‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 36 sur 73 · III · texte numérisé non relu

III

Marche d'^nnibal, de Mons Seîeucus à Briancon.

X. Il paraît que Polibe, qui ne connaissait pas la route du Rhône à Mons Seîeucus, parce qu'il avait dii suivre avec Scipion celle d'Arles, qui était plus fréquentée, ne fait commencer les Alpes qu'à Mons Seîeucus, puisqu'il s'exprime ainsi (i) :

* Annibal avait déjà marché pendant dix « jours, et avait fait environ 800 stades de

(i) Livre 3, chap. 10, t. 2, p. 61, dans la traduction française. Paris, 1754.

'^8 X. Marche de Mons Seleucus <c cheraiii le long du fleuve, déjà il se dispo- « sait à mettre le pié dans les Alpes , lorsqu'il « se vit dans un danger auquel il était très- « difficile d'échapper. Tant qu'il fut dans le « plat pays, les chefs des AUobroges ne l'in- <c quiétèrent pas dans sa marche , soit qu'ils <c redoutassent la cavalerie carthaginoise, ou « que les Barbares dont elle était accompa- <( gnée, les tinssent en respect. »

J'interromps un moment ce récit, pour observer que Polibe fait encore ici bien sentir que les Barbares qui avaient accompagné Annibal depuis le passage du Rhône jusqu'à Mons Seleucus , n'étaient pas AUobroges, mais au contraire, qu'ils étaient les ennemis de ces peuples. On reconnaîtra donc encore ici, que j'ai eu raison de dire que ces peuples étaient les Cavares. Continuons à présent de parler avec Polibe.

<c Mais quand ceux-ci se furent retirés , et «, qu'Annibal commença d'entrer dans les déu troits des montagnes , alors les AUobroges u coururent en grand nombre s'emparer des et lieus qui commandaient ceux par où il fallait « nécessairement que l'armée d'Annibal pas- 't sât. C'en était fait de soii armce , si leurs

à Brîançbn. ^g

« pièges eussent été plus couverts : mais <ï comme ils se cachaient mal, ou point du « tout, s'ils firent grand tort à Annibal, ilâ « ne s'en firent pas moins à eux-mêmes,

« Ce général , averti du stratagème des Bar- «( bares, campa au pié des montagnes, et en- « voya quelques-uns de ses guides Gaulois rtr pour reconnaître la disposition des enne- « mis. Ils revinrent dire à Annibal, que pen- « dant le jour les ennemis gardaient exactea ment leurs postes, mais que pendant la nuit « ils se retiraient dans une ville voisine. Aus- « sitôt le Carthaginois dresse son plan sur ce « rapport; il fait en plein jour avancer son u armée près des défilés, il campe assez pro- •c che des ennemis. La nuit venue, il donne « ordre d'allumer des feux, laisse la plus « grande partie de son armée dans le camp, (c et avec un grand corps d'élite il perce les « détroits et occupe les postes que les ennemis « avaient abandonnés. Au point du jour les « Barbares S3 voyant dépostés, quittèrent leur « dessein : mais les bêtes de charge et la cava- « lerie , serrées dans ces détroits , ne suivaient « que de loin j ils saisirent cette occasion pour /t fondre de plusieurs côtés sur cette arrière- « garde. 11 périt là grand nombre de Carthagi-

So Marche de Mons Seleucus

il nois, beaucoup moins cependant sous les « coups des Barbares, que par la difEcuîté des « chemins. Ils y perdirent surtout beaucoup « de chevaux et de bêtes de charge, qui, dans K ces défilés et sur ces rochers escarpés, se u soutenant à peine , tombaient au premier « choc. Le plus grand désastre vint des che- (( vaux blessés qui tombèrent dans ces sentiers « étroits , qui en roulant poussaient et renver- « saient les bêtes de charge et tout ce qui mar- « chait derrière.

