‹ Discussions politiquesChapitre 45 sur 49 · PSYCHOLOGIE M SOCIALISME · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE M SOCIALISME

taillée, insistant sur le caractère des différents peuples et sur leurs ressources matérielles et morales ; de plus, l'histoire, surtout moderne, mais avec une vue d'ensemble suffisante sur l'antiquité et le moyen âge, sans la connaissance desquels on ne comprend rien à l'histoire moderne et l'on est un Homais à peine un peu plus instruit,

,int que le monde a commencé en 1848. — Il y i inéiue des professeurs d'histoire qui ont cette

talité.

Enfin les langues étrangères, apprises pour être parlées el non pas pour être lues, avec très peu de grammaire, très peu de thème, très peu de version, beaucoup d'explications et énormément deconvi lations. Ici immenses difficultés; car si la classe l'histoire et celle de littérature peut êtredecin- [uante élè I celle de latin ou de grec de

.nulle, celle de langue vivante, étudiée pour être parlée, ne peut être que de dix au plus ; mais il aut pourtanl arriver à étudier l'anglais ou l'allemand pour les parler; il le faut absolument

-deux enseignements superposés pourraient réussir à changer un peu « l'âme latine ». Je dis un peu, el je m'en contente ; car il (,-t évident <pi«' pou r M. Le Hon il faudrait la changer radicalement : nais pour moi je crois d'abord qu'on m* change

lis radicalement l'Ame d'une insuite

IONS loi I I l'.'t I s

306 DISCUSSIONS l'OLITKjlES

qu'il ne faudrait que modifier assez légèrement l'âme française, l'âme italienne etl'àme espagnole, si fortes et énergiques, comme l'histoire d'avanthiernous le montre assez, pour constituer à leur profit un immense progrès. Elles ne sont qu'atteintes ; il suffit de les redresser. Elles ne sont que mal engagées ; il suffit de les aiguiller mieux.

11 est bien entendu que je neveux que féliciter M. Le Bon d'avoir crié fort et frappé rude. Il faut toujours exagérer, puisqu'il ya toujours du déchet. Il a crié à la décadence irrémédiable. Il a bien fait puisqu'il y a commencement de décadence. C'est le mot du vieux Le Sage à son fils l'abbé, qui lui parlait de l'enfer: « Oui, mon enfant* fais-moi peur, fais-moi bien peur. » M. Le Bon a voulu nous effrayer très fort. Il a raison, puisqu'il y a lieu d'avoir crainte. Soyons elï'rayés ; c'est le commencement de la sagesse. En retournant le mot de Figaro, il faudrait toujours avoir la peur du mal, sans avoir le mal de la peur.

2b juin 1902.

UNE HISTOIRE •; LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

M. A. u lard a écrit ce qu'on appellerait, si l'on variait encore la langue du &vme siècle, une hisoire philosophique de la Révolution française I a fait l'histoire de idé< - essentielles, des id oaîtresses qui ont présidé à la Révolution, et de Burs tlesl m i i im\ ers I i période qui

ni! de ITss à 1804. li a fait l'histoire, non pas i.'ini de la Révolution, que de ridée démocratique m travers de la Révolution. Il a tracé lacourbe, i aphique <l«i l'idée démocratique de I >x

défaillances ma et

ions, el indiqué les idenl

Et ce serait, comme M. Aulard manifeste la crainte que ce ne le soit en effet, l'histoire d'une abstraction, si M. Aulard n'était pas un des trois ou quatre hommes qui connaissent le plus intimement les faits de l'histoire révolutionaire, et si l'abstraction dont il s'agit ne se pouvait enlever et abstraire elle-même, au gré du lecteur, de telle sorte que, si l'on fait cette manière d'ablation, il reste, très solide et même massive, une histoire des opinions et de l'esprit public de 1789 à 1804, et une histoire des hommes qui ont eu une opinion et qui l'ont exprimée dans cette période de notre histoire.

Cette histoire de l'idée démocratique a un premier avantage qui peut-être est précieux : c'est qu'elle ruine radicalement la fameuse théorie du « bloc ». Si l'on demande à M. Aulard ce que c'est que la Révolution, il répondra, avec un très grand bon sens, selon moi, qu'il n'en sait rien du tout, ha Révolution est une époque ; ce n'est pas une personne indivisible. Si on la considérait ainsi, on trouverait en elle « une espèce de puissance incohérente, capricieuse, violente et sanguinaire », tantôt plus oppressive et liberticide que le plus affreux tyran de tragédie, tantôt plus sa^re, plus généreuse et plus magnanime que les sept sages de la Grèce; et donc, la tenir pour indivisible; c'est précisément tenir à ce qu'elle soit ab-

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAIS] 309

mrde. Mais, à travers cette époque, il y a à remarquer l'évolution d'une idée, de l'idée démoîratique, etc'esl cela qu'il faul isoler d'abord pour e bien entendre ; considérer ensuite au milieu d àits discordants qui l'entourent, pour voir comnent il en est qui le favorisent, d'autres qui lui misent, et comment il s'en tire ; isoler de nouveau enfin, pour voir comment, en définitive, il l'en est tiré et quelle fi^un> il tait après ces ipreuves.

M voilà un grand avantage de cette méthode, qui si immédiatement balancé par- un assez grand Dconvénient. Quand on l'ait l'histoire de la Révolu- Ion française, M esl assez naturel de s'arrêter soit n 9 novembre 1 T* »*. • . <<>\\ au 18 mai 1804 : mais, [uandon fait l'histoire de l'idée démocratique, il

i absolument aucune raison de s'arréterni en 799, m en 1804, ni même en lin M ; ou, du moins,

rrêter à cette dernière date, il n'\ aurait qu'un rétexte. Il esl si évidcnl que l'idée démocratique 'avail nullement achevé son évolution en ls,|i n 'in s'étonne que l'historien nous quitte là plu >i qu'ailleurs ; et, à vrai dire, son sujet, ainsi onçu, n'a plus de bornes, que celles, el encore i l'on veut, où exposer devient prévoir I i par

équenl le h\ re de M . Aulard n'est qu'un fragment de l histoi re de I idée détnocrat ique en

310 DISC! SSIONS POLITIQI I -

France». Gela ne laisse pas d'être sensible et désagréable quand on finit de le lire.

A la vérité, le fragment est d'importance. Prenons-le pour ce qu'il est.

Rien n'est plus net, — comme aussi il n'y a rien de plus net que l'esprit de M. Aulard ; etc'est pour cela qu'on se rencontre de plain-pied avec lui sur les idées synthétiques des événements, alors même qu'on est très éloigné de lui comme tendances ; -rien n'est plus net que le résidu que nous donne M. Aulard des idées, tout compte fait, directrices et des principes, tout compte fait, essentiels de la Révolution française. La Révolution, à la réduire aux idées et sentiments qui ont eu, pendant son cours, le plus d'influence sur ses partisans, a été antiaristocratique, antimonarchique, antireligieuse, antiploutocratique. Réduisons encore. Gela revient à dire que ses deux « principes » ont été « l'égalité » et la « souveraineté du peuple »,et, comme dit Aristote, il n'y en a pas un de plus. Et tout le reste est venu de là, et rien d'important dans toute l'histoire de la Révolution jusqu'à nos jours ne se rattache à autre chose.

