ARTICLE CINQUIÈME
L'être nécessaire est infiniment jjarfait.
Cette proposition en renferme deux : la première , que l'être nécessaire réunit toutes les perfections possibles; la seconde qu'il les possède dans un degré infini. Avant de nous engager dans les preuves de cette double vérité, il est nécessaire de faire, soit sur l'une, soit sur l'autre, quelques observations.
IX. Quand nous disons que l'être nécessaire est infiniment parfait, nous n'entendons pas qu'il possède absolument toutes les perfections imaginables : il y en a qui, par leur nature, sont mêlées d'imperfections ;
Apud te rernm omnium instabiliuiu sunt causae, et rerum omnium rautabilium immutabiles matent orig nés , et omnium irrationaliom et temporalium sempiternae vivant rationes. (5. Augusditus ^ Conf, lih. i; cap. 6, no 9.)
Muîlum est autem vel tenuiter sapere quomodo commutabiiia, et teiaporalia , non commulabilibus et temporalil)Us cteatoiis motibus , sed œterna et stabili virtuie concbntnr. [idem^ epist, 2o5; ad Coiisentium^ eapltul. 3 ; n' 17.)
Pœnituit diclnm est , (juia sententiam qoa eos puniluros videbatar in misericoidiam veatu : quod Deus sine conimataiione soi cunsdii fecit ; quia, etsi apud nos quapdam ipsuis jcidic a et opéra varientnr, ajiud Ipsum tanien omniudi rerum exitus praescicntem nil nova dispositione agiiur, qui fecit qu3e fuluia sunt, {S. Prosp., Expos, in ps. io5 ; l'ersu 45.)
Omnipotens quidem Deus in seinetipso babet tine matalione mutabilia disponere ; sine diversitate sui diveisa agere, sine cogilationum vic.stiiudine diveisa fonnare. Lunge ergu dis'-imiliter operator, nuntjUam sibi dissimdis Deus. (S. Gregorius HJag. in Eztch.^ Uh. 2; homil. 5, no 10.) Fid. idem. Moral. Uh. i, cap. 20 , ni» 35 et 37 , lib. I, cap. 20, n' 34 ; Uh. 16; cap. 37 et 46.
(t) V. cl-dessns^ seconde paît., c. 8.; n' 5 et 8.
SDR l'existence DE DIEU. 33
on sent bien que ce n'est pas de celles-là qu'il peut être ici question : il y aurait contradiction dans les termes à dire qu'un être parfait juscju'à l'infini renferme des imperfections. Il y a aussi des perfections qui sont opposées à d'autres, et qui les excluent; ce n'est pas encore de celles-là que je parle : il ne peut pas y avoir dans un même être des qualités contradictoires. J'ai dit que l'être nécessaire réunit toutes les perfections possibles, c'est-à-dire toutes celles qui sont compatibles, soit entre elles , soit avec le degré infini où elles doivent être portées.
L'infini est, de toutes les pix)priétés de l'être nécessaire, celle qui excède le plus nos conceptions. Accoutumés à ne voir que des êtres limités, bornes nous-mêmes dans toutes nos facultés , nous sommes dans l'impuissance d'embrasser par la pensée la totalité de l'infini. Notre langage même atteste la faiblesse de notre esprit : le mot infini j selon sa force grammaticale, semble présenter une négation du fini ; cependant considérée phylosopliiquement , l'idée de l'infini est très-positive; c'est au contraire le fini qui est une chose négative; il est la négation d'une plus grande étendue, l'exclusion d'un plus haut degré. L'infini n'exclut rien, ne nie rien : et le mot négatif par lequel nous l'exprimons annonce la négation de toute négation. Nous ne comprenons pas l'infini , mais nous le concevons ; nous ne nous en formons pas l'image , mais nous en avons l'idée ; il ne nous est pas accordé d'atteindre à sa hauteur, mais il nous est permis de la contempler. De même, pour employer une comparaison bien faible, car il ne peut y en avoir dans ce genre que de trèsinevactes (1), de même tous nos efforts ne peuvent
(r) Si qaa vero nos de natara ^ei et nativitate tractantes comfarationam exempla afferamns, nemo ea exislimetabsoluta? in se rationis perfeclionem conlinere. Coniparaiio cniin terrenorum ad Deurn nul • la est; sed infirinitas nuslrae intelligeniide cogit sptcies quasdaiu ex inferioribas, tanquara superiorom indices, quacierej ut, reruin fami-
34 BISSERTATION
nous élever jusqu'à ces astres qui roulent sur nos têtes , mais nous avons le pouvoir de les observer.
