‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 5 sur 39 · ARTICLE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE QUATRIÈME

L'être nécessaire est immuable.

VII. L'immutabilité de l'être nécessaire , c'est-à-dire sa propriété de ne jamais changer, de rester toujours le même, est la conséquence immédiate de ce que nous avons établi jusqu'ici (1). Nous avons montré qu'il est

(i) Tu autemidein ipse est et aiu)i tni non déficient. ( Pj. ioi.'^B.)

Ego Djrainus, et non mulor. ( MalacJi. 3, 6. )

Apad quein non est (ransinutatio , nec vicissitudinis obuinbralio, ( Jac. 1,17.)

Non deinutatar quod sit œfernum , amissuium scilicet qnod fue* rat, duin lit ex dt-matalione qnod non erat , si non esset ailernnra ; Doniinuin vero œiernum aliud esse non posse qaain qaod est seru-

per Sed aRternitas amitii non potest : quia nisi aniitti non possir ,

seteriiitas non est. Ergo nec deinutationeni potnit adm'sisse, quia >i aeternitas est , demutari nullo modo potest. ( Tertullianus contra Hermogenem , cap. 12.)

Si legisset inler Prophetarnra testinionia istnd Davidis, Tu nutem ipse est, et i'daJ îMaiachiae , Et^o suin et non muter , vidisset niillum e nostris Iribaeie Deo rautationem, aut facti aut cogitationis. Nara idem ipse manens, mntabilia pro eorara natara administrât. [Orige^ nés ^ contra Celsuin , Lib. 6; n° 62,)

Potestas enim , vel virtus absoîula , retinet snani propriam fîrmitatem. Id auteiu solidnm ^e3tiloanduIn est, cui nihil decedere; id perfedura , cui nihil potest aocedere. [Lactantius ^ Divin, instiî. , lib. I ; cep. 3.)

Non opiner, demuiabilis Deus est, neqne in oeternitatem cadit , ant viiiuin, aut emendatio, ant profectus, aut dainnura .• sed qnod est semper est; \mc enira Deo est petuUare. Quod semper est, li'<here aliqnando in natara non poterit ur non sit. [S. Hilarius .^ de Trinit., lib. 3, n" i3.)

At inscrip'ii» pro his qui mntabuntnr hune niibi videtur hr.b«-re seiisnm, solam divinam naturani omnis conversionis et mutationis experteiu esse. Non enim es" ad qnod mntaîione utaïur, cnm in nniverdum non sit cq'ax uiali ; ad id vero qnod nielius est transmntaii nequeat. Nam nulunn l)onnm est propter qnod in eu/u mu'alio cadat. Non enim reperilur udtim bonura ad quod transeat, nielias illo qnod ipse babet. (.S". Gregorius Nyss., tractatus alter in psahnis , cap. 'ig.)

Deus enim ne jue defec'onem aut diminationem patitur, neqiie

nécessairement ce qu'il est ; il ne peut donc pas devenir autre qu'il est. Nous avons, dans le même article, établi que toutes ses propriétés lui sont essentielles : or, aucun être ne peut changer d'essence, ce qui lui

adjectionem capit. [Sanctus Jmbrosius ^ de Gain et Abel , lih. i; cap. 2, n° 8.)

Si mutationera adiniseiit , irao mutationem in pejas , quomodo Dens fuerit? Nam mutari longe est ab immorfali iila natara. Qaa propter Prophela dicebat : Omnes sicut vestimentinn veterascent ^ et sicut opertorium mutabis eos , et mutabuntur : tu autem idem ipse es , et anni tui non déficient. Hœc quippe substanlia omni mutatione superior est ; neque alind quidpifim illo melior est , ut proficiendo possit ad illud pervenire. Quid djco nielias ? nihil ei par est , vel tantillnm ad eura accedit : seqnitur ergo ipsum in pejus mutatum esse, si rautatus sit. Hoc autem non potest Deus esse. (S. Joannes Chrjsost. in Joan. homil. 1 1; n» 2.)

