I. \ DÉMOCMATIE DEV \M LA S< M 111 E
mais une suggestion est une imitation et une imi tation estime mode : je ne vois dans une m< i de nécessaire.
Kt encore ceci : serait-il prouvé que la Démocra-
fût un fait universel ou à la veille de devenir
te1, et prouvé encore qu'elle fui un t'ait nécessaire
à la <late où nous sommes parvenus, resterait en-
pour nous persuader d'y adhérer, à nous
prouver qu'il est bon ; resterait encore à YautorUi r.
Car enfin un fait peut être un fait, un fait peut ôtre un fait universel, un fait peut être un fait inévitable, et ôtre un fait désastreux. La morl un t'ait, elle es! un fait universel, elle est un l'ait inévitable et elle est généralement considi comme un fait à ue souhaiter à personne. Un t'ait pourrait ôtre universel et inévitable et n'être que le prodrome de la mort du peuple où il se produit, ou le prodrome de la mort de tous les peuples s'il se produisait chez tous.
Quand dune on aurait prouve, ce qu'on n'a point
tait, que la Démocratie est universelle et qu'el une nécessité interne, resterait encore à prouver
qu'elle esl U>nne, pour persuadera tout le monde
île n\ point résister : resterait encore à Vautorit
Or, de I aveu très loyal de M. Bougie, la Démocratie n'es! autorisée ni par la Bcience, ni par l'histoire. D'autre part, ni elle n'esl prouvée uni
verselle, ni elle n'est prouvée nécessaire. Reste exactement que ceux qui concluent à elle n'y peuvent conclure que sur cette raison unique : « parce qu'elle me plaît. » Au fond et en dernière analyse, le livre de M. Bougie peut se résumer ainsi : rien ne recommande la Démocratie ; soyons démocrates gratuitement ; rien ne prouvera plus notre sincérité. — Le livre de M. Bougie est un recueil de dissolvenda objecta. Il a bien dissous les objections ; oui, à peu près; mais comme il n'a trouvé aucun argument pour sa thèse, tout en démontrant l'inanité des arguments contre, ses conclusions sont des conclusions de foi et tout le livre qui y tend est, sans qu'il y paraisse, un livre de croyant.
Pour moi, qui m'efforce de ne croire à rien, c'està-dire qui m'efforce de n'avoir pas de passions ; pour moi qui ne suis nullement l'ennemi de la Démocratie et qui aimerais même une Démocratie libérale et qui ne suis en défiance envers la Démocratie que parce que je doute que libérale elle puisse être ; je raisonne sur ces choses à peu près de la manière suivante.
Les objections contre la Démocratie tirées de
listoire naturelle sont en eflet excessivement ibles. Si, comme je l'ai dit souvent, nous avons, une façon générale, beaucoup à apprendre de ►s sages frères les animaux, il est certain que >us différons d'eux tellement qu il est presque iicule de tirer soit de leur physiologie, soit de ur sociologie, une sociologie à notre usage ; et uloir qu'une association humaine ressemble it à un éléphant, soit à une ruche, n'est pas une lose très indiquée. Parce qu'il est un animal qui vente des machines, comme l'a très bien dit , Bougie ; parce qu'il est un animal qui ne lutte ,s pour la vie, mais pour la beauté de la vie, ?st-â-dire un animal idéaliste, comme l'a très en marqué M. Bougie; surtout parce qu'il est 1 animal qui transmet non seulement ses apti-
mais ses connaissances, à ses enfants Mucoup plus ses connaissances et B68 acquêts ieiitiiiqiies que ses aptitudes . parce que. pour
les raisons précédentes, qu'on pourrait ultiplier et subdiviser, il vii de civili con-
nie. peut-être progressive; l'homme est si (Térenl de tous les êtres qui peuplent la planète, le non seulement il a le droit de tirer ^a loi de [•même, mais il en a le devoir ; que non seule* ••ut il a le droit de ne pas se réintégrer dans la iture, mais il a le devoir de la dépassa r ; et je ne
sais pas même si ce n'est pas là le principe môme et la formule, au moins initiale, de sa loi morale
Les considérations tirées des sciences naturelles je ne les prends que pour des analogies très lointaines, sur lesquelles il n'est pas défendu et il peut être utile — intéressant surtout — d'arrêter un instant le regard. Les animaux se transmettenl leurs qualités et les accumulent. Soit. Faisons-en autant en ne contractant que des mariages sains el bien assortis et en ne contaminant point notrc race, tout en nous gardant bien, par un exclusivisme imprudemment aristocratique, d'affaiblir cette race même à force de la vouloir trop pure, comme il arrive chez les animaux eux-mêmes el comme il est très prouvé qu'il arrive plus chez les hommes que chez les animaux. N'allons pas plus loin ; voilà toute la leçon que nos frères muets peuvent nous donner sur ce point.