Pour nous former une idée , non pas complète , je le répète , mais aussi juste que la portée de notre esprit le permet , de l'infinité , il faut , ce me senible , la considérer non comme un attribut particulier de l'être nécessaire , mais comme la qualité générale de tous ses attributs. L'infinité de durée est l'éternité ; Tinfinité de diffusion , l'immensité de l'être nécessaire : nous appliquons l'infinité à toutes les propriétés que nous lui connaissons : elle est le degré auquel il les possède.
Pour prouver l'infinie perfection de l'être nécessaire je pose d'abord en principe qu'elle est possi[)le dans lui. Je dis dans lui , et dans lui seul. L'être contingent est essentiellement fini dans ses perfections ; il ne les a que contingennnent, qu'accidentellement; ainsi, d'abord il peut les perdre , ce qui est une imperfection ; ensuite, des qualités accidentelles sont sujettes à variation, peuvent recevoir de l'augmentation, de la diminution : autre contradiction formelle avec l'infini, qui n'est susceptible ni de l'une ni de l'autre. Mais si l'infinie perfection est incompatible avec l'existence contingente, elle se concilie très-bien avec rexistence nécessaire : les mêmes raisons ne l'excluent pas de l'être imuiuable, incapable de rien perdre et de rien acquérir. Le possible est ce qui ne répugne pas, ce qui n'implique pas contradiction, ce qui n'emporte pas l'être et le non êlre : or, qu'y a-t-il de contradictoire à ce qu'un être qui existe par sa nature ait par sa nature l'infinie perfection ? Est-ce l'agrégation de toutes les perfections compatibles entre elles ? on ne peut pas le prétendre , puisque leur compatibilité fait partie
liarium consneîndiue .'itlinonente, ex sensns nostri con.>-c.eritia ad insoLti sensus opinJoncm ii)duiereii)ur. Omràs ij;iiur cornpainlio buniini poîi'js utili.s bahealnr, qii;m Dco apta ; qnia inlelligentj.irn iiiagis sigiiiiùet, qiiam exjleat (5". Hilarais ^ de Trinii.^ lib. i, n° 19.)
SUR l'existence de dieu. 35
de la supposilion. Est-ce le souverain degré , l'exaltation de toutes ces perfections jusqu'à l'infini , qu'on voudrait mettre en contradiction avec l'existence nécessaire ? Il n'y a entre ces deu\ idées aucune opposition : l'asséité ne met pas, comme la contingence, une borne aux perfections. Nous concevons dans l'être nécessaire la perfection illimitée; elle est donc possible en lui.
XI. Mais j'ajoute que s'il peut la posséder, il la possède. L'être qui est nécessairement tout ce qu'il est , est aussi nécessairement tout ce qu'il peut être. Si , poiivant être infiniment parfait , il ne l'était pas , il y aurait une contradiction manifeste : il pourrait l'être ; cela est avoué par la supposition même qui est faite. Il ne pourrait pas l'être, puisque ne l'étant pas, il serait dans l'impossibilité de le devenir ; son immutabilité s'y opposerait : acquérir quelque perfection ou quelque degré de perfection, serait subir un changement, serait devenir autre que ce qu'il est.
Il n'y a dans l'être nécessaire rien qui ne lui soit essentiel; et ses perfections, et le degré de ses perfections, sont donc en lui essentiellement; elles y sont donc au point qui n'est pas susceptible d'augmentation ; elles sont donc infinies.
