‹ Dissertatio chirurgica ... [Examen des diverses méthodes opératoires pour la cure radicale de la hernie inguinale réductible]Chapitre 3 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

DES PROCÉDÉS DANS LESQUELS ON CHERCHE A PROVOQUER L’INFLAMMATION ADHÉSIVE DES PAROIS DU SAC HERNLVIRE , AU MOYEN DE LA SUTURE, DE L’ACUPUNCTURE ET DE LA SCARIFICATION.

Les premières observations publiéessur l’emploi de ces procédés auraient pu faire croire que les sutures avaient été injustement abandonnées; malheurement des expériences répé-

tées leur ont été peu favorables , et les chirurgiens qui se sont efforcés de le tirer de l’oubli , avouent eux-mêmes, avec bonne foi , que les tentatives auxquelles ils se sont livrés sont loin d’avoir été constamment satisfaisantes. Cependant comme il se pourrait qu’on pût dans certains cas en tirer quelque utilité, nous décrirons ces procédés et nous ferons connaître un procédé ancien qui se rapproche beaucoup des nouveaux. Il se trouve inséré à la page cm de l’introduction des OEuvres d’Ambroise Paré, par M.Malgaigne, et sa descriptiona été conservée par Alexandre Benedetti, médecin à Venise en 1539, lequel en rend compte sous ce titre :

Nouveau genre de traitement pour les entérocèles cl les épiplocèles , publié par nous pour la première fois.

« 11 y a une autre sorte de traitement sans opération; et si du moins il semble requérir l’emploi de la main , le tout se borne à une simple ponction. Le corps doit d’abord être allégé par la saignée et la purgation , ou au besoin par la diète. Il est essentiel de boire' de l’eau pendant trois jours, ou de s’abstenir la veille de toute nourriture. Cependant on se munit d’une forte aiguille enfilée d’un fil de soie écrue très-fort de la longueur d’un pied , et d’une petite plaque d’ivoire ou de corne de cette figure 2, d’un pouce de largeur; il faut en outre préparer des cataplasmes et des onguents. Le matin on met le malade en supination, les intestins réduits, on commence par raser le lieu; on tend le scrotum, et en même temps la peau de l’aine; alors le médecin contenant étroitement de la main gauche la tunique dont on a repoussé l’intestin afin d’empêcher celui-ci de descendre, de la main droite cherche la veine séminale près du testicule. Il faut saisir ensemble toute la peau et toute la tunique ( le sac lier-

niaire ) en laissant cette veine en arrière ; enfoncer hardiment au-devant d’elle l’aiguille trempée dans l’huile, et la retirer en laissant le fil dans le trajet. Un aide saisit ce fil, applique la plaque d’ivoire sur la peau nue entre les deux extrémités du fil , et serre celui-ci par dessus la plaque à l’aide d’un nœud solide, sans autre lésion du scrotum, et les deux testicules demeurent en dehors du nœud. Alors, une fois ou deux par jour, on tord la plaque retenue dans l’anse du fil; celuici étreignant peu à peu plus étroitement la peau et la tunique, les ronge, agrandit le trou du côté du testicule, non sans suppuration; et l’ouverture supérieure étant également agrandie et resserrée par l’emploi du médicament , jusqu’à ce que les deux plaies finissent par n’en former plus qu’une ; en effet , le fil serré de plus en plus arrive , vers le dixième ou le quinzième jour , à diviser complètement toutes les parties qu’il avait embrassées ; alors il faut chercher à obtenir la cicatrice et à la consolider , et prendre garde plus que jamais que la partie récemment forcée ne se relâche, et que l’intestin ne s’y précipite.

De cette manière, nous ne craignons ni l’hémorragie ni aucune inflammation. Mais aussitôt après la ponction, nous appliquons en guise de cataplasme vinum cum rosaceo ; puis après lenticulam cum mette vel vino mixto in quo malicorium incoctum sit; enfin, l’inflammation apaisée, la farine de froment mêlée à la térébenthine; nous détergeons la plaie peu à peu, et à l’aide du cérat nous la conduisons à cicatrisation. Le régime doit être le même que pour les plaies ordinaires. Ainsi toute la partie comprise dans l’anse du fil est coupée , et ensuite guérie ; et la cicatrice qui s’ensuit jermant, selon notre intention, le trou du péritoine, ferme l’issue à l’intestin ou à Fomentum qui voudrait descendre. »