La différenciation est la marque et elle est la condition d'un bon organisme animal. Rien ne prouve que la société soit un organisme ; maie enfin il y a quelque rapport de comparaison, et « rapport de comparaison peut éclaircir les idées jusqu'au moment où, à le trop pousser, il les obscurcit. Reconnaissons que la différenciation es bonne, doit être bonne dans la société ; seulement songeons un peu que dans une société il peut )
LA DÉMOCRA III. DEVAFi l Li 51 Bill I. 1 13
ivoir plus de moyens divers de l'obtenir que dans un organisme animal.
La concurrence vitale est la loi, au moins la loi
principale, de la nature végétale et animale. Il
loit y avoir quelque chose de semblable dans
l'humanité, et il est à conjecturer que sans lutte
ir la vie l'humanité tomberait dans unesingu-
■ léthargie. Acceptons cela ; c'est une analo.
/ raisonnable ; et même il ne seraitpas besoin le l'analogie pour que ce fût raisonnable. Soyons loncconvaincusque lalutte des hommesentre eux, l'abord d'individus à individus, puis de clan à •lan, puis de peuplade à peuplade, puis de peuple i peuple, est un phénomène très naturel i nel
probablement ; qu'il y aurait idéalisme tropaventureux et chimère par conséquent à espérer que ; mais voilà tout ce que l'on peut légi- Kmement induire; el de vouloir, parce que les
àuves se font la guerre d'individu à individu et es fourmis de fourmilière à fourmilière, instituer a ^l'-riv .'t le règne de la force comme Beule Nu, nèine intérieure, des sociétés, c'est-à-dire qous (lettre plus bas que 1rs fourmis elles-mémi
«■lut abuser de l'histoire naturelle jusqu'à même
i méconnaît re,
\insi de suite. Des analogies donl «ni peut tirer aelque chose ; m ti rieu que des analogie •' ai
fait remarquer, à propos d'Edgar Quinet, à la fois combien ces analogies peuvent conduire à des conclusions douteuses et à la fois comme, bien contrôlées, elles donnent à l'esprit de bonnes habitudes, des habitudes, précisément, de comparaison, et comparaison n'est pas raison, mais la comparaison donne des idées qu'il s'agit ensuite d'examiner, de peser, d'expérimenter, dont il s'agit de voir si elles s'appliquent bien à l'objet qu'on traite, à la science que l'on essaye d'instituer.
Donc ne repoussons pas a priori l'étude des analogies, mais ne prenons pas je ne sais quel plaisir, ou au moins je ne sais quel soin, knatura- User l'humanité, laquelle a sa place, mais seulement sa place et évidemment une place à part, dans l'ample sein de la nature.
Et n'ayant fait que cette concession, que celle-ci, aux naturalistes naturalisants et empiéteurs, je me place en face de l'humanité elle-même comme en face d'un règne séparé et d'une espèce animale qui peut légitimement tirer sa loi d'elle-même, et je raisonne à peu près comme suit.
La Démocratie fait nouveau, presque absolument inconnu des anciens, des gens du moyen âge et des temps modernes, est certainement un sourd efïort pour détruire l'hérédité, la différenciation
r.\ DÉMOCRATIE DEVANT LA SCIENCE 143
et la concurrence, telles du moins qu'elles étaient et qu'elles ont opéré jusqu'à présent. A-t-elle raison en cet effort, et de ce travail les résultats peuvent-ils être bons ?
L'hérédité consistait en ce que, qui avait été militaire était militaire de père en 61s, qui matrat, magistrat, qui ouvrier, ouvrier, qui roi, roi. Il est très vrai que cela avait de très mauvais effets ; car il n'est prouvé que faiblement, que partiellement, que les qualités se transmettent, et il l'est assez fortement que souvent elles ne transmettent pas et que toujours elles finissent -oblitérer.