Avant d'aller plus loin, remarquez les lacunes apparentes et intentionnelles. Il n'est question dans ce résumé ni de « liberté», ni de « sûreté •,

i: HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 31 t

ni de « propriété », quoique ces choses soient inscrites, à titre de droits, soit dans la Déclaration de 1789, soit dans celle de17(.»:>. C'est qu'en ellet ces choses n'ont quasi aucune importance pour les révolutionnaires français, je dirai même pour les Français ; et n'en ont vraiment aucune, relativement aux deux principes seuls gardés par M. Aulard comme vraiment constitutionnels : égalité, souveraineté du peuple. En d'autres termes, mis au choix, les Français sacrifleront-ils liberté, sûreté, propriété, à l'égalité et à la souveraineté du peuple? Il faul répondre ;oui, tant qu'ils seront pénétrés de l'esprit général de la olution française ;e1 donc il n'y a qu'égalité et

Souveraineté «lu peuple qui -nient principes constitutionnels de la liane.' nouvelle, De ces deux es toutes les autres ont dérivé, avec le temps, plus ou moins combattues, plus ou moins entra- -, suivant cependant leur cours et développant, successivement ou simultanément, toutes leurs conséquenc

L'égalité l'abord pour les Français imbus

de l'espril nouveau, l'égalité des droits, l'égalité devant la loi e1 devant la justice, l'égale possibilité d'ace» a tous les emplois et à toutes les fonction i prit généra] de 1789, Mus l . lité des droits n'étant guère pins qu'une plaisan-

terie un peu arrière quand l'égalité de conditions n'existe pas, l'idée de l'égalité des conditions n'a pas tardé à pénétrer dans les esprits, comme une conséquence du « principe », et aussi comme une condition de l'application réelle de l'égalité des droits elle-même. Étantincontestable qu'un homme riche et qu'un homme pauvre ne sont nullement égaux ni devant la loi, ni devant la justice, ni pour ce qui est de l'accès aux places et fonctions, il parut logique que fût établie d'abord l'égalité des conditions pour assurer l'égalité des droits. Et, d'autre part, pour elle-même, l'égalité des conditions parut non seulement désirable, mais nécessaire, sitôt qu'on s'aperçut, précisément pour avoir obtenu l'égalité civile, que peu de chose était changé et que la plus blessante des inégalités est certainement celle qui consiste en ce que l'un possède beaucoup et l'autre infiniment peu.

— Mais c'était la propriété qui s'en allait et l'héritage! — Précisément; et voilà que commence cette antinomie entre les deux principes essentiels de la Révolution : égalité, souveraineté du peuple ; et tous les autres pseudo-principes que les révolutionnaires avaient d'abord acceptés pêle-mêle. Le duel, pour se borner à celui-ci pour le moment, entre l'égalité et la propriété, a été permanent pendant la Révolution, comme depuis.

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOL1 llo.\ FRANÇAISE '-> 1 •**

Démarquez que les antipropriétaires de ce temps-là pouvaient se réclamer de la Déclaration Eîlle-inême. Klle disait : « Les droits sacrés et inaliénables de l'homme sont la liberté, l'égalité, la sûreté, la propriété. » Cela peut vouloir dire : i Les propriétés sont inattaquables. » Mais cela peut vouloir dire, et en bon français c'est le vrai sens : « Tous les hommes ont droit à la propriété, îomme à la liberté, à l'égalité et à la sûreté. » Si a liberté est un droitde rhomme, tous les hommes ioivent être libres ; si l'égalité est un droit de 'boni me. tous les hommes doivent être égaux : si a propriété est un droit de l'homme, tous les lommes doivent être propriétaires.

El remarquez bienque je ne joue point. Le so- :ialisme du temps de la Révolution a précisément intendu les choses ainsi. Partout où le socialisme i paru au cours de la Révolution, jusqu'à Babeuf exclusivement, c'est sous forme, non de collectivisme, mais de parlagisme ; et c'est-à-dire que révolutionnaires socialistes interprétaient 'article 2 de la Déclaration de 1789 et l'article - de a Déclaration de I7(.):'> comme je taisais tout à heure toul homme a droit à être propriétaire de [uelque chose ; donc il faut partager les bien-.

\ la vérité, l'interprétation différente était lonnée par les Déclarât ions, qui, celle de 1789 par

■ M ï DIS! l SSIONS POLITIQUES

son article 17, celle de 179:î, par son article 19, affirmaient que nul ne saurait être privé de sa propriété, ni de la moindre fraction de sa propriété. C'était donc bien le droit du propriétaire existant sur sa propriété existante, et non le droit de tout homme à être propriétaire, que les Déclarations ' avaient entendu dire ; et l'article 2 devenait un peu comique, affirmant ainsi que liberté, égalité et sûreté étaient droits de tous et propriété droit de quelques-uns, et qu'on avait droit à la liberté, à l'égalité et à la sûreté en tant qu'homme, mais qu'on n'avait droit à la propriété que si l'on était propriétaire.

C'est pourtant ainsi que l'entendaient les chefs de la Révolution, quand ils décrétaient la peine de mort contre quiconque proposerait la loi agraire. C'est ainsi que l'entendait Robespierre, même en ses moments de demi-socialisme, quand il déclarait que « l'égalité des biens est une chimère » et que « la propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi ». 11 dit : « de jouir et de disposer», ce qui suppose une propriété déjà acquise. C'est la proclamation du droit du propriétaire, ce n'est pas la proclamation du droit à être propriétaire. Un vrai socialiste dirait: « La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de posséder. »

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOI DTION I H INI USE 315

Quoi qu'il en soit, ce duel entre la propriété et ilité a duré ;rand éclat ni grande violence,

rendant toute la Révolution, jusqu'à ce que Babeuf, \.'c sa redoutable précision, lui ait donné sa forme léfinitive. Lui, le premier, je crois, s'est aviséque icialisme révolutionnaire était enfantin; que e,partagisme n'avait pas le sens commun, parce jue le partage n'était pas une solution ; que, I»1 endemain du partage, l'inaliénable, imprescripible et intangible égalité serait détruite par \"\\\v- ^alitr entre ceux qui sauraient conserver leur parti jeux qui sauraient l'agrandir et ceux qui sauraienl a perdre : que c est donc la propriété elle-même 1 1 1 î ) faut non partager, mais abolir : et que le seul Doyen pour qu'il y ait égalité entre les propriéaires est que la propriété ne soit point .

El alors apparaît l'idée collectiviste, qui est l'idée ►bscure, mais essentielle, latente, mais fondamentale, de la Révolution française ; qui est lïdée dans laquelle la Révolution prend conscience d'ellemême, el prend connaissance, avec surprise, avec inquiétude, avec eflroi et avec espérance, de tout h qu'elle contenait : » |uoi I us commu-

niste ' i et, si elle i ique : • Né rement

i effraj ée de la grandeur de sa tâche : « Jamais ' a el i elle est clairvoyante : i Je l<" suis mi je ne suis pa ■ rand'chose. i

C'était (confusément) l'idée de Marat : « Qu'aurons-nous gagné à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches? Et, si nous devons gémir sous le joug de ces nouveaux parvenus, mieux valait conserver les ordres privilégiés... Pères de la patrie, vous êtes les favoris de la fortune ; nous ne vous demandons pas aujourd'hui à partager vos possessions, ces biens que le ciel a donnés en commun aux hommes...» — C'était (plus clairement) l'idée du journal les Bévolutions de Paris : «... Vous ne vous apercevez donc pas que la Révolution française, pour laquelle vous combattez, dites-vous, en citoyen, est une véritable loi agraire, mise à exécution par le peuple^ Il est rentré dans ses droits ; un pas de plus, il rentrera dans ses biens. » — C'est, nettement cette fois, et sous sa forme pratique, celle du collectivisme, l'idée de Rabeuf. On doit considérer Y Analyse de la doctrine de Babeuf, brochure répandue et placard affiché en 4790, comme la troisième Déclaration des droits. On y trouve ces axiomes, développements indiscutablement logiques du principe de l'égalité : « La nature a donné à chaque homme un droit égal à la jouissance de tous les biens. Les travaux et les jouissances doivent être communs. Il ne doit y avoir ni riches ni pauvres. Le but delà Révolution est de détruire l'inégalité.»

