‹ Discussions politiquesChapitre 10 sur 49 · SI R T.FS IDÉES MAITRESSES I>E LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SI R T.FS IDÉES MAITRESSES I>E LA RÉVOLUTION

du même père et tous rachetés à égal titre par le même Sauveur.

Sulla vilis anima est pro qua Christus mortuus L'égal i taire au cœur tendre prend l'égalité par ce biais de la fraternité et se trouve chrétien sans trop se rendre compte comment il en est arrivé là. L'idée d'égalité peut être un stimulant du sentiment de charité. Proudhon, qui ne veut voir que justice dans la Révolution française, ne s'est pas rendu compte de cela. Je suis très sincèrement persuadé qu'un certain adoucissement des mœurs, qu'un accroissement du respect de la personne humaine, qu'un instinct de charité, non certes pins fort ni plus profond que celui que les Égli chrétiennes avivaient dans les cœurs, mais plus répandu peut-être et plus dispersé; qu'une esp en un mot, de laïcisation de la charité; que tous

timents excellents n'ont pas perdu à la Révolution française el y od é quelque chose, et que l'idée d'é j dite b eu c i effets qu'il serait extrêmement injuste de ne pas mettre a Bon compte. Je ne crois p is contesl tble non pins que la même a eu certaines conséquen fâcheu

Eli premier lieu, la haine dc> supériorités vient

directement de l'idée d'égalité, à moins que ce ne soi t l'inverse, et ici, comme plus haut, pour une généalogie du même genre, il n'importe pas du

38 DISCUSSIONS POL1TIQIES

tout. L'idée d'égalité s'est attaquée d'abord aux privilèges de naissance, aux avantages matériels attribués et assurés à ceux qui s'étaient donné la peine de naître. Mais elle s'est attaquée ensuite tout naturellement, tout logiquement et sans avoir la peine, elle, de changer de point de vue, à des privilèges exactement pareils, qui sont l'intelligence, l'adresse, le don d'influence sur les hommes, le talent et le génie. Il n'est cependant pas contes table que ces supériorités sont des privilèges de naissance exactement comme un titre de noblesse et que Napoléon ne s'est donné que la peine de naître pour avoir du génie, exactement comme Louis XIV pour être roi de France. Le scandale de l'égalitarisme doit être le même dans les deux cas, et il l'est ; et il n'y a rien à lui dire. C'est une iniquité que d'être fort, que d'être spirituel, que d'être intelligent, que d'être génial. C'est une iniquité que d'être né pour commander aux hommes, et pourtant c'est un fait indéniable. Il y a des hommes qui naissent chefs, et qui le sont dans leur sphère en se laissant aller simplement à leur nature ; comme il y a des hommes qui naissent artistes et guerriers et ne peuvent s'empêcher de l'être. C'est contre ces injustices de la nature que l'idée d'égalité se révolte, et avec raison, pourvu qu'on se place à son point de vue.

SUR LES IDÉES MAITRESSES DE LA RÉV0L1 riON

Et note/ qu'elle n'est point sotte, ici mên comme elle le serait à se plaindre de lin lit»'- du jour et des nuits en certaines saisons ou des rigueurs de la température, puisque ces inégalités naturelles, mais humaines, elle peut les effacer, les empêcher de sortir leur effet, et taire, sinon qu'elles ne soient point, du moins qu'elles soient comme si elles n'étaient pas. Etc'esl ce qu'elle fait

ctivement (1). Ces supériorités, elle les efface d'ahord en les niant, et ce n'est pas le pire de ces procédés. Elle déclare (pif tel homme supérieur

t supérieur que parce qu'on s'est concerté aie trouver tel, et, comme il en est ainsi dan- quelques facile de persuader qu'il en est ainsidans tous. Elle déclare que c'est L'engouement qui t'ait le génie et non le génie qui t'ait naître l'engouement, exactement comme l'auteur du Contr'un

naît (jue les grands ne sont grands «pie parce que nous 1rs portons sur nos épaulei

Autre procédé: comme le hien est toujours môle

de mal, elle dissout, en quelque manière, le- qualités des hommes supérieurs dans les défauts qui

'] .. Il i*:uit que lei institutions sociales mènent ;'» ce i qu'elles ôtenl i tout individu l'espoir >!<• devenir jamais ni plus riche, ni plus puissant, nî plut distingué pur *<•* lumiim qu'au*

cufi <i •' t i Babi m l l ribun du I

du Droits de ! homme, a

les avoisinent, et, par exemple, la volonté étant toujours accompagnée d'une certaine rudesse impérieuse, elle dira que la volonté n'est qu'une brutalité de tempérament à laquelle on aurait bien tort de céder et d'obéir. C'est le procédé de La Rochefoucauld. Il est incroyable combien ce grand seigneur avait d'instinct démocratique dans l'esprit.