>pendant il y a an autre côté de l'hérédité qu'on oublie, précisément parce qu'on est hypnotisé par le règne animal ; cet autre Côté, c'est l'édu-
cation. Ce n'est pas parce que G< testais de militaire qu'il a des qualités militaires, c'esl parce qu'il a été élevé militairement. Ce D'est pas parce que Paul est fils de musicien qu'il esl musicien, c'est parce qu'il a été mis au piano à quatre ans et qu'il n'a jamais entendu parler que de musique. L'hérédité chez les hommes esl surtoul de l'éducation, C'est, par parenthi qui complique cette question de l'hérédité. Nous sommes fils de 1° en tant que Ûls de leur chair ; S0 en tant que disciples de leur intelligence a tant
HW l sMi>\!» poi 1 1 iyi i s le
1 Ï6 DTSCUSSTONS POLITIQUES
qu'imitateurs de leurs exemples ; et aussi (4°) nous sommes fils de nos maîtres, et (5°) nous sommes fils des auteurs que nous avons lus et qui sont gens ayant vécu trois cents ans ou deux mille ans avant nous.
Toujours est-il que l'hérédité ainsi comprise est une chose qui fait des familles de magistrats, des familles de politiques, des familles d'administrateurs et des jeunes gens qui dès vingt-cinq ans ont par hérédité et par éducations accumulées des aptitudes d'hommes de quarante. Il n'est pas douteux que ce ne soit un bien et qu'une nation où cela existe ne soit une nation d'élite, un peuple supérieur.
C'est cela que la Démocratie détruit, et l'on ne peut guère disconvenir qu'en cela la Démocratie ne soit une régression.
De même elle détruit — je la suppose intégrale — l'hérédité des réserves matérielles, l'héritage. Elle est très juste en cela. Evidemment. Seulement elle détruitundes moyens de fabriquerces hommes dont un peuple a besoin. L'enfant qui naît riche ou du moins dans l'aisance — car la richesse est absolument inutile — a les loisirs nécessaires pour prolonger ses études et pour être à vingt-cinq ans un homme plus complet que son compatriote pauvre. Défalcation faite des imbéciles, — cela,
c'est le déchet de toute industrie. — la réserve matérielle des p< r - fabrique des fils qui sont des hommes supérieurs et de la supériorité de qui la communauté profile.
Qu'il y ait d'autres moyens d'opérer cette utile sélection, je ne le nie point tout à fait, mais je n'en suis pas très sûr. Voici pourquoi. La Démocratie, héritage aholi et nivellement matériel accompli, choisirait-elle bien elle-même un certain oombre d'enfants se distinguant par leurs aptitudes pour, en leur donnant des loisirs prolongés, en taire «les citoyens supérieurs, des citoyens chefs ; leur
telle, en un mot, une cellule plus lai comme les abeilles à certaines d'entre les jeun» Je n'en crois rien du tout, vou . Elle verrait
le l'aristocratie, et avec pleine raison, du reste, et cette aristocratie démocratique lui déplairait peut-être plus que l'aristocratie bourgeoise d'à présent. Oui, peut-être plus, parce que l'aristocratie bourgeoise d'à présent a comme un caracl de fatalité : • M est oé riche, qu'est-ce que vous vniii tandis que cette aristocratie tout arti-
ficielle, toute volontaire, serait insupportabli « Pourquoi le 81s de Jean et oon pas mon (Ils? Mon fils est aussi intelligent que le Bis de
Jean. < 6S1 une laveur que les in-p. de
l'instruction ont faite au fils de Jean. • Je délie
presque que Ton institue une sélection de ce genre.
Au fond, ce que la Démocratie n'aime point, et c'est bien naturel, ce n'est pas telle aristocratie, celle de la naissance, ou celle qui est constituée par la réserve matérielle ; c'est toute aristocratie. En Démocratie intégrale il n'y aurait aucune sélection. Il y aurait seulement des chefs, choisis par des ignorants entre les ignorants, et par les passionnés entre les passionnés, et c'est-à-dire qu'il y aurait bien une sélection, mais une sélection à rebours.
Voilà en quoi, par sa haine de toute hérédité, la Démocratie me paraît devoir être une régression.