UNE B1ST0IRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE ■>[

Et le Manifeste des l . ix doit t'tre considéré comme un supplément à la Constitution de 17 Le i ■ du partagisme enfantin <l<i 17'.':; au

locialisme réellement el efficacement égali taire y ■<t admirablement marqué et défini i La loi lire ou le partage des campagnes fut levœu instantané de quelques soldats sans principes, de [uelques peuplades mues par leur instinct plutôt lue par la raison. Nous tendons à quelque chose |e plus sublime et de pins équitable : le bien comaun ou la communauté des biens. Plus de propriétés individuelles des terres : la terre n'est à les fruits sont à toul I»' monde.

Mais ce c'est pas tout ; ce n'est presque rien» .»• d< ilité : la vérité, c'est l'égalité ;

lonc il Tant poursuivre l'inégalité jusqu'en son brt ; H faut pousser à bout l'inégalité. Les hoinu ont inégaux en force, en courage, en intellij ls ne doivent pas l'être : car c traire, sinon

. la Déclarai ion de 1789, du humus à la déclaration le 1793, qui a dil ' is les hommes sont égaux \ar la / it la loi . S'il existe des il

alités naturelles, c'esl la nature qui a tort, et il lui s'efforcer de les atténuer jusqu'à les détrui iu de les entraver jusqu'à les empêcher de sortir lurs effets.

M Vu lard Be demande si les auteurs de la Dec

ration ont voulu dire que les hommes naissent aussi forts d'esprit et de corps les uns que les autres ; et il répond que « cette niaiserie ne leur a été attribuée que par de niais adversaires ». Les auteurs de la Déclaration n'ont certes pas voulu dire cela ; mais ceux qui l'ont dit, avant ou après, ne sont pas des niais. C'est Helvétius, en son livre de l'Esprit, et tout autant dans son livre de Y Homme, Helvétius, qui soutient sans cesse qu'il n'y a aucune autre inégalité entre les hommes que celle qu'y met l'éducation, et que « l'esprit, le « génie et la vertu sont les produits de l'instruc- « tion ». C'est Mm" Roland, disciple d'IIelvétius autant que de Rousseau, qui croit que « les différences infinies qui se trouvent entre les hommes proviennent presque entièrement de l'éducation ». C'est Proudhon, qui dit formellement: « L'homme, par essence, est égal à l'homme, et si, à l'épreuve, il s'en trouve qui restent en arrière, c'est qu'ils n'ont pas voulu ou su tirer parti de leurs moyens... Si quelque ditférence se manifeste entre eux, elle provient, non de la pensée créatrice qui leur a donné l'être et la forme, mais des circonstances extérieures sous lesquelles les individualités naissent et se développent. » — Et cest enlinRabeuf qui, aussi révolté des inégalités naturelles que des inégalités sociales, — et pourquoi

UNE B1ST01RE DE LA RÉVOLI NOfl KRANI USE 319

onc non ? — écrit avec fermeté : i Celui-là mé ui prouverait que, par l'effet de ses forces, il i ble d'en taire autant que quatre, n'en serait moins en conêpiratioî re la

u'il en ébranlerait l'équilibre i seul moy<

t '/ ' /" pi

M. Aulai imande encore si, par l'articl

Tous les honni ix parlanature et

evant la loi », les auteurs de la Déclaration ont onlu dire qu il «--t souhaitable que les institutions at autant que possible les inégalités natu- Blles, c'est-à-dire tendent ier tous les

ommes à un type moyen de force physiqu» itellectuelle ; et ici, mieux inspiré, il répond :

lé ; mais plus tard, par d'au- Oui : ' il babou>

oui les / . ■ i de I 7 - t Babeuf lui-même

ui écrit sans amba 11 faut que les institu-

mènent à int qu'elles ôtent à

jut individu l'espoir de devenir jamais ni p iche ni plus puissant, ni plu . qu aucun de Et, au point de vue de l'esprit de la ution,

a r ibsolument. L'esprit égalit

hoqué de voir un homme l'emporter but un aul son intelligence ou j iroir qui pai

ph\ sique ou par ses ricl it

être plus ; et la supériorité intellectuelle, avec ses prétentions d'être un don de Dieu, a quelque chose de plus insolent que la supériorité financière ou la supériorité tout simplement administrative, que Ton sent qui n'est qu'une sorte d'expédient social. La supériorité intellectuelle est plus insupportable que toute autre, parce qu'elle commande plus impérieusement. Pascal, qui a tout vu, s'en est très bien avisé : « La raison nous commande bien plus impérieusement qu'un maître; car en désobéissant à l'un on est malheureux, et en désobéissant à l'autre on est un sot. » Il n'y a rien de plus cuisant. — En tout cas, la supériorité intellectuelle est, tout comme la noblesse, la richesse et la royauté, un privilège de naissance. Elle est une injustice ; et qu'elle soit une injustice naturelle, ce ne serait qu'une raison pour réparer par l'institution sociale l'iniquité de la nature. La démocratie actuelle, en préférant presque partout les médiocrités aux « lumières », n'obéit pas à l'envie, comme ses periides calomniateurs vont le répétant : elle obéit à l'esprit même de la Révolution française.

Voilà l'évolution complète de l'idée d'égalité. Egalité des droits ; égalité de la possibilité d'accès aux fonctions ; égalité des biens ; enfin égalité intégrale, c'est-à-dire des droits, des biens, des

UNE HISTOIRE DE l- \ RÉVOLUTION FRANÇAISE

forces et des intelligences ; suppression absolue de tout ce qui est privi e;que ce pri-

vilège ait été octroyé par L'institution sociale ou par la nature, si tant est que la nature en octn

■tte évolution s'est faite en sept a 1796, ce qui prouve qu'elle était naturelle et qu'elle

il à l'avance faite entièrement dans un certain sombre d'esprits. Et elle est complète, sans qu'on puisse aller au delà du dernier terme où, en 1796, bile est arrivée. Klle ne peut qi Et

ce qui s'est produit. L'histoire depuis le commencement du i irci par l'histoirede la Révolution, comme l'histoire du christianisme par l'Ancien Testament. omplir faut les Écritures », comme disaienl lesfn

au. C est une M. Â.ulard aurait pu

donner pourquoi il s'arrêtait en iv(^ ; □ a il aurait dû s'arrêter en 1796.

i luti itielle de la Révolution frau-

de la souveraineté de la nati Elle ne dérive pas de la première : mais ell corde el s'ajuste très précisément avec elle. Elle n'en dérive ne ne sera au- <i un autn ent

au commandement, que peut-on conclure? Si personne ne doit être au-dessus d'un autre, qui commandera ? Personne. Voilà la réponse de l'anarchiste ; l'idée d'égalité peut conduire à l'anarchie. — Mais, d'autre part : si personne ne doit être au-dessus d'un autre, qui commandera ? Tout le monde. Voilà la réponse de celui qui veut que, l'égalité établie, il y ait encore un Élat ; voilà la réponse de Tétatiste. Et en effet, l'égalité n'est point choquée de ce que le commandement s'adresse et s'impose à tous, si, aussi, il vient de tous. Tous ordonnent, tous obéissent ; l'égalité est parfaite. L'idée de souveraineté du peuple ne dérive pas de l'idée d'égalité ; mais elle s'y ajuste.