Si l'être nécessaire n'est pas infini en perfections , il est donc borné. Mais d'où viendrait cette limitation ? Serait-ce d'autrui ? quelle serait cette cause supérieure à 'lui , qui aurait le pouvoir de lui prescrire des bornes ! Puisqu'il a essentiellement tous ses attributs, on ne peut ni l'en priver, ni les modifier : on ne peut ôter l'essence d'un êUe , à moins de l'anéantir. Serait-ce de l'être nécessaire lui-même que viendrait la lindtation de ses perfections? dans ce second cas, ce serait ou sa volonté ou sa nature qui poserait la borne : dire que c'est volontairement qu'il se met des boriu s est avancer une absurdité palpable : et quand il le voudrait, il ne serait pas plus en son pouvoir qu'au pouvoir d'autrui de changer , de modifier son essence.
Prétendre que c'est par sa propre nature que Fètre nécessaire est restreint dans ses perfections, d'abord serait nier ce que nous venons de démontrer vrai , savoir, que l'infini perfection est possible; ensuite ce serait avancer c{ue le principe d'existence le plus parfait est un principe d'imperfection ; car le défaut d'une perfection, ou sa limitation, sont des imperfections réelles. La nécessité d'exister ne répugne qu'à deux choses : au néant et à Jla contingence ; elle est compatible avec toute perfection, avec tout degré de perfection : elle ne peut donc pas être le principe de la limitation des perfections. Puisque l'être nécesscure ne peut être limité dans ses perfections , ni par luimême . ni par autrui, il ne peut donc pas l'être, il est donc illimité, il est donc infiniment parfait (1).
(i) Quod bi Deus , cui non aliunde est quo<l Deos semper ett, profectuni li;ibeaî , ut plus f-it aliquando , non potest taraen ad id pervenire ne sihi nihil desit; qaia cui naturae profecius est reliquos , nunqaam intelligirur sine aliqno incrcnento leslduo profecisse , dom natuia ad picfeciura specîans , proHciens liret semper, semper taxnen paleat ad profecinra. Quod autem in plenitudine perfecta manet , semper aerpie est. Non sibi reliquit ut pleuius sit; quia access'onem pienitudmis perfecta pleniiudo non tapit. Et haec qnidem de D.;0 ita inopinamii pice inteiligentiae species est, Deo nihil déesse, plennmqae esse. (5', Udarius , de Trinit.^ lib. 1 1 ; n" 44.)
Deum enim in omnibus perfeduni esse credendain est , secundiim iilani Servalotis vocem : Pater vester cœlestis perjectus est. Perfectas in vivendo ; perfecius in potcstate; pcifeotus it) magnitudine; perfectas in prœnolione; perfectns in honitate; perfecîus in jusiitia; perfectus benig.iitate; non determinatus in loco , sed locorum 0{;ifex; in omnibus existens, et a niiUo ciscumscriptus. (^S. CjrriUiu Hieros.x Catech. 5; n° 8.)
Con?>tat eigo quod onines oportet credere Deura non solum esse potentem , sed et jiistnm, bonum, et hapientem, et quidquid ad id (|aod est laebns fert cogitationeia. {S. Gregorins JSj^ss. , Catechetica orat. , cap. 20.)
Et idco bonnm Deuiu , sempiternum , perfectura , oinnipolentera, vernm debeinp.s credete; ut in Lege accejiimus et Piopheiis, ScriplMris'ine divir.is caeteris: qnia sire his Deiis non est. Non polest ei;im l.onns non c-se qui Dens est , cum in ïiat:ira Dei pleuiludo bonilfltis sit. Ncque ex tenipore Deus potest
SUR l'existence de dieu. 37
XII. Contre Finfinie perfection de l'être nécessaire on propose quelques vaines difficultés , qui méritent à peine qu'on y réponde.