Autre procédé et le plus usité : elle invente une organisation sociale où les supériorités intellectuelles ne peuvent que très difficilement réussir à émerger. Turgot, disait Renan, timide, gauche, parlant mal, est arrivé au ministère, parce qu'un abbé a dit du bien de lui à Mme de Maurepas. Jamais il neparviendraitaujourd'hui.Ilest en effet assez probable. A tout prendre, il n'y a que la faveur qui mette au sommet les hommes de génie et les parfaits imbéciles. La démocratie n'y met que les médiocres. Elle ne se plaît guère, comme il arrive aux souverains, à faire quelque chose de rien et à prendre pour favori un homme absolument nul ; mais encore moins elle aime un homme incomparablement supérieur. Quand un Richelieu arrivera par l'élection au scrutin d'arrondissement ou au scrutin de liste, ce sera un événement bien inattendu, encore qu'en France tout arrive.

L'instinct égalitaire est-il, comme on l'a beau-

>EES M Mil. l.\ REV0L1 riOH I I

p dit, destructeur du patriotisme ? Cela ne

prouvé. J'ai l'ait remarquer plus haut que cet instinct avait commencé par suri !• le patriotisme ou par se joindre à d'autres lants pour l'enflammer et le pousser en avant te ardeur singulière. Je fais cette remarque -i je n'en fais pas d'autres, c'est que la question est toute neuve et qu'il ne faut rien tirerdes Républiques an tiques, qui étaient des aristocraties, et qu'il i que deux démocraties pures en ce monde, .voir la France et les États-Unis), je fais cette remarque que les États-Unis sont un pays d'ardent patriotisme, quoique la démocratie utilitaire, commerciale, industrielle, y règne pleinement ;

rve que ce qui y est le plus patriote, c le peuple même et non pas cette manière d'arisi Ton veut L'appeler de ce nom, qui i st constituée par la classe des milliardaires et millionnaires. Je note encore que, quoiqu'il n'y ail dan- le monde que den\ démocral Américains »-t la nôtre, on peut tirer quelque préemption de l'état de l'Angleterre, \ n |ue rande-Brel tpproche de la démocratie, on qu'elle cl iu point de vue du patriotisme .' i • ■ uns diront : elle est plus patriote et plus obstinément qu'elle m* fut jamais. Lesauti i est moins, n les apparences, et le jin-

goïsme ne va pas jusqu'à produire à travers les comtés l'élan des volontaires de 1792. Tout compte fait, elle me semble l'être tout autant, à sa manière, avec la même froide opiniâtreté que du temps de notre premier Empire.

Je ne crois donc pas qu'on puisse affirmer d'ores et déjà que la démocratie soit destructive du patriotisme. C'est le secret d'un avenir encore éloigné. Le fléchissement de l'idée de patrie en France, actuellement, est très visible. Sans doute; mais où est-il visible ? Dans les hautes classes seulement, et dans une partie seulement des hautes classes, dans cette partie qui, très mêlée de sangs étrangers, n'a vraiment aucune raison d'être patriote et est assez naturellement cosmopolite. C'est un mal certes, et affreux; mais est-il profond? J'en doute, et encore une fois il faut une expérience plus longue pour en décider.

Tout au plus peut-on dire qu'il y a danger. Tou au plus peut-on dire que si l'idée d'égalité devenait dominante au point d'être exclusive ; que si, se ramenant à son principe ou plutôt au plus bas de ses principes qui, pour lâcher le mot, est l'égoïsme, elle envahissait sous cette forme l'homme tout entier; que si elle était si forte sur les résolutions des hommes que ce calcul fût continuel chez eux, à savoir que les efforts du patriotisme

R LES IDEBS MAITRESSES DE LA RÉVOLI riOH 13

profitent surtout aux grands de ce monde et ne donnent aux petits que des satisfactions de vanité; que si l'idée d'égalité se résolvait dans le seul appétit a tranquillité et de la jouissance des biens maté - 3, avec un secret désir que les puissants fussent ilysés dans leurs ambitions par la crainte salutaire d'un ennemi extérieur plus puissant qu'eux ; ilors I»1 patriotisme s'éteindrait en effet ; et la Dation,occupée de ses idées, et faisant taire les id< •t surtout les sentiments contraires, n'aurait ju'une existence nominale »d, même à titre nomiîal, très précaire et destinée à être courte.

