LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
fasse mention et argument), »'t ils seraient, eux, plutotavee Ouinet, protestantisme à part ; ils vouiraientquele gouvernement décatholicisât^ déchristianisât et déreligiosât la France. En tout cas, ils n'ont aucunement répandu l'idée d'une séparation Je l'Église et de l'État et d'une réduction de l'Église te France à l'état d'association privée et libre, aucunement.
Cette idée est-elle préparée, a défaut de leçons, bar un exemple de quelque pays étranger? Non încore et M. Champion aurait dû dire cela. En 1790 la séparation n'existe pas aux États-Unis l'Amérique (sauf dans deux États, ce qu'on peut irerel ce qu'où ignore certainement eu 1790, en France) et nulle part, au contraire, à cette époque*, l'État et l'Église ne sont si intimement unis qu'en Amérique. Comment donc nus Constituants de 1790 auraient- ils eu cette idée? Et s'ils lavaient •ne par hasard ou par je nesais quelle inspiration providentielle, comment auraient-ils pu l'estimer pratique alors que personne ne l'avait ? < iomme le lit spirituellement .M. Champion, « les Constituants élaient aussi peu en état de fane la séparation de l'Église et de l'Étal que d'éclairer la sa lu Manège à la lumière électrique
Il en esl résulté qu'ils ont voulu faire une I glise catholique nationale, une i e catholique civile,
±~-l DISCUSSIONS POLITIQUES
une Église catholique séparée de Rome. Ils ont voulu faire, M. Champion a très bien trouvé le mot, une Eglise catholique gallicane. Ç'aété démontré absurde par l'événement. Mais létait-ce en 171)2 ? Point du tout. La France était catholique et révolutionnaire, c'est-à-dire catholique et désireuse d'une constitution ; et le « bas clergé » de 1789 était lui aussi catholique et révolutionnaire dans ce sens. Quoi de plus naturel que de songera constituer le clergé catholique en clergé national, civil, gallican et libéral ? Gela paraissait à tous, ou à peu près à tous, la chose la plus naturelle, la plus pratique et la seule pratique.
Plus tard, l'instinct vrai de la Révolution, non pas de la nation, mais l'instinct vrai du monde politique révolutionnaire, à savoir la haine de la religion catholique elle-même, s'étant dégagé, et s'étant déchaîné avec la violence que l'on sait et ayant naturellement rencontré une résistance aussi violente que lui, il ne fallait plus songer à un clergé national et civique et l'on se battit tout simplement, antireligieux contre religieux, parla guerre civile et la guillotine.
Et enfin, quand on fut las et quand les partis en présence furent reconnus être à peu près d'égale force, il y eut une trêve. Cette trêve, c'est 1794, c'est, la séparation de l'Eglise et de l'État : « T/Élal
i.A SÉPARATION DK L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT cJ7.']
reconnaît tous les cultes, il n'en solde aucun. » Ciette trêve pour M. Champion, pont- moi, c'est la yraie solution ; mais comme Oïl sait, pour cette Époque, ce ne fut qu'une trêve ou plutôt un ara Lice. Cela dura dix-huit mois ; puis, sous le Direc- ', les proscriptions <-t les persécutioi om-
ûencèrent : jusqu'à ce que Bonaparte, d'abord irât le libre exercice des cultes, ensuite, parle Concordat, refît do l'Église catholique une Église partie d'Etat, partie ultramontaine, comme i l'avait été sous l'ancien régime, ce qui retarda de sent et .. ans la solution véritable, trouvée, à titre l'expédient, par les Conventionnels tic lT'.'i.
Le livre de M. Champion porte donc sur deux points très considérables : les raisons que les Conrentionnels ont eues en ITo-j d'essayer d'une constitution gallicane du clergé ; les raisons qu'ils ont Bues eu 1794 de taire précisément le contraire.