On dit d'abord que nous n'avons point d'idée de l'infini ; que celles que nous en avons n'est qu'une négation. J'ai déjà répondu à cette allégation, que nous n'avons pas à la vérité une notion complète, adéquate de l'infini ; mais que nous en avons l'idée, que nous en concevons la possibilité ; que cette idée n'est point une négation ; que c'est au contraire celle du fini qui est négative.
On objecte encore que la perfection d'un être consiste à avoir toutes les qualités propres à sa destination ; que l'être nécessaire, qui n'a point de destina-
esse, qui fecit tempora. Neqne pofest imperfeclus Deas esse; qui enim minor est, imperfectns utique est, cui desit aliquid quod majori possit secpiari. llxc igitur pra?dic;)tio fidei : Detts malus non est ; Deo iinpossibile nihil est ; Deiis terapcwalis non est; Deas minor non est. (^S. Ainbrosius , de Fide ^ lib. x, cap. 2 , no 14.)
Soins Dens est ifaqne principium, qui ex se ipso dédit sibi ipsi pi-incipium. Soins ante omnia,et post oiunia, (juoniam in ejos mana inclnsa snnt omnia. Ex se est qnud est ; solas sibi conscius qoantus et qualis est; soins perfectns, quia non potest illi aliquid addi nec minui ; solus oranipotens, quia ex nihilo uni versa conslituit, virtute régit, majestate custodit ; soins indemntabilis , ac seraper acqiialis, quia in se non a'îmi'tit selatem ; solus 5em|.iternas, qnia immortalita'is est Doniinus. (5", Zeno Ftron. lib. a ; tract. 2.)
Unum esse, nniversorum principium, et velus, et nova docet Sciii)tara, Denm nniversorum et patrem Domini nostii Jesu Christi , ingenitum , ab inteiitu liberum, aclernnm , infiniiuni, incircam scriptum , indelerm'nntura , incomposiluiu , incorporeum , invi-ibilem, simpliceni , bunum , justura , luoem intelligenlem , potetiliam qnae nulla mensura cognoscitur, sed soLi divina voluntale mensuratar: omnia enira quœ vult, potest. (T/ieodorelus , Hœretic. fnbnl.:, lib. 5 ; cap. I.)
Vera aeternitas, et vera immortalitas , non est nisi in deitate Trinitatis , cui quod est esse; peifectum est ;^ q'iia naîuia inilio carens, incremento non indigens, situt nidlura finem , ita nn'.lain accipit rautabilitaleni. {S. Gregorius ^lag. iii psahn. pœiiit. , ps. 5 j n" 37)
tion, n'en est pas susceptible. Le vice de ce raisonnement est de transporter à l'être nécessaire une notion des êtres coiitinj^ents. Ceux-ci ne peuvent avoir qu'une perfection relative : créés et ordonnés pour une fin , ils ne sont susceptibles que de la perfection qui y a rapport. Mais l'être dont l'existence est nécessaire et absolue a une perfection absolue; elle ne se rapporte à aucun objet qu'à lui-même , et , par cela même , elle est sans bornes comme lui. L'athée, qui prétend que la matière existe nécessairement, dira-t-il que son asséité , que son éternité ne sont pas des perfections ?
ARTICLE SIXiÈiME.
Lettre nécessaire csl tout-puissant.
La toute puissance de l'être nécessaire est une conséquence de son infini perfection. Il lui manquerait une perfection , s'il était impuissant ; il n'aurait qu'une perfection bornée, s'il ne possédait qu'une puissance restreinte. Il y a cependant sur cet attribut quelques observations à faire.