La question de la différenciation se pose pour moi en des termes à très peu près semblables. Il faut un cerveau, il faut des organes obéissant au cerveau. Quand bien même cela n'existerait pas dans les organismes animaux, il est bien certain qu'il faudrait que cela fût dans les sociétés. Or la Démocratie peut tirer son cerveau d'elle-même. Elle s'en flatte, et il est incontestable qu'elle le pourrait. Elle le pourrait mieux que ne le peut le système aristocratiqi j, dit même M. Bougie très ingénieusement, puisque le système aristocratique élimine a priori un certain nombre, un nombre immense d'éléments dont pourrait se constituer ce cerveau. En Démocratie le cerveau se
là DEMOCKA I II. DEVAIS 1 |..\ Si fENI 1. 1 19
forme de tout ce qui est cérébral dans la nation. I.a Démocratie est souple ; elle n'a pas «I.: cadres rigides, et du plus lias fond du peuple — si l'on pouvait s exprimer ainsi là OÙ il n'y a ni bas ni haut - l'élément que la nature a voulu qui tut êbral monte au cerveau sans obstacle et sans barrière et -ans entrave, cl eu devient une cellule
actn
irt bien, dirai-je ; niais la question n'est peutêtre pas de savoir si la Démocratie peu! ins-
tituer un cerveau ; la question est peut-être de
>ir si la Démocratie veut avoir un cerveau.
i\ précisément de quoi je doute. Il y a un sophisme inconscient que je crois remarquer chez tous les théoriciens démocrates : ils i><<rh'"t toujours de la Dcn lui prêtant des tentim aristocratiques. Qu'un peuple doive avoir un cerveau, c'esl précisément une nier aristocratique un senti me ni aristocratique, »'t que celte i puisse entrer dans une cervelle démocratique et que ce sentiment puisse entrer dans un cœur de
démocrate, c'est ce dont je ne >ui< pas BÛr du
tout.
L'idée démocratique est celle-ci tous les hommes
v dent et Ton n'a pas besoin d'être di ! . m a ni d'être administré n ion des loi- fixes pour
qu'il y ait de l'ordre ; et voila tout \ cela suffisent
soitdesadministrateurs et législateurs tirés ausorl, puisque tous les hommes se valent, soit nommés à l'élection pour qu'ils légifèrent et administrent selon les passions de la majorité, chose qui nous est agréable. Voilà tout. Quant à constituer un cerveau, c'est une idée oligarchique au premier chef, puisque c'est l'idée d'un pouvoir spirituel. Nous ne tenons pas du tout à constituer un pouvoir spirituel ; nous ne tenons pas dutout à créerun cerveau, même avec latitude de le faire, défaire et refaire à volonté, puisque notre idée est que les hommes ont autant de cerveau les uns que les autres. Nous nous défions même de ceux qui affectent d'être plus cérébraux que les autres, d'abord parce que c'est une erreur, ensuite parce que c'est une prétention et que ceux-ci, ouvertement ou secrètement, nous méprisent et sont de la graine d'aristocrates. Voilà pourquoi quand nous choisissons des représentants, nous ne les choisissons jamais pour leur intelligence. Nous choisissons, intentionnellement, des médiocres ; ou nous choisissons des hommes intelligents qui mettent leur intelligence au service de nos passions ; car que nos passions soient exprimées avec éloquence, cela nous flatte ; mais un homme choisi par nous uniquement parce qu'il est intelligent, c'est ce qui n'est arrivé jamais. C'est précisément le cerveau
national que nous ne voulons pas constituer.
Voilà l'idée démocratique, ou du moins je crains bit D un peu qu'elle soit cela. \ près tout il est as prul.aoleque l'idée démocratique est le contraire de l'idée aristocratique ; et l'idée de différenciation, l'idée de cerveau qui commande et d'organes qui obéissent est bien la plus aristocratique du monde. Elle eût lait bondir Jean-Jacques Rousseau. M. Bouglécroit que la Démocratie peut l'appliquer-. tainement elle peut rappliquer ; seulement, et t peut-être le point, elle ne peut pas lavoir. La Démocratie veut encore détruire la concurrence vitale dans la société. Certainement elle a raison, et ces! en cela qu'elle a le plus raison. I t en cela qu'elle est fraternelle. C'est en cela qu'elle oppose la fraternité, système de tendre à la liberté, système dur. Le socialisme, le collectivisme est la bonté delà Démocratie, est la tendresse de la Démocratie, et c'esl bien pour cela (pie d'aucuns estiment qu'il en est l'Ame et que le
démocrate non Communiste est, mm seulement un
démocrate sans logique, mais un démocrab ir.
