‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 30 sur 39 · Î06 DISSERTATION · texte numérisé non relu

Î06 DISSERTATION

crainte d'uiïe autre vie , ils se sont abandonnés librement à leurs passions , et ils ont atteint leur but par cette doctrine aussi efficacement que les autres par l'athéisme (1).

Ce gouvernement du monde que nous appelons providence , a deux parties , ou , pour parler plus correctement, deux objets : il s'étend aux êtres matériels et aux êtres raisonnables. Nous disons que Dieu régit les uns et les autres par des moyens différents et analogues à leur différente nature. Aux uns , il donne des lois physiques ; aux autres , il dicte des lois morales ; il imprime à ceuxlà la nécessité , il impose à ceux-ci l'obligation. Nous nous occuperons spécialement ici de la providence dans Tordre physique , c'est-à-dire de l'administration du monde matériel. L'ordre moral sera l'objet d'une autre discussion , lorsque nous traiterons de la moralité des actions humaines et de la loi qui les règle.

Quand nous disons que par sa providence Dieu régit

(i) Sunt enirn philosophi , et fuerunt, qni omnino nuUam habere censerent humanarum rcrum procuratores Deos. Quorum si vera sententia est, quae polest esse pietas, quae sanctitas, qnae leligio? Haec enim omnia pore et caste iribaenda Deorara numini ita sont, si animadverlantur ab his, et si est aliquid a Uiis imnjortalibus hominam generi tributorn. Sin autem Dii nec pos^unt nos juvare, nec volunt,nec omnino curant, nec quid agamus animadvertant , nec est quo I ab bis ad hominnm vitara permanare possit , quid est quod nllos Diis immortalibus caltas, honores, preces adlubearans? In specie aulem fictae siranlationis, sicut rcliquae virtutes, ita pietas inesse non potesl , cam qua simul et sanclitatem et religionem tolli necesse est; quibns soblatis, perturbatio vitae sequitur, et magna confusio. Aique h.nud scio an, pietate adversus Deos sublata , fides etiam et societas haraani generis, et una excellentissima virtus, justitia, tollatur. (Cicero , de nat. Deor^ lib. i, cap. 9).

Si quis enim haec Deura curare neget, vel eum non esse astute profitebitur ; vel si s-il, pravitate gaudere, aut lapidi similem manere dicet : nec qnidqiiara esse virluiera et vitium, sed sola opiriione baec .nb hominibus bona aut mala judicari : qdae sane raaiima miquitas, et injustiiia est. {S. Justinus, ApoL i , cap. 38).

Causa autem tantorura scelerum illa est, quod putaverunt providentiara non esse super f erram , nec Deum curare mortalia, (5. Hieronjmiis , Comment. inEzeck., lib. 3 cap. 10).

scR l'existence de dieu. 207

le monde et en règle les événements , nous n'entendons pas que pour chaque fait , pour cliaque circonstance de chaque fait, Dieu rende un nouveau décret. C'est ainsi que l'homme est forcé d'agir; il nepeut rien administrer quepar une succession de volitions immédiatement appliquées à chaque objet : mais la providence de Dieu, éternelle comme lui , infinie comme lui , a compris dans un seul et même décret tout l'ordre du monde, toute la suite des événements, tout l'enchaînement des causes secondes. Si l'on admet que l'éternité de Dieu n'est pas successive, il est aisé de concevoir que cet unique décret se trouve à la fois éternel et contemporain de tous les événements temporels qu'il règle. L'instant indivisible qui forme Téternité correspondant à la révolution des instants qui composent le temps , le décret qui , dans Dieu , est absolument simple et momentané , a dans les créatures des effets successifs : c'est dans le moment où Dieu les ordonne^ que s'écoule le temps dans lequel ils se succèdent. Dans le système contraire , c'est-à-dire en admettant l'éternité successive^ Dieu, de toute éternité , dans un unique et, si on peut s'exprimer ainsi, primitif instant, a porté toutes les lois physiques, ordonné toutes les causes secondes, d'après lesquelles tout arriverait dans le monde. Les dérogations mêmes que sa sagesse a jugé devoir apporter à ces lois , ont été en même temps déterminées. La providence de Dieu consiste donc dans ce décret originaire, créateur et ordonnateur de l'univers, et dans la constante volonté de le faire observer : elk ne diffère point de l'éternité et de l'immutabilité de la volonté divine.