Xin. J'ai remarqué que l'être infini en perfection ne les possédait pas absolument toutes , et qu'il n'avait ni celles qui renferment un mélange d'iuiperfection, ni celles qui sont opposées à d'autres perfections. Appliquant ce principe à la toute-puissance , je dis qu'elle ne s'étend pas "absolument , et sans exception, atout pouvoir ; mais qu'elle consiste en ce que l'être nécessaire puisse tout ce qui ne contredit pas ses attributs. Aucun être , et l'être nécessaire de même que les autres, ne peut ce qui est contraire à son essence. îl répugne à l'essence de l'être infiniment parfait de faire ce qui est opposé à une perfection, ce qui supposerait en lui une imperfection: ainsi, d'abord il n'est pas en son pouvoir de s'ôter l'asséité , de cesser d'exister; ensuite il ne peut pas ce qui serait injuste, ce qui serait mécliant. Ce n'est pas en lui une impci-
SUR L EXISTENCE DE DrED. 39
fection de ne pas pouvoir ces choses, puisqu'au con- Iraire c'est à raison tîe son infinie perfection qu'il ne les peut pas. Telle est sur ce point notre doctrine : il peut tout ce qu'il veut ; il ne veut pas , il ne peut pas vouloir ce qui répujjne à sa nature : sa puissance n'a d'autre mesure que sa volonté^ et s volonté d'autres bornes que ses perfections (1).
(i) ]NiLil qiiij)j)e De.) iinpossiLile est, praterqnam meiila-i. (5. Clcmtns , popa , epist. ad Corinth. , cap. 27.)
In quantuin ad potenliam qnidem Dei o«nnia posslbilia sont, sive jasta , sive iiijnita , quantum autem ad jnsliîiam ejus , qui non solum potens est, scd etiain juslus , non snnt oinnia possibilia, sed ea sola qnae jasta àunt. (Or/i,'^e«f^, in Matth. coinni.^ séries^ n'J y5.) yide idein contra Ceîsiim , lib. 5 ; no 2 3.
Quod Deus faceie potest, id enui vellc posse dicendiim ; et quod velleputcit, id posse facere ; idque eo dignnm esse. (^Jchenagoras ^ de Resiirrect. mort. ^ n. 2.)
Dominas omnium dixit : Non possum ego a me facere (juidquam. Alibi \t<fS> ' Negare se ipsuni non potest. Non potest utiqiie : non per iiilirmitatem , sed f)er iit'griiaîem ; non per impossibilitaiem faciendi, sed per cbservantiam jadicandi. Quid non polest qui orania potest, nisi quod posse nolit ? Non vult posse qiiod dainnet ; non vult posse adversQs ilJem ; non vult posse adver.sus veritatem. (J. Ambrositis ^ in psalm. ri8; sermo 20, n» 37.) /"'. idem; ep'st. L. Chromatio. , n» r ,
Sed quoniam dixi boc solum , Omninotenfem non posse qaod non vnlt, no qais me teineie dixisse arbilretur aliquid Oninipotentera non posse. Hoe et beatus Aposto'.us dixit : si non crediu;a3, ilîc qui lidelis peinianet , negare se ipsum non potest, qr.ia et veile non potest. Non enim p(jte>t jnstitia velle facere quod injusJum est ; aut sapieiitia velle qaod stultnm est; ant veiitas velle qnod falsnra est. Unde adiuoiieninr Denm oratiipotentera, non soliim , (jtiod ait Apustoliis, nî'gare se ipsum non ])osse , sed niulta non posse. Fcoe ego dico et pjus veiilaie dicere audeo, fjuod negare non audeo ; Deus omnipotens non potest mor; ; non potest rautari ; non potest falli ; non potest nnnoie lieii ; non potest vinci. Haec,atqne hnjnsniudi , absit ut pos->it Omnipo'ens: ac per hoc ostendil veri'iis Omnipotentem esse quod isa non possit, sed eliam cog t veiitas Oiniiipotentetu non es--e qui h;ec po-^sit. Voleiis enim est Dens quid juid est. ^ïternus ergo, et incunimuiabilis, et verax, et be^tiis, et insuperabilis , voler.s est. Si ergo potest esse quod nou vult, omnipotens non est : est antem omnipotens: ergo quid'piid viilt potest, el ideo quod non vult e>se non potest, qui propterea dicitar omnipotens, quoniam
Xiy. On dit aussi avec vérité , et c'est une conséquence du même principe, que l'être nécessaire n'a pas la puissance de changer l'essence des choses. Cette expression exige une explication. L'être nécessaire , selon nous, peut changer les choses mêmes ; il peut faire^ par exemple, que ce qui était une pierre devienne un homme. Cette opération consiste en deux choses : dans la destruction d'une substance, et dans la production d'une autre. Il n'y a point, en
qnidijtjid vnlt potest. {S. Aiigiistinus ^ senno 214, n" 4.) F', idem de Syinbolo ad catech. ^ cap. i , n» 2.