Jam vero Angelas,etin A ngelo Doininns , dicebat Moysi qaaerenli nomen snum : Ego sum qui sum. Qui est misit me ad vos. Esse nomen est incoiniunfabilis. Ornnia enim qnae rautantur desinunt esse qnod erant , et incipiunt esse qnod non erant. Esse verura, esse sinceium , esse gennanoia non habet , nisi qni non mutatur : ille habet esse, oui dicitur : HJutabis ea , et mutabuntur ; tu autem idem ipse es. Quid est : ego sum qui sum , nisi : œternus sum ? Quid est : e"o sum qui sum., nisi: mutari non pos^nm ? (S. Augustinus ^ sermo 7; de lect. Exodi, n° 7.) P'id. idem de Moribus Eccles. cathoi., lib. i;cap. 10, n» 17.

Vera îeteinitas, et vera imraortalitas non est nisi in deitate Trinitatis, cui quod est esse perpetnnra est ; et neque per initium, neque ner increraeiitum, neque per defectum , uilam recipit mutabilitatem. (S. Prosper, Expos, inpsalm. 2; versu 28-)

Firmata enim, atque stabilita est Dii natura in propriis suis bonis ; et imrautabiliter in suo statu permanet. Natura enim creata quaeque Jempore ad esse traducta est, mutationi obnoxia est; vereque id de hujns modi dici polest. Nam quidquid existendi principium accepit , ei etiam qnodam modo insitum est ut muiaii possit. Deus vero, qui o:nnem intellectum superat , et existentiam ab orlu atque interitu liberam habet, omni mutationi superior est. [S. Cjrrillus Aîe.i.^ diaL 8 ; de incarn. Unigeniti.)

f!5seenim Dei est œternum hune atque incommutabilem p/eimanere. Nam omne quod mutatur desirùt esse quod fuit, et incipit esse quod non fuit; Dei veio esse est dissimiliter unquam esse. {S. Gregorius illag. in Ezcch., lib. i; homil. 2, n. 21.) f-'id. idem, Moral, lib. 5 ; cap. 38 , n' 68 , et lib. 18; cap. 5o, n > 82.

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est essentiel lui est tellement inhérent, qu'il ne peut pas ne pas l'avoir. L'être continjjent, qui peut être détruit, ne peut pas, tant qu'il subsiste, perdre sou essence : l'essence de l'être nécessaire est indestructible, comme son existence.

Tout changement provient d'une cause externe ou interne. Il serait déraisonnable de prétendre que des êtres contingents eussent sur l'être nécessaire la puissance de changer sa nature; il répugne également que la nécessité d'exister soit un principe de variation.

Si l'on admet le système de l'éternité non succès-^ sive, on aura un nouveau motif d'être persuadé de l'immutabilité de l'être nécessaire ; où il n'y a pas de succession , il ne peut pas y avoir de changement : un être ne peut pas exister dans le même instant , de deux manières difterentes.

Je ne crois pas devoir insister plus longuement sur l'immutabilité de l'être nécessaire , relativement à sa nature , parce que ce point n'est pas contesté par les athées. Selon eux, la matière, qui existe nécessairement, est immuable dans sa nature, et ne varie que dans ses formes. Nous discuterons leur système incessamment, quand nous examinerons si la matière est l'être nécessaire. Nous avons ici contre eux une autre question à traiter : c'est de savoir si l'être nécessaire, reconnu immuable dans sa nature , l'est aussi dans ses opérations, dans ses volontés, dans ses pensées.

VIII. « L'être éternel, disent-ils, est immuable, si, a par cet attribut , l'on entend qu'il ne peut changer « de nature. Car si l'on voulait dire par là qu'il ne « peut point changer de façon d'être, on se trompe- « rait sans doute; puisque, même en supposant un a être immatériel, on serait forcé de reconnaître en lui « différentes manières d'être , différentes volitions , diffé- « rentes façons d'agir, à moins qu'on ne le supposât totaa lement privé d'action , auquel cas il serait parfaitement « inutile. En eflet, pour changer de manière d'agir, il « faut nécessairement changer de façon d'être : d'où l'on

" voit que les théologiens, en faisant Dieu imniua- « ble , le rendent iininobile, et par conséquent inu- « tile. Un être immuable dans ce sens de ne point >i changer de façon d'être ne pourrait évidemment « avoir ni des volontés successives , ni produire des « actions successives (1). >»

L'être qui existe nécessairement, qui est nécessairement ce qu'il est, qui a nécessairement la même manière d'être , ne peut pas avoir des pensées , des vouloirs, des façons d'agir différentes. Toujours le même, toujours il pense, toujours il veut, toujours il fait les mêmes choses. S'il pouvait lui survenir des volitions nouvelles, ce serait, ou parce qu'il acquerrait de nouvelles connaissances, ou parce qu'il découvrirait de nouveaux motifs ; ce qui répugne , comme nous le verrons en traitant de sa toute-science. Il a donc toujours les mêmes pensées, les mêmes volitions; et le vice de l'objection est de lui en supposer de différentes et de successives. Ce qui est , est parce qu'il le veut ; et ce qu'il veut , il le veut de toute éternité (2).