IL Cette exposition prévient une objection familière aux incrédules, savoir, que Dieu se conduit non, conune les vils humains, par des lois particuhères, momentanées, successives et changeantes, mais par des lois générales, éternelles et immuables. Les lois divines sont en effet, comme je viens de l'expliquer, éternelles et immuables; mais elles sont de plus à la fois générales et particulières; elles embrassent la totahté des êtres,

et s'appliquent à chaque individu : c'est un seul acte de la volonté divine qui ordonne tout l'ensemble et tout le détail; et on s'exprimerait plus exactement en disant qu'il n'y a qu'une seule loi , qui a prescrit en même temps tout ce qui devait à jamais arriver.

IlL Nous disons donc qu'il est impossible d'admettre l'existence d'un Dieu, sans reconnaître sa providence (1). Et, en effet, les preuves qui établissent l'une , démontrent en même temps l'autre.

jNous avons vu l'existence de la Divinité prouvée par le consentement unanime du genre humain; mais ce n'est pas une divinité étrangère aux choses de ce monde que tous les peuples oat adorée : leurs adorations mêmes prouvent qu'ils en espéraient du bien, qu'ils se flattaient d'en avoir reçu ; le culte est la conséquence immédiate de la foi d'une providence (2).

(i) Ne dicas : Non est providentia. {Eccl. 5 ; 5).

Tua aatein, Pater, providentia guberiiat. {Sap, 14 , 3).

Quae qui videat, non inde est, solum verum etiam impie facit, si Deos esse neget. Ncc sane mulîum inteiest utrnm id neget, an eos omni procaraiione atqne acfione privet. Mihi enim qui nihil agit esse oinnino non videtur. [Cicero , de nat. Dtor.^ lib. 12, cap. 16).

Oportet ut qui cieatorem hujus mundi adminunt Deura , ejus sapieniitc et jnstitiae operum omnium cuslodiam et piovidcntiam assignent, si quideai in suis prinripiis permanere velint : et cura de his iia sentiant nihil omnino, ncque in cœlo, neque in terra, gubernationis expers exisriment ; sed ad omnia latentia, si\e extantia, sive magna, procurationem creatoris perraeare cognoscant. Egent enim res ctealae oranes creatoiis procuratione ; sigiilatim aulera quaeque, prout a natura institufa est, et ad quod inslituta est. [Athenagoras ^ de Restir. mort. , n° iS).

Epicuri doctiina hœc est , iiupriinis nullam esse providentiam ; et idem Deos esse non abnnit ; uirumque contra rationera. Nam , si sunt Dei , est igitur providentia ; aliter enim Dens intelligi non ])0test, cujus est proprium providere. Niliil, inqnit, curât ; ergo non modo bumana, sed ne cœîestia quidera curât. Quomodo igilur, ant unde esse illnm affirmas? Exclusa enim providenlia cnraque divina , consequens erat ut non esse omnino Deura diceres. Nunc, cum verbo rebquisti, re suslulisti. (^Lactantitis ^ Epitome div. inst. cap. 36). Vid. idem .^ de Ira Dei ^ cap. g.

(2) Ethnicorum qnidem, qui minus illecebris et voluptatibus servierutit, et non in tantnm superstitione idolorum abducti sunt, prc-

SLR l'existence DE DIEU. 209

ly. Et ce (jui a inspiré à tout le {jcnie humain cette persuasion de la Providence , et aussi ce qui lui avait principalement donné la cerlilude de l'existence de Dieu, c'est la permanence constante et imperturbable de l'ordre magnifique qui existe dans le monde (1).

videnlia ejus nioti , liccl lenuiter, tamen conversi siint ut diceient fabriratoreiu hujns nniversitalis p itrein omnium, providentera , et disponeiitem secundum nos mundum. (5. Irtnœus, contra Jiœres. lib. 3 , cap. 25 , n** i).

