes les autres sommes données pour un certain temps, pourvu qu'il n'y ait ni excès, ni fraudes, ni violence à l'égard du pauvre. Il n'est donc pas étonnant que le cardinal de la Luzerne insiste tant pour soutenir ces trois contrats, pour montrer qu\i ne foule de

savans l'ont approuvé , et qu'il est obsolumeiU

irréprochable^

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