« J’ai vu plusieurs malades guéris de cette manière par un

espagnol , qui promettait à la fois un traitement peu pénible, puisqu’il ne s’agissait que d’une simple ponction , et en meme temps une cure solide, et qui attirait à lui beaucoup de monde, tout en se faisant payer fort cher. »

Quoique très-ancien, ce procédé opératoire est d’une grande simplicité et ressemble beaucoup à celui de M. Bonnet, de Lyon, que nous allons décrire; mais il a comme lui l’inconvénient de ne pas agir sur le collet du sac herniaire, et je ne pense pas que ni l’un ni l’autre puisse procurer une cure véritablement radicale. Cependant il pourrait être employé avec succès comme moyen palliatif dans les hernies volumineuses et difficiles à maintenir.

A. — Procédé de M. Bonnet, de Lyon. — Il consiste à enfoncer des épingles, près de l’anneau, à travers les enveloppes herniaires, à les disposer de manière à ce qu’elles maintiennent en contact les parois du sac, à les laisser en place jusqu’à ce que l’inflammation adhésive se soit développée, et qu’un épanchement de lymphe plastique se soit opéré pour unir entre elles , au moyen de pseudo-membranes, les parois du sac herniaire et en oblitérer ainsi la cavité.

Voici d’ailleurs la description de son procédé auquel il a fait subir plus tard quelques modifications :

Quatre épingles ordinaires, longues d’un pouce et demi ; un nombre double de morceaux de liège, ayant la forme et le volume de l’extrémité du petit doigt; une pince à chapelet et une tenaille, constituent tout l’appareil.

Avant de se servir des épingles , il fait traverser à chacune d’elles le milieu de l’un des morceaux de liège , la convexité tournée vers la pointe ; et il pousse le liège jusqu’à la tête de l’épingle pour en augmenter le volume. La hernie réduite , il saisit la racine des bourses aussi près que possible de l’anneau et place le cordon sur son côté externe , dans un cercle

formé par le pouce et l’indicateur gauches. Les extrémités des doigts fortement rapprochées, il plonge une épingle au devant de leurs ongles , en arrière des enveloppes de la hernie et près du ligament suspenseur de la verge ; et, l’enfonçant jusqu’à ce que la tête appuie sur la peau et que la pointe fasse saillie en avant, il passe en outre celle-ci dans un morceau de liège qu’il pousse assez avant pour que les parties situées entre ce morceau de liège et la tête de l’épingle soient légèrement comprimées. Il termine en fixant celle-ci par la disposition circulaire donnée à sa pointe avec une pince à chapelet. La première épingle ainsi placée , il porte le cordon entre les extrémités du pouce et du doigt indicateur gauches rapprochés autant que possible l’un de l’autre. Il plonge, en suivant l’extrémité de ce doigt, une deuxième épingle parallèlement à la première, située de six à sept lignes plus en dehors, et fixée ensuite avec les memes précautions.

Dans les hernies peu volumineuses et peu anciennes , le cordon tout entier se trouve placé entre la première et la deuxième épingle , mais dans les cas où la pression longtemps prolongée des viscères herniés en a isolé les diverses parties, quelques-uns des nerfs et des vaisseaux qui le composent ne sont point compris dans l’intervalle des deux épingles. Il les place alors entre la deuxième et la troisième qui , dans tous les cas, lui paraît nécessaire, et qu’il fiche de six à sept lignes en dehors de celle qui la précédait. Dans les opérations dont il parle, une seule fois il se contenta de trois épingles; deux autres fois il en mit quatre. Les choses ainsi disposées, la peau de la racine des bourses fortement pressée en haut et en bas par les boules de liège , fait une saillie à convexité antérieure, dirigée parallèlement au pli de l’aine, c’est-à-dire obliquement en haut et en dehors. Il ne fait aucun pansement et se contente de placer de la charpie derrière les bourses ,

afin de les tenir un peu relevées. Du sixième au douzième jour, il retire les épingles, attendant pour le faire que l’inflammation soit assez vive et que les têtes postérieures aient commencé à ulcérer la peau; il faut préalablement couper une de leurs extrémités avec des tenailles incisives. Tous les corps étrangers enlevés, il panse avec des cataplasmes d’abord, avec des compresses trempées dans du vin aromatique un peu plus tard. Le pli formé par la pression des têtes d’épingles ne tarde pas à s’effacer, et aussitôt que la sensibilité des parties peut le lui permettre, il fait porter un bandage compressif.

