ARTICLE SECOND
L'ordre du monde est l'ouvrage de Dieu.
- L'ordre du monde est évidemment l'effet d'une cause intelligente. Cette cause est évidemment Dieu. IX. Prenons d'abord la première de ces propositions. Je dis qu'elle est d'une telle évidence , que to ;t ce que les athées ont pu imaginer pour obscurcir cette vérité n'a jamais fait, au jugement de tous les hommes raisonnables , que lui donner un nouveau degré de clarté. Ce ne sont pas seulement les auteurs chrétiens qui l'ont soutenue, les simples lumières de la raison en avaient fait voir l'évidence aux plus sages des philosophes païens (1).
(i) Clinias. A-tqae , o amice ! facile est veritafem hanc ostendere quod Dii sint. Atheniensis. Quo pacto '' Clinias. Prinium (juidem terra, sol, sideia, ipsumc|ue universnm , leinporiimque ornafiss'ma varielas , annis niensibusque dislincta , id ostendunt. Giaecoruin praeterea barbarorumque consensus, Deos esse fatentium. (Placo^ de Le gibus y lib. lo.)
Quartam causarn ( uotionis Deoram) esse, eamque vel maxiinam
Les athées anciens et modernes se réunissent en un point: c'est que la disposition du monde n'a point d'auteur; que toutes les relations que nous voyons n'ont point été établies dans certaines vues , pour certaines fins, et qu'il n'y a pas de cause finale. Il est nécessaire d'expliquer ce mot.
X. Comme les causes efficientes sont les seules qui produisent véritablement les effets , ce sont les seules qui , dans le sens strict , méritent le nom de causes. Cependant dans un sens plus étendu , on a appelé causes les choses qui avaient de l'influence dans la production des effets : ainsi , on a nommé causes occasionelles , les choses à l'occasion desquelles la cause efficiente agit ; et de même on a appelé causes finales , les fins , le but qu'elle se propose dans son opération. La cause efficiente de la construction d'une maison est l'architecte ; la cause finale , l'habitation des hommes. La cause finale suppose donc une intelligence , une volonté , un but dans la cause efficiente. Les athées soutiennent tous qu'il n'y a point- de cause efficiente dans l'ordre du monde, et que les diverses relations
aequabilitalern motus, conversionein cœli , solis, lanae , siderumqae omnium distinctionem, otilitalem, pu'chritudinem , ordinem ,qaarum rerum aspectus ipse satis indicaret non esse ea fortuita. Ut si qais in domum aliquara aut in gymnasium , aut in forum venit, cum videat omnium rerum rationem, modum , disciplinam , non possit ea sine causa fîeri judicare ; sed esse aliqnem intelligat qui praesit et cui pareatnr : mnlto magis in tantis motionibus tantisque vicissitudinibus, tam multarum rerum atque tantarum ordiuibus , in qaibus nibil unqnam iramensa et infinita vetustas mentita sit, statuât necesse est ab aliqua mente tantos naturœ motus gnbernari. (^Cicero y de Nat. Deor. , Ub. 2 ; cap. 5 , nomine scholœ Sto'icorum.)
Hœc et pbilosopbi nobiles quaesiernnt , et ex arte artificem agnoverunt. (J. Augustinus , senno 141 in verbis Evang ., cap. 1 ; n° 2.)
Ecce perspicue dicit Pythagoras unurn esse Deum omnium principinm; operatorein facaltatam , lunen , animam et vitain universi , spheraruraque omnium motum. Nihil enim a se ipso movetur , sed omnia ab eo dedncta, et motum a non esse ad esse sortita cernuntnr. {S. Cyril. Alex.., cont, Jul. lib. i.)