Seulement une doctrine peut aller, en son application, d roi 1 contre bod principe et. partie d'une idée de bonté, peut aboutir à une extrême rudes on ne peut comprendre le collectivisme que volon-
il'^2 DISCUSSIONS POLITIQUES
taire ou imposé, que spontané ou légal. Spontané, il serait la pure et idéale fraternité et sortirait des effets admirables ; mais qui peut le considérer comme possible dans l'humanité ? Chose intéressante à considérer un instant, sans qu'on en puisse tirer aucune conclusion sûre, mais enfin c'est encore une de ces analogies instructives que j ai signalées, une de ces analogies que j'ai reconnues comme à demi instructives : le collectivisme existe dans la nature. Il est le modus vivendi des fourmis et des abeilles, et chez ces peuples il est bien spontané et je reconnais qu'il est excellent. Mais il semble que si le genre humain était fait pour vivre en collectivisme, s'il était de sa nature de vivre en collectivité, il y vivrait. Qu'il n'y ait jamais vécu, ou si partiellement que l'exemple ne vaut pas, c'est une grande présomption. Je sais bien que l'humanité est perfectible et n'est pas toujours la même, et que, précisément, c'est ce qui la distingue de l'animalité, et que si les hommes n'ont pas commencé à vivre comme des fourmis, il se peut parfaitement qu'ils tendent à vivre comme elles un jour. Je sais parfaitement que des institutions sociales comme l'esclavage ont disparu. Mais encore y a-t-il proportion entre la disparition de l'esclavage et une révolution qui amènerait les hommes à vivre comme
les fourmis et les abeilles ? Il ne semble pas. Que le
ollectivisme soit, d'après tout»' l'histoire, le conre même delà manière qu'ont les hommes «l'ivre entre eux, cela tout au moins ne permet p e dire avec assurance que le collectivisme soit ible. D'un cùté M. Bougie nous dit qu'il ne faut ien conclure des exemples de l'histoire naturel
ir conséquent nesongeons pas à imiter fourmis
t abeilles ; de l'autre côté l'histoire nousditque
collectivisme est antihumain. Conclure à la
ibilité du collectivisme spontané est difficile.
Aussi les théoriciens collectivistes n'y concluent
et v.-iilent un collectivisme légal, un collec-
ivisme imposé par la majorité à la minorité.
'••la. c'est, d'une part, ud mode de la tyrannii
on pense bien qu'il faudrait une force replaçante énorme pour empêcher qui que >it, l'une façon ou d une autre, d'acquérir plus que on voisin, de se faire, d'une façon ou d'une autre, tlus forl que son voisin, et voilà pourquoi je dis "ut à I heure que, parti d'un* de honte, le collectivisme aboutit en pratique à une i manière orte • et à une manière dure el à une mani — el cela est, d'autre part, une suppr don, par la force, de la concurrence volontaii le luttera pas qui voudra lutter ; celui qui voudra lutter sera condamné par la loi, ''t par I au ien ice de la loi, a ne lutter point
Or qu'est-ce que c'est que cette suppression des lutteurs volontaires ? C'est la suppression des forts. Nous en revenons toujours à ce nœud vital de la démocratie, à ce principe secret et profond de la démocratie : supprimer les meilleurs, supprimer les supérieurs, supprimer ceux qui sont nés plus forts que les autres ; les supprimer en les annihilant ; les annihiler en ne leur permettant pas de se créer ou de se renforcer par l'hérédité ; les annihiler en ne leur permettant pas de former un cerveau de la nation ; les annihiler enfin en les empêchant de lutter, de concourir, d'agir dans la mesure de leurs forces et de leur courage.
Or cette suppression des forts est-elle un progrès ou une régression de l'humanité? Il me semble que c'est une régression. Au fond c'est très simple, et précisément j'ai peur ici d'être simpliste ; mais disons toujours notre pensée simple en nous réservant de l'embrouiller une autre fois : l'aristocratie est une volonté de puissance et la démocratie une volonté de faiblesse. Un peuple qui s'organise aristocratiquement, c'est un peuple, tout simplement, qui s'orgaiiise, qui se hiérarchise, qui se discipline, pour être fort ; un peuple qui se démocratise, c'est un peuple qui na tient pas à être organisé fortement et qui tient même à être faible. En d'autres termes, un peuple qui s'or-
ganise aristocratiquement — bien entendu, il y a vingt formes diverses d'aristocratie — c'est un peuple qui se constitue en peuple, et un peuple qui glisse à la démocratie est un peuple qui, au lieu de se constituer, se destitue.
J'ai toujours dit que ce qu'il y a de plus aristo- I ins un peuple aristocratique, c'est la plèbe; que la noblesse soit aristocrate, elle n'a aucun i te, ni intellectuel ni moral, à cela ; mais que la plèbe maintienne l'aristocratie, elle qui pourrai L la renv -eulement en ne lui obéissant pas, il tant pour cela que la plèbe, de conviction raisonnée ou d'instinct, soit aristocrate enragée.