« Annibal, pour remédier à ce désordre, « qui , par la perte de ses munitions allait l'exfi poser au risque de ne pas trouver de salut , u même dans la fuite, courut au secours à la u tête de ceux qui, pendant la nuit, s'étaient « rendus maîtres des hauteurs j et, tombant « d'en haut sur les ennemis, il en tua un u grand nombre j mais dans le tumulte et la u confusion qu'augmentait encore le choc et « les cris des combaltans , il perdit aussi beau- «. coup de monde. Malgré cela, la plus grande « partie des Allobroges fut enfin défaite, et « le reste réduit à prendre la fuite. Il fit en- (( suite passer ces défilés, quoiqu'avec beau- « coup de peine, à ce qu'il lui était resté de '<■ chevaux et de bètes de charge : puis, se

à Brlançon. 8i

te fesant suivre de ceux qui lui parurent le « moins fatigues du combat, il fut attaquer la « ville d'où les ennemis étaient sortis sur lui. « Elle ne lui coûta pas beaucoup à prendre. « Tous les habitar.s, dans l'espérance du butin « qu'ils croyaient faire, l'avaient abandonnée. « Il la trouva presque déserte. Cette conquête « lui fut d'un grand avantage; il lira de cette « ville quantité de chevaux, de bêtes de charge « et de prisonniers j et outre cela, du blé et (c de la viande pour deux ou trois jours, sans « compter que par là il se fit craindre de ces (c montagnards, et leur ôta l'envie d'inter- « rompre une autre fois sa marche. ))

On voit que toutes les circonstances de ce récit conviennent parfaitement à la ville de Gap, chez les Tricorii, dont il paraît qu'il est ici question , puisqu'ils sont nommés par Tite- Live après les Vocontii, Leur chef-lieu était W Vapincimi, nom ancien de Gap , ainsi que le dit M. de Valois, d'après les anciens itinéraires de la route d'Annibal (i). Ce mot Tri-

(i) Notice (le la Gaule, par d'Auville. Paris, 1760, p. 658. D'Anville critique ici fort mal à propos M. de Valois.

82 X. Marche de Mons Seleucus corii dérive évidemment des trois routes qui aboutissent à Vapincum : savoir, celle de Valence, celle d'Arles, et celle de Briançon, Leur territoire était séparé de celui des Voconces, par le lieu nommé Fines f situé au. passage du Buech (i), vers la source de cette petite rivière. D'Anville ne s'appuie sur aucune autorité pour donner Gap aux Caturiges, qui étaient plus élevés, et dont il paraît qu'Embrun ou peut-être Chorges (Caturigœ) , était la capitale. C'est de ces peuples que Polibe va parler dans la continuation de son récit.

fc Annibal campa dans cet endroit,)) Gap, « et s'y rafraîchit un jour entier j le lende- (t main on continua de marcher. Pendant quel- <(. ques jours , la marche fut assez tranquille. « Au quatrième , voici un nouveau péril qui « se présente. Les peuples qui habitaient sur « cette route, inventèrent une ruse pour le a surprendre : ils viennent au-devant de lui, '< portant à la main des rameaux d'olivier et « des couronnes sur la tête j c'est le signal (c de paix et d'amitié chez ces Barbares, comme

(i) Id. p. 3o3.

à Briançon. 85

f£ le caducée chez les Grecs. Cela parut sus-

fc pect à Aiinibal. Il s'informa exaciement

<c quel était leur dessein, quel motif les ame-

« nait. Ils répondirent qu'ayant su qu'il avait

« pris une ville sur leurs voisins, et qu'il

u avait terrassé quiconque avait osé lui tenir

« tête , ils venaient le prier de ne leur faire

u point de mal, et lui promettre de ne lui en

(t faire point ; s'il doutait de leur bonne foi,

« qu'ils étaient prêts à donner des otages.

u Annibal hésita long - tems sur le parti

« qu'il devait prendre. D'un côlé, en accep-

« tant les offres de ces peuples, il y avait lieu

(c d'espérer que cette condescendance les ren-

« drait plus réservés et plus traitables j de

a l'autre, en les rejetant, il éiail immanquable

(c qu'il s'attirerait ces Barbares sur les bras,

u Sur ces deux raisons , il fit du moins sem-

« blant de vouloir bien les mettre au nombre

« de ses alliés. Aussitôt on lui amena des

u otages, on le fournit de bestiaux, on s'a-

u bandonna entièrement à lui, sans aucune

u marque de défiance. Annibal, de son côté,

(C se livra tellement à leur bonne foi appa-

K rente, qu'il les prit pour guides dans les

u défilés qui restaient à franchir. Ils marchèu rent donc à la tête pendant deux jours.