Prima incidit qnaesiio ; sitce aliqun provideiilia . qnae aut fecerit , aut regat inundnm ? Esse nemini dubium est ; sicju.dem oninium fere philosopbornm , prœter scholain Epicuri, iina vox, una eententia est , nec sine auctore constare. Itaque, non solum a doctissimis viris, sed et omnium moitaliam testimoniis, ac sensiLas, redaiguilur Epicarus. Qnis enim de providenlia dubilet, cum videat cœlos terramque sic dispo^ita , sic temperaîa esse universa, ut non modo ad pulcbritndir.em ornatumqne mirabilem, sed ad usum quoque hominum , caeterornraqae viventium commoditatem, aptissime convenirent. {Laccant.^ di\>. irist. epitom.^ cap. i).

(i) Qaemadmodum anima in honiine non videlur , sed , cum fugiat homanos visns, ex motu corporis inteUigitur ; ita ei Deus bumanis oculis v;deri non jiOtest , sed ex providentise operibus videtur et intelligitcr. Quemadmodam enim navem quis in mari inslructam et cnrrentem videns, et ad bttus appellentera , procnl dubio gnbernatorem in ea esse judicabit a quo gubernetur ; ita Deus omnium gubernator intelligendns est , quamvis non videatur carnis ocubs. (Theophiliis ad Autol. , lib. i ; cap. 5).

Est igitur divina providentia , nt senserunt ii homines quos nominavi, cajns vi ac potestate omnia qnae videmns, et facta sunt, et leguntur. Nec enim tanta rernm magnitudo , tanta dispositio, tanta in seivandis ordinibus temporibnsque constantia , aut olim poluit sine provido artifice oriri, aut coiistaret tôt sœcubs sine incola potenti , aut in perpetuura gubernari sine perito ac seniiente rectore. Qaod ratio ipsa déclarât : quidquid enim est quod babet rationem , ratione sit orliim necesse est ; ratio aiatem sentientis sapientisque natnrœ est ; sapiens vcro ientiensqne natnra , nbil aliud polest esse quara Dens. (Lacla/itius , de Ira Dei., cap. lo),

Quod omnia ad Dei providontiam et gubernaiionem perlinent , etiam qnse irrationabilia et insensibiUa sunt, qaadam ralione veritatis interrogata respondent. (S. Hieron.^ Comm. in Job ^ cap. 12).

Quid ergo ? dicet a'iqnis, vis me ceno scire ac ciedere Dei providentia res onines régi? Yolo eqiiidem, et opto, ac vebemeuter desidero ; non tamen ejus providentiam scrutari , neqiie curiose inqnirere. Si enim jamscis, et bdem statuisli, nob quiereie : sin autem dubitas , terram interroga, cœlum , solem, lunam, varia bruta-

Nous ne répéterons pas ici ce que nous en avons dit ailleurs (1) : mais nous en conclurons avec tout le genre

ram aniraantium gênera ; interroga semina , plantas , mutos pisces , saxa , montes, saltos , colles, noctem , diera. Siquidem sole et radiis ejas clarior est Dei providentia ; et quovis tempore , quovis loco , in desertis regionibns , cnltis et incultis, in terra, in mari, et qaocuraqae te contnleris , manifesta et idonea cam vetera, tum nova providentiae istins monumenta conspicies; vocesque nndique niissas , hac nostra rationali voce clariores, e quibus de hac ejus cura instraetar qui anies volaerit admovere. Idcirco Propheta quoqae vocum istaram preeslantiam volens ostendere , dicebat : ^^on sunt loquelœ neque sermones , quorum non aiidiantur voces eorum. Nam nostra qoidem nola est illis tantam qni ejusdem sont linguae ; non item iis qui diversse. At vox illa qiiœ roittittir a creaturis, ab omnibus qui totum orbem terrarnm incolant nationibus polest andiri. [S. Joannes Chrysost. ad eos qui scandalizati sunt ^ cap, 5.) Vid. idem, ad Pop. Ant., homil. 9, n" 2,3,4. Dcemones non gubern. mundum , homii. I , n<^ 8 ; Expos, in ps. 144 , n^ %.

