‹ Discussions politiquesChapitre 31 sur 49 · M - DE1 V II · texte numérisé non relu

M - DE1 V II

le mépris, mais il y a une différence. Le livn cause de cela, manque un peu d'équilibre, ou plutôt l'équilibre parfait que l'auteur a voulu y mettre est soutenusouventet quelquefois se rompt brusquement. M. Seippel semble partagé entre la conviction qu'il v a deux I- 'rances qui n'en font qu'une etune certaine prévention particulièrement forte, nonobstant, contre l'une des deux. D'où il suit que le plus souvent le livre est un livre contre toute la Krance, et que de temps en temps il un livre contre une fraction seulement du peuple français.

C'est ainsi que M. Seippel répète par- deux ou

- fois qu'au xvr sièle « l'élite spirituelle de la Dation française avait embrassé la Réforme». Kn

s protestant cela est tellement un dogme que c'en esl une banalité, et tellement une banalité que c'en est un dogme. Personne ne doute de cela. Cela va de soi. Cela n'a pas besoin d'être prouvé. — C'est un pur enfantin est une affirmation

en l'air. C'esl tout aussi vrai que son contraire. Je rirais au nez d'un homme qui m'affirmerait qu'au wt siècle l'élite intellectuelle de la nation était catholique. Inversement, je ne ris pas tune de celui qui me déclare gravement que l'élite était protestante, non ; mais je ne Baurais, en conscience, dissimuler que j'en ai envie.

1HS DISCUSSIONS POLITIQUES

C'est ainsi encore que M. Seippel, tout en apportant des ménagements de fort bon goût dans cette question jadis brûlante, dit avec la même tranquillité, tant c'est évident, que « l'élite » du parti dreyfusiste « fit l'admiration du monde civilisé » et « a évité [épargné] à ce pays la honte d'un désastre moral irréparable » — et que les antidreyfusistes étaient tous, soit des imbéciles de naissance, soit des hommes momentanément frappés de stupidité : « Donc : la foule anonyme des simples en esprit pour lesquels l'existence du Syndicat de la trahison fut un article de foi ; puis, faisant cause commune avec eux, un certain nombre d'hommes cultivés et d'entière bonne foi, rendus momentanément incapables défaire usage de leur sens critique, par suite dune singulière altération collective delà faculté raisonnante. » — Et puis après ? Et puis après, rien. Voilà le parti antidreyfusiste tout entier. N'est-ce pas l'évidence même ? C'est bien simple 1 J'oserai dire que ce simplisme n'est pas très éloigné de ressembler à de la simplicité. Il y a un peu de provincialisme là-dedans.

C'est ainsi encore que les préventions de M. Seippel contre le parti dit « nationaliste » lui font dire avec la même placidité des choses qui n'ont pas l'ombre de fondement, et où il n'entre aucune information, et dont ne voudrait pas —

DEl V FRAB I I '

j'exagère peut-être — la l

I Set accès de mauraise humeur prolongée rend la France ombrageuse et méfiante. Son protectionnisme s'étend même au domaine d es. /.■ i

u mblent pi /•

Où a-t-il vu cela? Je une réunion de

professeurs de la une et j'entends encore le

rapport d'un doyen où ilest constaté que le nombre des étudiants étrangers n'a ssé d'augmenter depuis dix ans et qu'il continue cette année et d'une façon triomphante. Si les informations de M. Seippel sont hiffres du doyen

si, il faut conclure «pie les étudiants étr sont reçus a regret ici, mais que cela les excifc

■nir. Hourra pour l'obsti nation, invincible à toute vexation, des étudiants étrao 11 y a donc quelques étro et quelqi

inces, «pu ne vont pas Bans lui foire du tort, dans L- livre de M. Seippel 11 y a do traces, trop nombreuses, du travers national. M. Seippel a dit

z de mal des travers de notre pays pour qu'il souftre qu'on lui rappelle un peu ceui du sien.