84 X. Marche de Mons Seleucus n Quand ou fut entré dans un vallon qui , de tf' tous cotés, était fermé par des rochers inac- «( cessibles, ces perfides attroupés vinrent « fondre sur l'arrière -garde d'Annibal. Ce « vallon eût sans doute été le tombeau de K toute l'armée , si le général carthaginois , « à qui il était resté quelque défiance, et qui « s'était précaulionaé contre la trahison, n'eût « mis à la tête les bagages avec la cavalerie, « et les pesamment armés à la queue : cette « infanterie soutint l'effort des ennemis, et « sans elle, la peite eût été beaucoup plus « grande. Mais, malgré ce secours, il périt là « grand nombre d'hommes, de chevaux et de « bêtes de charge. Car ces barbares, avants çant sur les hauteurs à mesure que les Car- « thaginois avançaient dans les bas, de là tf tantôt roulaient, tantôt jetaient de grosses « pierres, qui répandirent tant de terreur parmi « les troupes, qu'Annibal fut obligé de se « tenir pendant toute une nuit avec la moitié « de son armée sur un rocher fort et décou- « vert, pour veiller à la défense des chevaux « et des bêtes de charge j encore cette nuit « suffit-elle à peine pour les faire défiler.

« Le lendemain les ennemis s'étant retirés, « il joignit sa cavalerie, et s'avança vers la

à Briançon, 85

« cime des Alpes. Dans cette route, il ne se

« rencontra plus de Barbares qui l'attaquassent

« en corps : quelques pelotons seulement vol"

« tigeaient eu divers endroits; et, se pré-

»( sentant à la queue, ou à la tête, enle-

« vaient quelques bagages. Les éléphans lui

K furent alors d'un grand secours. C'était assez

'< qu'ils parussent pour effrayer les ennemis

« et les mettre en fuite. Après neuf jours de

(c marche, il arriva enfin au sommet des mon-

« tagnes. Il y demeura deux jours, tant pour

« faire prendre haleine à ceux qui étaient

« montés heureusement, que pour donner aux

« traîneurs le tems de rejoindre le gros. Pen-

« dant ce séjour, on fut agréablement Surpris

« de voir paraître la plupart des chevaux et

u des bêtes de charge qui avaient été abattus

f( dans la route, et qui, sur les traces de l'ar-

« mée, étaient venus droit au camp. ?)

Tout ce récit s'accorde avec la carte et avec les i4oo stades comptés par Polibe, du passage du Rhône au commencement des AJpes, d'où l'on va en Italie. Puisqu'il y avait 800 stades d'Aëria à Mons Seleucus, il y en avait 600 de Mons Seleucus à BrigantiOy ou Briawçon y mais il faut bien observer ^le c'est avec les

86 X. Marche de Mons Seleucus mesures ilkiéraires. Si dans la grande carte de France en six feuilles, connue par son exactitude, on mesure en ligne droite la distance de Vienne à Lion, on ne trouvera que i5o,ooo toises, tandis que Strabon dit (i) que la distance de ces deux villes , par terre , est de 200 stades, et par eau un peu plus, ce qui prouve que la route, dès ce tems-là, ne suivait pas toutes les sinuosités du fleuve. A en pger des cartes des Romains par celle de Peutmger, qui a été faite originairement sous l'empereur Sévère (2), et par l'itinéraire d'Antonin , ce n'étaient que de simples tracés de routes, qui alongeaient nécessairement toutes les distances. Mais Polibe nous assure qu'Annibal, qui avait marché dix jours le long du fleuve, arriva en neuf jours au sommet des montagnes où il resta deux jours (5). Ainsi la

(i) IV, I, 9, p. 27 du tome 2 de la tradoctioa française.

(2) C'est ce qu'a très-bien prouvé M. Mannert. Annales des Voyages, par Malte-Brun. Paris, 1808, t. I, p. 345.

(3) Polibe, ni, 10, à la fin, comme je viens de le rapporter d'après lui.

à Brîançon. 87

distance parcourue devait être bien moindre. • C'est de celte manière que se trouvent les 1400 stades comptés par Polibe, du passage du Rhône à la montée des Alpes, c'est-à-dire, à Brîançon.

Au reste, la difficulté de gravir les rochers ralentissait tellement la marche , que, voulûton même compter plus de neuf jours dans le texte de Polibe, pour la route de Mons Seleucus à Briançon , ils pourraient aisément être employés. On peut voir dans l'ouvrage de M. de Luc, avec quelle malheureuse facilité il décrit, d'après ce texte, une route infiniment plus longue que celle qu'Amiibal a faite.

