SIR LES IDÉES MAITRESSES DE LA RÉVOLUTION
ditions fussent aussi égales qu'il est possible. Les révolutionnaires ont bien senti que cela était une seconde révolution, dix t'ois plus difficile à accomplir que la première, et ils ont, soit hésité, E ni reculé même devant lathéoriede ce bouleversement. Robespierre repousse l'idée de l'égalité des conditions ; mais Saint-.Iust l'accepte. C'est préci-
ient l'image de la Révolution elle-même en : de cette question. Elle esl partagée. Elle a une pensée de derrière la tête que, presque du même mouvement, elle caresse et elle réprime. L'idée de| ilité des conditions est latente el imminente dans la pensée révolutionnaire. Elle est au fond,' m de temps en temps elle émerge. Elle ce fond des choses dont on ne veut pas convenir, qui inquiète au moment même qu'on l'en écarte et d'autant plus qu'on s'en éloigne, et qui finit toujours par BVOir son jour et heure. La Révolution se dirige vers Babeuf du
moment qu'elle liait, el, quand il apparaît, elle le
tue, parée qu'il a dit trop toi son secret.
Il y a même à remarquer que la Révolution lut plus profondément égalitaire eu ses commencements qu'en SOS Suit lies et immédiates. Au
poinl de vue de l'égalité des condit ioni t la
Constituante qui esl presque radn-ale. c'est la C vent ion tpn recule et c'est le Directoire qui
cabre, lit rien ne paraît plus naturel, quand on songe qu'en ces huit ans, de la réunion des États généraux à la conspiration de Babeuf, une translation de la propriété avait été faite et qu'il s'agissait de rassurer les nouveaux propriétaires contre l'idée d'égalité desconditions aussi vigoureusement que l'ancien régime avait pu faire les anciens. Mais l'idéerestait, que les générations suivantes, si elles demeuraient fidèles [à l'esprit de la Révolution, devaient et ne pouvaient que reprendre et pousser à ses conséquences inévitables.
De l'idée d'égalité les révolutionnaires ont encore tiré très naturellement l'idée et la passion de l'uniformité des mœurs. L'uniformité n'est nullement l'égalité ; mais elle en est le signe et le signe le plus flatteur aux yeux des égalitaires passionnés. Vigny a dit quelque part : « L'élégante simplicité, la réserve des manières du grand monde, causent non seulement une aversion profonde aux hommes grossiers de toutes les opinions, mais une haine qui va jusqu'à la soif du sang. » L'explication est là d'une partie des excès de la Révolution, et Robespierre lui-même est peut-être mort pour cette cause. Ce qu'il y a de certain, c'est que les révolutionnaires, ou tout au moins les plus logiques et les plus doués, parmi les révolutionnaires, du don de voir clair larïs leurs idées, c'est à savoir