Mais en est-il ainsi ? Évidemment non. En serat-il ainsi ? Je ne crois pas que personne puisse flatter d'avoir les raisons suffisantes de le savoir. Et enfin, pour ne p is s'étendre indéfiniment sur une matière quasi inépuisable, il est un dernier ïffet de l'idée d'inég il i té, qui est inquiétant au plus liant point. L'idée d'inégalité mène tout droit à Belle de l'abolition de la propriété, et il n'y a i d'exemple, à mon avis, plus curieux, d'inconce dans les idées que l'article 11 de la s Droits de l'homme droi s de

l'homme sont l'égalité, la liberté, lu

i lité, en bonne logique, est absolument

usive de la propriété. J ai tellement démontre

cela et à tant de reprises (1), non pas pour pn clamer la légitimité du socialisme, mais pour coi battre l'idée d'égalité, qu'on m'excusera d'être un peu las de le faire et de me borner à quelques formules. L'égalité intégrale, c'est le socialisme sous sa forme absolue, c'est-à-dire c'est le collectivisme. Toute autre solution laisse debout la plus formidable des inégalités, celle qui était déjà, sous l'ancien régime, à travers tant d'autres, la plus forte. Il ne faut jamais perdre de vue Samuel Bernard se promenant avec Louis XIV dans les jardins de Versailles et les fils de Lamoignon épousant les filles des Bernard, si l'on veut se faire une idée de la supériorité de l'argent sur toutes les autres « supériorités ». Or, pour détruire ce privilège de la naissance, survivant à tous les autres, il n'y a que le collectivisme. L'abolition même de l'héritage ne serait nullement une solution, parce qu'on ne peut pas abolir l'héritage. On peut le gêner extrêmement, mais non pas l'abolir, et tant qu'il y aura une propriété individuelle, il y aura des héritages plus ou moins indirects et clandestins ; mais il y aura des héritages. Le privilège de naître riche ne peut sabolirque par l'abolition de la richesse. Le

(1) Surtout dans mes Questions politiques et mes Problèmes politiques du temps présent.

LES IDÉES MAI i RI E LA RÉVOLI TION 15

pllectivisme riait donc de l'idée d'égalité, comme j fruit de la fleur, l'arbre du germe et la conséaence de son principe immédiat. Le Cogito ergo im est moins lié. que la démocratie et le collectiisinf.

El voilà, cette t'ois, comment l'existence des Itions est dépendante de l'idée d'égalité. Que d'égalité détruise une Dation, j'ai dil que je 'en savais rien. Mais l'idée d'égalité produit le ycialisme, qui, lui, peut détruire une nation, arce qu'il est forcément cosmopolite. Certains îcialistes prétendent prouver qu'une nation kganisée scion le régime collectiviste serait plus >rie que les autres. Ceux-là peuvent être sociaet rester patriotes. Mais beaucoup d'autres t, je crois, la plupart, savenl ou sentent le con- Éûre, savent ou sentent que . llec-

Hste amènerait immédiatement, avec la supj ion de la concurrence, un ralentissement de effort et de l'invention (ce qui,dur< erail

D Boi un bienfait), que, par conséquent, la ation ainsi organisée serait tout de suite infiniient plus faible que ses rivales, en arri< re du rogrès, dépassée, prête à ti t»- conquise ou démemi doue l'idée de patrie qu'on

d'elle même au* d is collectif ( ir, -i e»- 1 l'idée vie patrie qui dou

c'est à l'idée de patrie qu'il faut s'attaquer. Si le collectivisme ne peut triompher que quand les frontières seront effacées (et c'est la vérité pure), que d'abord les frontières disparaissent ! Donc, de môme qu'un égalitaire contient un collectiviste, de même un collectiviste contient un cosmopolite, et le caractère international ou semi-international de tout le socialisme européen est la chose la plus naturelle du monde. La logique a son inconvénient, et les socialistes de tout l'univers sont inconsciemment très logiques, en se sentant, selon les différences de tempérament, ou hésitants, ou tièdes, ou très froids, ou décidément hostiles relativement à l'idée de patrie qui les gêne et qui est le principal obstacle à leurs desseins.

