PREMIÈRE PARTIE
I. Comme de toutes les vérités il n'y en a aucune qui nous intéresse aussi essentiellement que le dogme fondamental d'un être suprême et créateur, il n^en est aucune qui réunisse une aussi grande quantité de preuves. Il n'existe pas un être qui ne nous fournisse une démonstration de l'existence de son auteur. Il n'est donc pas étonnant que les personnes qui se sont attachées à la prouver en aient donné, chacune de son côté, des preuves diverses, qui se sont très-multiplices. Les incrédules , qui ne perdent aucune occasion d'élever des difficultés , et de présenter les plus minutieuses chicanes comme de graves arguments, nous donnent cette variété comme une discordance. L'existence de Dieu, disent-ils, est si peu prouvée, que les théologiens n'ont pas pu encore s'accorder sur les preuves qu'ils doivent en donner. En admettant qu'il y ait eu entre quelques théologiens des disputes sur la valeur de quelques-unes des preuves apportées de l'existence de Dieu, que peut-on en conclure? Ils auront contesté sur la meilleure manière de prouver le dogme , ils n'en auront pas moins été d'accord sur le fond du dogme , puisqu'ils cherchaient à le prouver. Qu'importe la diversité sur les médiodes, quand on s'accorde sur la doctrine? Mais ce qui détruit absolument cette objection , c'est qu^elle porte sur un fait manifestement faux. Il n'est pas vrai que les théologiens aient manqué de concert rclaiivement à plusieurs des preuves de l'existence de Dieu : tous rrcou-
naissent que l'existence du monde , l'ordre qui y règne , le consentement du genre humain , donnent des démonstrations évidentes de cette grande vérité. Quant aux autres preuves alléguées par quelques docteurs, quelques autres ne les ont ])as employées, ou parce qu'ils les ont trouvées trop subtiles pour la portée de la plupart des esprits, ou parce qu'ils ont jugé qu'elles n'étaient pas nécessaires, ou ]>arce qu'ils ont pensé qu'elles rentraient dans celles dont ils faisaient usage, ou enfin, parce qu'elles leur ont paru susceptibles de difficultés qui pourraient faire impression. Il y a eu aussi quelques contestations entre divers] théologiens , non sur la valeur, mais sur la nature de quelquesunes de ces preuves : par exemple, sur la démonstration produite par le docteur Clarcke, de la nécessité d'un premier être, on a agité la question de savoir si c'est une preuve a liriori , c'est-à-dire déduite des principes, ou une preuve a fjosleriori , tirée des effets (1). Et c'est là une des disputes que les athées présentent comme une contradiction qui doit infirmer les preuves de l'existence de Dieu.
II. Ces preuves peuvent être de trois genres. Il y en a de l'ordre métaphysique , de l'ordre physique et de l'ordre moral. Je me contenterai d'en produire une de chaque espèce, tirées, la première de la nécessité d'un premier être, auteur de ce monde ; la seconde de Tordre de l'univers; la troisième, du consentement unanime du genre humain. Elles vont faiie le sujet des trois chapitres suivants.
(i) Si sur celte question de l'école on veut preiidie un paiii, r,e pçnt-on pas dire qnc la démon; tration du docteur Clarcke , dont nons allons faire u^age, est a posteriori ^ en ce qui concerr.e l'existence de l'être néces-;aire, puisque c'ait des auties êtres créés par lui qu'on la conclut ? mais qu'elle est a priori^ quant aux attributs de rétre nécessaire , puisqu'on les infère de la néces.^ité d'exister , coniinc de leur principe.