M. Bonnet, ayant reconnu l’insuffisance de ce premier procédé et la nécessité de lui faire subir quelques modifications,

conseille :

4° De commencer par l’épingle qui doit traverser la partie moyenne du sac, et de placer ensuite les autres en dehors et en dedans, en ayant soin de maintenir étendues les parties que l’on veut traverser.

2° De placer ces épingles sur deux rangées, quatre à cinq à la première, aussi près que possible de l’anneau; trois à quatre à la seconde, immédiatement au-dessous.

3° D’attacher un fil à chaque morceau de liège, afin de le retirer aisément s’il se perd dans les chairs enflammées.

Dans les hernies très-grosses, M. Bonnet a remarqué que le sac offre des phénomènes semblables à ceux qui suivent l’injection du vin dans la tunique vaginale; il se tuméfie par un liquide accumulé en assez grande quantité pour le distendre presque autant que les viscères herniés. Il survient quelques phénomènes fébriles et la sérosité finit par être graduellement absorbée; le sac revient peu à peu à un petit volume, se convertit en un noyau dur comme celui qui résulterait de sa rétraction et de l’adhérence de ses parois par une fausse membrane organisable.

Les résultats des opérations pratiquées par l’auteur de ce procédé sont quatre cas de guérison obtenus sur des adultes et un enfant, et cinq cas d’insuccès dont quatre ont trait à des adultes et le cinquième à un vieillard ; dans ces derniers se trouvent deux morts à la suite de cette opération.

Le premier décès est relatif à un homme de 55 ans, portant une hernie inguinale gauche , descendant deux pouces audessous de l’anneau ; le canal inguinal avait conservé son obliquité. On était arrivé au 22e jour de l’opération, tout marchait à volonté, le malade avait repris de l’appétit et n’éprouvait aucun symptôme inquiétant, lorsque tout à coup il ressent un frisson, qui, après s’ètre prolongé pendant deux heures, est suivi d’une fièvre violente et de sueurs copieuses. Le ventre n’est point douloureux, le sac ne présente aucune trace d’inflammation, il n’y a aucune matité dans l’abdomen.

Le lendemain, le frisson et la fièvre se reproduisent, le hoquet vient s’y joindre, ainsi que la difficulté d’uriner; la langue est sèche, la face contractée, légèrement jaunâtre; toutefois point de symptômes locaux de péritonite. Le troisième jour, nouvel accès de fièvre. Le quatrième, des vomissements verts viennent se joindre aux hoquets; la respiration ne se fait que par la poitrine. Dans l’inspiration le ventre reste immobile. Le 6e jour une douleur atroce se fait sentir dans le genou gauche; le malade se plaint aussi de souffrir dans la région du foie. Le 8°, le genou est rempli de liquide , le coma commence, le ventre se ballonne ; et le 9e jour le malade meurt après une agonie qui s’est prolongée pendant plus de deux heures.

A l’autopsie, on examina le péritoine et l’on ne reconnut point de rougeur, point d’épanchement, point de fausses membranes, pas la plus légère trace d’inflammation, ni à sa surface ni dans son tissu cellulaire. Mais en examinant les muscles psoas et iliaque du côté gauche, on les trouva intacts à leur