Maxime quidem si qnispiam a quodam veiitati calmnniam struere conanti interrogetnr, oiunifine Deo possil)iIia sint ; illeque respondeat ita, ac dcinde ipse inférât : er^o etiam mala ; dignns erit cnjus inscitia merito rideatar, r.on qui ie-<p'indit, sed qui interrogavit. Neqtie eiiim inter omnia qnse Dens puiest , ruala recen.sentnr. Nam ubi Deus noinitiatnr , boiiuin finuiter ac certo sequitur; nec quisquara mente praedilus illiid nnqnain in animnm atlmisent mala Deo possibilia esse ; nec qnisqnam inbet ilbta'em appellaret mala perpetrare non josse. Quidnam tandenj boc ? Nngari enim fcolen? , ac dicere: Num eliam hoc in Dei potestate siînm est, ut qui)d faetura est iufectiim reddainr? nnnj hoc lursus cast-utn , a'que iiiiinm est ? Nihil poiro cassnm atque irritum,in divina poteniia nsuipatur, Snjervacanerc itaque sunt, et deiuon.-stratse sunt eae ca'umnia^ quae adversus ejnsMiodi sennonem inteniantur. Ceeteium ne bas rnrsum excitare, a: que andienlinm aures labefactare possint, si ex nobis qnscratur an oiunia Deo possibdia sint; respondeamus eum omnia bacc posse quae ipsius naturae oonsentanea sunt : atque ita inulilis omnis quaestio soluta erit. Potest en'ra omnia, vult autem opiima. {S. Isidorus Pflus. llb. 2 , e^)ist. 117.)
Orthodoxus. Mnlla eliam huju>modi reperiie est quae similiter sunt iInpos^ibilia. ÎSec et;im quod aeîernuni est , fuerit in teinfoie; tiec quod increatum , creatum atqne facfum ; quod infinitum, finitum ; et qnae bis sunt similia. Eranisccs. ÎV/hil borum esse posfcibile. Orthod. Multa igitur invenimns quae omnipotenti Deo sunt impossibilia. Erau. Vere. Orth. Sed borum nibil posse, non infirmitatis, sed immensse potentiae signuin est; posse autem, non potentiae, ntique, sed iinpotentiœ. Eran. Qiio setisa boc dicis? Orthod. Quia unumquodque Denm iii-mutabdem, et alieratione liberuni esse docet. Qnod enim is (jui bonus est malus fieri non possit , excellentiani boniratis signillrat ; et quod qui jnstns est injustus fieri nunquara possit , nec mendax qni veias est fit mam ac siabilem veii'a'em, justitiamque déclarât. [Theodor. , dial. 3; Impalibilis.^
SUR l'existence de dieu. 41
cela , de répugnance. 3Iais il ne peut pas , en laissant une chose continuer d'être ce qu'elle était , lui oter son essence et lui en donner une autre. L'essence d'une chose est , par l'institutioa même de son auteur , ce qui la constitue, ce qui la fait être telle, ce sans quoi elle ne serait pas ce qu'elle est : il serait contradictoire qu'une chose restât ce qu'elle est et cessât d'être ce qu'elle est ; qu'elle fût à la fois la même et différente. Cette opération serait un changement de volonté dans l'être immuable ; un défaut de sagesse est une grave imperfection dans l'être infiniment parfait.
Après avoir donné la notion de la toute-puissance, il faut en donner la preuve ; après avoir montré que l'être nécessaire ne peut que ce qu'il veut , il faut faire voir qu'il peut tout ce qu'il veut.