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des êtres, leur concours aux mêmes effets, ne sont nullement un indice de causes finales. Mais quand il s'agit d'assigner le principe de cet ordre , l'origine de toutes ces diverses relations , il se divisent au moins dans les termes. Les anciens attribuaient au hasard les phénomènes de la nature ; les modernes disent que ce sont les résultats de la nécessité. Il n'a pas été imaginé , par aucun d'eux , de troisième cause de l'ordre du monde ; ainsi , quand nous aurons montré l'absurdiié de ces deux systèmes , nous les aurons tous réfutés , et il restera certain que les merveilles de la nature sont l'œuvre d'une puissance supérieure. XI. En premier lieu, le hasard ne peut être une raison suffisante de l'ordre du monde. Le hasard suppose un effet, et par conséquent une cause; mais il suppose une cause qui ignore l'effet qui résultera de son action , et qui n'en a pas le projet. Je jette avec un cornet trois dés ; ce n'est point par hasard que ces dés sortent du cornet, puisque j'ai su et voulu cette sortie ; mais c'est par hasard que j'amène rafle de six, puisque j'ignorais ce que produirait la projection des dés. Si je m'étais servi de dés pipés , il n'y aurait plus aucun hasard , parce que la combinaison aurait été prévue et arrangée par moi. Le hasard n'est donc pas un être ; il n'est autre chose que la négation de connaissance et de dessein dans une cause : on ne peut donc pas dire qu'il est la raison suffisante de l'existence de quoi que ce soit ; une pure négation ne peut pas être un principe d'existence; il est absurde d'imaginer que ce qui n'est pas procure l'être (1).
(i) Fortana ergo per se nihil est; nec sic habendam est tanqnam sit in aliquo sensu , si quidein fortana est accldentiani rernra snbitos ntqne inopinains eventus. Verum philosophi , neqnando non errent in re stulta, vulunt esse sapientes, qui Fortnnae sexum mnlant, eamqae non Deara sicat vulgns, sed Detim esse dicunt ; eamdem tamea inlerdum naturara , inferdum fortutiain vocant Qtiod inulta , inqait Ciceio, efficiat inopinata nobis propter obscuritatein igrioraùonemque causarum... Cum igitar causas ignorent propter qnas 6at
Ce système du hasard présente deux absurdités : que l'ordre du monde se soit formé, et qu'il se maintienne par hasard.
XII. Prétendre que l'ordre du monde est le produit du hasard , c'est ou soutenir que cet ordre s'est formé de lui-même, ou qu'il existe sans cause, sans raison de son existence ; ce qui répugne dans les termes. On avance que cet ordre est dû à une cause , d'une part , douée d'une extrême puissance; de l'autre, dénuée de toute intelligence , qui opère les choses les plus grandes sans en avoir le projet , qui produit les arrangements les plus compliqués et les plus sages , sans en avoir l'idée. Quel est cet être qui possède un pouvoir immense, et qui n'a pas de volonté; qui est incompréhensiblement industrieux , sans être aucunement intelligent ? Ces notions d'un seul et même être ne sontelles pas encore des contradictions formelles ?
XIII. Dire que c'est le hasard qui maintient l'ordre du monde est également déraisonnable. Les résultats du hasard, c'est-à-dire les choses qui se font sans connaissance et sans projet, ne se répètent jamais de la même manière. Il faut de la réflexion , de l'attention , de la volonté pour se copier exactement , ou pour imiter parfaitement les autres. Vingt hommes traçant, sans y penser et à l'aventure, des lignes sur le sable avec leurs bâtons , ne produiront pas les mêmes dessins. Un joueur aura amené avec trois dés rafle de six : qu'il reprenne vingt fois les dés, il n'amènera peut -être pas une seule fois le même nombre (1). On ne pourrait pas citer quatre effets
aliquid, et ipsam qui faciat ignorare necesse est. ( Lactantius , div. Inscie. ^ Ub. 3 ; cap. 29.)
