‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 32 sur 39 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

RÉPONSE AUX DIFFICULTÉS CONTRE LES ATTRIBUTS DE DIEU TIRÉES DES MAUX Qu'ON VOIT DANS LE MONDE.

]. Je commence par renouveler une observation que j'ai déjà faite plusieurs fois. Quand il nous serait impossible de concilier avec le dogme de la Providence l'existence d'aucune espèce de mal , nous ne serions pas fondés à rejeter la Providence , parce qu'il est tout naturel que nous ne comprenions pas toutes ses œuvres. Cette vérité est évidente , soit que l'on considère l'effet, soit qu'on lève les yeux vers la cause. De quoi s'agit-il? de Tunivers; de qui s'agit-il? de Dieu. JNous ne pouvons ni embrasser dans notre esprit la totalité de l'un, ni pénétrer dans la profondeur des conseils de l'autre ; il doit donc y avoir, soit dans l'un et dans l'autre , soit dans les rapports de l'un à l'autre , beaucoup de choses tjui passent notre compréhension.

Avant d'entrer dans le détail des maux cju'on nous objecte, commençons par examiner une difficulté générale, et qui en comprend les diverses espèces.

IL u On ne peut juger de la nature d'une chose que M par ces effets ; et dans le fait , c'est par l'ordre qu'on " dit régner dans le monde , que l'on prétend prouver « l'existence d'une Providence sage, bonne, qui l'a « créé et qui le gouverne. Mais en concluant d'un effet «< à sa cause, nous devons les proportionner l'un à l'au- » tre : il ne nous est pas permis d'attribuer à la cause «« plus de qualités qu'il n'en faut exactement pour pro- « duire l'effet. Un corps de dix onces s'élève dans une « balance ; cela prouve que son contre-poids excède dix <c onces , mais cela ne prouve nullement qu'il excède « cent onces. Les êtres doués d'intelligence et de raison «< ne diffèrent point , à cet égard , de la matière brute et

SDR l'eXISTExNCE DE DIEU. 227

« insensible; les causes n'étant connues que \)zv leurs .« elTels^ nous ne pouvons leur attribuer d'autres quali- <t tés que celles qui sont précisément requises pour la <i production de ces effets. En accordant que Dieu soit '« l'auteur de l'existence de l'univers et de l'ordre qui « y règne , il s'ensuit qu'il possède ce degré précis d'in- * telligence , de pouvoir, de bienveillance, qui éclate « dans son ouvrage; mais il n'en résulte rien de plus, « Il est contraire à toutes les règles de la logique de lui u attribuer une sagesse, une bouté, une justice, une u sainteté , qui ne se font point sentir dans ce monde « plein de désordre^ de maux, d'injustices et de vices; v< le seul dont nous ayons connaissance. >•

Le principe sur lequel porte toute cette objection est qu'on ne peut juger de la nature d'une cause que par ses effets ; assertion fausse en elle-même , plus fausse encore appliquée à TEtre suprême.

III. En premier lieu , un être qui en produit un autre peut être considéré ou en lui-même , ou relativement à son effet; ou comme être, ou comme cause. Considéré comme cause, on peut juger ses facultés, ses moyens de produire, ou par son effet, ou parce qu'on en connaît d'ailleurs. Je conviens que quand on juge une cause uniquement d'après son elïet, on ne peut pas affn-mer qu'elle ait une force, une capacité plus grande que celle qui est strictement nécessaire pour produire cet effet; mais ce serait raisonner aussi mal, que d'assurer, à la vue d'un elïet quelconque , que la cause qui l'a opéré n'a pas une force, une capacité supérieure à ce qu'exigeail strictement l'opération. La raison en est simple : c'est qu'une cause peut très-bien ne pas déployer toutes ses facultés dans la production d'un tel effet. Je vois un ouvrier faire un tournebroclie ; je n'en conclurai certainement pas qu'il puisse aussi faire une montre ; mais je raisonnerais tout aussi inconséquemmenten prononçant qu'il en est incapable. JNous voyons tous les jours autour de nous des gens faire des choses qui n'exigent pas l'emploi de toutes leurs forces, soit

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