Ce n'est pas seulement de cette façon que l'idée d'égalité, devenue l'idée socialiste, ronge, pour ainsi parler, l'idée de patrie. L'idée d'égalité intégrale déchaîne ou entretient la guerre des classes. Qu'on ne nous juge pas assez naïf pour croire que la guerre de classes date de la Révolution française. Elle a existé, non pas d'une façon continue, mais à intervalles plus ou moins grands, depuis les temps les plus reculés. L'antiquité, qui n'a eu aucune idée de l'égalité entre les hommes, non plus que des droits de l'homme, a connu ces guerres de classes, et aussi le moyen âge. Mais

SCH LF> IDÉES MAITRESSES T)E La RÉVOLUTION \ 7

3eut- être faut-il remarquer que les guerres de tutrefois n'avaient pas comme à leur service ine idée générale, une espèce de dogme qui les ;on- les justifiât et les sanctifiât. Elles étaient

les luttes de forces contre des forces, et des tenatives que faisaient les faibles, en se groupant et 'appuyant les uns les autres, d'être plus forts que es forts. Je ne crois pas qu'on puisse citer un cas rannent net de l'idée d'égalité servant de texte, le programme et de cm/oàces révoltés de la misère. Toutes différentes sont les guerres de classes |in s'appuient d'un principe rationnel accepté par out lf monde, ou à peu près, comme une vérité. Mes deviennent, puisqu'elles se font au nom d'un me, des manières de guerres de religion. Le iromoteur d'une guerre déclasses au w siècle dire, non sans raison : i Je représente la ilution française. Je combats au nom de ité. < ïela ne laisse pas de donner une certain.- foi u\ revendications et une certaine autorité aux Qsurrections les plus illégitimes. La Révolu ti

lonné aux guerres de classes, non certes "ir raison d'être, mais leur raison de - Onu ut selon le droit, et leur raison

• re avoir raison.

Or il '--t mutile (!•> dire a quel point les guen dément a l état aigu, m i

48 DISCUSSIONS POLITIOIES

à l'état latent, minent et battent en ruine l'idée de patrie. Elles font comme un nouveau classement de l'humanité. L'humanité, à cause d'elles, ne se divise plus en nations, mais en conditions ; et l'ouvrier français ne tarde pas à se sentir le compatriote de l'ouvrier allemand ou anglais beaucoup plus que du bourgeois français, qui parle la même langue que lui. Il arrive donc, ce dont ne s'étonneront point ceux qui sont familiers aux évolutions historiques, que cette même idée d'égalité qui a contribué à surexciter le patriotisme d'un peuple, par exemple en 1792, comme nous l'avons montré, finit, sous sa dernière forme, par être une cause d'affaiblissement national et contribue au fléchissement de l'idée de patrie dans un peuple.

Tous les peuples modernes ont été pénétrés de ces principes de la Révolution française, ce qui prouve, non point que ces principes eussent en eux une vertu mystique de radiation et de séduction, mais qu'ils étaient les expressions d'une situation économique qui était à peu près la même dans tous les peuples de l'Europe. La présence et la diffusion de l'idée égalitaire dans une nation n'est donc nullement ce qui la met en infériorité en présence des autres, mais c'est le degré de force de cette idée qui fait toute la question. Une nation saffaiblissant à mesure qu'elle se rapproche du

Ll - IDÉES M \i I M 5SI - DE t . Ll TION

me socialiste ; une Dation s*affaiblissant à mesure que la guerre de classes, latente ou déclai

t plus vive ; uue nation s'affaiblissant à mesure seulement qu'elle devient plus démocratique, non point parce que l'idée égalitaire est m rement

antipatriotique, mais parce qu'il y a une antinomie naturelle entre l'esprit égalitaire et l'esprit disciplinaire ; pour ces raisons, sur ces chemins qui mènent tous les peuples de l'Europe vers la démocratie, il y aura comme une course de lenteur très intéressante à étudier. La première nation qui arrivera à la démocratie int< ou qui

approchera beaucoup plus que les autres comme pour disparaître, et di Ira,

môme sans lutte, par une sorte d'enlisement a] îel les sables mouvant- s'étalent doucemenl l'enseveli. Après celle-ci, ce sera une autre, j uneauti jore, jusqu'à ce que l'Europe ne tutplus qu'un ide nation, mais si • et tmorphe que, comme l'Empire romain, i icoup plus forte >n, elle pourra être la e de n'importe quel peuple à idées ôtr ; tions fortes et à patriotisme têtu. Renan redoutait la Rus ut l'union lo-franco-allemande contre la Russie ''t pour la mler bien loin <l i stepp ut le «