Au reste, les motifs que j'ai puisés dans le texte de Polibe , pour admettre le passage d'Annibal par le Mont-Genèvre, tel que le donne Tite-Live, reçoivent une plus grande force du témoignage de Polibe lui-même, cité par Strabon, dans le passage suivant, littéralement traduit par M. Coray : « Polibe nomme <c quatre passages (des Alpes) : l'un par la <( Ligurie, près de la mer Tirrhénienne; un <( autre , qui est celui par lequel Annibal <c passa , et qui traverse le pays des Taurinî^ <; un troisième , qui passe par le pays des

88 X. Marche de Mans Seleiicus « Salassl; et un quatrième par celui des « Rhœti (i). M La note dit très-bien : « Celte « route, suivie par Annibal , passe par Brian- »' çon, le Mont-Genèvrc, le col de Sestrière, « le val de Pragelas, où est Uceîlo^ l'ancienne « Ocelum (2), » en français, Uxeau (3).

11 résulte de ce passage, que Polibe, dans sa géographie qui, selon toute apparence , n'est que le trente-quatrième livre de son histoire, dit formellement qu'Anuibal a passé par le pays des Taurini, c'est-à-dire, par le Mont- Geuèvre, comme M. de Lucie reconnaît. Concevrait-on maintenant que, dans le corps de l'histoire , il se fût contredit au point de conduire Annibal par le petit Saint-Bernard ? On ne dira point que les mots, qui est celui par LEQUEL Annibal passa, sont une addition de Strabon. D'abord , ce serait une supposition purement gratuite, attendu que, dans tout ce qui précède et ce qui suit, cet auteur ne fait que rapporter les opinions et les propres pa-

(i) Strabon, IV, 6, p. 104 de la tracluctiou française.

(2) Id. Ibidem.

(3) Jd, p. io5, note i.

à Brîançon. 89

rôles de Polibe. Ensuite on ne gagnerait rien par celte supposition, car cette addition même aurait dû être prise dans Polibe, que Strabon suit sans restriction pour tout ce qui concerne les Alpes. D'ailleurs celte circonstance est tout-à-fait en harmonie avec ce que Polibe raconte plus bas ; savoir : que les Taurini furent les premiers peuples qu'Annibal rencontra à la descente des Alpes. Enfin, selon Tite-Live, l'historien Cincius-Alimentus attestait avoir entendu dire à Annibal lui-même, qu'il avait perdu trente-six mille hommes depuis le passage du Rhône jusqu'à son arrivée sur le territoire des Taurini, nation qui touche à la Gaule cisalpine, et conséquemment la première que l'on trouve en descendant dans l'Italie..

« Tous les auteurs étant unanimes sur celte u dernière circonstance, :» ajoute Tite-Live, « j'ai peine à concevoir comment on n'est pas (c plus d'accord sur le lieu par où Annibal u passa les Alpes (ï). »

Certes , si M. de Luc eut fait attention au

(i) Tite-Live, XXI, 38, t. 7, p. ii5 de la traductioa de M. Dareau de la Malle.

go X. Marche de Mo7is Seleucus

passage de Pclibe qu'il a cité d'après Strabon , sans avoir observé ce que ce passage offre de caractéristique et de décisif , il aurait , dès l'abord, abandonné l'opinion du général Melville, comme insoutenable en bonne critique; et il aurait été plus disposé à l'indulgence à l'égard de Tite-Live qui, en conduisant Annibal par le Mont-Genèvre , est d'accord avec le témoignage si formel de Polibe (i).

Celui de Sirabon ne l'est pas moins sur la route d'Annibal. « La ville de Nîmes, dit-il, « est située sur la route qui conduit de l'Ibérie « en Italie; route assez belle en été , mais qui « devient très-mauvaise pendant l'hiver et le « printems , à cause du débordement des « fleuves, et de la boue qui en résulte... Cette « route se partage en deux chemins. Le plus « court est celui qui va directement aux Alpes, « à travers le pays des Vocontii... L'autre « qui suit la côte de Marseille et de la Ligurie « est plus long (2). »

(i) Journal des Savans, janvier i8rg, p. 25, article de M. Letronne.

(2) Straboa, IV, i, 10, t. 2, p. 3o de la traductlou française.