Cet instinct est fort curieux. C'est l'instinct du Camp ; c'est l'instinct militaire ; c'est cette idée confuse que pour être fort il faut ôtre hiérarchisé fortement ; c'est, comme fond, volonté de puissance, comme corollaire, idée vague, mais forte, que l'on n'est puissant que par la hiérarchie et la discipline. — Mais pourquoi ces peuples ont-ils la volonté de puissance.' Pourquoi veulent-ils ôtre peuples? Ah ! c'est cela qui esl irréductible: Mit comme cela.
Quand j'exposerai cette théorie, on m'opj toujours l'histoire île la Révolution français
l Voilà, me dir.it nn, un peuple «pu BSl à In j
démocrate et patriote. Vous ne dii qu'il i
156 DISCUSSIONS rOLITIQUKS
aristocrate et vous ne dire/ pas qu'il est sans volonté de puissance ! »
Je répondrai toujours, assez aisément, que précisément l'originalité de la Révolution française est qu'elle est l'histoire, courte du reste, d'un peuple qui avait des idées modernes et des sentiments d'ancien régime, et que l'intérêt de cette histoire est précisément de suivre et de démêler « les deux courants », comme disent les historiens, le courant des idées et le courant des sentiments. Ces gens-là étaient encore trop près de l'ancien régime, si profondément aristocratique, j'entends où la plèbe était si profondément aristocrate, pour ne pas garder encore, et très vive, et avivée encore par les circonstances, la volonté de puissance ; — et d'autre part l'idée démocratique, l'idée égalitaire les tenait ; mais elle était nouvelle et n'entamait pas encore le sentiment traditionnel et hérité. Le sentiment, c'était pour le moment; et l'idée, c'était pour l'avenir, quaud elle se serait développée. Le sentiment était si fort que c'est lui en partie qui a fait l'empire ; l'idée, avec tout ce qu'elle portait en elle, et en particulier la volonté de faiblesse, ou tout au moins l'indifférence relativement à la force nationale, ne devait l'emporter sur le sentiment que peu à peu et n'arriver à sa pleine influence qu'au bout d'un siècle ; peut-être même n'est-elle
I \ DÉMOl RATIE DEVANT LA SCII ■ 151
arrivée à sa pleine influence au moment où nous sommes, ces choses-là n'étant p taciles
5t mesurer.
Mais enfin chez les hommes de la Révolution il / avait coexistence, sans qu'il y eût lutte, de la volonté de puissance, sentiment, et du principe iémocratique, idée. Suivez cette hypothèse; je :rois qu'il y a peut-être quelque chose dedans. Quoiqu'il soit de cette digression, les peuples lémocratiques sont pour moi des peuples qui "énoncent à être.
Cela étant, à mes yeux du moins, comment conjurai-je ? Comme ceci :
Étant admis par moi . 1 que l'aristocratie est
jne chose surtout bonne ; 2° que la démocratie
un l'ait moderne, qui n'esl ni universel ni
lire, mais qui est et qui est assez général
'i avec lequel il faut compt [u'il y a bien des
'ormes différent! s d'aristocratie ; — quelle serait
la quantité d'aristocratie et quelle serait la qualité
l'aristocratie dont la démoci it capable et
eptible 7
r\ remarquez: du moment «jm* jereconn •t même assure qui' dans un peuple aristocraique ce qu'il y a de plus aristocrate, c'est la plé
! quoi le peuple ne serait pas aristocratique nn ieul jour, bien forcé de reconnaître qu'une
démocratie est capable d'aristocratie et partant peut s'en faire une par instinct patriotique, par volonté de puissance, ou simplement par volonté d'existence nationale.
On pourrait dire qu'il y a trois degrés : 1° le peuple démocrate et qui n'obéit qu'à l'idée et qu'au sentiment démocratique ; 2° le peuple que les circonstances historiques ont muni d'une aristocratie et qui la respecte et qui la soutient, et nous sommes à un degré plus haut que tout à l'heure ; 3° le peuple qui, libre et indépendant et faisant de lui ce qu'il veut, se donne à lui-même, en la tirant de lui-même, une aristocratie, par volonté de puissance et patriotisme ou par sagesse ; et nous sommes ici, à mon avis, au degré le plus haut.