Qai providentiae habenis fidem habere nolnnt, et mnndum hanc , qui cœlo et terra constat, sine auriga gnbernatore tanta cum consonantia et ordine ferii, nimiura imprudenter asseverant, perinde mihi facere videnlur ac si qais in navi sedens , pontomque trajiciens, gnbernatorem quidem clavura tenere, et gabernacnlo pront est opus movere , et nunc qoidem in dexterum, nanc vero in sinistrnni latas declinare , navimqoe ad qooscumqae portus vellet appellere videat, intérim tamen manifeste mendax, verilatem oppngnare stodens, gnbernatorem pnppi insistere neget ; tnm ipsam navim , nec remis jnstrnctara esse, nec ciavis motu dirigi , sed sua sponte ferri , et per se flucianm procellas superare , eumqae ventoruni incnrsionibus decertare dicat , irao nec nautarum auxilio , nec nauclero , -quae in communi consfilens, nantis quae facienda suntimperet, opus esse contendat. (Theodoretus^ de Provid.,orat 2.)

Sunt haec omnia , sed principaliler non snnt , quia in semetipsis minime subsistont , et nisi gubernatoris manu teneantar esse nunquam possunt. Cnncta namque in illo subsistont a quo creata sunt ; nec ea qnae vivunt sibimetipsis vitara tribuont ; neque ea qoae moventur, et non vivant, sois nutibas ad motum duountor. Sed ille concta raovet qui qoaedam viviflcat , quaedam vero non vivificat, in extiemain essentiam mère ordinans servat. Concta quippe ex nihilo facta sunt ; eorumqne essentia rursnm ad nibiluni tenderet, nisi eam aoctor omnium regiminis manu retineret. Omnia itaqne quae creata sont, per se nec tubsistere praevalent, nec moveri : sed in tantnni subsistant , in quantum ot esse debeant acceperunt ; in tantum moventur, in quantum occnlto instinctu disponantor. ( S. Gregor'us Mas;.^ Moral.., lib. 16; cap. 37 ; n» 45.

(i) Voyez cx-àessns partie I, chap. a ; art. i.

SDR l'existence DE DIEU. 211

humain que le hasard est aussi incapable de maintenir la disposition de l'univers que de la produire; qu'ainsi c'est la même volonté qui a tiré le monde du néant , qui le conserve aussi constamment le même (1) ; volonté que nous appelons toute-puissance relativement à l'un de ces actes , providence par rapport à l'autre.

V. Si Dieu ne dirigeait pas l'ordre du monde , ce serait ou parce qu'il en ignorerait les moyens, ce qui ré» pugne à sa toule-science ; ou parce qu'il ne le pourrait pas , ce qui est contraire à sa toute-puissance; ou parce qu'il ne le voudrait pas, ce qui serait indigne de sa sagesse et de sa bonté , qui lui font vouloir tout ce qui est bien (2),

Dieu est bon, nous l'avons montré. Mais quelle bonté

(i) Sicnt omne corpas, mens et anima gnbernat, ita et mundam Deas. (Lt/cc, dt Ira Dei, c. lo.)

Creatoris namque potentia, atqae omnipotcntis et omaitenentis vir« tus caa^^a snbsistendi est omni creaturae : quae virtas ab eis qnae creata siintregendis si aliqnando cessaret simulearom cessaret species, omnisqoe natara concideret. Neqne enim sicot straclor aedium com fabricaverit abscedit, atqae illo cessante atque abscedente stat opus ejas, ita mundas vcl ictu oculis tare poterit, si ei Deus regimen sui substraxerit. {S. Augiistinus^ de Genesi ad lie, lib. 4; cap. 12 ; no 22.)

