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SUR LES II LITRESSES DE LA RÉVOLUTION

les Jacobins, ont rêvé uniformité des manières, des irs, des mœurs, des habitudes et des allures, ont rêvé de faire de la société un couvent à règles étroites, pour deux raisons, dont la première est l'idée de l'absorption et de l'anéantis-ement de l'individu dans l'État, et dont la seconde est lidée de l'uniformité considérée comme signe de l'égalité entre les homm< s, de l'égalité « naturelle » entre tous les hommes, et c'est ici que le mot de la Déclaration : «Tous les hommes Sont égaux par la nature » prend tout son sens, si je puis ainsi parler, encore qu'il n'en ait aucun.

la est si vrai, et cela est si naturel que cette idée n'est pas nouvelle, et qu'un siècle auparavant i -don l'avait eue. Etj< bien que c'était préci-

sément Fidée contraire ; mais on sait bien aussi que deux idées exactement contraires contiennent an fond un sens identique. Fondant ou voulant fonder bnesociétéariatocratiqueet féodale, Fénelondivisail son peuple en sept classes dont la première était habillée de blanc, la seconde de bleu, la troisii de \» rt, la qu itrième de jaune aurore, la cinquième de rouge pale, la siiième de gris de lin, et la tième de jaune et blanc. En sens inverse il parfaitement naturel que des égalitairea reuil un peuple habillé de la même couleur et ayant

mêmes manières, pour bien montrer qu'il sent et pense tout entier de la même façon.

De cette même idée encore d'égalité ou de cette idée d'uniformité, qui est comme l'extension, ou la déviation, ou la transposition, ou la dégradation de la première, les révolutionnaires ont tiré la conception qui leur fut peut-être la plus chère, celle de Téducation en commun et égale pour tous et uniforme. Ils ont bien compris que rien ne met plus de différence et plus d'inégalité entre les hommes que l'éducation, et que, les hommes fussent-ilségaux par la nature, ils deviendraient inégaux extrêmement pour être élevés les uns d'une façon, les autres d'une autre. De là tous ces projets divers, mais se ramenant tousà une idée commune, d'éducation par la nation, c'est-à-dire par l'État, c'est-à-dire parle gouvernement, de mainmise de l'État sur les générations nouvelles et, en quelque manière, de confiscation des jeunes par le gouvernement, à dessein de les soustraire à l'influence de la famille et de leur donner comme des âmes égales, uniformes et nivelées. De là ce projet, toujours à l'état latent dans les têtes révolutionnaires, quelquefois exprimé, même du temps de la Révolution, très souvent proclamédepuis, d'une instructionintégraledonnée à tous, c'est-à-dire de la même instruction donnée à toutes les classes de la société, de manière à

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détruire peu à peu les inégalités produites par l'hérédité et de manière à arriver à ce qu'il n'y ait plus dans la nation non seulement de castes, non seulementdeclasses, mais non pas même dedegrés : projet qui amènerait forcément à la suppression par en bas de l'instruction primaire et par en haut del'enseignementsupérieur; car n'est-il pasfacheux et n'est-ce point un signe d'aristocratie survivante qu il y ait, au ministère de l'instruction publique, une direction de l'enseignement supérieur, une de l'enseignement secondaire et une de l'enseignement primaire, et ne voilà-t-il pas encore, J e de six ans, la nation divisée et classée en blancs, en bleus et en verts ?

( >n pourrait poursuivre plus loin, à travers les es révolutionnaires les transformations et applications diverses de l'idée d'égalité. Mais plutôt écoutons celui qui nous prit1 de remarquer que, nonobstant, il y a eu quelques autres idées en faveur dans le cours de la Révolution française. Nous n'y contredirons pas ; mais nous ferons remarquer que ces idées mêmes ont été ou altéi r le voisinage et la prépondérance de l'idée ité, ou accommodi cette dernière idée, de telle sorte qu'elles semblent elles-mêmes encore d être qu'un le dérivation.

