XVIII. Ne perdons pas de vue qu'il s'agit ici, non
qnaecuraqae potuit, sed qaaecamque volait : poterat enim molto plara facere, fecit autem quae convenire juJicavît. (Theodoretus, in cap. 9 Isaice. )
(r) T'oyez ci-dessus f i^ partie ^ ehap. 2, n** ig, et suiv.
SUR l'existence de dieu. 45
d'une nécessité hypothétique , mais d'une nécessité d'exister absolue, essentielle, et telle qu'il y ait répugnance et contradiction dans l'idée de la non existence. Ainsi, pour soutenir Tasséité de la matière, il faut prétendre qu'il est impossible de la concevoir non existante ; impossible même de concevoir quelquesunes de ses parties ni même un seul atome non existant. Or, je demande quelle contradiction il y aurait à ce que la matière n'existât pas , ou à ce qu'elle fût moins étendue qu'elle n'est, ou enfin à ce qu'il y eût dans le monde quelques particules de matière de moins? Je conçois la non existence, soit de la totalité, soit de quelques parties de la matière; sa non existence serait donc possible, son existence n'est donc pas nécessaire.
Reprenons les propriétés que nous avons vues découler essentiellement de la nécessité d'exister, et nous nous convaincrons aisément qu'elles ne peuvent pas être appliquées à la matière.
XIX. Nous avons vu que l'être nécessaire est nécessairement ce qu'il est; qu'il y aurait contradiction entre son existence nécessaire et sa manière d'être contingente; qu'en conséquence toutes ses propriétés lui sont essentielles. Prenez toutes les propriétés de la matière, vous n'en trouverez aucune qui ne soit contingente : l'étendue de chaque corps pourrait être plus ou moins grande, sa forme pourrait être changée , sa situation déplacée, sa pesanteur allégée, ou aggravée. De toutes les manières d'être de la matière , il n'y en a aucune qui ne soit susceptible de changement , aucune qui soit nécessaire (1) : ainsi, la matière existe d'une manière con»tingente ; elle n'existe donc pas nécessairement.
(2) Sirailiter ig:Jar, si omni-i qaae snnt, e quibns cuncta constant, motabilia snnt, nullam corpus poiesl esse non mnfabile|:^rautabili?. antem snnt illa ex qnibus omnia constant, ni vubis vid-^lur : omne igitor corpns matabileest. At si esset corj)us aliquod irurnorta e, non esset orane rauîabile. Ita efficitnr nt omne corpus mortale sit. Eté.
4Q DISSEKTATION
XX. La matière a ses propriétés d'où elle a son existence, ou par soi-même ou par autrui : elle ne peut pas tenir son existence de sa nature et recevoir ses propriétés d'une volonté étrangère. Comme un être ne peut pas exister sans propriétés, le principe soit interne, soit externe, de son existence, l'est aussi de ses propriétés : si donc la matière ne possède pas nécessairement ses propriétés, elle ne possède pas non plus nécessairement son existence ; mais l'une et les autres lui viennent d'une cause étrangère. Si vous voulez que la matière ait nécessairement ses propriétés , vous devez prétendre que chaque corps a nécessairement ieiles propriétés, telle grandeur, telle ligure, telle situation; ce qui est à chaque instant déuicnti par l'expérience; nous voyons tous les corps sujets à des variations, à des vicissitudes continuelles. Ce n'est donc point de leur nature que les corîs tirent leurs propriétés; ce n'est donc point non plus de leur na-
iiiiu orane corpns, aat aqua , aut aer, autignis, ant terra est, aut id miodest con<reluni es. his, aut aliqua parte euruiii. Hurum aufen) nihil est qnin inlereaJ. ( Cicero^ de natisra I^ortim, l.b. 3, cap. 12.)
Deinde queiuadmotluin Deus, qnateims ingenitus, eiiain imma(abilis est- ita et inateria si esset ingeniia, imiuutabilis quoqae et Deo «qualis foret ; quod enim geniluni est, verti et mutari polest, ingenitum auteni nec veni potest, nec mutari. ( Tiieophilus , ad Antol. , lib. 2 , n° 4 . )
Qacecunique antem iniiium sumpsernnt , et dissolutionem possnnt percipere. [S. Irtrians contra Hœr ^ lib. 3, cap. 8, n" 3.)