as cette «•hante, peu chrétienne, a la vérité, mais assez pratique, de noua montrer un peu,

ma aux autres, sans aigreur, d

lisement, no9 ridiculi

Mais à côté de ces taches, légères après tout, et aussi presque inévitables, à moins qu'on ne soit extrêmement averti, et qui, du reste, ne nuiront pas au succès du livre aux lieux où il fut écrit, il y a dans ce volume beaucoup de souci de la vérité, une assez grande sûreté de coup d'œil, et d'excellentes leçons, où, si la bienveillance y a peu de part, il n'en est pas moins que nous pouvons puiser beaucoup, énormément, ce que je n'ai pas besoin de dire que je souhaite avec passion. Ce livre fait infiniment d'honneur, tout compte fait, à celui qui l'a pensé.

Et maintenant, décidément, n'y aurait-il pas une troisième France, vraiment distincte des deux qui n'en font qu'une seule ? Je le crois ; M. Seippel aussi ; mais je ne le crois pas de la même façon. M. Seippel dit dans son introduction : « Les deux Frarices sont- elles toute la France ? Certainement non. Il en reste une troisième à laquelle nous voulons réserver la première place, parce que c'est la France que nous aimons, celle à laquelle nous devons beaucoup dans le passé et qui a encore de beaux exemples à nous donner: la France du clair bon sens, de la droiture intellectuelle et morale ; l'héritière de tout ce qu'il y a de meilleur, de plus sain, de plus généreux dans le génie de ce

LES Dl UX !

pie si richement doué. Cette France-là travers les 3 et demeure encore l'un des plus

ardents foyers de la civilisation européenne... littérature... Sonart... L'aménitéde ses manières...

I te France-là, dont on ne parle pas assez, sans doute parce que ses sœurs tapageuses ne t'ont que trop parler d'elles, cette France exquise est pourtant la vraie France. Son cœur est chaud. Son esprit est fait de clarté et de juste mesui Ceux qui ne l'aimeraient point seraient doublement à plaindre: ils auraient l'esprit béotien et l'âme Ingrate. Dieu nous garde de la méconnaître comme elle se méconnaît elle-même ! Car la France a été prise depuis tantôt un quart de siècle [depuis tou-

c'est encore un travers national d'une sorte de fureur de dénigrement à l'endroit d'elle-même.

II faut irder de la croire sur parole, et l'on devrait sans cesse se rappeler ce mot bj juste : 1 Quand un Français dit du mal de lui-même, ne le croyez pas : il se vante. »

Merci, Monsieur,! rès aimable et vous

Écrivez très bien ; mais cette troisièmi 1 quoique d'une certaine important treinte el n'est pas véritablement la troisième 1 étrangère 1 la « noire » et a la

<l"i doit attirer notre attention el être l'objet de notre sollicita

Cette « troisième France » de M. Seippel, c'est la France intellectuelle, artistique, scientifique et mondaine. Or si elle est très importante au point de vue de la civilisation générale, évidemment, d'une part elle est très petite comme nombre; d'autre part elle est en partie cosmopolite et ne s'occupe pas beaucoup ni du présent ni de l'avenir de ce pays: d'autre part elle est, pour une antre partie, moitié engagée dans la France noire, moitié engagée dans la France rouge. Elle ne constitue donc pas, au point de vue politique et je dirai au point de vue historique, une troisième France dont il y ait lieu de s'occuper spécialement.

Mais, élimination faite, pour la clarté de notre exposition, pour cela seulement bien entendu, de la troisième France de M. Seippel, il existe, entre la France noire et la France rouge, qui Tune et l'autre sont des minorités, une « troisièmeFrance », qui est immense, qui se compose de vingt ou vingtcinq millions de personnes, hommes et femmes, et qui a un caractère très particulier, non pas très facile à définir, mais fort intéressant pour Thistorien.