A la vérité, il y a bien quelque embarras. « Tous ordonnent, tous obéissent », n'est, tout compte fait, qu'une fiction. Tous, en pratique, c'est la majorité ; c'est la moitié plus un. Le droit de la moitié moins un, que devient-il ? Et de cet embarras nous trouvons des traces dans les contradictions dont sont pleines, comme nous en avons donné déjà quelques exemples, les deux Déclarations (surtout la seconde). D'une part, la Déclaration de 1793 dit : « La souveraineté réside dans le peuple ; elle est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable. » Mais, d'autre part, la même Déclaration dit encore : « Aucune portion du peuple ne

i NE HISTOIRE DE LA RÉVOLI I ION FRANl USE

peut exercer la puissance du peuple entier », el Bile dit aussi : «que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l'instant rois à mort par les nommes libres. • Et ceci vise la royauté, et cela rise l'aristocratie. Sans doute ; mais la moitié plus un du peuple n'est, cependant, qu'une portion du peuple, houe la moitié plus un tombe sous le coup de l'article : « Aucune portion du peuple ne peut Bxercer la puissance du peuple entier ; » et l'inlurrection de la moitié moins un contre la moitié plus un est légitime, surtout quand cette moitié plus un, comme il arrive toujours à cause d abstentions, n'est qu'un tiers, ou, comme c'était Pord inaire sous la Révolution, un cinquième. Et,

en combinant l'article : « Aucune portion du peuple. . » et l'article : « Que tout individu qui usur* lit...», ce qui parait permis, on arriverait à cette conclusion que la moitié moins un a le droit de mettre a morl cette usurpatrice moitié plus un,

si elle h' peut ; rt iv ne Serait, :ipiv> tOUt, .pi'uiie

application un peu vive de l'article : i La souveraineté es! une el indivisible », lequel semble bien affirmer que la souveraineté est dans l'uno des cit< '\ i :

On voil très bien que les ivd.iet.Mn-- de la Déclarai ion de IT'.».'. ont évité le mot Ils n'ont '-••dire : o La souveraineté est dans la majorité

de la nation. Elle est sans appel. Elle est sans contrepoids. Elle est sans limites. Les citoyens qui appartiennent à la minorité n'ont aucun droit. » — Ils ne l'ont pas osé; car alors que devenaient les droits de l'homme?

Us l'ont si peu osé qu'ils ont dit le contraire, par une dernière contradiction qui est la plus violente de toutes : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Voyezvous ou la contradiction, ou l'ambiguïté, ou la supercherie, du reste inconsciente? Si par « les droits du peuple » il faut entendre « les droits de l'homme », ceci est la proclamation des droits de la minorité ; ceci veut dire : « Les droits de l'homme sont au-dessus des décisions de la majorité. S'ils sont violés, le droit à l'insurrection est ouvert. Et peu importe que ce soit une décision de la majorité qui les ait violés, n'y eût-il quune portion du peuple pour les revendiquer, elle est dans le droit. » Et l'on peut bien interpréter ainsi, car enfin cet article est le dernier delà Déclaration des Droits de l'homme ; il en est la conclusion ; il doit en contenir la sanction. Voici vos droits. Si je les viole, quelle sanction? La voici. Dernier article, dernier recours.

im: B1ST0TRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Mais si l'on entend pa its du peuple

— et non les, qui n'aurait aucun sens — le droit du peuple en son ensemble, qui esl d'être souverain, cela vont dire, au contraire, que, quand le gouvernement brise une décision du peuple souiu, corn m- ;emple en fructidor, le peuple

doit se soulever, toute portion du peuple aie droit ïe soulever; et par parenthèse c'est la ju>tiiifcatioa préalable du 18 Brumaire. Et voilà une lutable ambiguïti La vérité est peut-être que les teurs, s'étant

ipés d'abord des droits * 1 * * l'homme, puis du droit du peuple, ont bien entendu dono ler-

Dier article connue la sanction du droit du peuple, mai- eu laissant planer une certaine obscurité, de telle sorte «pu* ce qui était une affirmation véhémente de la souveraineté populaire pût p une affirmation solennelle des droits de l'homi

que j'appelais, supposant qu'ils n'ont suffisamment analysé eux-n une supercherie inconsciente.

Quoi qu'il en puisse être déclarations (et

surtout la seconde) contiennent, et bien entendu oudre, l'antinomie entre I»-- droits de l'individu et la souver une té national même entre les droits de l'homme, il j a eu un conflit dans lequel l'égalité a li ni par vaincre, ron|

et dévorer les droits qui lui étaient étrangers et opposés, liberté, sûreté, propriété ; de même le dogme delà souveraineté populaire a fini par remporter sur les droits de l'individu, sur ces mêmes droits de liberté, de sûreté et de propriété ; ne respectant que le droit d'égalité, qui n'est pas un droit individuel, qui n'est qu'une institution sociale, et avec lequel nous avons vu qu'elle pouvait s'accorder et de quelle manière.

Le dogme de la souveraineté du peuple a développé ses conséquences parallèlement au dogme de l'égalité développant les siennes, et ses conséquences n'ont pas été plus favorables aux droits de l'homme que celles du dogme de l'égalité. D'abord ce dogme habitue les esprits à cette idée que, là où il y a volonté du peuple et non volonté d'un homme, il y a liberté, et que les actes les plus oppresseurs sont des manifestations de liberté quand ils viennent de la foule. C'est une chose assez contestable. C'est une confusion entre la liberté du peuple et la liberté de l'homme, entre peuple libre et homme libre. Un peuple est libre, comme peuple, quand les lois qui le gouvernent viennent de lui ; c'est absolument vrai. Mais, de ce que le peuple est libre, il ne s'ensuit nullement que les citoyens le soient, et le peuple peut librement voter des lois épouvan-, tablement oppressives pour chaque citoyen. Le

UNE BI8T0IRE DE LA RÉVOLI HON FRAN( klSI 32*3

liberté, considérée comme droit de l'homme, selon la Déclaration de 1789, i consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas a autrui. » In peuple peut,

librement, m'ôter cette liberté radicalement, Jusqu'à m'interdire d'élever mon (ils selon la méthode de l'Emile, et i\ est libre, et moi, je ne le suis pas ; et il exerce sa liberté, et il m'empéc

ercer la mienne. Seulement on me dira toujours : « De <|uoivous plaignez- vous ? Nous êtes libre, puisque vous appartenez à un peuple libre. » Voilà le sophisme, ou le paralogisme, comme on voudra, qui permet à un peuple libre d'être beaucoup plus oppresseur qu'un despote, el à la souveraineté nationale d'être beaucoup plus tyran nique bue la souveraineté royale. On peut se révolter contre an tyran. Il est trop évident qu'avec lui il n \ a de liberté nulle part et qu'il es1 an pur et simple usurpateur ; on ne peu! pas, on ne doit p is Iter contre le peuple oppresseur. Si on le l'ail, le sophisme se dresse : i Vous êtes M puisque la loi qui vous opprime vient de vous. En ?ous révoltant, vous vous révoltez contre votre liberté. Votre libéralisme est liberticide. Vous le sens commun. Il doit vous suffire il '< tie libre en tan! que taisant partie de ce peuple libre qui, du reste, \ ous opprime, i < m sail qu sophisme es! en toutes lettres dans le I

social. Il est aussi dans Lamartine, qui, je pense, en le formulant en un beau vers, n'y croyait

guère :

Le joug que l'on choisit est encor liberté.

II permet à un peuple d'être aussi oppresseur que possible avec la plus grande tranquillité d'esprit et de conscience. Un despote en son lit de justice doit avoir quelques inquiétudes ou quelques remords : un peuple dort dans le sien sur les deux oreilles. L'avantage d'appartenir à un peuple libre est qu'on y est tyrannisé, en passant pour un ennemi de la liberté si l'on est libéral.