superficie, mais soulevés par une collection purulente accumulée entre eux , la colonne vertébrale et les deux tiers supérieurs de la fosse iliaque. Dans la partie correspondante à cet abcès, leur face profonde était infiltrée d’un pus blanc crémeux; il s’en trouvait aussi un peu dans la gaine synoviale de leur tendon commun, et dans l’articulation ilio-fémorale dont les ligaments étaient ramollis sans être injectés de sang. Le genou du même côté était distendu par du pus dont un verre au moins était contenu dans l’articulation. La synoviale n’était pas plus rouge que celle de l’articulation de la hanche, ses cartilages n’étaient pas non plus ramollis. La rate présentait un grand nombre d’infiltrations sanguines semblables à des ecchymosesqui occupaient surtoutla superficie de l’organe. À la partie supérieure du foie étaient deux abcès, dont le plus grand, du volume d’une grosse noix, était en contact avec la portion diaphragmatique du péritoine "qui en formait la paroi supérieure et était enflammé dans l’étendue d’une pièce de trente sous. Autour de ces abcès, le tissu du foie était comme ecchymosé, quelques-unes de ces ecchymoses contenaient à leur centre un peu de pus infiltré. On remarquait dans l’estomac quelques rougeurs ponctuées avec ramollissement de la muqueuse. Du reste, on ne trouva aucune trace de lésion dans le reste du tube digestif, dans les reins, la vessie et l’urèthre. II en fut de même des testicules, des conduits déférents et des vésicules séminales. On chercha vainement des traces de phlébite dans les veines de la cuisse et du jarret gauche, c’est-à-dire du côté où se trouvaient l’abcès et la hernie, dans celles du bassin, dans la veine cave inférieure. Tout le tissu cellulaire péritonéal était sain. Les poumons et le cœur n’offraient aucune apparence de lésion; le sang y avait seulement plus de fluidité et une teinte plus foncée que d’ordinaire.

Les changements qu’avait déterminés le séjour des épingles

dans le sac herniaire étaient les suivants : la peau portait en avant et surtout en arrière des bourses , la trace des cicatrices encore rouges qui avaient succédé aux ulcérations produites par la pression des tètes d’épingles au-devant de l’anneau; dans l’étendue d’un pouce au-dessus et au-dessous de ces cicatrices et tout autour de l’enveloppe fibreuse de la hernie, le tissu cellulaire était rouge, infiltré d’un peu de sérosité et de lymphe coagulable, plus dense et fortifié par du tissu fibreux de nouvelle formation; en arrière, ce tissu fibreux faisait adhérer intimement la peau et la membrane fibreuse de la hernie; en avant, bien que son adhérence fut intime, il formait une véritable aponévrose tendue au-devant de l’anneau. On reconnaissait facilement le trajet des épingles à des bandes de deux lignes de diamètre dirigées de haut en bas. La membrane fibreuse qui enveloppe les viscères herniés et qui se continue avec l’aponévrose du grand oblique, n’avait, pas éprouvé de changement; quatre des cinq épingles dont il était aisé de reconnaître le passage, avaient passé en dehors de sa cavité. Dans le lieu occupé par celle qui l’avait traversée, se trouvait un cordon fibreux qui la faisait adhérer au sac herniaire; ce cordon fibreux était du reste le seul changement que l’on pût remarquer dans le tissu cellulaire qui sépare la couche fibreuse de la hernie de son enveloppe péritonéale. En examinant cette enveloppe du côté de l’abdomen à l’endroit où elle pénétrait dans le canal inguinal, elle était lisse ù sa surface interne, plissée, et elle se rétrécissait en forme d’entonnoir à mesure qu’elle approchait de l’ouverture externe du canal. Au-devant de celui-ci , on trouvait, en incisant le sac, une colonne fibreuse de la grosseur d’un tuyau de plume, longue de deux lignes, qui unissait les faces antérieure et postérieure du sac herniaire, et le partageait en deux parties, l’une externe qui donnait passage au petit doigt, et l’autre

interne dans laquelle on pouvait à peine introduire un stylet. Au-dessus de cette bride, le sac était légèrement plissé; mais les deux laces de ces plis n’étaient adhérentes par un peu de lymphe coagulable que dans un seul point; le cordon des vaisseaux spermatiques était parfaitement intact et situé vers le côté interne de l’anneau.

M. Bonnet rapporte l’alFection à laquelle ce malade a succombé aux douleurs des lombes qui le faisaient souffrir depuis deux ans et qui le déterminèrent à se faire opérer de la hernie, ce dont il est permis de douter; en effet, lorsqu’on lit avec attention la succession des symptômes qui se sont montrés à la suite de cette opération, lorsqu’on examine avec soin les altérations qu’a présentées l’autopsie cadavérique, on ne peut se refuser à y reconnaître tous les caractères qui appartiennent à la phlébite ou à la fièvre purulente, et quoiqu’on n’ait reconnu aucune lésion dans les veines, l’abcès trouvé à la face supérieure du foie, le pus qui siégeait dans les articulations ilio-fémorale et fémoro-tibiale, l’altération du sang etc. sont des caractères anatomico-pathologiques qui appartiennent à la phlébite, maladie que l’opération aura déterminée et qui aura été la cause de la mort de ce malade.