(1) Nec enini profecto casa ac temere , nec forinifo ac rationis experte motu, tantujn huno et tam singalarem ornafum extilisbc , nec eam caecœ ulli inconsullccque naturae banc tain ingentis tamque perfecti operis speciem esse tribuendaru. [Eusebius . Prapar, evang.^ lib. 7 ; cap. 10. )
Quid quccris, Garneades , cur haec ita 6ant , ant qua arte pera-
du hasard qui se ressemblent avec justesse: à plus forte raison , quand il s'a^jit de millions de pliénoinènes divers, est-il insensé de croire qu'ils se renouvellent constamment par le hasard, qui au contraire en amènerait sans cesse de nouveaux (1).
XIV. En second lieu , les système des athées modernes, qui attribue à la nécessité l'admirable disposition de cetunivers, est aussi contraire à la raison que celui de leurs devanciers. Il s'agit ici d'une nécessité antécédente et absolue , et non d'une nécessité hypothétique et conséquente. S'ils veulent se réduire à cette seconde espèce de nécessité , nous serons d'accord avec eux sur ce point : les mouvements variés et réjjuliers qui forment l'ordre du monde , sont en effet nécessités en ce sens. Mais dès-lors il supposent une cause dont ils émanent, et qui les rend nécessaires.
Ce qui est nécessaire d'une nécessité absolue , l'est tellement , qu'il est impossible de le concevoir non existant ou existant autrement ; que l'hypothèse qu'on voudrait en faire impliquerait contradiction , présenterait l'être et le non-être. Mais certainement je conçois un ordre différent dans le monde: il n'impliquerait pas
pici possint? Nescire me fateor : evenire autern te ipsutn dico videre. Casa , in quis ? Itane vero qnidquam potest casu esse factura, qaod babet in se numéros veritatis ? Quatuor teli jacti venereum efficiunt ; nunc eliara ceiitum veneieos, si cccc telos jereris, casu futures pu- Jas? Adspersa temere pigmenta in tabula oris lineamerita effingere possunt ; nanc eîiam veneris coae pulchritudinem cffingi posse adspersione fortuita putas ? Sus rostro si humi a litteiam impresserit, nnm piopterea suspicari poleris Andromathen Ennii ab eo posse describi? (Cicero, de Divin ^ lib. (; cap. 14.)
(i) Ncque enim procul dubio casui furlnnaeque haeo vis et facultas adscribenda est. Ut enim lioc demas casu oninia extitisse, cui tandem eorum constitufio ac dispositio tribuenda erit? Atque ot hoc quoque ipsum, si ita hahet , casni concedamus; cujusnain, quœso, fuerit et juxta eas ratijnes quibus primnm creata snnf , taeri atqne conservare ? alteriasne cujr>>quam an oasus? A'terius profecto , non casns. 110-:! auteni quid tandem aliud esse queat , qu m Deus? (5. Greqorius Nazianz. orat. 34.)
contradiction qn'il existât un univers dans lequel les astres prendraient leur cours d'occident en orient ; dans lequel il y aurait quelques genres de plantes , quelques espèces d'animaux de plus ou moins que dans celui-ci ; qui serait en un mot autrement ordonné. Cette supposition ne présente nullement l'être et le non-être. Il est donc clair que l'ordre du monde n'est pas nécessaire d'une nécessité absolue.
Rappelons-nous les preuves exposées ci-dessus de la contingence de la matière (1). Si son existence n'est pas nécessaire, comment l'ordre dans lequel elle existe peut" il l'être ?
J'ai montré aussi que le mouvement n'est pas essentiel à la matière (2). La régularité , la succession , le résultat de ses divers mouvements , ne peuvent donc pas Têtre.