(r) Système de la Nature, tom. 1 1 , chap. 4.

(2) Neque enim Deus cogitât sicut homines, ut aliqua ai nova succédai scntentia. [S. ^mbiosius ^ de Noe et Arca^ cap. 6 ; no g.)

Non ergo Deus nintatur , qni seniner est immntabilis ; sed nos euin nostra conver^ioî;e iiinlanius. {S. Hieronymus , Comment, in Ainos y Ub. 3; cap. 9.)

Nura dicetis esse falsa quae rnihi veritas vcce forti in aurem inteliorem dicit de veia œiernitate Creaîoris , qat d nequaqnara ejus subs'anlia pcr terupora va.ietur , ut ejus volniitas extra ejns substant am sit ? Unde non enni modo velle hoc, modo velle illud, semel et seiuper vel'e omnia cjua? vu'.t ; non iieimu et iteiura , neque nunc ista nunc il!a , upc velle qiiod pustea noUbat , ant r.olle q!:od prius volebat ; quia talis vobmti.s mutabilis est, et orane mutabde aeiernnm non est : Deus aiitem iioster aeienius fst. [S. Aiigustijius , Confcss.y lib. 12; cap. i5 , n> 18.) Vid. ihld. i3 ; cap. 16, n° 19 ; et de Civitate Dci ^ lib. 22 ; cap. 2 , n , i.

NuUa qna; in hoc niundo buminibus finnt , nbsque oranipotentis Dei occulto consilio veiiiunt , nam cuncta Deus secutura jjiaesciens ante sa-cula , decrevit qualiter per taecula disporiantur. {S. Gregoriiis Magn. Moral, lib. 12; cap 1 1 , n" i.)

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Ce qui sert de prétexte à cette imputation de changement est le changement continuel que l'on voit dans l'univers, et que l'on nous fait attribuer à des volontés diverses et successives de son auteur. D'abord, en admettant qu'il n'y a point de succession dans l'éternité , il est évident qu'il ne peut pas y en avoir dans les pensées de l'être éternel : ce qui se fait dans le monde en différents temps est, dans l'éternité, décrété et opéré en un seul instant indivisible. Ensuite , en supposant même l'éterniié composée d'une série infinie de moments , de ce qu'il survient dans les créatures continuellement de nouveaux changements, il ne résulte nullement qu'il survienne au créateur de nouvelles pensées différentes des précédentes ; il peut dans tous ces temps penser et vouloir la même chose : tout ce que nous voyons de vicissitudes dans l'univers, peut très-bien procéder d'une seule et même volonté éternelle , continue , constante , qui les ait toutes ordonnées en même temps , et par un seul décret. Dira-t-on que la volonté d'un horloger relativement à son ouvrage est une continuelle variation , parce que l'ai guille de son horloge change de place à tout instant? Le même soleil éclaire un objet, en échauffe un autre, liquéfie celui-ci, endurcit celui-là, récrée l'œil sain, fatigue le malade ; et le tout dans le même moment et par la même action La succession, la diversité des effets n'en suppose point dans la cause , puisqu'une cause fixe peut produire des effets successifs et variés. Dieu a donné à ses créatures les lois qui leur font exécuter toutes les révolutions par lesquelles elles passent : mais ces lois sont si anciennes , si on peut se servir de ce terme, elles sont aussi invariables que lui-même; elles sont le dictamen éternel de son immuable volonté (1).

(i) Non enim sunt multae Dei volantates , nt tu existimas. Non eniin , quia diversa surit opificia, diversae sunt voluntates. {S. Athnnasius , de S. Trinit. dial. 2 , n^ 6.)

Ici s'éiève une nouvelle objection des athées : Comment , prétendant que Dieu est nécessairement invariable dans ses volitions , pouvez-vous dire qu'il est libre? Nous exaniineions et nous résoudrons cette difficulté, lorsque nous traiterons de la liberté divine (1).

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