Comme il y a trois solutioi lise d'État —
Eglise séparée de l'État - Concordat, le livre serait meilleur sj M. Champion eut pouss \ il d'oiseau,
ne fût ce <pie par dix | pis.pi'en 1801 . S'il
avait poussé jusque-là, il aurait pu citer par sxemple cette belle opinion de Lamartine «pu n aurait pas ete un petit ornement a son ouvra i Napoléon, ce grand destructeur de tout.'- les obu\ res de la philosopl I hâté de rei
DIS) l sskivs |>oi l i lui i s 1 I
cette liberté, fondement même de toutes les autres [ce n'est pas une phrase ; c'est absolument vrai . Il a fondé de nouveau l'Église dans l'État, l'État dans l'Église ; il a fait subir un sacre au pouvoir civil ; il a fait un Concordat : il a déclaré une Église nationale et par là même un enseignement d'État aussi. Il a vendu - à faux poids — son peuple à l'Église et l'Église ensuite à son peuple... Gela a reculé d'un siècle peut-être [de plus d'un siècle] le règne de la liberté des âmes, qui approchait.»- (L'Etat, l'Église et l'Enseignement — 1843.) Oui, j'aurais aimé que la diligente étude de M. Champion poussât jusq 'en 1801 ; mais telle qu'elle se présente à nos yeux, elle envisage et elle étudie sérieusement deux points sur trois, deux solutions sur trois, et elle y jette des lumières nouvelles et assez vives.
25 février 1904.
l'SVcilOLOlill- 1)1 SOCIALISME
M Gustave Le Bon publie une troisième édition e la Psychologie du Socialisme qui a eu, il y a uelques années el pendant quelques années, le lus grand succès, et qui certainement en est ti Igné.
st un livre assez mal fait et où l'on se retrouve difficilement, parce qu'il est composé de igressions.Son titre est Psychologi I \ a dans le volume fort peu de psychologie «'t il i'\ esl pas beaucoup question du socialisme. Le itre \ rai en sérail : v"-- Si vous
ou lez un titre plus précis, mais qui déjà serait rop restreinl . ce s< rail c< lui -ci : 1 i de la
lou '■ des peuples latins el du /"'</</<•
culier. \\\ fond, c'esl cela <|m
préoccupe M. Le Bon, et c'est de quoi il s'occupe. C'est sur ce terrain que nous allons le suivre.
Aussi bien, le peu qu'il dit sur le socialisme n'est que généralités ; et généralités plus fausses que vraies. Il répète à satiété, n'en disant, du reste, guère autre chose, que le socialisme est une religion. Ce n'est pas trop vrai. C'est vrai chez quelques têtes en pain de sucre, comme disait George Sand, de Barbes, je crois ; ce n'est pas vrai du tout de la masse. M* Le Bon dit lui-même qu'il y a cette immense différence entre le socialisme et les autres religions, que le ' ocialisme n'enivre pas ses adeptes avec des espérances supra-terrestres, Eh bien, précisément, il n'y a que cela qui enivre; et l'extase socialiste, l'extatisme socialiste est un phénomène excessivement rare, à ma connaissance.
Autre différence ressortissant, d'ailleurs, à la précédente : le socialisme ne développe nulle part, je dis nulle part, l'instinct du martyre, la soif du martyre. Il développe, comme les autres religions, l'instinct de domination et la tendance homicide ; ce sont des ressemblances ; mais il ne développe aucunement l'instinct du martyre, et cela fait une différence plus grande que les ressemblances. Non, le socialisme n'est pas une religion très caractérisée.
PSYCHOLOGIE 1»' SOCIALISME ~1 i -
l ! grand argument de M. Le Bon sur ce point,
que le socialisme est absurde. Or les religions
3nt absurdes. Donc le socialisme est une religion
- liaison faible. D'une part les religions ne sont
as très absurdes ; car l'absurdité, connue le I on
9'arréte au seuil de la métaphysique. 1 u'on entre dans la métaphysique, le 1 on sens i
iroits et l'absurdité son nom et le signe où on i reconnaît. En métaphysique il n'y a rien ni mx, ni de vrai, ni de logique, ni d'illogique. Il n'y plus que du spécieux et du moins - ix,
îlon le tour d'imagination aune date ou à une La Trinité n'est ni plus ni inoins absurde ne le Polythéisme. Elle est un rit, e1
irt I quoi vient comme s'appliquer la foi. Il
ibsolument défendu à un vrai positivisl que la Trinité est absurde. Elle est une conîption de l'esprit, à laquelle le positiviste n'adhi is, parce qu'elle est sans preuvi là tout ce
n'il peul dire et toul ce qu'il dit. Les religions mt donc pas absurdi là un point.