Si et materia eadem aeternitale cehsetur , neque ii.ifiam babens, ne(}ue fînem , eadem ratione non poterit pati disperditionem et demulalionem, qua nec Deus. In aeternitatis cunsoriio posita participet cum illo netesj-e est, et vires et conditiones aeternitalis. ( Tcrtull. adv. Hermogemm , eap. Sg. )
Quidqnid enira est solide et conirecSabib corp. re accipit seternamvim, (luod accipit viui , di^àoliibile Càt ; quod dissolvitur, interit; quod interit, ortum sit neccise est; quod ort»im e;t,babuit fontem unde oriretur , id est, faciorcm abquem, sentientem , provi-
dom, peritumque faciendi INlaleria vero .seiuper fuisse non po-
test qnia^ mutationem non c;iperct, si {n\i.be\. {Lr.ctantius ^ D:v. i/isi.[^'Jiv. 11; cap. q)
SUR l'existence de dieu. 47
tuie qu'ils tiennent leur existence ; c'est d'une volonté étrangère qu'ils ont reçu tout ce qu'ils sont.
Avant de passer à d'autres preuves de la contingence de la matière , il e:^t bon d'examiner ce que répondent les athées à celles que nous venons de présenter.
XXI. H Vous confondez , disent-ils , les corps parti- « culiers avec la matière. C'est la totalité de la matière, « le grand tout, la nature, qui est nécessaire; ses « divisions sont accidentelles. Que les corps qui com- H posent l'être universel soient modifiés de telle on « de telle manière , cela est indifférent à l'existence a de l'être universel ; ce <jui est essentiel dans lui , « ce sont ses attributs ; les modifications de ses attri- « buts sont seules accidentelles. La matière est es- « sentiellement étendue , figurée , solide , etc. Ses « diverses parties peuvent avoir une plus grande « ou une moindre étendue, présenter une figure ou « une autre, être plus ou moins coinpactes, sans que « les attributs de la matière cessent d'être les mêmes. >» XXIl. La solution de ce sophisme n'est assurément pas difficile. Ce grand tout dont on nous fait l'être nécessaire est composé de divers corps , qui sont des touts particuliers, subdivisés ensuite en d'autres, lesquels ont eux-mêmes des subdivisions, et ainsi indéfiniment, jusqu'aux dernières particules. Dira-t-on que ces diverses parties, jusqu'à la dernière subdivision, existent nécessairement? dira-t-on qu'elles existent contingemment? Si on prétend qu'elles sont contingentes, comment peuvent-elles, je le répète, former un être nécessaire? Il est absurde jusqu'au ridicule , de dire qu'un composé existe par la force de sa nature , quand tout ce qui le compose a reçu d'autrui l'existence. Si on soutient que ces corps particuliers dont la réunion forme le grand tout, sont, jusqu'à leurs dernière^ ramifications, autant d'êtres nécessaires, il faut donc que leur manière d'être soit nécessaire. L'existence suppose une manière d'exister ; et celui qui a l'existence par né-
cessité , a pareillement par nécessité la manière de son existence; l'une est aussi absolument nécessaire, et par conséquent aussi invariable que l'autre. Il ne peut donc y avoir de modification accidentelle dans aucune des parties et des particules, si elles existent nécessairement. La distinction entre les attributs essentiels et leurs modifications accidentelles est une illusion. Les attributs ne sont pas des êtres à part , des êtres distincts de leurs modifications : de même qu'ils ne sont autre chose que leur substance, de même leurs modifications ne sont autre chose qu'eux-mêmes ; ils n'existent qu'avec leurs modifications^ que par leurs modifications : rétendue n'existe pas dans un être sans y être fixée à un certain degré; la figure n'est que telle ou telle configuration ; et il en est ainsi de toutes les autres propriétés des êtres. L'étendue en général, la figure en général, la solidité en général, ne sont que des abstractions de notre esprit ; on se moque , et avec raison, de la vieille plidosophie péripatéticienne , qui en avait fait des entités réelles. Quand on me dit que l'étendue , que la configuration , etc. , sont essentielles à la matière, mais, que le degré d'étendue, que l'espèce de figure, lui sont accidentelles, je conçois ce langage en admettant la contingence de la matière : il signifie que son auteur , en ordonnant qu'elle eût toujours une étendue, une figure quelconque, a voulu qu'elle pût en changer. Mais ce que je ne comprendrai jamais, c'est que l'asséité soit un principe de variation, et qu'elle donne quelque chose accidentellement. Revenons donc au principe. Toutes les propriétés des êtres, de quelque nom qu'on les appelle, attributs, modes, qualités ^ ne sont pas des êtres particuliers ; elles ne sont que Fétre lui-même existant de telle manière : elle sont donc contingentes et variables dans l'être contingent , nécessaires et toujours les mêmes dans l'être nécessaire. Que l'on ne nous dise donc plus : Il y a dans la matière des attribut? essentiels , et par conséquent nécessaires. Oui , répon-