Per se quippe mundam régit qaem per se condidit; neo eget alieno adjatorio ad regendnni , qui non eguit ad faciendum. Sed haec idcirco colliguntur, ut liquido indicet quia omnipotens Deus, si per semetipsum regere non negligit qiiod creavit , qnod bene creavit , utique bene régit: quia quod pie condidit, impie non disponit ; et qui necdum facta curavit ut essent , qnae sunt facia non deserit. Quia ergo prcesens est in regiinine qui auctor extitit in creatione , ideo caram nostri non deserit. [S. Gregorms Mag., Moral., lib. 24 ; cap. 20; no 4^-)

(2) A)exander, Aristotelis discipnlus, libro de Providentia ita scribit : Dicere Deurn nulle rernm humanarura cnram gerere , a Dec prorsus est alienum. Invidiae enim cujnsdam est, et plane nialignîe natarœ , meliora non facere , cam possit. Cum vero utrunique borom alienum sit a Deo , nec ambj in illo utique reperientur, nec alterutrum. Quocirca relinquitur nt possit et velit Deus rernm nostraruni curam gerere ; si anteni vult et potest , utique manifestum est. Nihil ergo , ne minimum quidem, absque Dei cunsilio et voluiitate, fieri par est. ( J. Cyrillus Alex, contra Jul, lib. a.)

aurait un être indifférent à tous les autres ? Si c'est sa bonté qui l'a engagé à donner l'être à des créatures , elle ne peut pas les lui laisser négliger (1).

Pouvons-nous croire que Dieu n'aime pas ce qu'il a créé? Si , comme on n'en peut douter, il chérit ses propres perfections, peut^on penser qu'il n'aime pas les êtres dans lesquels il en a imprimé quelques traits? S'il les aime, les abandonne-t-il ? et pouvant régler leurs destinées, les confie-t-il au hasard (2)?

\I. Nous avons dit que non-seulement il y a dans Dieu une providence , mais qu'elle est universelle (3).

(i) Et primo eoram asserti mem (lefeilam) qai Denm patant coram mundi nequaquam babere : sicut Aristotelts asserit , nsqne ad lanara ejas desceudere providentiam. Et quis opeiator negligit operis sui curain ? quis deserat et destituât quod ipse condendum potavit ? Si injaria est regere , nonne est major injaria fecisse ? cum aliquid non fecisse, nalla injuria sit ; non curare qnod feceris, summa inclementia. {S. Ainbrosius, de Offîc. minist,, lih. i ; cap. i 7 ; no 48.)

(2) Epicuras vero ex animis huminum extraxit radicitns religionem , cam Diis immortabbus et opem et gratiam sustulit ; cam enim optimam et praestantissimam naturam Dei dicit esse , negat idem in Deo esse gratiam , tollit id qnod maxime proprium est optimae praestantisimaeque naturae. Quid enim raelias, aut quid praeslantins bonitate et benefîcentia ? qua cum carere Denra vultis , iieminem Deo, nec Deum nec bominem , charam, neminem ab eo amari , neminem dibgi vultis. {Cicero , de ISat. Deor. , lib. i; cap. 43.)

(3) ÎSos, sicul incorporeum esse Deura , et omnipoler.tem , et invisibilem, ita eum curare moitalia, et nibil absqne ejas providenfia geri , neque in cœlo , neqae ii teris , certo et immobil dogmate contitemur. Mémento quia nibil sine providentia ejus geri diximas - non sine voiuntate. Muita enim sine voluntate ejus gernntar , nibil sine providentia. (^Orlgenes^ in Gènes. .^ homiî. 3; no 2.)

Quid enim non plénum est providentia Dei ? qaid non clamât proviso'em Deum ? {Euseb.^ de Resiir., lib. i) Fid. idem, Prœpar. evang. lib. 6 ; cap. 6.

Quidquid in niundo, vel bonorum accidit , vel maloram , non absque providentia et fortuitocasu accidit , sed jadicio Dei. {S. HierO' nymiiSj Comment, in Jerem., lib. 3 ; cap. 12.)