Ce sont , disent les athées soit anciens , soit nouveaux, l'énergie , l'activité propres à la matière , et découlantes de sa nature , qui lui ont fait prendre la forme et l'ordre que nous lui voyons. Nous avons montré la fausseté du principe. La matière étant , comme nous l'avons prouvé, absolument inerte , n'a ni activité ni énergie. Mais supposons , pour un moment , véritable cet absurde principe : comment cette énergie qu'on attribue à toutes les particules de la matière , si elle n'est dirigée par qui que ce soit , pourra-t-elle leur faire prendre l'ordre que nous leur voyons? établir entre elles ces relations si prodigieusement multipliées, si artistement diversifiées , si industrieusement graduées , si sagement combinées, que nous y apercevons? les réunir pour en faire des corps qui, par d'autres réunions, forment d'autres corps lesquels ne sont eux-mêmes que partie de tous les plus grands, et ainsi successivement , depuis les premiers éléments de matière jusqu'à la vaste universalité de la
(i) Voyei cl-dessas, chapitre i; art. 7, n° 17 et suiv. (a) Voyez ci-dessus , chap. i ; ar!. 7, n° a5 et sniv.
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nature? Au lieu d'être un principe de disposition réffulièrc , celte éner[;ie, qui toujours agirait sans savoir ce qu'elle ferait, serait une cause continuclleinenl renaissante de destruction. Au lieu de réunir , elle tendrait sans cesse à tout séparer. Quel corps pourrait ])rcndreet conserver de la consistance , quand toutes ses parties seraient dans une continuelle agitation? L'activité sans direction ne peut causer que du désordre.
Nous sommes pleinement assurés que les autres hommes avec lesquels nons vivons ont comme nous de l'intelligence et de la volonté: l'athée regarderait comme extravagant celui qui s'aviserait d'en douter. Mais d'après quoi formons-nous sur eux ce jugement? C'est d'après ce que nous voyons , ce -que nous entendons d'eux, qui présente une suite d'idée, uu ordre, une raison : or, je demande si dans la composition de l'univers il n'y a pas infiniment plus de marques d'intelligence , d'invention , de sagesse , que dans toutes les œuvres réunies de tous les hommes ? C'est une inconséquence de reconnaître quelque part du conseil et de la raison , et de ne vouloir pas en admettre dans l'ordre merveilleux qui remplit l'univers (1)
(i) Regem enim ipsum mandi totias et legislatorem esse confirmât , videlicet nuru ejus atqne potestate snam rébus omnibus essenliam nataramque constare, ejusdemqae legihns ac terminis apte atqae ordine, lemporum carsus vicesqne describi ; at primnm quidem ex omnibus cooinm voce legeque divina firmitatem snam obtinuisse;... nno verbo , naturain illam, communem parentem omnium, Dti praepotentis iiuiniui servientem , d'vinisque legibus consibisque parère. {Eusebius , Prœpar. evang.^ lib. 7; cap. 10)
Cnra vero mundum et oranes partes ejus, ut viJemns , mirabilis ratio gnbeniet ; cum cœli temperatio , et aecpiabs in ipsa varielate cursus astrorum luminumfjue cœlestiim , tempornm constans ac mira descriptio, terrarnm varia fœcnnditiis, plana cnraporum munimenta, et aggeres monliura, vitiditas ubertasque sylvanim, fontinm salnberrima ernptiojflntninum opportunainnndatio, maris opnlenfa et copiosa interfusio, venlorum diversa et ntilis aspiiaiio, cceteraqne omnia , raiione somma constent ; quis tam cxcus est, at existimet sine causa esse facta, in quibus mira disposiiio providentissimae rationis elncet?
p6 DISSERTATION
Quoi I les ouvrages de l'art les plus simples, les moins compliqués portent naturellement à noire esprit l'idée d'une cause douée d'intelligence qui les a fabriqués ; l'athée lui-même ne peut les apercevoir sans concevoir aussitôt cette pensée : et la contemplation de l'immense machine du monde nous la ferait rejeter (1) ! Je con-
Si ergo sine cansa nec est nec fit omnino qnidqnam , et s"c providentia sumn)! Dei ex disposilione rerom, et viifus ex inagnitudine , et poteslas ex gubernatione, manifesta e^t. ( Lactanthis ^ divin. Inst.^ lib. 7 ; cap. 3.)