Une autre conséquence du dogme de la souveraineté du peuple, c'est qu'un peuple croit avoir fondé la liberté quand il n'a que déplacé la souveraineté, et hérite de toutes les habitudes du despotisme qu'il a renversé en croyant les extirper à jamais, et l'imite de tout son cœur en le détestant, et le continue en exécrant sa mémoire. C'est précisément ce qui est arrivé au cours de la Révolution. Le peuple, en la personne de ses représentants, s'est installé tout simplement dans le trône de Louis XIV, et la séance a continué. Nonobstant toutes les Déclarations des droits, l'arbitraire a été le même et le bon plaisir a été identique, et que : « Car tel est notre bon plaisir » ait été remplacé

UNE HISTOIRE DE 1. 1 RÉVOLUTION FRANÇAISE

pn « Car telle est la volonté national»', » on ne voit pas que la différence soit considérable. La Ré Solution a eu ses caprices, son mépris absolu de l'individu, ses lavons goi ivorisdisgrac

ses Bastilles, ses Pignerol, ses dragonnades, ses guerres de conquête, ses guerres de magnificence, ses prétentions d'asservir l'Europe, en un mot son despotisme hautain, superbe, sanguinaire et halardeux, comme le Roi -Soleil.

Remarquez bien que cette prétention aussi à Vomnipossession comme à L'omnipotence a été commune à la vieille monarchie et a la démocratie paissante. Ce « droit éminent de propriété » que

endiquait par ses juristes la dynastie capétienne, la démocratie l'a proclamé aussitôt comme étant le sien, et c'est sous cette forme que le socialisme aparu d'abord dan- la Révolution francs 1.»' roi prétendait qu'il était propriétaire de toutes |es terres de France : le peuple, «pu est maintenant l" roi, prétend exactement la mémechoseet considère les propriétaires comme Bes fonctionnaires prépo i la propriété et perpétuellement révocables, comme ses dépositaires perpétuellement c\|m iir réclamer leur dépôt et Inhabiles

à le refuser. Le roi pouvait tout) le peuple peut tout -. le roi possédai! tout, le peuple | ut ;

il n'\ avait pas de droit en dehors du droit du roi,

il n'y a pas de droit en dehors du droit du peuple : voilà ce que contenait le dogme de la souveraineté du peuple, en soi ; voilà ce qu'il contenait surtout quand l'exemple de la monarchie absolue était là tout proche, tentateur, non seulement tentateur, mais imposant, obsédant et remplissant les esprits, et qu'on n'avait qu'à transposer pour savoirexactement ce qu'on avait à faire. Qui était souverain ? Le roi. Qui est souverain ? Nous. Que faisait-il, en usurpateur ? Nous le faisons, légitimement. Que prétendait-il, contre le droit ? Nous le prétendons, selon le droit. Jusqu'où il allait, nous pouvons aller. Plus loin ; car son droit avait pour limites celles de sa force ; le nôtre est inépuisable. Devant cela, les pauvres Droits de l'homme font triste figure.

Notez encore une raison pourquoi cette souveraineté a moins de limites que celle de l'ancienne monarchie. L'ancienne monarchie est absolue; mais encore elle est un peu gênée par des lois, qu'elle peut changer, il est vrai, et c'est pour cela qu'elle est absolue ; mais enfin par des lois qui ont la force, le prestige de l'ancienneté. Gela impose. Elle est un peu obligée de tenir compte des précédents. En un mot, elle a une constitution tellement faussée, négligée, rouillée, encrassée, qu'elle fonctionne à peine et que c'est à peu près comme si

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 331

elle n'en avait pas ; mais encore elle en a une. Quand Louis \ l Y révoque l'édit de Nantes, on sait bien, malgré tout, que c'est un coup d'État, pour cette seule raison, ci c'en est une, que l'édit date 9e quatre-vingt-sept ans ; et ou le dit. Quand Louis \ Y brise les Parlements en 1771, on sait bien |uec'es1 un coup d'État, et, qu'on l'en blâme ou • pion l'en loue, on dit tirs bien que c'en est un.

■t pour cela seulement que Montesquieu t'ait cette distinction, que Voltaire s'obstine à ne pas vouloir comprendre, entre la monarchie et le despotisme. Le despotisme, c'est le gouvernement arbitraire ; la monarchie, c'est un gouvernement t<

i par des lois qui ont une certaine stabilil qui sont entourées d'un certain respect. Voilà les limites, très faibles, mais voilà les limites de la souveraineté royale.

La souveraineté populaire n'en a : Ile n'a i

de précédents. Elle esi franche et nettede toute li\ pothèque. Elle est intégrale. Elle a des lois, mais qu'elle fait, non qu'elle a reçue* i lois n'ont pas la force de l'ancienneté ni le prestige de la tradi* Lion. Elles sont d'aujourd'hui, peuvent être truites demain par d'autres, et elles le sont. Une loi

i une loi que lorsqu'elle est ancienne. Une loi nouvelle n'est qu'un décret , i oe loi nouvelle u qu'un acte de celui qui est le plus fort. Elle ne le lie

pas. Elle est un signe de sa force, non une limitation de sa force ; un acte de sa volonté, non une règle de sa volonté, et, donc, loin qu'elle le lie, elle est une manifestation qu'il n'est point lié. La souveraineté populaire, à ses débuts, n'a aucune limite, non pas même celle de la loi.

— Mais elle en aura plus tard. — Il est possible, si elle prend un caractère traditionnel, si elle se respecte dans son passé. Mais pourquoi latradition est-elle plutôt un caractère de la monarchie et n'estelle guère un caractère de la démocratie ? Je n'en sais trop rien ; mais c'est un fait. Peut-être parce que la monarchie est une famille, et que la démocratie n'en est pas une. Peut-être faut-il appliquer à la monarchie (relativement, du reste) le raisonnement de Montesquieu sur la magistrature à peu près héréditaire de son temps : « C'est un métier de famille. » Toujours est-il que la démocratie est peu traditionnelle de son naturel, et la Déclaration des droits de 1793, chose assez notable, semble l'y inviter : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. » De sorte que la souveraineté du peuple, en soi sans limites, par l'exemple de la souveraineté royale qu'elle remplace invitée à ne s'en point imposer, semble destinée à ne pas en avoir même de

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANl USE

flottantes, indécises et ployables, dans la stabilité relative des lois et dans le respect des lois anciennes, qu'on l'incite plutôt à respecter le moins possible.

Telles sont, dans l'ordre politique et dans lorire social, les inquiétantes proportions et dimensions de la raineté populaire, héritière de la souveraineté monarchique. En face de quoi les pauvres Droits de l'homme me semblent conduits ï se faire assez petits.

Mais la souveraineté populaire développe conséquences même dans l'ordre moral, et elles ne sont pas ici d'une moindre importance. Si la souveraineté populaire prétend à l'omnipotence et à l'om ni possession, elle ne prétend pas moins àl'omaiscience et à l'omniconscience. < m s'étonne quel- [uefois que la Révolution ait voulu avoir sa religion, son église clergé. On s'étonne qu'il y ait lu sous son régime d^> délits d'opinion, des délits le pensée et des délita de croyance. Il n'y a rien de

plus naturel et cela n'est qu'une eon-equeiiee directe et prochaine du dogme de la souveraineté du peuple. La majorités sa foi, ou elle «luit eu ri une; elle a Ba pensée directrice, ou elle doit en

IVOir une : elle ;i se I îd< ;. -raies <>u elle doit

l'u avoir ;et il est de son devoir d'empêcher qu'une minorité, ou que des individualités, aient une foi,

une pensée maîtresse ou des idées générales qui ne soient pas les siennes. Car alorsque devientla souveraineté ? Elle s'exerce dans le domaine de la loi. Qu'importe, si elle ne s'exerce pas dans le domaine des mœurs ? Elle s'exerce sur les volontés. Qu'importe, si elle ne s'exerce pas sur les esprits et sur les cœurs? Qu'entend-on bien par souveraineté? Un droit d'abord ; mais ensuite un moyen de constituer et de conserver l'unité et l'indivisibilité d'un pays. Eh bien! que devient l'unité d'un pays, s il est divisé en mille sectes, en mille croyances et en mille pensées ? Cette « unité morale » de la nation, dont certain parti parle tant depuis un siècle, ce n'est pas autre chose que la souveraineté nationale appliquée aux choses de laconscience, delà science et de la pensée. C'est le souverain qui veut qu'on croie comme lui et qu'on pense comme lui, d'abord parce que cela lui plaît, ensuite parce qu'il y a un immense péril à ce que, les uns pensant d'une faron, les autres d'une autre, l'Etat ne soit qu'un faisceau d'obéissances alors qu'il doit être un faisceau d'adhésions.