Inde liquet neminem esse quin Dei providentia fruatur. Quod si non omnes ùno eoderaqne modo , boc quoque magnum providentiae genus est. Nam ut cuique utile esse })otest ratio providentiae accommodatcr. {S. Joannes Chrjrsosc.^ in Matth. homil. 28 ; n^ 3.)

SUR l'existence de dieu. 213

Les mêmes raisons qui l'établissent prouvent qu'elle doit s'étendre à tous les êtres; tous sont les créatures de Dieu , tous ont des relations établies par lui avec d'autres êtres , tous ont besoin qu'il maintienne ces relations particulières, nécessaires à l'ordre total. Ce que nous disons des êtres est également vrai des événements. Si ou reconnaît que Dieu en règle quelques-uns , on doit avouer qu'il les dirige tous. Il n'y a pas de raison pour qu'il soit l'auteur des uns et non des autres : il a la même onnaissance de tous , il a la même puissance sur tous; qu'est-ce qui rempèclierait d'avoir, à l'égard de tous, la même volonté?

J'ai répondu ailleurs à une objection des incrédules, que ne connaissant pas la destination de tous les êtres, nous ne pouvons pas juger qu'ils sont dirigés par une providence sage (1); et j'ai fait voir que notre ignorance sur plusieurs des vues et des moyens de la Providence , ne devait pas nous empêcher d'y croire (2).

Je répondrai aussi, dans un article particulier, à d'autres difficultés contre la Providence , que l'on tire des maux divers qui affligent le monde (3).

yil. Une autre objection plus digne d'un homme grossièrement ignorant que d'un philosophe , est celle que Cicéron met dans la bouche d'un épicurien de sou temps, et que ceux du nôtre n'ont pas honte de réchauffer. En chargeant la Divinité du gouvernement de toutes les choses du monde , on lui impose une charge

(i) Voyez cidessas, part. /, chap. i ; art. 3; n" 25.

(2) Heec igiiur cum explorata sint nobis , ita de providentia Dei philosopheuQur , eisque qui contradicnnt os obtaremus. Quod sfqaid accidat quod iiientem nostram excédât , ne ideo res no&tra'î divina régi providentia negemus ; sed , cum eam ex. parle coinprebenderimas , in iis ([uae comprehendi minime queunt , irivestigabib ejus sapienliae cedamus. Si enim hoir.inis artilîciura bomo imperitus assequi minime potest , ranlto niagis impossibile est ut immensam Dei providentiam intelligat mens huroaria. (5. Jonnn. Chrysost., Damoucs non giibern. rnundum., homil. i ; n° 8.)

(3) Voyez ci-dessus, chap. \i.

énorme , et on l'embarrasse d'une multitude d'affaires incommodes et pénibles (1). Comme s'il pouvait y avoir quelque chose d'incommode et de pénible pour l'être qui connaît tout par une seule pensée, et qui peut tout par une seule volitionl Ils mesurent les facultés de l'être suprême sur les leurs propres , ceux qui font de pareils raisonnements. S'il nous est permis de raisonner d'après nous-mêmes sur cet être incomparable et incommensurable, nous devons dire au contraire: limités comme nous le sommes, nous avons lepouvoirde régler plusieurs choses ; celui qui est infini peut donc tout ordonner (2). VIII. Quelques autres philosophes enseignaient qu'il est indigne de la Providence de s'occuper de choses pelites et viles (3) ; d'après cela , il y en avait qui , bornant son influence aux choses célestes, la disaient indifférente à celles de la terre (4). Ainsi il serait indigne de Dieu de conserver , de diriger , de gouverner des

(i) Sive in mnndo ipso Dens inest aliqnis , qui regat, qni gnbernet, qui concursns astrorum , mufalionei temporum , reriim vicissitadines ordinesqae conservet, terras et ruaiia contemplans , hominum coramoda viiasqne tneatnr ; nec ille est implicatas raoleslis negotiis et onerosis. Nos autein beatam vitarn in animi secarilate , et in omniam vacatione manerum ponimas. (Ciceroy de JSat. Deorutn, llh. i ; cap. 20.)

