‹ Dissertation médico-légale sur l'infanticideChapitre 4 sur 6 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Examen de la mère.

Lorsqu’un enfant a été trouvé mort, et que les signes de la grossesse ont disparu chez une femme, la justice ordonne ordinairement la visite de cette femme, dans le but de constater si elle est la mère de cet enfant , et si par conséquent elle est coupable ou au moins complice de l’infanticide. Pour parvenir à découvrir cette coïncidence, il faut parcourir les trois questions dont j’ai parlé au commencement de ma thèse.

1.” La personne accusée est-elle accouchée récemment P Examî-^ lions les divers signes qui peuvent le faire reconnaître. Pendant les trois premiers jours qui suivent l’accouchement, il coule abondamment par la vulve un sang brun mêlé de petits caillots. Cet écoulement a reçu le nom de lochies sanguines. On le distingue ainsi de celui qui lui succède ; car ce premier écoulement diminue peu à peu, sa couleur et sa consistance s’affaiblissent, il devient d’un blanc sale, et prend le nom de lochies puriformes. Vers le troisième jour arrive la révolution du lait. Pendant la grossesse, le volume des seins s’est successivement accru. On y observe alors un gonflement plus considérable. Le lait commence à y être sécrété; les lochies puriformes sont peu abondantes pendant cette époque; elles reprennent ensuite leur cours.

Il y a des changemens notables aux parties de la génération. Les grandes lèvres sont rouges, boursoufllées,quelquefois douloureuses,

et-présentant toaioura une ouverture et une dilatation considérables. La fourchette est etfacée en totalité ; la mollesse et le relâchement du vasin sont sensibles; l’orifice de la matrice est reWché; ses bords sont mollasses, gonflés , facilement dilatables. Cet orifice est en général assez bas. Au-dessus du pubis, la matrice forme une tumeur égale. ar-

rondie, et d’une certaine consistance.

11 faut joindre à ces signes la mollesse du ventre, sa flaccidité, ses plis, ses vergetures plus grandes en bas que partout ailleurs. Voiîà en général les signes d’un accouchement récent. Mais la plupart de ces signes n’existent plus après la première semaine ; presque tous en outre peuvent être simulés par des maladies ; ainsi les lochies par l’écoulement des règles et des fliieurs blanches. A la vérité, les récries coulent goutte à goutte , et les lochies forment une espèce deMébâcle; mais, une fois quelles sont puriformes, les meilleurs pra¬

ticiens avouent l’imposibilité où l’on est de les distinguer des flueurs blanches. La dilatation du col de l’utérus peut être produite par le flux menstruel. La laxité des parties externes de la génération, leur rougeur, leur tuméfaction . peuvent être la suite de violences ou dé quelques maladies ; d’ailleurs elles varient singulièrement suivant îés individus. La mollesse , la flaccidité , les plis et les vergetures du ventre peuvent dépendre d’une hydropisie ascite, ou de celle de la matrice. On a même vu ces signes chez des hommes affectés dhydropisie. Il est vrai que les vergetures sont situées plus baÈ et près des aines après la grossesse , tandis que 1 hydiopisie laisse ses traces principalement dans la région ombilicale; meds enfin il nen est pas toujours ainsi , et d’ailleurs ces marques ne peuvent elles pas appartenir à un accouchement ancien ? Dans quelques maladies, on a vn les mamelles se gonfler et séeréter du lait. On peut à la vérité le distinguer assez facilement de celui qui provient « une grossesse véritable, mais cela infirme toujours la valeur de ce signe.

D’après cette discussion rapide, je conclurai que, pour que les vestiges de l’accouchement soient noméquivoques, il faut, i.» que la

visite de la femme ait lieu dans les premiers jours de l’accouche-

ment, parce que ses signes peuvent disparaître promptement chez certaines personnes ; 2." qu’il est indispensable de les considérer collectivement , car , pris isolément, ils peuvent appartenir à diverses maladies.

2.0 Y a-t-il des rapports entre la personne accusée et l’enfant trouvé mort ? Ici il faut se rappeler ce qui a été dit sur la possibilité d évaluer combien de temps un enfant a vécu, et depuis combien de temps il est mort. Il n’est pas très-ditficile de le faire, quand il y a peu de jours que les choses se sont passées , et l’on pourrait avec beaucoup de prudence prononcer sur cette question. Il faudrait cependant que d’autres preuves juridiques confirmassent celles-ci, qui, d’après ce que je viens d’exposer sur l’accouchement, ne sont que des probabilités plus ou moins fortes. Si la putréfaction avait altéré le cadavre de l’enfant, et si les parties de la femme étaient revenues à leur état naturel, le médecin serait alors dans 1 impossibilité d éclairer la justice : il faudrait, pour découvrir la vérité, quelle eût recours à d’autres moyens qui sont en sa puissance.

5 .° La personne accusée s’est-elle trouvée dans l’impossibilité absolue de secourir son enfant ? J’ai déjà parlé , en divers endroits , des motifs que la femme peut alléguer en pareil cas. Les principaux sont, une . hémorrhagie utérine , une syncope , un accouchement subit dans lequel l’enfant est projeté sur le sol, la paralysie, des convulsions , l’idiotisme , une ivresse involontaire , enfin 1 ignorance de son état. Quelque difficile qu’il soit d admettre cette dernière circonstance , on en cite pourtant des exemples. On peut aussi présenter quelques motifs d’excuse tenant à l’enfant, comme sa faible cornplexion , sa mauvaise conformation , ou bien un acciaent qui! éprouverait en venant au monde.

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