C'est ce qu'un penseur contemporain définissait naguère dans cette lormule admirable : « Il est moins important de socialiser les biens que de socialiser les esprits. » La démocratie tend à l'un et à l'autre de ces deux buts : par le développement

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

ogique de l'idée d'égalité, elle tend à la. socialisation les biens : parle développement logique de l'idée le souveraineté populaire, elle Lend à la social: ion des esprits.

C'est ce que Rousseau indiquait si lumineusenent quand il disait: « Ce fut dans ces circonsances que Jésus vint établir sur la terre un royauj ipirituel, ce qui, séparant le système théologique lu système politique, fii que l'État* t et

tausa lesdivisions intestines qui n'ont jamais ces

iter les peu pies chrétiens... il a résulté de cette louble puissance un perpétuel conflit dejuridicion quia rendu toute bonne politie impossible d i es i tats chrétiens... Mahomet eut des vue- ti aines; il lia bien son système politiqu son puvernemenf fut exactement un et bon en cela... I v a une sorte de religion bizarre, qui, donnant

,u\ hommes deux législations, deux flirts, di

•*///•/. >, les soumet à des devoirs contradictoin 'elle esl la religion des Lamas, telle aponais, tel est le christianisme romain.

Ici \ oltaire est parfaitement d'accord a> us-

eau, et c'est le seul point où il le Boit I eule nette qu'il ait en politique <ist qu il m' doit |

avoir deux pouvoirs, mais an seul, ramas ans les mêmi mains, celles du e tin

llqu(

336 DISCUSSIONS l'OLlTIQUES

Qui conduit des soldats peut gouverner des prêtres.

Marc-Aurèle et Trajan mêlaient au Champ de Mars Le bonnet de pontife au bandeau des Césars.

« Nous ne citerons jamais plus les deux puissances, parce qu'il ne peut en exister qu'une : celle du roi dans une monarchie, celle de la nation dans une république. » Ce qui l'amène une fois, tant est grande la puissance de la logique, à trouver bon même le gouvernement romain à Rome ; car, enfin, les deux pouvoirs y sont confondus et c'est l'essentiel :

Rome, encore aujourd'hui conservant ces maximes* Joint le trône à l'autel par des nœuds légitimes ; Les citoyens en paix, sagement gouvernés, Xe sont plus conquérants et sont plus fortunés.

La passion de l'unité de l'État est si forte que Voltaire, partisan partout de la puissance spirituelle du roi, est partisan à Rome du pouvoir temporel du pape. De cette façon encore le principe est sauvé.

Les révolutionnaires n'ont pas pensé autrement. Ils ont jugé qu'il y allait de la souveraineté du peuple de ne pas permettre que personne pensât autrement que l'État. Ils ont estimé qu'il fallait « socialiser les esprits ». De là la religion d'État, culte de la Raison ou culte de l'Être suprême, de

[ NE BISTOIRE DE LA RÉVOL1 Ti"\ i R \\. US

à la constitution civile du clergé ; de là l'éduation nationale et l'hostilité constante à la liberté le renseignement. La séparation de l'Église et le l'Étal et la libertédes cultes.de 1795 à 1797, i'a été qu'une trêve souscrite par des Iioinn rtigués de luttes, avec l'adhésion de quelqi ibéraux qui s'empressaient de profiter de cette

lie. El ici encore les partisans de lasouveraileté populaire continuaient tout simplement la tolitique de la souveraineté royale, transposaù i n i plement ses maximes et son esprit, et, sans ien de plus, le peuple se mettait au lieu et place u roi. La lutte pour le gouvernement des

ciences el des esprits sous la Révolution

: qu'un épisode de la lutte pour la conqu es conscicni-i's .i des esprits dans toute ootre istoire moderne. Comme les révolutionnai] .ouïs XIV entend que son peuple ait sa foi ft lées et n'en ait point d'autres et, comme eux, il Bt persuadé qu'il y va «le l'unité de 1 l tat et de la Duveraineté. Il combat les protestants comme d

les, et Voltaire, si fervent apôtre qu'il soit

i tolérance et quoique blâmant a Révocation au

oint de vue économique, ne peut pas B'empôchi

la rencontre, de l'en excuser : i Il l< irdait,

on sans quelque raison, comme d'anciens

Lirnis a\ ec peine. • Les c it holiqu

ni'.i rssnivs p(M ITIOl I

étaient après tout les enfants de la maison, qui ne voulaient point de partage avec des étrangers introduits par force. » — « Le calvinisme devait nécessairement enfanter des guerres civiles et ébranler les fondements des tftats... 11 n'y a point de pays où la religion de Calvin et celle de Luther ont paru sans exciter des persécutions et des guerres. » Louis XIV7 est excusable. Au moins, il faut le comprendre. 11 défendait « l'unité morale de l'État ». Les révolutionnaires ont fait de même.

Louis XIV a persécuté les jansénistes comme des rebelles. Après tout, c'était une secte. Voltaire : « Le plaisir secret d'être d'un parti, la haine que s'attiraient les jésuites, l'envie de se distinguer et l'inquiétude d'esprit formèrent une secte. » Et une secte qui, après tout, ressemblait furieusement à celle des protestants. Voltaire : « Le sentiment d'Arnauld et des jansénistes semblait trop d'accord avec le pur calvinisme. » Louis XIV défendait « l'unité morale ». Il socialisait les esprits. Les révolutionnaires ont fait de même.

Au fond, eux et leurs successeurs sont exactement de l'avis de Bossuet. Peur Bossuet, « l'hérétique est celui qui a une opinion particulière». Pour les révolutionnaires, l'homme qui a une opinion particulière est un hérétique social qui conspire contre l'unité et l'indivisibilité de l'État.

I M! HISTOIRE DE LA RÉVOLUTtON FRANÇAIS

1 doit être comprimé, réprimé ou supprimé, elon ce que permettent ou persuadent lescircoi anct*-. < l'est là, en dernière analyse, ce que contient e dogme de la souveraineté populaire, et c'est, ta dernier terme, où il tend.