Magnitudinem glorise saae opéra tesiantur, coelnm , terra, maria , selher, homo ipse , qui rationis particeps ad horura cognitionem perfectus t'st , ut per ha?c visibilia imvisibikm Dei gloriam contaeretnr, {S. Hilarius ^ tract., in ps. i37;n° i3.)
Qnin po'ios eorutn ope atque adjiimento, nos ad id qnod Lis snperius est, cajnsqae bénéficie haec snnt, dnxif. Qaid enina tandem illad est quod cœlestia et terrestria quaeqne, vel per aérera, vel per aquam feruntnr; vel potius ea qnce bis priera sunt, ccelnm , terram, aereni , aquara, rerto ordine collocavit ? Quis haec rniscuit ac sejonxit ? Qoa2 mntua horatn societas , natuiîeqne roncordia et ronspiratio? hoc enim vorabulum, licet hominis a religionc nostra alieni, inihi magnopere probatur. Quis niotura bis attulit, ac perpétue minimeque impedito carsn ea moderatur? Annon eoium arlifex , et qui rébus omnibus rationem eam indiclit qna universnra ferlur et gnbernatur? Quis porro boriim artifex? Annon is qui haec procreavit, atqne in re>um naturara produxit ? (iS. Gregorius JSazianz.^ orat. 34.)
Et idcirco Deus cerla ratione cuncfa moderatus est, et jnssit hnmanis usbus eleraenta servira, ut bomines baec videnles inlelligaiit esse providentiam , et timeant a facie Dei, dnm ex rerura aeqnalitate, cnrsn, ordine atque constantia infeUigniit creatorem, (.S. Hieronymus , Comment, in Ecoles. , cap. 3.)
(i) An cum macbinalione qua'dam moveri viderons , ut spbaeram, ut horas, et alia permuba , non dubitamus quiri illa opéra sint rationis? cnm antera impetnra cœli adinirabili cum celeritate moveri vert'que vidfamus , constantissime conficientem vicissitndines universarias, cuin summa t^alule et cbnservatione rerom on.nium, dubitamus qnin in ea non soliim ratione fiant, sed etiam excellenti quad.im divinaque ratione ! [Cicero , de Nat. Deor. , Itb. 2 ; cap. 3S.)
Quod si ingressus aliqunm domum, oninia excnlla, di-^posita, ornala vidisses, utique praeesse eis crederes dorainnni , et illis bonis rébus esse raeborem. lia , in bac mundi domo, cum cœlum terramque perspicias, providentiam, ordinem, legem crede esse; univer-
temple avec plaisir les tableaux ou sont peints avec vérité les mers, les cieux les cflcts de l'air ; j'y reconnais ce Yernet qui a su saisir avec tant de précision , et rendre avec
sitatis doniinurn, parentemqae, ipsis viderii et totius mundi parti- Los pulchriorem. [Minutius Félix, Octavius , cap. i8.)
Coin Ceri non posse cogitaient, nt vel niandi hujas universi tam apte sapieniercpie confoiniata species , quaeque tania spirantiam animalmm, et ratione partira piieditorum , partira carentium, maltitadine abandaret, forluitoe ac tnaïu'tuariae causae assignaretur , nec rerum animaiaram in-mimas, ratione praedit.irum rationis expers anctor et opifex statueretur; sed polius inlelligerent , cum neqne repente ac per sese domas nlla nnqiiam ex ligiiis et lapidibas coa« lescat, nec vestis absq'ie texforis industria perficiatur, nec civitates ant republirae absqne Jegum et principium, neqne naves absqae gubernatoiiira moderatione consistant ; nec minimum quidem artis instrumentum sine artificis ex-stat inann ; neqiie navis ulla felicem ad portum appellet sapientis magistii gubernatione spoiata; malto sane minus hinc élément orum ex quibus orbis iste conflatus est, expertem animi ralioni^qne naturam , si summa illa numinis sapientia seclutîatur snapte vi, naùvaqne fa<:al:ate, vit?m simul et rationem obline:e. (Eusebius ^ Frcepar. evang. , lib. ra; cap. 3.)