Prenant donc pour type le peuple libre et indépendant et qui fait de lui ce qu'il veut, que lui dirai-je ? — Reprenant la classification : héréditédiiïérenciation-concurrence, qui est à peu près complète et qui est commode, je dirai :
Oui, il vous faut de l'hérédité, en ce sens qu'il vous faut des accumulations d'aptitudes, quelque part, et sous une forme ou sous une autre. Il est bien entendu, par conséquent, que cette hérédité peut très bien n'être pas une filiation. Le meilleur système héréditaire que je connaisse à travers
oute l'histoire, c'est l'Église catholique. Cotte orporation avait trouvé le moyen de se donn<T dus les béni': lices de l'hérédité en en évitant tous es défauts. Elle se recrutait par adoption, comme
inpereurs romains de la meilleure époque de Empire lui en avaient donné l'exemple ; et ainsi
accumulait les aptitudes sans que jamais les plitudes pussent disparaître par l'épuisement de i race. Elle était, elle est encore, la meilleure des ri-tocraties et des démocraties. Démocratie, elle
en ce sens qu'elle puise partout, même au lus bas rang et pour l'élever peut-être au premier, clément qu'elle l'ait entrer en elle ; aristocratie, lie Test parce que, à ses entants d'adoption et
à-dire à tousses enfants, elle donne l'hérédité,
•à-dire une tradition, i\v> idées traditionnelles, n honneur traditionnel et l'accumulation <\v> ptitudes par l'éducation. C'est l'aristocratie la lus ouverte qui soit, et c'est le modèle même di
oc rat i es. C'est l'aristocratie démocratique par icellenc
ist ainsi que s'explique -nu rôle immense dans
histoire. Il aurait été plus grand encore, je crois, elle, aristocratie démocratique, ne Jetait inèl
: mal à propos à l'autre aristocratie, a Carisitie nobiliaire, à l'aristocratie par filiation,
iiicreiite, au contraire, de caractère ci de pro-
cédés si parfaitement contraires ; si elle ne l'avait pas trop accueillie ; si elle ne lui avait pas réservé en sa maison les premiers rangs et les premières places, ce qui a fait que, elle, si parfaitement préservée par son institution des défauts de l'aristocratie nobiliaire, elle a été, comme gratuitement, prendre et mettre en elle quelques-uns de ces défauts et de ces tares, érigeant souvent comme princes de l'Église des nobles < fins de race » et des descendants épuisés de familles fortes. Cela lui faisait une décadence où, par son institution et par ses maximes et principes, elle n'avait aucune raison de tomber, et que justement ses principes, ses maximes et son institution tendaient de toutes leurs forces à conjurer.
Encore est-il qu'en soi, elle est le modèle même de l'aristocratie ouverte, de l'aristocratie démocratique. Il faudra qu'un peuple démocratique qui voudra rester fort, qui voudra rester un peuple constitué, trouve à son usage quelque chose d'analogue. Une démocratie doit se faire à elle-même son aristocratie, ou je crois qu'elle a grande chance de périr.
De même, il faut qu'elle établisse, qu'elle trouve un moyen d'établir en elle une différenciation à la fois souple et précise. Elle y est très propre, je suis là-dessus de l'avis de M. Bougie ; elle y est très
LA bLMOCRATIL DEVANT LA - |6!
propre, pourvu, comme j'ai dit. qu'elle le veuille. L'élection est un admirable moyen de différenciation, un admirable moyen de distribution des éléments vitaux d'un pays, un admirable moyen pour mettre cbacun à la place pour laquelle il est fait et non à la place que lui désigne le basard de la naissance, lement, pour cela, il faut que l'élection soit in teinte. Or les théoriciens démocrates eux-mêmes semblent douter qu'elle puisse l'être, puisqu'ils ne demandent pas ou puisqu'il y en a très peu qui demandent l'élection des magistrats parles justiciables, l'élection des préfets par les administi l'élection des officiers par le suffrage universel ou seulement par les soldats, etc. I)e sorte que les s soi-disant démocratiques présentent cette anomalie burlesque d'une différenciation qui lut par le pouvoir central pour l'administration, . la marine, la magistrature, ! rie-
nt, etc., et qui ne se fait p ir l'élection que pour
slateurs ; ce qui veut dire : iple d
bon pour reconnaître qui - ma-
officier et préfet ; mais 1! e lient pour
n naître »i i dateur ; — ou
termes le peupl» connaît ni en
Criminalité, ni en administration, ni en ch< militaires ; mais il est juriste. Et à quoi a-t-on pie, jugé incompétent en ton
choses, est compétent en législation, je n'ai point d'information sur ce point.