à Brîançon. gi

Au reste, quoique Polibe ait très -bien circonstancié la marche d'Annibal, de Mons Seleuciis à Briancon , il a négligé un fait essentiel pour la connaissance du local, et qui est rapporté par Tite-Live (i).

« Annibal étant entré sur le territoire des

« Tricorieus , ne trouva d'obstacle sur sa route

(c que lorsqu'il fut arrivé sur les bords de la

« Durance. Cette rivière , qui descend aussi

« des Alpes , est sans comparaison de toutes

« celles de la Gaule la plus difficile à passer ;

« car quoiqu'elle roule avec elle une quantité

u d'eau prodigieuse , il est impossible de la

» traverser en bateau , parce que n'ayant

« point de rives qui l'encaissent, elle se creuse

« à-la-fois plusieurs lits, et jamais les mêmes,

« formant sans cesse de nouveaux gués et de

*c nouveaux gouffres , ce qui rend le passage

« également dangereux pour les piétons, sans

« compter que les roches graveleuses qu'elle

« charie font à chaque instant perdre pié à

« ceux qui la traversent ; et dans ce moment ,

« les pluies qui l'avaient grossie multiplièrent

(i) XXI, 3i, p. g3 de la traductiou française.

93 X. Marche de Mons Seleucus « singulièrement les obstacles et les dangers, « accrus encore par la précipitation et les « clameurs confuses de tant de milliers de « soldats qui, dans leur effroi, se troublaient « les uns les autres. •>>

Ce passage est parfaitement d'accord avec ma carte où Annibal , après avoir long-tems côtoyé la Durance, la traverse à Rama, appelée aujourd'hui Rame, puis au-dessus et audessous de Briançon ; mais M. de Luc le fait marcher bien loin de cette rivière, et le chevalier Folard , qui adopte le sistème de Mandajors , dans sa carte en perspective de la marche de Vizille à Turin , ne fait passer la Durance aux Carthaginois qu'au-dessus de Briançon, à un endroit si voisin de sa source , qu'elle ne peut opposer aucune difficulté sérieuse à ceux qui la veulent traverser (t). Aussi Folard reproche-t-il à Tite-Live l'amour de la fiction et du merveilleux (2); mais c'est de son propre sistème qu'il aurait dû se défier.

(i) Voyez celte carie, t. 2 de réditloa de Paris, 1704, en regard de la page 71»

(2) ïd. p. 72.

à Brîançon^ gS

La toute que j'ai tracée est la seule qui aille directement à l'est , comme le dit Polibe (i), qui laisse les Tricastins à gauche en côtoyant l'extrême frontière des Voconces comme le dit Tite-Live (2), qui traverse ensuite les Voconces comme l'assure Strabon (3), qui enfin traverseles Tricoriens et passe la Durance comme l'écrit Tite-Live (4) ; en un mot, qui satisfasse à tous les passages des auteurs anciens expliqués les uns par les autres. Je suis donc suffisamment autorisé à dire que je suis parfaitement d'accord avec Tite-Live et Polibe , dignes rivaux l'un de l'autre , fortifiés par le témoignage de Silius Italiens (5), qui fait marcher Annibal sur la frontière des Tricastins , et par celui

(i) III, 47* ^'^^ ''"''' '®'

(2) N** 36. ^d Levant in Tricastinos Jlexit : inde ■per extremam oram Vccontiorum agri tetendit in Tri-^ corios.

(3) II, I, 10, tome II, page 3o de la traduction française. « La route va directement de Nîmes aux « Alpes , à travers le pays des Voconces. »

(4) Ah Druentid campestri maxime ilinere cum bond pace ad Alpes incoleniium petveniU

(5) De Bello punicoj lib. 3, vers ^63 — 466*

94 X. Marc, de Mons Seleuc. à Brianç.

d'Ammien Manellin. Je ne crois pas qu'aucun doute raisonnable puisse subsister encore dans l'esprit de tout homme sensé sur ce point de critique ancienne dont l'examen méritait d'occuper les savans.

En général , si nous voulons connaître l'histoire ancienne , il faut lire attentivement les auteurs contemporains dans leurs textes, en les dépouillant de toutes les conjectures modernes et en les conciliant entr'eux, bien loin d'y chercher des contradictions pour substituer nos idées aux leurs , pour imaginer les faits au lieu de les raconter.

C'est avec ces principes que nous allons discuter la dernière partie qui nous reste à examiner de la marche d'Annibal.

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