DE LA CURE RADICALE APRÈS L’OPÉRATION DE LA HERNIE ÉTRANGLÉE
Si l’on admet que les parois abdominales empruntent toutes leur force aux muscles et aux aponévroses qui les composent; si l’on réfléchit que le tissu fibreux , dont ces derniers sont formés, bourgeonne difficilement, qu’il s’exfolie plutôt et ne contracte par conséquent que des adhérences peu intimes avec
les parties voisines, qu’indépendamment de cela, on agrandit presque toujours les ouvertures aponévrotiques dans les opérations du débridement, on conclura que les hernies ne doivent être que bien rarement suivies de guérisons radicales après l’opération de la hernie étranglée. Nous citerons à l’appui de ceci le témoignage d’hommes qui ont beaucoup vu et dont l’opinion repose sur une base large et solide. Il est rare, dit Boyer , que l’opération procure la guérison radicale de la hernie. ( Maladies chirurgicales , tome VIII, page 156.) Àst. Cooper est encore plus explicite : Quand le malade est rétabli des suites de l’opération, dit-il, il est encore exposé comme auparavant à la reproduction de la hernie. La prédisposition à ce genre d’accident a même augmenté, car l’ouverture abdominale a été accrue par l’incision dudébridemcnt(page270). « Je ne sais , dit J. L. Petit , sur quoi ils fondent l’espérance d’obtenir par ce moyen ( les scarifications) une cicatrice plus solide, car l’anneau ne peut pas lui-même fournir les chairs que l’on désire : c’est un corps aponévrotique incapable d’en produire; de sorte que, bien loin de tirer quelque avantage des scarifications proposées, c’est affaiblir l’anneau.» J. L. Petit a conseillé d’inciser l’anneau fibreux sans ouvrir le sac, de réduire ensuite les parties qu’il contient, de repousser dans l’ouverture herniaire la plus grande partie de ce sac et de l’y soutenir avec une pelote large , espérant que les parois de ce sac contracteraient des adhérences et se convertiraient en un corps solide propre à empêcher le retour de la hernie. S’il n’était pas démontré aujourd’hui que la cause la plus fréquente de l’étranglement a son siège au collet du sac herniaire et que, dans ce cas, cette méthode pourrait amener des accidents graves , on pourrait espérer que le sac en faisant l’office d’un bouchon à l’anneau abdominal et contractant des adhérences avec le tissu cellulaire ambiant s’opposerait efficacement à un nouveau déplacement des viscères.
r D’autres chirurgiens, pour atteindre le meme but, ont conseillé de pratiquer la ligature du sac pendant l’opération, ou même de le disséquer complètement et d’en faire l’ablation. Ast. Cooper, qui pratiqua une fois cette opération, se trouva à même de l’apprécier à sa juste valeur, car, après avoir enlevé la totalité du sac, après avoir rapproché par des points de suture les bords de la plaie, celle-ci sembla être guérie le dixième jour; mais, un mois après, la femme qui était l’objet de cette observation, se trouva affectée d’une hernie presque aussi volumineuse que la première. Quand on réfléchit, dit ce célèbre chirurgien, que l’ouverture des parois de l’abdomen conserve après cette opération la même étendue qu’auparavant , et que le péritoine est encore le seul obstacle qui s’oppose à la reproduction de la hernie, il ne paraît pas probable que cette membrane si extensible puisse empêcher la réapparition d’une hernie, dont elle n’a pu prévenir la formation primitive. Page 275.
Ainsi donc, l’opération de la hernie inguinale étranglée n’offre que très-peu de chances de guérison radicale , parce qu’il faudrait qu’elle diminuât l’ouverture aponévrotique et qu’au contraire elle l’agrandit presque toujours. S’il est un cas où l’on puisse concevoir quelque espoir et où les adhérences puissent empêcher la récidive de la hernie, c’est lorsqu’une portion d’épiploon, ayant été laissée en dehors du ventre, a contracté des adhérences, non-seulement avec les lèvres de la plaie, mais aussi avec le col du sac herniaire, et par l’intermédiaire de ce col avec le sac lui-même. On conçoit que l’épiploon étant peu mobile en haut et formant en bas un tampon d’un certain volume, doit, au moins dans un bon nombre de cas, empêcher le péritoine auquel il adhère , de fuir de nouveau devant les intestins. J’en ai vu un exemple remarquable en 1859, à la maison de détention de Liège
chez un prisonnier correctionnel, habitant Verviers, qui était atteint d’une hernie entéro-épiplocèle très-volumineuse. La réduction de l’intestin fut difficile et longue et l’on n’y parvint qu’après un débridement très-multiple ; il était de couleur lie de vin , mais encore résistant, et, après sa réduction, nous retînmes en dehors l’épiploon gangréné. Quatre mois après l’opération, je revis le malade et je m’assurai, par des efforts que je lui fis faire, que l’épiploon avait contracté des adhérences solides à l’anneau et s’opposait à un nouveau déplacement des viscères. Je dois aussi faire remarquer que cet homme , après cette opération , avait pris en très-peu de temps un embonpoint extraordinaire, ce qui, peut-être, a contribué à sa guérison radicale. Ses digestions se faisaient bien , il n’éprouvait ni tiraillement d’estomac, ni douleur, ni vomissements lorsqu’il prenait des aliments.