D'autre part, le socialisme ne serait pas une reliion par cela seul qu'il lût une absurdité ; car il \ beaucoup de choses absurdes qui n'ont aucun iractère religieux L'esclai ituneabsurd
torale, politique el économique, et □ icun caractère r ix. Le socialisme, qui j
ressemble, — et M. Le Hon est on ne peut plus d'accord avec moi sur ce point, — n'est pas plus religieux que l'esclavage. Il est une passion, oui ; il est une passion d'égalité et une passion de servitude. Encore deux définitions que M. Le Bon m'accordera, d'autant plus que c'est peutêtre lui qui me les inspire. Mais la passion de l'égalité et de la servitude n'a rien de particulièrement religieux ; c'est la passion des peuples qui ne sont pas patriotes, voilà tout ; le patriotisme inspirant toujours, subconsciemraent, l'amour et quelquefois le fanatisme de la hiérarchie et de la discipline. Le socialisme est donc, sous sa double forme de passion de Légalité et de passion de la servitude, une passion particulière aux peuples chez qui décline l'idée de patrie. Estil religieux pour cela ? Non. Plutôt au contraire. Jusqu'à présent les peuples les plus patriotes ont toujours été en même temps les plus religieux.
Il existe, je le sais, un socialisme — tant de choses se nomment ainsi ! — qui a un petit caractère religieux. C'est le socialisme de ces gens qui ne sont pas collectivistes, qui ne sont pas même expropriationistesetquise croient socialistes parce qu'ils veulent, soit par des mesures d'associationisme privé, soit par des mesures légales, donc « étatiques », diminuer les misères populaires.
I I10L0G1E Dl SOI IALISME
il est bien entendu que ce n'est pas là du tfalisme I du christianisme, et ce n'e>t i
Donc, non. le socialise I pas une religion,
kauf chez certains esprits faits d'une certaine sorte, .-t qui sont rares.
Il va quelque chose en France qui serait plutôt de religion, et qui vaut, à ce titre, qu'on le respecte et qu'on le mena le républii
Bis me. Le républicanisme dan.- le peuple Iran est une manière de loyalisme, comme disenl anglais. Il est considéré comme uu devoir. L'ouvrier français, li d français même, pi partout, croil - ira lui-même d'être républi-
l, en souvenir des belles annales républicaii et des misères subies par U - Je suis répu-
. c'est une manière de dire : t Je suis du peuple et lu peuple ; je suis un br
homme ; i un bon citoyen : je ne suis ni un
boui ni un larbin. » Voilà 1 idée. Elle
est confuse et forte, et elle a son impératif i rique. Oui, cela, c'est une de religion, i a
. rier du \ \ arrondissement, » le XX
impolie dit en parlant de M. de Sahran-
Ponte\ i - bien qu'il veut rétablir le
: . mais c'est un bon républicain. ■ Il est très
lue c'i ' : qui • ' le
mot; mais n'est-ce pas qu'il est authentique?
Voilà ce qui a un caractère religieux. Le socialisme, point, ou vraiment pas encore.
Le peu que M. Le lion a dit du socialisme dans son livre me parait donc, sinon négligeable, du moins peu digne qu'on s'y arrête très longtemps, et c'est sur ses considérations relativement aux causes de la décadence des races latines que je veux au contraire insister un peu.
M. Le Bon est un esprit à la fois amoureux des faits probants et très imaginatif. Il en résulte que son livre est tantôt très précis et très instructif, tantôt témérairement généralisateur. M. Le Bon dira par exemple tranquillement : « Les écrits historiques ne sont que de purs romans absolument étrangers à toute réalité, » ce qui fait bondir M. André Lichtenberger. Je bondis moins, sachant assez que la réalité présente étant insaisissable, celle du passé l'est plus encore. Seulement j'admets peu une pareille outrance d'affirmation ou de négation chez un esprit sérieux. Il est bien clair que c'est encore avec ces deux maîtresses d'erreurs, la statistique et l'his-
PSYCHOLOGIE Dl SOCIALISME
oire, qu'on se fait des idées générales, toujours -es, assurément, mais d'une vérité approxima ive, et que celui qui croirait vraiment que les îistoires sont absolument étrangères à toute réaîté, devrait tout simplement ne pas écrire une igné de politique ou de sociologie. M. Le Bon, lui dénonce si âprement les vices de l'âme latine, levrail savoir qu'il n'y a pas de vice plus latin que le ne pas vouloir lire 1 histoire et de faire, néannoins, de la politique. J'ai défini, depuis longemps, le radicalisme la maladie particulière lux hommes qui font de la politique sans savoir un pot d'histoire. M. Le lion ne devrait pas prêter le lancà cette épigramme, que je ne crois pas trop busse.