Enfin le dogme de la souveraineté populaire a

■il une demi aséquence qui inté les

aœurs. Il a installé la guerre civile en pern

lence. Je reconnais tout de suite qu'il apu ôtre

nté pour la supprimer. Mais, en la suppri-

t, il l'a installée sous une autre forme. Quand

>nne ne commande, il faut, comme disait

urardin compter ou se battre. •» En barbarie

jii se bat, en civilisation on se compte. Rien de

plusjuste. Seulement se compter continuellement

me façon de se battre. \ oici nue nation. '

en quatre ou cinq parties. ! i loi, dans c'est l'opinion de la majorité, partis n'auront qu'un but ; conquérir la majorité. Il> sont convoqués tous les trois ou quatre ans pour se compter Ils n'auront qu'une préoccupa tiun : luttes d'influences, de pressions, de combinaison, de tous moyens pour arriver à ôtre les plus nombreux. Ils amont surtout la fureur de conquérir le pouvoir, de s'installer au mè-

nent, le gouvernement disposant de moyens iptionnels pour amener les individus à entrer

dans le parti qu'il représente et qu'il préside. C'est la lutte constante, permanente; c'est une véritable guerre civile perpétuelle. Qu'elle conjure la guerre civile sanglante, il est possible, encore que quelquefois elle y conduise ; mais elle en est une, sinon sanglante, du moins très âpre et qui change complètement le caractère d'une nation. Stendhal a très bien vu cela : « Le Français qui aimait tant à parler et à dire ses affaires devient insociable. La peur de perdre sa petite place a porté le bourgeois à rendre plus rares les visites à ses voisins. Il va même moins au café. [Il y va tout autant, mais, chose ridicule et triste, chaque café a son drapeau." La crainte de se compromettre fait que le Français de trente ans devient casanier. Le Français n'est plus ce peuple qui cherchait à rire et à s'amuser de tout... » L'institution de la souveraineté du peuple n'a pas créé les partis; mais elle en a fait des camps ennemis et des armées toujours sur le qui-vive, toujours en alerte, et rongées de haine les unes à l'endroit des autres. Il n'est pas douteux pour l'homme réfléchi qu'à ce jeu, si l'on peut ainsi parler, le patriotisme ne finisse un jour par disparaître.

Telle me paraît être la double évolution de 1 idée d'égalité et de l'idée de souveraineté populaire à travers la Révolution et le xixe siècle. Le livre de

I NE III- l OIRE DE I \ RÉVOLI I ION I RAW US1

.M . Aulard, qui, comme on le pense bien, ne tire de ces considérations des conclusions tout à pareilles aux miennes, aura ce grand mérite d'avoir analysé ces deux idées, en leurs commencements et en leurs premières démarches, avec une netteté, une précision e( une plénitude très remarquables. Nous aurons à nous expliquer sur ses conclusions; mus. avant d'y arriver, je voudrais vous entretenir encore de quelques points très importants, < 1 1 1 o i « j n e seconda lativement à

ceux que nous avons examinés jusqu'ici.

NI

M. Aulanl n'a pas mis en vive lumière,

mais il n'a pas dissimulé non plus, le c re aris-

tocratique de la Révolution française, je veux dire la façon tout aristocratique, dans le .-eus indu mot, dont la Révolutioi ■ faite La Ré lution a été voulue par toul le monde ; mais elle I été exécutée par quelques-uns et d'une mani qui ne répondait nullement aux vœux de la

Dation qui lavai! demandée. D'abord, pendant tout le cours de la Ke\ « > 1 1 1 1 ÎOO, IUS6 de la

manière de voter, qui a ch u ouvent, mais qui n'a jamais et i n irer le

secret du vote, c'est un tout petit nombre de citoyens qui a voté. En moyenne, c'est un cinquième. C'est donc la moitié plus un d'un cinquième de la population française qui a gouverné la France de 1789 à 1800. Pour ne pas forcer les choses, disons, et nous serons dans le vrai, que c'est un huitième, à peu près, de la population française qui, de 1789 à 1800, a gouverné les sept autres huitièmes. Il n'y a guère de gouvernement plus oligarchique.

Mais ce n'est pas tout. Ces députés qui sont nommés par un si petit nombre de citoyens, ces députés oligarchiques, forment une oligarchie dans l'oligarchie. Ils ne s'occupent pas de l'opinion de leurs commettants. Ils s'occupent de la leur. En 1789, la nation, paroisse par paroisse, avait rédigé ses vœux, ses idées, ses volontés. C'étaient les Cahiers. Les Cahiers, à les prendre en moyenne, réclamaient une constitution ferme et claire, des lois fixes et de l'ordre dans les finances. Rien de plus. Les constituants auraient dû voir dans les Cahiers des mandats moralement impératifs. Ils y virent un fatras négligeable et le négligèrent absolument. M. Aulard cite à ce propos l'opinion du constituant Eaulcon. Elle est précieuse ; elle a toute la désinvolture de l'ancien régime : « En vérité, aujourd'hui que depuis deux ans l'horizon

I NE BISTOIRE DE F. A REVOLl I IOW FRANi

de nos lumières s'est si prodigieusement agrandi, comment peut-on avoir encore l'impudeur de soutenir que nous devions p. bases d'une

constitution libre sur des principes qui avaient été posés sous la verge et dans la peur du despotisme? Étaient-ce donc des hommes courbés partout sous le joug de toutes les oppressions qui pouvaient s'énoncer avec une entière franchise?... » Nous voyons encore le journaliste Le Hodey nous dire : i L'Assemblée regarde les Cahiers comme un conte de fées, et rarement Ton peut s'empêcher de rire quand un député veut en argumenter. » De fait, quand ils l<i font, il- s'en

isent. Le marquis de Foucauld-Lardimalie dit en souriant : « Je suis forcé «le vous citer mon malheureux cahier

Très vite. M. Aulard le fait remarquer, ce ne furent plus qu ctionnaires qui alléguaienl

Cahiers et qui les objectaient aux révolutionnaires, i .if le crois assez ; mais cela veut dire que le- constituants dépassaient leur mandai *-t a r tout ce qu'on ne leur- avait aucunement commandé de faire. Il- Be considéraient, non

comme chargés d< r eu lois la peu

générale de leurs commettants, mais comme char-

de penser pour la i rance et de la manier Belon leurs pensées propre t éminemment aristo-

cratique, et, sous prétexte de remplacer la souveraineté royale par la souveraineté populaire, on remplaçait souveraineté royale et souveraineté nationale par la souveraineté parlementaire. On a continué depuis ; et c'est la raison pourquoi il ne faut pas trop s'étonner qu'il y ait quelquefois un abîme entre l'opinion publique et le Parlement, abîme où il arrive que les gouvernements s'effondrent.

Très parlementaire, faute de pire, et croyant que l'expédient parlementaire donne, après tout, des garanties qu'on ne trouverait pas ailleurs, j'ai souvent pensé que le Parlement est un peu le « miroir trompeur » dont parle l'Auguste de Cinna. Il déforme l'opinion publique en se flattant, ou plutôt en se targuant, de la reproduire. Il en donne une image fausse. Le meilleur gouvernement serait un gouvernement despotique qui s'inspirerait directement de l'opinion publique, en l'écoutant avec le plus grand soin dans les rapports de police, dans les rapports de préfets, dans les rapports de maires et dans la presse laissée absolument libre. — Mais jamais un gouvernement despotique ne laissera la presse libre et ne s'inspirera de l'opinion publique. — Eh ! je le sais bien.

La Révolution s'est faite aristocratiquement

UNS HISTOIRE DE LA RÉVOLI riOH FRANÇAISE 345

encore, oligarchiquement, parce qu'il n'y avait pas de chemins de fer ni de télégraphe électrique, et que, par conséquent, elle s'est faite par Pan.-. A. partir du moment où l'Assemblée constituante a été installée à Paris, la Révolution fran été

une révolution parisienne. L'événement politique accompli à Paris, révolution, proscription, coup d'État, arrivait trop tard à la connaissance de la province pour qu'il y eût réaction de L'opinion provinciale sur l'opinion parisienne. Il était fait acquis. Il était inscrit dans l'histoire. La Révolution française a donc été menée par Paris depuis I.' (» octobre 1789 jusqu'au (.» novembre 1799. La icc a été gouvernée par- Paris, le plus souvent contre son iiiinic en tén ent les insur-

rections et aussi tes missions des proconsuls, pendaui ces dix années, il n'y arien au monde de plus parfaitement aristocratique. C est ce «pu explique fort bien le succès du 18 Brumaire. D'une part, Bonaparte apportait à la France précisément ce qu'elle avait demandé dans ihiersde 1789, si

méprisés, mais qui étaient, cependant, l'expi sion de sa volonté ; d'autre part, il mettait Un a un régime insolemment et violemment aristocratique, qui esl justement ce que la France aune le moins et à quoi elle préfère le despotisme lui-même. C'est connue aristocratiques que

."! '«<» DISCUSSIONS P0LITIQU1 S

gouvernements de L81S et de 1830 sont tombés.