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diai-jc, dans l'éire contingent les attributs essentiels sont nécessaires, mais d'une nécessité secondaire, hypothétique , et dans la supposition de son existence. Au contraire, dans l'être qui existe d'une nécessité absolue, tout ce qui est lui est nécessaire absolument, sans l'hvpothèse de son existence, puisque son existence n'est pas une hypothèse. Il n'est pas hors de propos de faire ici une observation sur la manière de raisonner des incrédules. Nous les avons vus contester à l'être nécessaire son immutabilité, sous le prétexte de changements prétendus dans ses volitions : mais les mêmes hommes qui font cette difficulté n'en prétendent pasj moins que la matière est immuable, quoique toutes ses modifications soient dans une variation continuelle. Telle est la logique versatile des ennemis de la religion.
XXIÏÏ. Une autre propriété de l'être nécessaire, que nous avons établie, est son infinie perfection. Elle est telle qu'elle ne peut ni augmenter ni diminuer : il ne peut rien acquérir ni rien perdre. iMais peut-on dire que la matière soit infiniment parfaite? toute matière n'est-elle pas limitée , ce qui est certainement une imperfection (1)? reste-elle toujours au même degré de perfection ? ne voyons- nous pas au contraire tous les corps être dans une succession continuelle d'accroissement et de décroissement ; se former , s'améliorer , se détériorer, se dissoudre ? dira-t-on que dans ces vicissitudes ils n'acquièrent ni ne perdent des perfections ? Je suppose avec nos adversaires, sans le leur accorder , que rhoiijme ne soit qu'un amas de matière. Dans cette hypothèse , qui est la leur, prétendront-ils que Newton n'était pas un être plus parfait lorsqu'il révélait à l'univers les lois
( I ) In loco ergo raateria : si in loco , ergo inlra locura ; si intra locuni, ergo deternùnafar a loco intra quem est; si determinatnr , li.ihet lineara exlreiuam , qu ira , tanr|Da:n proprie pictor, agnnsri» Hnem esse omnis rei cnjus linea extrema est. (^Tertiillianiis , adv. Hermogenem , cap. ag. )
De Vexisl. de Dieu. 3
physiques qui le régissent, que lorsqu'il était dans le sein de sa mère un fœtus encore informe, ou dans le tombeau un cadavre rongé des vers ? Un superbe édifice n'est-il pas plus parfait que le tas de pierre dont il fut construit, et que le monceau de ruines dans lequel il se confondra? Le tableau de Raphaël n'a-t-il pas plus de perfection que n'en avaient les couleurs mises pêle-inêle sur sa palette, ou que n'en aura la poussière dans la-» quelle il finira par se résoudre ? Les perfections dont la matière est susceptible peuvent s'acquérir ou se perdre, augmenter ou diminuer : ainsi, encore à ce titre, la matière n'est pas l'être nécessaire.
XXIV. L'être nécessaire est tout-puissant , ainsi que nous l'avons encore vu : la matière , non -seulement n'est pas toute-puissante , elle n'a même aucune puissance; elle est purement passive. Prenez toutes les propriétés des êtres matériels , vous les trouverez toutes passives : ils sont divisibles , c'est-à-dire on peut les diviser ; ils sont mobiles , c'est-à-dire , on peut les mouvoir ; ils sont figurables , c'est-à-dire ils sont susceptibles de recevoir une forme; et ainsi du reste. Toutes les qualités de la matière montrent qu'elle peut être modifiée diversement par un agent. Otez de la matière cet état passif, vous faites tomber la notion même de la matière. Or, un être passif n'a point d'action; un être sans action n'a point de puissance ; un être sans puissance n'existe pas nécessairement : tout être passif est, par sa nature, un être produit; il ne peut ni exister ni être conçu sans un actif; il y a entre l'un et l'autre la connexion infinie qui est entre la cause et refi"et. Un être passif sans actif serait un effet sans cause; un être nécessaire passif serait un effet existant par luimême : la matière étant passive , est donc par cela même un effet.