Lee révolutionnaires oui :i 1 i<l •

en ont fait grand état. Mais qu'entendaient-ils bien au juste par cette idée de liberté? Moins la suppression du despotisme que la suppression de l'aristocratie. Les révolutionnaires ont cru la liberté établie dès qu'ils ont établi la démocratie. Ils ont d'abord inventé la « démocratie royale », et ils ont cru que la Révolution était faite. Souveraineté partagée entre le roi et la nation représentée par ses délégués : voilà la liberté. Ce n'était que la suppression des puissances intermédiaires entre le peuple et le roi; et c'est-à-dire que ce n'était que la suppression de l'aristocratie. — Ils ont ensuite supprimé le roi et passé à la démocratie pure, ou plutôt à la démocratie parlementaire, c'est-à-dire qu'ils ont déplacé la souveraineté et l'ont transportée d'un cabinet royal dans une Chambre de députés. Et c'était la démocratie, sous une des formes qu'elle peut revêtir ; mais ce n'était pas la liberté, puisque ce n'était nullement la suppression du despotisme. La liberté est le respect des droits de l'individu, et c'est ce respect que les révolutionnaires n'ont jamais eu ni très net dans l'esprit ni très profond dans le cœur, et c'est le souci de tracer avec précision les limites, nécessaires dans l'état de société, de ces droits et de leur exercice, qui n'a jamais été chez eux ni très fort ni très persistant.

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— Ils ont écrit la Déclaratioi D

— Certes, et je leur en sais le plus grand gi d'abord parce que, malgré quelques incertitudes et quelques contradictions inévitables en pareil sujet, la Décla des Droits est une œuvre très

et très noble et très intelligente ; ensuite qu'il esl - ix, fût-ce par un peu d

tourderie, de donner loyalement des armes contre soi, et que la Déclarai Droite, manuel du

rai et même du libertaire, est l'arsenal où puisent tous ceux qui attaquent les révolutionnaires quand ceux-ci sont au pouvoir et par con-

îent antilibéraux. La Déclaration

mine est donc, tout compte fait, un très beau

ranime de libéralisme.

pendant, remarquez encore. D'abord si, dans républicainef la liberté est mise au premier rang, dans la D i Droits elle n qu'au second : ■ Les droits de l'homme sont IN lité, la liberté, la Bûreté, la propriété sur cela. Mai z la place que tient 1 liberté dans la Déclaration des 1 el l'ana qui y en est faite. Deux articles. VI et \ll Ii liberté est le pouvoir qui appartient à tout bon.

• «pu ne nuit pas aux dr uitrui.

Elle a pour principe la nature, pour règle la justice, pour irde la loi ; sa limite moi

dans cette maxime : Ne fais à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait. — Le droit de manifester son opinion soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière; le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peut être interdit. » — C'est tout, et, certainement, c'est suffisant. Mais, à ce laconisme on peut soupçonner que les rédacteurs n'ont pas beaucoup approfondi le sujet. Ils sont bien plus explicites et entrent dans un tout autre détail quand il s'agit de la « sûreté », de la « propriété » et de la « souveraineté ».

Ensuite voyez bien comme ils considèrent la liberté. En vérité, ils s'attachent un peu plus à la circonscrire qu'à la proclamer. Ils voient très bien que c'est un pouvoir, et en cela se montrent très intelligents, et, précisément parce que c'est un pouvoir, ils ne laissent pas d'avoir quelque appréhension à son endroit, et ils s'occupent avec sollicitude surtout des limites que ce pouvoir doit trouver devant lui. La liberté consistera à faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. C'est bien dit, et, après tout, c'est vrai; mais c'est un peu strict. Avec cette définition de la liberté, je crois bien que Socrate aurait bu la ciguë et que Jésus eût été mis en croix, comme il leur est arrivé nt la Déclaration des Droits ; car il y avait bien

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