De trois choses l'une : ou l'être nécessaire n'a aucune puissance ; ou il a une puissance limitée ; ou il a une puissance sans bornes et infinie.
XV. n est évident C]Q rapporte les expressions d'un athée, et tous les athées ont les mêmes principes) qu'un êlre éternel ou existant par lui-même renferme dans sa nature tout ce qu'il faut pour agir. Aussi, tout leur système est fondé sur ce que la matière dont ils font l'être nécessaire aune énergie qui lui est propre, en vertu de laquelle elle agit. L'essence de la nature , disent-ils ailleurs , est d'agir..., La matière agit, parce quelle existe ^ et elle existe pour agir.,. C'est faute de connaître les forces ou les propriétés de la matière , qu'an a multiplié les êtres sans nécessité. Si on demande comment on peut se figurer que la matière , par sa propre énergie^ ail pu produire tous les effets que nous voyons , je répondrai que si , par matière ^ l'on s'obstine à n'entendre qu'une masse inerte et morte, dépourvue de toute propriété ^ privée d'action, incapable de se mouvoir d'elle-même ^ on n'aura plus d'idée de la matière (1). Il serait possible de multi-
(i) Voy*"z Sy^tème de li Nature, tom. i, chap, ï, et (orn. a, ckap. 4, 5!, et 6.
plier les citations de leurs ouvrages dans lesquelles ils reconnaissent que l'être nécessaire a une puissance , et une grande puissance. Ainsi ce premier point est formellement avoué par eux.
Mais , d'ailleurs , les êtres contingents n'ont et ne peuvent avoir que ce qui leur a été donné : leurs attributs , même essentiels, ne sont en eux nécessaires qu'liypotliétiquement ; ils les ont reçus avec l'existence. Mais, s'ils sont les seuls qui possèdent la puissance, qui est-ce qui a pu la leur donner ? Elle n'a pu évidemment leur venir que de l'être non contingent : l'être nécessaire a donc eu la puissance de la leur conférer; il est donc revêtu d'une puissance.
Nous avons vu de plus qu'un être existant par luimême est nécessaire pour procurer l'existence aux êtres contingents : il en serait incapable , s'il était dépourvu de toute-puissance.
XVI. Mais, si on est forcé de reconnaître dans l'être nécessaire une puissance quelconque , il la possède essenlieilement, puisqu'il n'y a en lui rien d'accidentel. Or , cette puissance essentielle ne peut pas être bornée. Par qui le serait-elle? serait-ce par une cause externe ? serait-ce par sa propre nature ? Ce ne peut pas être par une cause externe : hors de l'être nécessaire il n'y a que des êtres contingents , qui tiennent de lui tout ce qu'ils ont de pouvoirs. Conçoit-on qu'un pouvoir accidentel mette des bornes à un pouvoir essentiel? conçoit-on qu'une puissance ait la force de modifier, de limiter la puissance qui la fait exister ellemême? Les êtres contingents, avant d'exister, ne bornaient pas la puissance de l'être nécessaire : elle était donc alors • illimitée ; elle l'était essentiellement; elle n'a donc pas pu cesser de l'être. Dire que c'est par sa propre nature que l'être nécessaire ne possède qu'une puissance restreinte, c'est prétendre qu'il y a une contradiction entre l'infinie puissance et quelqu'un des autres attributs , assertion que repousse la notion même de la toute-puissance : elle consiste ,
comme nous venons de le voir, en ce que l'être qui en est revêtu puisse tout ce qui ne contredit pas ses attributs : il y a donc , entre la puissance infinie et les autres attributs de l'être nécessaire, non pas une contrariété , mais un accord ; la nature de l'être nécessaire ne s'oppose donc pas à sa toute-puissance; et puisque sa puissance n'est limitée ni par autrui ni par lui-même, elle est évidemment infinie (1).
(r) Ego Deas omnipotens. (Gen. 17; i.")
Omnipo'ens nuinen ç]\m. {^Exod. i5, 3.)