Il va de ces boutades chez. M. Le lion, de ncartades. Trop, Cela à côté d'observations ti us tes, j'entenda de regards fermes et précis jetés lur les choses, i ne des causes, par exemple, de a décadence peut-être incurable, pour M. I.e Bon, les races latine.-, c'est que le Latin est absolu- Dent incapable de rien comprendre a ce qui n >;i^ latin. On croirait entendre parler un M. Branles ou un M. Bjornson. Cette affirmation est trop icandinave. \ i »us un I Ispaguol, un Italien,
K)ur ne point, par modestie, ajouter un Français, ie comprenant rien aux choses d'Allemagne < a
d'Angleterre ? Les pays de Charles-Quint, de Richelieu et de Mazarin, les pays classiques de la diplomatie, fermés aux choses et aux esprits d'outre-frontière ! Les pays — et je reconnais qu'ici il faut surtout songer à l'Italie et à la France — les plus ouverts à toutes les idées, à toutes les philosophies et à toutes les littératures étrangères, considérés comme fermés et forclos ! Qu'on dise cela en Allemagne, — et on ne le dit pas, — qu'on dise cela en Scandinavie, passe encore ; mais qu'on le dise à Paris où, depuis quatre cents ans, toute idée européenne est accueillie, pénétrée, repensée et clarifiée, en moyenne vingt-cinq ans (autrefois), en moyenne dix ans (aujourd'hui), après qu'elle a été conçue ailleurs ; non, il va là quelque légère exagération.
Eh ! Ce serait bien plutôt, non pas l'Allemand, mais l'Anglais, qui serait caractérisé par « l'incapacité absolue de comprendre les idées des autres peuples, civilisés ou non ». C'est là que, non pas l'intelligence manque, mais l'autonomie de race et l'orgueil ethnique sont trop forts pour qu'il y ait communication facile avec la mentalité des autres peuples. Mais le Français fermé, l'Italien rigide, l'Espagnol imperméable ! Interrogez donc un Allemand sincère, et en général ils le sont : il vous dira : « Nous ne laissons pas d'avoir un peu besoin
PSYl flOLOGIB Dl SOI IALISME
de von- pour comprendre mieux nus penseur Vous les restrei mez un peu, toujours : mais vous les définissez. Ei ils ont besoin d'être détermio Tant qu'ils n'ont pas passé par vos mains, ils lenl toujours un peu amorphes. •
Mais oon 1 Anglomanie. Il n'y a que l'Anglo- Saxon qui soit compréhensif. Toijt cela parce qu'un Bornais de petit journal socialeux a dit que les Anglais empêchent les peuplades d'Afrique d< débarrasser de leurs rois et de se mettre en république ! M. Le Bon ramasse trop de coupures de Journaux. Il a un peu de la manie de Flaubert qui était à l'affût <le la bêtise française et qui n'était embarrassé pour en trouver <lrs spécimens nombreux, lesquels faisaient sa joie, un peu puérile. Mon Dieu, à lire les journaux politiques, on risquedeux choses, dont la premii t de trou-
ver des imbéciles partout et laseconde de le d< nir. Mais ce n'esl pas une très bonne méthode scientifique. Je suis convaincu, et par lion, que les lecteurs de journaux, encore qu'ils ut atteint- d'une maladie funeste, sont
beaucoup plus intelligents que ceux qui les rédigent. J'ai constaté cela cent fois; le contraire au mais moins souvent .
Et cette ni.-. • de l'infirmité intellectuelle du Franrevienl sans cesse dan- le livre de M Le Bon.
284 DISCI SSIONS POL1TIQ1 ES
Il affirme : « N'adopter une opinion politique ou sociale que quand, après mûre réflexion, elle paraît répondre à la réalité des choses, constitue un processus mental dont semblent incapables la plupart des cerveaux latins. » Il y a du vrai, sans doute. Mais M. Le Mon oublie un facteur. Il semble que les opinions politiques et sociales soient affaire chez nous de caprice ou de «contagion », et non pas d'intelligence. Or elles ne sont pas affaire d'intelligence pu.e et élevée ; mais elles ne sont pas, non plus, mais pas du tout, ou très peu, affaire de caprice ou de contagion. Elles sont affaire d'intérêt et par conséquent d'intelligence, d'intelligence un peu basse et non très pure, mais encore d'intelligence.
Je vois un tel que j'ai connu modéré et qui est socialiste. Caprice! Contagion ! Pas du tout! Entre les deux phases il s'est ruiné. 11 a passé d'une classe dans l'autre, voilà tout. De bourgeois il est devenu prolétaire; et comme il jugeait les choses avec l'intelligence de la classe dont il était, il les juge avec l'intelligence de la classe dont il est.
J'en vois un autre qui de radical est devenu modéré. C'est qu'entre ces deux stades il s'est enrichi, ou du moins est arrivé à l'aisance. Les Français, comme tous les hommes, ont les idées et