C'est la France de la petite bourgeoisie et du peuple agricole (étant mis à part le peuple des villes qui appartient presque tout entier à la

i! a DEUX il: k» 203

nce rouge). Cette « troisième France petit bourgeois des villes, petit bourgeois des campagnes, demi-paysan, paysan, ne futjusqu'à présenl ni rouge ni noire. Elle fut grise. Travailleuse acharnée, ironome et môme épargneuse, de sens droit et d'esprit clair, mais très borné, extrêmement prudente et un peu timorée, elle n'a pas iTidées générales ; elle n'aime que Tordre et la propriété et ne méprise que les fainéants Si on a réussi à l'indisposer légèrement quelquefois contre le clergé — non pas contre la religion — c'est en lui persuadant que les clercs sont des paresseux. Elle aime un gouvernement tbrt;et avec raison, car selon le mot que je voudrais qui fût immortel, de Benjamin Constant, dans sa sphère légitime le gouvernement ne saurait avoir trop de force, hi

i phère il ne doil en avoir aucune. Elle aime

Ire avec frénésie, et c'est pour cela qu'elle a [uelque tendance à permettre au gouvernement le t sortir de sa sphère», croyant que cela lui lonne de la force, quand au contraire cela lui en Ile.

Elle est presque indifférente aui questions politiques et aux querelles des partis avancés et ne va

plus loin en cette affaire qu'à ceci : méfiance li \ ■ parce qu ils son! socialistes ou ont

tendance à le devenir ; froideur a l'égard d

« noirs » parce qu'ils sont rattachés à un chef qui n'est pas français ; mais du reste extrêmement facile à ramener au respect du prêtre, dès que le prêtre est « sans façon » et dès qu'il est actif et laborieusement charitable.

Cette « troisième France », cette France neutre, par son nombre c'est la France elle-même. Elle a été presque toujours gouvernée par des minorités, et c'est-à-dire soit par la France rouge, soit par la France noire, soit par un tiers parti qui avait profité de certaines circonstances favorables et qui gouvernait au jour le jour.

Cette troisième France, qui est la France, a beaucoup à faire encore pour prendre conscience d'elle-même, pour sortir de son apathie et pour se gouverner elle-même selon ses secrets et values désirs.

Quoique étant, un peu, d'un autre tempérament qu'elle, je ne lui demanderai précisément que de prendre conscience des tendances vagues qui sont en elle ; car, si elles ne sont pas très généreuses et nobles, tant s'en faut qu'elles soient mauvaises ; et de sortir de son apathie pour imposer réellement sa volonté réelle.

C'est sur cette France que nous travaillons tous, les rouges, les noirs et les Seippel, c'est-à-dire les ni-rouges ni-noirs, c'est-à-dire les libéraux;

i - Di.i \ i RAN

»r, tout compte fait, M. Seippel est surtout un ibéral.

Je suis de ceux qui voudraient persuader à cette ace-là, d'abord, connue j'ai dit, de savoir un )eu plus distinctement ce qu'elle veutetde vouloir plus énergiquement ce qu'elle veut ; ensuite le croire, toute force étant accordée à L'Étal pour g qui est de défense extérieure et d'ordre intérieur, [u'il n'y a que la liberté, que toute la liberté, de >ensée, d'action, de parole, d'écriture, d'associaion, d'enseignement, de propagande, qui rende labitable un pays moderne.

Des noirs, des rouges et des libéraux, qui ramèi à soi la plus grande partie de cette troisième ace ? On me connaît assez pour savoir que je ;rois, étant donnéque cette France est élevée par nstituteurs français, que c'esl à la rouge qu'en léfinitive la bille tombera. Mais qui peut savoir ? Précisément l'instituteur français est si absurde [u'il esi parfaitement possible qu'avant peu il soit i antipathique que le curé l'a été aaguère. i

-lire i pie cela eu m m. mi ce. Ce n'est pi- du t<

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tude la plus le reconnais, mais

ipius absurde, c'est la lassitude d'avoir raison.

M. Seippel ne me parait devoir connaître jamais cette lassitude-là. Moi non plus. Je lui adresse mes félicitations. J'attends les siennes. Sur ce point au moins, comme, du reste, sur beaucoup d'autres, nous sommes d'accord.

23 novembre 1903.

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