Etenim , quod Deus sit, ac princeps qaaedam causa qoae res omnes procrcarit atqne conserver, tam ocub ipsi . natuialis docet : illi , dam rcbns in adspectam cadentibns aciem effignnt , casqne , et pulchre fixas, et stabiles esse, et progredi, a'q'ie immote, ut ita dicam , moveri volvique prospicinnt; haec aotem , dnm per res ocuîis sabjectns ac recto ordine coilonatas, auctorem earum conjectura quadam colligit atque assequirar. Qaonam enim modo nniversa haec rerum moles, vel prodticta unqaam fnissct , vel consisteret , niai Deus omnia in reram naturam protnliset atqae conservaret? Qaemadmodnm enim quispiam citbaram pnlcherrime confectam et elbboratam consjHciens, ejusque conciiinitatem et consliiotionem , aut etiam ipsias cilharce cantnm audiens, nihil aliud qaam ipsum ciîharae conditorem atqne citbarednm mente reputat, atqne ad eum cogitatione ferlur, eiiamsi de facie ignotam : eodem quoqae modo nobis is qui res effecit , effeclnsque raovet , atqne conservât, manifestas est, etiam>-i mente minime comprehendatur. (5. Gregorius Aazianz., orat. 39.)
Per ea enim qnae videntur , factorem invisibilem cogilamns : et quemadraodum , cum arcam aut scamnum videmus, non baec fabrnm esse dicirans, sed fabri opéra nnncupamus, et naviginm affabre factura cémentes, non illud solnm suscipimns, sed illius etiam opificern quamvis absentera, qnam maxime landamus ; et cura monile alindve colli ornamentum videmus scite elaboratum, artifici laudem
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tant de force , ces grandes beautés ; et la vue de ces beautés elles-mêmes me ferait croire qu'elles n'ont aucun auteur I Une machine artistement travaillée , qui représente le cours de quelques astres , m'indique un artiste industrieux ; j'en suis aussi sûr que d'une démonstration géométrique : et en voyant les immenses révolutions que décrivent tous les corps célestes , il me faudra en conclure qu'ils ne sont point l'ouvrage d'une industrie ! Nous estimons les ouvrages de l'art , nous apprécions l'intelligence , l'habileté , le talent , le génie de leurs auteurs , en raison de leur ressemblance , de leur conformité avec la nature ; et nous croirons que l'œuvre même de la nature n'a demandé ni génie , ni habileté, ni talent , ni intelligence I
XV. Sur cette comparaison de la nature avec les ouvrage de l'art , les incrédules font une objection : « Ceux-ci . disent-ils , nous les connaissons par l'expé- « rience ; ceux-là , nous devinons ce qu'ils doivent être : «< il n'y a donc point de comparaison à faire. »
Les deux propositions sont fausses. 1^ Il n'est pas vrai que nous ne fassions que diviner que les phénomènes de la nature sont les œuvres d'une intelligence : nous le démontrons par toutes les raisons que nous venons de présenter. 2»* Ce n'est pas seulement par l'expérience que nous savons que les ouvrages de l'art le sont aussi de causes intelligentes ; c'est aussi par la réflexion : il n'est pas nécessaire d'être instruit par l'expérience , de connaître l'auteur d'un ouvrage, d'en découvrir la cause finale, pour être assuré que sa cause est intelligente ; il suflit d'y apercevoir de l'ordre , du rapport entre les parties. Le voyageur qui n'a jamais entendu parler de la machine de Marly ignore quel est l'auteur et quel est le but de celte complication de mouvements ; il n'en est pas moins
deferimus : ita et in mundi fabrica ocalos intendentes , hojas qnidem pulcbritadinem magnitadineinqae , et ex ea mananiem utilitatem , miraïuur. Mens îiulera , his omissis, ad opificem illiim procnrrit, qni omuia sapienter extruxit. ( Theodoretus , sermo 3 j de Angelis. )
SUR l'existence de dieu. 9^
assuré que cette macliine a été construite pour un effet quelconque, et par une cause qui a connu et voulu cet effet. Le sauvage qui voit pour la première fois une montre et ses ressorts n'imagine pas qu'elle existe nécessairement, ou par hasard ; il est bien persuadé qu'elle est l'effet d'une cause industrieuse.