Seimo illius pofes'ate plenus est : nec rlicere ei qusquam pjicst : Qnare ita facis? (Fccl. 8, 4.)
Et pas.-.iin timlti in locis S. Scripturœ.
Qui simul ut cogitât, itapeifcit id quoJ vuluir. (Irtrnceus contra Hœr. j lib. i, cap. 11.)
llac ratione eiit aliquid difficile Deo ; id sc'l cet qn-.Hkuraque i:On fecerit, non qoia non potiierit, sed qaia noluerit : Dei enim posse velle est, et non posse nulle. Quod anîein voltiir, et poluit, et osîeiidit {TertiiUlanus ^ contra Pra.ratn^ cap. 11.)
So!i Deo congruit omnia f;icere qnae velit, sola enim peifecta virtns in nnllu impeditar qnoniinns qnod velit et facint , et ei ex qno umnia siiut inhl difiicultatis occairit. ( S. Il-Zarins ., (race, in psahn. r3x, n° 10.)
Deo enim velie pro facto est. (5. Ambrosius , de Flde resiirr. , /.^ 2, no 114. )
Absit hoc de omnipotenti credere, quod in aliqno irapotens bit. (5. Hleron.y epist. 5g ad Oceanam.)
Haec autem omnia fient, qnia l")ominas locutus est; et illius jnssisse fecisse est. (/c/e-7j , Comment, in Abdiain , cap. i. )
Horno aliud est qnod e.'^t, alind qnod potest. Alitiuando enim est homo , et non pofest quod vult. Aliqnafido antein sic est homo ut possit quod vult. Itaque alind est esse ips us, alind posse illius. Si enim hoc esset esse illius qnod est posse illins, cuiu vc-Uet posseî. Deas antcni , cni non est alia snbslantia nt sit, alia poiestas ut possit ; sed consnbs!antiale illi est qiiidqnid ejns est, et qnid-juid est, quia Deas est , non alio modo e^t, et alio modo potest : sed esse et posse simul habet qa:a velie et facere simnl habet, (5. Aitgustinus, in Joan. evang. tract. 20, n° 4-)
At n:bil est omnino, uti dixi, (piod ab eo qni omnia potest perûci neqneat, nec impune cniquam erit si quod faci^re diiilur non credderif, lametsi putet illud esse minus vcrosiniile. (5. Cyrillus Alex, contra Jid. , lib. 8. )
Neque enim rebns creatis mensuratur pot^stas Dei, sed sola voluntate. Omnia enim , inqidt ^quaciimqne voln't Doniinus fecit. Non
Contre la toute-puissance de l'être nécessaire , les incrédules élèvent une difliculté : Dieu veut que l'homme ne pèche pas , et l'iioinme pèche. Comme cette objection tient à une opposition prétendue entre les attributs divins et la liberté humaine , nous en renvoyons la discussion au lieu où nous montrerons que Dieu a pu, sans être l'auteur du mal , attribuer à l'homme la liberté de l'opérer (1).
ARTICLE SEPTIÈ31E.
La matière n'est pas l'être nécessaire.
X\II. Ceux qui prétendent que l'être nécessaire n'est autre que le monde matériel , entendent par ce mot, ou le monde tel qu'il est , avec la disposition et le mouvement actuel de ses parties , ou seulement la matière dont le monde est composé, indépendamment de la forme que nous lui voyons. Je dis d'abord que ce bel ordre que nous admirons, loin d'exister nécessairement, prouve au contraire l'existence d*un autre être qui l'a disposé : mais comme ce sera le sujet de notre seconde peuve de l'existence de Dieu , je renvoie ce point à traiter dans le chapitre suivant. Je m'attache donc ici uniquement à établir que les éléments du monde , que les parties de matière dont il est composé , n'existent pas nécessairement. Cette vérité prouvée , donnera une première démonstration de l'autre : si ce qui compose le monde est contingent, le monde n'est pas nécessaire ; des parties qui n'existent que parce qu'on leur a donné l'existence , ne peuvent pas former un tout existant par lui-même.