Il ne tant donc pas se dissimuler que ce grand mouvement historique de 1789 à 1709 a en partie un caractère factice ; il est violent ; mais il n'est pas profond. Il pèse sur la niasse de la nation ; il ne l'entame pas ; au moins il ne la pénètre pas. Elle n'est pas sensiblement différente en 1799 de ce qu'elle était en 1788. C'est plus tard, de 1820 à 1830, puis de 1840 à 1848, puis de 1880 à 1900, que les idées maîtresses de la Révolution française ont pénétré dans le fond de la nation ety ont développé, sinon encore toutes leurs conséquences, du moins une partie considérable de leurs effets.

Je ne voudrais pas qu'on crût que M. Aulard n'est exclusivement que l'historien philosophe que j'ai indiqué qu'il est. Nous avons en lui aussi un très bon historien des partis ; et c'est ainsi que son histoire redevient vivante au moment même qu'on pourrait appréhender qu'elle ne fût trop abstraite. Peu de tableaux historiques sont aussi bons que les pages qu'il consacre aux Girondins et aux Montagnards et à leur conllit. Ici M. Aulard, qui ailleurs disloque « le bloc », le rétablit. Il montre lumineusement qu'il n'y a pas eu une idée montagnarde et une idée girondine ; et qu'il n'y a eu ni une pensée, ni un sentiment, ni un état d'esprit de la Montagne qui n'ait été de la Gironde.

UNE HISTOIRE DE LA RÉVOL1 HOH FRAN< USE -

Républicains, les Girondins l'ont été autant que Montagnards ; et les accusations de royalisme lancées par les Montagnards contre les (iirondins sont aussi vaines que les accusations de royalisme lancées par les (iirondins contre les Montagnards. Démocrates, les Girondins — voir la Constitution de Condorcet — l'ont été autant que les Montagnards. Violents et sanguinaires, les (iirondins ne Pont nullement été moins que les Montagnards. C'est Isnard qui a prononcé les paroles terroristes les plus implacables el qu'aurait pu signer Marat; ! Buzot qui lit voter la peine de mort contre royalistes ; c'est Barbaroui qui le premier es quissa la loi des suspects. Ces! Condorcet, c'est Boyer-Fonfrède qui demandent l'abolition de la peine de mort, exceptéen matière politique. C Pétion qui le premier déclara formellement que partis vaincus devaient périr. Ce sont les Girondins qui les premiers brisèrenl - le talisman de l'inviolabilité » en envoyant Marat au tribunal ilutionnaire < Se sont les ( Grondins, tout autant «pie le- Montagnards, qui, au lendemain de l'évéoemenl . onl excusé et justiûé les mai de

Septembre. Il n'y a eu, entre Montagnards et Girondins, que lutte pour le pouvoir, non lutte pour la défense d'idées différenl En un -cul point, qui u'eal ni de l'ordre d

348 DISCLSSiONS POLITIQUES

idées, ni môme de Tordre des sentiments, ils diffèrent. Les Montagnards s'appuient sur Paris et le flattent. Les Girondins ont de l'aversion pour Paris et ne le cachent point assez. Le secret est là de la victoire des uns sur les autres. Étant donnés les temps et circonstances, pour un œil perspicace, elle était indiquée. Telle est l'opinion de M. \ulard, et c'est tout à fait la mienne. Les Girondins sont des « Versaillais ». Il n'y a pas autre chose.

Tout au plus ajouterai-je, et même avec une certaine hésitation, qu'il me semble que les Girondins ont été plus hommes de principes et les Montagnards plus hommes de circonstances et avisés à les flairer et à y conformer leurs démarches. Ils sont essentiellement « opportunistes », dans le sens précis du mot. Ils sont empiriques. Pour Danton, la chose est certaine ; M. Aulard lui applique lui-même quelque part la dénomination d'opportuniste ; mais elle ne l'est pas moins pour Carnot, pour Gambon, pour Barrère. Ilobespierre, tantôt demi-socialiste, tantôt antiagrarien, précisément selon qu'il s'agit de lutter, d'une façon ou d'une autre, de popularité avec la Gironde, est un opportuniste très délié. Je ne vois que Saint-Just qui fût un systématique intransigeant. Mais Saint- Just ne fut jamais qu'un lieutenant. Les Girondins furent plus rigides et plus cassants. C'étaient des

i m: histoire ni: LA révolution française

hommes à théories, des hommes à prograin lucoup plus que les Montagnards. Thiers a dit, ; spirituellement: « Les hommes à principes son! dispensés de réussir. » I! faut convenir que ceux-ci ne réussirenl p

J'aimerais à suivre M. Au lard jusqu'en ses portraits d'hommes, qui souvenl sonl remarquables, d'une netteté de dessin dont, ce qui me plail singulièrement,le pittoresque est diligemment banni. Car, encore nue luis, tout historien philosophe qu'il est et qu'il veut être, M. Aulard attache toute l'importance qu'il faut aux personnages et sait qu'il n'est pas douteux < j u<', s ils dépendent événements, li nements aussi, en une certaine

mesure, dépendent d'eux. Scribe a fait du tort à Voltaire et Vol tain a fait du tort a Pascal danscette question des petites causes produisant de grands effets. Mais, à l'inverse, on devra il réfléchir à c que Scribe esl couvert de l'autorité «le Voltaire et Voltaire de l'autorité de Pascal, et qu'à eux tr

>nt trois grands esprits, en totalisanl rts,

Il est bien certain que le calcul de Cromwell i I ne/, de Cléopâtre auront toujours leur influence sur lesaccidents, au moins, de l'histoire humaine. Et M. Aulard, qui le sait, tient compte, par exemple, de M Roland, qui pourrait bien être responsable du ••! mai, el pour cette seule rais m, ou

pour cette raison principale, qu'elle trouvait Danton très laid. On est toujours femme quand on est née comme cela ; et, M. Aulard le dit sans ambages, « c'est par leur figure qu'elle jugeait les gens. » On lui présente Vachard : « Je gémis, écrit-elle, du prix qu'il fallait attacher au patriotisme d'un individu qui avait toute l'encolure de ce qu'on appelle une mauvaise tête... » Passe pour Vachard ; mais on lui présente Danton : « Je regardais cette figure repoussante et atroce ; et quoique je me disse bien qu'il ne fallait juger personne sur parole, que l'homme le plus honnête devait avoir deux réputations dans un temps de parti, je ne pouvais appliquer l'idée d'un homme de bien sur ce visage. » Le nez de Danton, s'il eût été mieux fait, la face du monde eût été changée. — On me dira que non ; que, simplement, le 34 mai eût été fait par lesGirondins-Dantonistes contre les Montagnards, que la Terreur eût été girondine, que Thermidor eût été fait contre Danton et Vergniaud et que le compte y eût été. Il est possible.

Mais, de lexcellent chapitre de M. Aulard, il faudra toujours retenir ceci : que Girondins et Montagnards ont les mêmes idées, les mêmes sentiments et se valent ; que ce qui distingue les Girondins, c'est qu'ils n'aiment point Paris, et peutêtre qu'ils sont plus systématiques et à coup sûr

Page 1