Toujours est-il que la différenciation par l'élection étant vive, rapide et simple, pourrait être une excellente chose si les électeurs étaient très informés, très intelligents et sans passion. Que seulement la démocratie se donne ces trois qualités, il y aura dans les pays où elle règne une différenciation très salutaire.
Enfin, si nous avons reconnu qu'une certaine quantité de concurrence vitale et une certaine quantité aussi de concurrence pour l'honneur, de lutte pour le prix de la vie est indispensable pour qu'un peuple ne débilite pas ses « forts » et ne brise pas son ossature ; il est très certain que la Démocratie, tout en atténuant ce qu'il y a de dur et de cruel dans la concurrence vitale telle qu'elle existe actuellement, ce qui est son grand désir et désir qui lui fait honneur, pourrait très bien conserver en son sein une concurrence vitale nécessaire et suffisante, tout simplement en n'étant point logique avecelle-même et en n'allant point jusqu'au collectivisme. Il en coûte de n'être point logique avec soi-même, puisque c'est sacrifier le but dernier que l'on poursuit et qui, parce qu'il est le dernier, est le plus cher, et puisque, par conséquent, s'arrêter à mi-chemin de son évolution logique semble
LA DÉMOCRATIE liEVAM LA S
• un suicide. C'est pourtant ce qu'il faudra si la
Démocratie, dans les pays où elle règne, veut, tout
en se conservant elle-même, partiellement, je le
mnais, conserver aussi une patrie forte.
Le voudra-t-elle ? C'est précisément ce dont on
B vu que je doute, mais encore il est possible. I
i rrence vitale tempérée par l'altruisme est nécessaire à une grande nation; à toute nation qui a et qui veut conserver rang de nation.
Tels sont les conseils donnés par un sceptiq mais non pas aucunement par un ennemi, à la Démocratie. La Démocratie sera-t elle capable de les suivre ou d'en suivie d'autres dans le même
9 ? Ce n'est pas très probable, puisqu'il bien sûr que les conseils de inre se ramènent
et presque luisenl à celui-ci : « lutte contre'
toi-même ». Il est assez rare que cette maxime soit suivie par un individu : à plus forte raison, il ny
i pas de 1 1 chances qu'elle le soit par
une foule.
Cependant remarquez ce fait assez curieux que la démocratie américaine B'aristocratise et mé un peu se monarchise sensiblement depuis un quart de Biècle environ. Pourquoi ? Uniquement, ce me semble, parce que la volonté de pu
en elle. Bonne évolution • Mau-
vaise ? Bonne selon les uns, détestable selon les autres. Mais enfin elle existe. Gela me suffit pour dire que la Démocratie peut réserver des surprises.
Je crois bien, puisqu'il faut toujours dire toute sa pensée, je crois bien que chez les peuples d'Europe la Démocratie sera la forme que se donneront les peuples qui se renonceront et en auront assez de vivre, et qui se résigneront à être conquis par n'importe qui, trouvant indifférent d'être gouvernés par une aristocratie étrangère ou par une aristocratie tirée d'eux-mêmes ; oui, je crois que chez les peuples d'Europe la Démocratie ne sera pas autre chose qu'un signe d'abord d'affaiblissement national et qu'une cause ensuite de disparition nationale. Mais, encore une fois, la Démocratie est un fait absolument nouveau et inédit. Donc elle peut réserver des surprises. Être absolument nouveau est un grand avantage, du moins dans la discussion. Ce qui est ancien s'appuie sur le passé, qu'on peut toujours discuter ; ce qui est nouveau s'autorise de l'avenir, qu'il est impossible de convaincre d'être mauvais. La Démocratie est comme le Christ de Manzoni, qui « se souvient de l'avenir ». C'est un souvenir qu'on ne peut pas discuter. A un littérateur qui n'avait rien écrit et qui était sévère pour ses confrères quel-
M li: DEVANT I.\ 31 [ENCE
qu'un dit : i C'est un iramei de n'avoir
rien fait; mais il ne faut pas en il user. » La Dérnocratie n'a rien fait et s'autorise de tout ce qu'elle fera. C'est la seule autorité qu'elle ait ; peut-être en almse-t-elle ; mais c'est bien une autorité, et qui embarrasse plus qu'une autre le contradicteur, est pourquoi je ne lacontredis point davanl et très sincèrement lui souhaite bonne fortune.
25 mars 1906.