On ne lira pas sans intérêt, dans cette observation, le travail pathologique local qui , à la suite' de l’opération , s’est fait dans le sac herniaire et ses enveloppes, et l’on se convaincra que jamais pareil obstacle n’eût empêché ultérieurement la reproduction de la hernie.

M. Bonnet, en terminant son travail, établit que sa méthode pour la cure radicale des hernies ne doit pas être tentée chez les vieillards; qu’elle n’offre chez les adultes aucune chance de succès durable si la hernie est trop volumineuse , mais que, chez eux , les hernies peu volumineuses sortant par un canal encore oblique, peuvent être opérées avec beaucoup

de succès; que chez les enfants, on peut réussir quels que soient le volume de la hernie et la dilatation de l’anneau : Enfin, il conclut, qu’il est prudent de s’abstenir de toute tentative opératoire dans les cas où un bandage peut contenir la hernie, et il assure que, parmi les maltides sur lesquels la cure radicale des hernies a été essayée, il n’en est aucun, à sa connaissance, même parmi ceux dont le traitement a été suivi de plus de succès, qui ait quitté complètement son bandage , et soit revenu à la condition des hommes qui n’ont jamais eu de hernies.

B. Procédé de M. Mayor, de Lausane, ( par suture enchevillée) . Dans ce procédé, comme dans le précédent, l’auteur cherche à déterminer l’inflammation du sac herniaire pour en obtenir l’oblitération, mais, au lieu de se servir d’épingles comme le faisait M. Bonnet, il emploie des fils en forme de séton à l’aide desquels il pratique la suture enchevillée.

M. Mayor divise son opération en trois temps :

Premier temps. — Formation du pli cutané. — On commence par réduire très-exactement la hernie, et l’on passe un doigt dans l’anneau aponévro tique pour s’assurer que la réduction est complète et reconnaître la largeur de la même ouverture. Plus l’anneau est large, plus le pli cutané doit être long, large, et étendu. On trace avec une plume à écrire une ligne sur le milieu de l’anneau béant; ce trait à l’encre sera ou légèrement oblique de haut en bas ou parallèle à la ligne médiane, suivant qu’il s’agit d’une hernie crurale oubien inguinale, ombilicale ou ventrale. La longueur de ce trait sera d’abord en rapport avec le diamètre connu ou présumé de l’anneau ; mais il dépassera de trois à cinq lignes le bord supérieur de cette ouverture, et de trois à quinze lignes le bord inférieur de celle-ci, suivant qu’il s’agit d’une hernie petite ou volumineuse. Vous saisirez alors avec vos deux mains une certaine quan-

tité de peau à droite et à gauche du tracé à l’encre, vous en formerez un pli au-dessus duquel se trouve toujours ce même trait et qui servira de boussole pour le reste de l’opération. Ce pli devra comprendre toute la surabondance des téguments et s’élever assez pour tpi’il y ait tension évidente de la peau de chaque côté des doigts. Il vaut mieux, en général, tendre celle-ci trop que trop peu , car il n’y a rien à craindre dans ce degré de traction, et l’on pourrait, au contraire, avoir à regretter une certaine laxité des téguments, si l’on avait soimême agi avec trop de lâcheté dans cette partie de l’opération.

Deuxième temps. — • Passage des points de suture.

On prend autant de fils doubles cirés qu’il y a de points à faire ( de trois à sept, selon le volume de la hernie) ; on attache un morceau d’éponge ou bien de bougie, ou un petit rouleau d’ouate à l’extrémité de chacun d’eux, qui doit faire l’olfice de nœud; on confie ces fils armés d’aiguilles à un aide intelligent qui doit les passer toul-à-l’heure à la base du pli ci-dessus indiqué. Le chirurgien retient soigneusement avec ses doigts le pli tégumcntaire, et s’oppose à l’issue de tout viscère par l’anneau. Cette précaution est surtout importantechez les petits enfants qui crient pendant l’opération. L’aide implante les premiers points vis-à-vis l’anneau et en deçà des ongles du chirurgien, afin d’être sûr que ni le péritoine ni les viscères ne sont blessés par l’aiguille. Aussitôt l’aiguille passée, on coupe le fil très-près d’elle, on le retire jusqu’au nœud d’éponge, on écarte les deux brins qu’on serre ensuite sur un second morceau d’éponge, ou sur un rouleau soit de coton, soit de laine cardée. On obtient par là une sorte de suture enchevillée, dont les rouleaux compriment exactement les deux côtés du pli relevé. On applique successivement de la même manière les autres points dans toute l’étendue de la base du pli. L’intervalle entre un point et un autre sera de quelques