(2) Ariiinadverti rnentem tnam, etiam dum inest in corpore , ex arbitratu sno corpus gubernare. Quamobrem aestimanduui est sapienviam illam quse est in universo sic omnia regere, quemadmodum ipsi gratam est. Nara Inus ocnlas ad roulta nsque stadia pertingere po» test ; et non potest Dei oculus simul omnia inîueri ? Namque tuas animus, tum de rébus quae hic accidunt, tutn de illis qu* in vEgypto sont et Sicilia cogitare potest; et non potest Dei sapientia simal omnium Iiabere curam .►• (l^enophon ^ de Diccis et factis Socrath , llh. !.)

(3) Minora Dii negligunt : nec agellos singulornra , nec viticulas proseqnnntur ; nec si uredo , aut grando , quidpiam nocet , id Jovi advertendum fuit- (Cicero, de Nat. Deor., lib. 3 ; cap. 3.)

(4) Porro quud sequitur, Dereliquit Doininus terram, quorumdam etiam philosophormn sententia est , qui ex sidemm cnrsa atque constanfia suspicantnr esse in cœlestibas providentiara, et terrena contemni; du/jj nihil recti , nec juxta ordinem , in ferrfs geii'ur. {S. Hieronyrtuis, Comment, in Ezech, lib. 8 ; cap. 8.)

êtres qu'il n'a pas été au-dessous de sa grandeur de créer I Pour lui , il n'y a point de choses grandes et de choses petites. Les différences qui nous frappent disparaissent devant l'infini. Il n'y a dans la nature aucune partie qui soit vile en elle-même , qui le soit par rapport à son créateur. Gardons-nous , c'est la réflexion d'un philosophe païen, de rabaisser l'auteur du monde au-dessous des ouvriers mortels : plus ils sont habiles, plus ils s'occupent de perfectionner et d'adapter les unes aux autres toutes les parties , grandes et petites, de leurs ouvrages (1); Dieu, admirable par sa puissance jusque dans celles de ses œuvres qui nous semblent les moindres, l'est encore par sa sagesse, qui les dirige et les conduit à leur fin (2).

(i) Atheniensis. Qiiid vero , cum medicos totnra corpas curare volait ac possit , si magna providebit , pari^a contempserit, an bene haie anquain se totum habebit ? Ciinias. Nunquam. Ath. Sed nec gubernalores, nec imperatores, nec patresfarailias , neque civitatum moderatores , neque ulli omnino taies , pancis et parvis neglectis , recte niulta et ingentia gubernabunt. Nam lapides qnoque niagnos sine parvis bene strui negant architecli. Clin. Certe. Ach. Caveainus aotem ne Denm mortalibus opificibus viliorem putemus. Isti sane, quanto peritiotes sunt , tanto arte ana in propriis ipsorum operibus, et parva siinol et magna exquisitius absolutiusqae perlîciunt. Deus vero , qui sapientissiraus est, et enraie potest , et vult, raagnis qnidem providebit solum , parva autem , quae facilius gubernari possunt , propter pigritiam et ignaviara negliget ? Clin. Nulio modo banc bospes de Diis admittendam opinionem pntamus : nefaria enim haec et falsa penitus cogitatio. Plato, de Legib. , lih. to.

(2) Quod autem ore sno Salvator , cum dicit unnra passerem non cadere in tei ram sine Dei voluntafe , et quod fœnum agri post panlalum mittendum in rlibanum ipse tamen vestiat ; nonne confirmât non solum totam islius mundi partem rébus mortalibus et corrnptibilibas deputataiii , verara etiam vilissimas ejus abjectissiraasque particalas , divina providentia régi ? {S. Au£.^ de Gen. ad lit., lib. 5 ; cap. ii ; n°42.)

<^ui summa régit, eliam extrema non deseiit ; qui sic impenditnr maximis, ut tamen haec eadem cura regiminis non praepediatnr a parvis. Qui enim nbique praesens et ubiquc aequalis est , etiam in dissimilibus sibi ipsi dissimilis non est. JEqne ergo omnia prospicit , aeque omnia disponit , qui in omnibus locis prsesens, nec localiter

Page 1