XYl. L'auteur du Système de la Nature s'est objecté la comparaison du sauvage considérant une montre. Il n'est pas inutile de rapporter les réponses qu'il y donne , pour présenter un échantillon de la logique de l'athéisme (1).
Il répond 1" que la nature est très-puissante et trèsindustrieuse , puisqu'elle produit des effets qui nous surprennent, et que nous appelons industrieux celui qui fait des choses que nous ne pouvons pas faire nousmêmes. Entend-il par le mot nature l'universalité des êtres? Dans ce cas comment lui prête-t-il de l'industrie? Un grain de sable sera donc industrieux; car la masse ne peut pas l'être si les parties ne le sont pas. Entend -il une puissance autre que l'univers? Il reconnaîl. donc une intelligence ordonnatrice? Sa notion de l'industrie est ridicule. Nous trouvons de l'industrie dans ce que nous faisons , dans les choses mêmes audessous de notre talent ; le plus habile horloger en voit dans un tourne-broche.
Il répond 2" que si le sauvage a idée de l'industrie humaine , il pourra juger que la montre est l'ouvrage d'un être de son espèce ; que s'il ne connaît pas l'industrie humaine , il prendra la montre pour un animal, et attribuera les étranges effets qu'il voit à un génie, à un esprit, à un Dieu. Ainsi le sauvage regardera la montre comme l'effet d'une cause connaissante et voulante : se trompant sur l'espèce de cette cause , il ne sera pas dans l'erreur sur le principe.
Il répond 3^ que le sauvage pensera que la montre
(i) Système de la nat. , tom a; cbap. 5.
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ne peut venir que du travail de l'homme, mais se gardera de penser qu'elle soit l'effet d'une cause immatérielle , d'uQ agent privé d'organes. Ce raisonnement sort de la question : il ne s'agit pas de savoir si le sauvage a une juste idée de ce que sont une intelligence, une volonté ; il en a une idée quelconque, et cela suffit: il sait fort bien que pour construire la montre , ce n'était pas assez d'avoir des mains; qu'il fallait que ces mains fussent dirigées par une raison qui eût l'idée et la volonté de l'ouvrage.
La première proposition que j'ai posée au commencement de cet article, savoir, que l'ordre admirable du monde est évidemment l'œuvre d'une cause intelligente, me paraît suffisamment établie. La discussion qui va être faite dans l'article suivant, les difficultés qu'y opposent les athées, en complétera la démonstration.
XVIL La seconde proposition, savoir, que cette cause ne peut être que Dieu, est également certaine. Elle n'a pas même besoin d'être discutée , parce que les athées n'en disconviennent pas : ils reconnaissent que , si l'ordre de la matière est l'effet d'une cause pensante et voulante , cette cause ne peut être autre que celle qui aura créé la matière elle-même. Il faut que cet effet soit produit par l'être créateur ou par un être créé : mais , dans ce second cas , la créature n'aura pu recevoir la puissance d'ordonner la matière que de son créateur; ce sera donc, même dans cette hypothèse, du créateur que viendra l'ordre du monde: non pas immédiatement, à la vérité, mais médiatement ; et cette assertion ne favoriserait nullement l'athéisme.