:: il" | ; lin. I »' UUi'Ii

.r)0 DISCUSSIONS POLITIQUES

vois l'Europe, conquise par le dernier peuple resté militaire et relativement féodal, former un conglomérat d'où, peu à peu, tout esprit militaire et féodal sera exclu ; et alors je vois le peuple imperméable aux idées occidentales, le peuple qui ne change jamais, le Turc, reprendre le chemin, qu'il connaît, de Vienne et du centre de l'Europe. — Mais le Turc lui-même change. — Il est vrai. Alors c'est un peuple non européen qui est destiné à conquérir l'Europe démocratisée.

Et quelle sera la première nation qui disparaîtra pour cause d'idée égalitaire poussée jusqu'à ses dernières ouavant-dernières conséquences? c'est ce qu'on ne peut point savoir ; parce que l'évolution des idées n'est point soumise à des règles fixes, ou parce que les règles qui la gouvernent ne sont point connues, et encore parce qu'il y a des circonstances particulières qui peuvent hâter ici, retarder là cette évolution. C'est plaisir de voir, par exemple, en France et en Allemagne, deux suffrages universels qui semblent se regarder l'un l'autre. Lequel vaincra l'autre ? Je veux dire : lequel aura sur la nation où il opère cet effet de la précipiter plus rapidement que l'autre sur la pente de l'égalité intégrale?

— Évidemment, répondra quelqu'un, le suffrage

R LES ID kITRESSES DE LA RÉVOLUTION •"> I

universel français, parce que le suffrage univ. : français est sans contrepoids et que le suffr universel allemand est contrebalancé par un esprit iplinaire, royalisteet féodal, qui est môme plus Fort que lui.

— J'ai penchant à le croire; mais je suis loin tre sûr; car ce contrebalancement peut de birun antagonisme, et le conflit, précisément entre l'esprit féodal et l'esprit égalit aire, peut jeter l'Alle-

me dans une révolution qui dure un siècle et qui l'affaiblisse pour deux. De même en Angleterre, je crois voir, à certains signes, que l'esprit démoi tique, pour avoir été trop longtemps comprimé ou n'avoir n^-w que des satisfactions incomplètes,

ede coups de soupape furtifs, fera une explosion soudaine et peut-être violente, tjui mettra quelque désordre dans cette vieille, solide et

mte machine du Royaume-Uni. Non, on ne peut p chez quel peuple la marche \

dite, lente, OU rapide, OU :iti-

nue ou ave,- i ion, sortira son plein etentier

effel avant de le Bortir chez les auti

essiona ou toul au moins , enrayementfl qui font office de i

peuples, le mouvement continue, i a marche vera la démocratie est inévitable, soit ; mais il y a toujours une aristocratie en voie ^u-

mation, et celle-ci retarde d'autant le mouvement démocratique. L'aristocratie moderne est celle de l'argent. C'est la pire, me direz-vous. Parfaitement. Mais toutes les aristocraties ont commencé par être quelque chose de si mauvais qu'elles semblaient le pire. Montrez-moi un peu les ancêtres de cette grande aristocratie anglaise qui... Montrezmoi un peu les ancêtres de l'aristocratie de Venise. L'aristocratie d'argent, en Amérique, en France, demain en Allemagne, puisque l'Allemagne se met à gagner de l'argent, peut devenir, en deux générations, l'âme même, réfléchie, puissante et généreuse de la nation. Je n'en crois rien; mais il est possible. L'émiettement démocratique en serait arrêté et les périls qu'il entraîne conjurés pour un long stade de temps. — Autre enrayement : la décentralisation. La décentralisation est un remède excellent à ce même émiettement démocratique dont je parle. Elle crée des centres locaux qui sont des forces autonomes, des faisceaux d'énergies et de volontés. La nation ainsi disposée n'est plus une simple addition d'unités, c'est-à-dire de faiblesses et, pour parler plus juste, n'est plus une simple addition de zéros. Elle est constituée, elle est articulée, elle est un corps vivant. La décentralisation, intellectuelle d'abord, administrative ensuite, dans une certaine mesure, se lera-t-elle chez nous, par

Page 1