lignes. C’est surtout inférieurement à l’anneau qu’il faut multiplier les points, car c’est par là que la hernie a de la tendance à s’échapper. Le but de ces points est de provoquer un travail de phlogose adhésive autour et dans l’intérieur de l’anneau.

Troisième temps. — Pansement.

Dans les cas légers aucun autre pansement particulier n’est nécessaire. On laisse les points huit jours et meme davantage jusqu’à ce que le gonflement consécutif paraisse suffisant pour atteindre le but indiqué. Dans le reste, on se contente pour tout pansement d’exercer une légère compression sur la région à l’aide d’un brayer. Pour cela, on garnit de coton cardé les deux rangées de nœuds; on couche le pli ou la saillie des téguments sur le côté interne de l’anneau, on applique encore du coton, puis une compresse, et enfin un brayer. Je ne retouche à l’appareil, dit l’auteur, que lorsque le malade s’en plaint, et je me conduis alors suivant les circonstances, et d’après les règles ordinaires de la chirurgie; toutefois je ne me presse point de couper et d’extraire les fils. On continue l’emploi du bandage de précaution pendant quelque temps.

La brochure de M. Mayor, dont l’article précédent est extrait , cite onze observations remarquables de guérison par son nouveau procédé, mais dans le numéro de la Gazette médicale du lr Juillet 4857, on trouve une lettre de M. Mayor, dans laquelle il confesse franchement qu’il s’était trop pressé de conclure, et avoue, après quelques cas heureux, de nombreux insuccès, là meme où il avait compté sur une guérison certaine.

Comme on le voit, le procédé de M. Mayor est plus simple que celui de M. Bonnet et expose moins à des accidents consécutifs; mais, son action se bornant à l’anneau externe, il a, comme lui , l’inconvénient d’éxposer à de nombreuses réci-

dives. Toutefois, nous croyons que ce procédé pourrait être employé avec quelque avantage connue moyen palliatif dans les hernies volumineuses et difficiles à maintenir. On obtiendrait par cette opération l’oblitération d’une partie du sac herniaire, peut-être aussi unresserrementdel’anneau inguinal, et par là une diminution dans le volume de la hernie ; ce qui la rendrait plus facile à maintenir au moyen du bandage.

C. Procédé de M. Malgaigne [par acupuncture). Ce chirurgien a eu en vue de déterminer une légère inflammation du canal, en plongeant de petites aiguilles à acupuncture le long de son trajet, à un niveau assez élevé pour éviter le cordon testiculaire. Dès que les premiers symptômes d’inflammation paraissent , on retire les aiguilles , on applique un bandage qui entretient suffisamment l’irritation produite pour amener l’adhésion définitive.

Cet auteur recommande de n’employer cette opération qu’avec une extrême réserve, et il la propose seulement pour quelques cas exceptionnels. Ainsi, quand le canal a diminué d’un tiers de sa longueur, quand il a été énormément dilaté par la hernie, et enfin quand , sans être beaucoup dilaté, scs parois ont faibli tellement que, lors même qu’on place le pouce sur l’anneau interne, la toux fait bomber le canal d’une manière sensible.

Nous croyons ce procédé fort innocent , et, s’il faut en croire M. Ducros (4) , il l’aurait vu employer sans qu’il se fut déclaré la moindre inflammation au-dessus des aiguilles.

D. Procédé de M. Velpeau ( Scarifications ). On fait remonter à J. II. Frcytag l’idée de l’emploi des scarifications dans la cure radicale des hernies. Il les regardait comme plus avantageuses que le point doré, surtout dans la hernie bubonocèle et dans les cas d’étranglement. Heister, sans citer d’au-

(1) Thèse 1840.

leurs, dit que plusieurs chirurgiens, pour ne pas perdre le testicule, scarifiaient les anneaux et la peau et en ont obtenu de nombreuses guérisons, lorsqu’ils faisaient suivre l’opération de l’usage d’un bon brayer. M. Velpeau vient de faire revivre ce procédé et le modifia en y ajoutant la méthode des incisions souscutanées.

L’opération, telle que la décrit l’auteur, se compose de trois éléments : 1° d’une incision souscutanée; 2° de scarifications de l’intérieur du sac et surtout de l’ouverture interne de ce sac; et, 5° d’une compression sur toute la longueur du canal inguinal , au moyen du bandage herniaire de M. Fournier, de Lempdes.

Pour pratiquer cette opération ce chirurgien s’y prend de la manière suivante :

La hernie étant réduite , il introduit le doigt indicateur dans l’anneau du grand oblique à quelques lignes de profondeur et en poussant les téguments devant lui ; une sorte de lame glissée sur l’ongle de ce doigt a été enfoncée obliquement en arrière et en dehors par l’opérateur jusque dans la fosse iliaque; retirant alors son doigt de l’anneau inguinal, il ramène le tranchant de l’instrument contre les parois iliaques de l’abdomen, qu’il soutient de l’autre main, et de manière à les scarifier sur une foule de points en dehors, en avant et un peu en dedans, mais en ayant soin de se tenir à une certaine distance des vaisseaux épigastriques. L’instrument est alors retiré par la plaie d’entrée et l’opération est terminée. Le malade sur lequel M. Velpeau mit ce procédé en pratique pour la première fois, n’a perdu que quelques gouttes de sang; il a été reporté au lit, aucun accident n’est survenu et la petite plaie de la peau était cicatrisée le lendemain. Le bandage Fournier a été appliqué le troisième jour et, depuis ce temps là, l’individu n’a pas cessé de marcher et d’agir comme s’il n’avait jamais été malade.

Encouragé par ce résultat, le malade qui portait une seconde hernie , mais qui n’avait pas voulu en être opéré d’abord, a demandé de lui-même une opération semblable à la première. Au bout de dix. jours elle a été pratiquée comme la première fois et le résultat en a été tout aussi simple; de sorte que ce jeune homme se porte parfaitement bien, et qu’il est resté comme cuisinier à l’hôpital , pour mettre les chirurgiens à même de voir ce qui lui adviendra (1).

Ce que M. Velpeau ajoute à cette occasion se réduit à ceci: En agissant de la sorte, on doit irriter l’intérieur du sac dans le canal inguinal, amener là un épanchement de lymphe plastique ou de fibrine, de manière que la compression exercée par le bandage aura grande chance de fermer le trajet herniaire jusque dans la fosse iliaque y compris l’ouverture inguinale interne. Dans tous les cas, l’opération se réduit à si peu de chose, elle est si facile, qu’elle aura au moins l’avantage, si elle ne réussit pas, de ne pas nuire et de permettre aux malades de reprendre leurs occupations deux ou trois jours après l’opération.

Si ce procédé a pour lui la facilité d’exécution, comme le prétend son auteur, nous pensons d’un autre côté qu’il peut donner lieu à de nombreux accidents. En effet, l’introduction dans le canal d’un instrument en forme de lance, et à l’aide duquel il va pratiquer des scarifications à l’anneau abdominal et même jusque dans la fosse iliaque interne, expose à de graves lésions, qui, pour n’être par survenues entre les mains de l’auteur, n’en sont pas moins à craindre. En outre, nous doutons que cette lymphe plastique à laquelle on fait jouer aujourd’hui un si grand rôle en chirurgie, puisse jamais fermer le canal inguinal de manière à offrir assez de résistance aux efforts des viscères , pour s’opposer à leur sortie.

(1) Bull, de thérapeutique. Août 1840.

Depuis que M. Velpeau a pratiqué ces opérations, nous avons appris que les hernies ont été maintenues réduites pendant un mois, mais au bout de ce temps, le malade ayant été obligé d’enlever son bandage , on a vu ses hernies se reproduire comme avant l'opération.

Dernièrement, M. De Kimpe, médecin de bataillon au ICI de ligne, a pratiqué cette opération à l’hôpital militaire de Liège. A la levée du bandage , on a vu aussi la hernie reparaître comme avant l’opération.

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