C'est ici le grand point de la contestation avec les athées matérialistes : comme ils prétendent que la matière est nécessairement existante, ils la disent aussi nécessairement active ; et comme, de toutes les proprié-
tés de la matière , la seule qui présente quelque apparence d'action est le mouvement, ils soutiennent que le mouvement est essentiel à la matière, et qu'une matière nécessairement existante et continuellement mue , a pu former le monde que nous voyons. La discussion de ce système va nous jeter dans des lonpueurs inévitables. Je commence par l'exposer, et je le renferme en huit aiticles , qui sont l'abrégé succinct de leur doctrine; et spécialement de ce que dit longuement et répète fréquemment l'auteur du Système de la Nature.
XXV. « 1° La matière n'est pas un seul corps ho- 4 mogène , dont les parties ne diffèrent entre elles que « par leurs différentes combinaisons ; ses éléments , les
• particules dont elle est composée , sont hétérogènes ,
• c'est-à-dire de natures différentes.
• 2^ Tout être a essentiellement des propriétés; il « doit conséquemment agir relativement à ses pro- « priétés : les particules qui composent la matière , » étant de natures différentes, doivent donc agir di- « versement.
« 3« Le mouvement est un effort par lequel un corps « change ou tend à changer de place , c'est-à-dire à
• correspondre successivement à divers points de l'es-
• pace, ou bien à changer de distance relativement à
• d'autres corps.
c 4^ Le mouvement est la suite nécessaire des pro- « priétés de la matière : la nature ne peut ni exister
■ ni être conçue sans le mouvement.
« 5'' La nécessité est la liaison constante et infaillible I des causes avec les effets : l'invariabilité constante
■ des lois du mouvement prouve donc la nécessité du
■ mouvement dans la matière.
« 6° Une autre preuve de cette nécessité est que « tout est en mouvement dans la nature ; il n'y a pas
■ un seul corps véritablement en repos. Une pierre « de cinquante livres paraît en repos sur la terre; « cependant elle ne cesse de peser sur cette terre, qui
« la repousse à son tour. Pour prouver que la pierre « et la terre agissent , il n'y a qu'à intei-poser la main « entre les deux , et on verra que la pierre a la force « de briser la main , malgré le repos dont elle semble « jouir. D'autres preuves de la même vérité sont « fournies par la gravitation vers un centre , l'attrac- « tion, la fermentation des mixtes , les animaux nais- « sant de cette fermentation.
« 7° Ainsi, tout se meut dans l'univers : il n'est lui- .« même qu'une chaîne immense de causes et d'effets, «( qui sans cesse découlent les uns des autres : il est « formé par une série de mouvements qui se pro- « longent jusqu'à l'infini.
u 8^ Les éléments de la matière, mus en divers sens , « selon leurs diverses propriétés , et dans une action « et une réaction continuelles, peuvent, par leurs « collisions et leurs rapprochements sans cesse répétés, « former et décomposer successivement les corps que « nous voyons. »
Je reprends l'un après l'autre tous ces articles , et je crois pouvoir aisément prouver que toutes les définitions sont fausses , et que tous les raisonnements ne sont que des sophismes , même pas captieux.
XXVI. Premier article. On dit que les éléments primitifs de la matière sont hétérogènes. C'est une question sur laquelle les physiciens sont partagés, et qui probablement ne sera jamais décidée avec certitude. L'athée suppose l'hétérogénéité , parce qu'il la croit favorable à son système ; mais il ne se met pas en peine de la prouver, et nous pourrions la nier avec autant de fondement qu'il l'avance. Mais nous n'en avons pas besoin, et nous avons à lui répondre avec Newton quelque chose de bien plus fort : c'est que dans son système il est impossible que la matière soit hétérogène. Si toutes les particules de matière existent par la nécessité de leur nature , elles doivent toutes être de la même nature ; asséité et hétérogénéité sont deux termes contradictoires, dans les mêmes
SDR l'existence DE DIEU. 53
(êtres. Qu'une cause intelligente veuille opérer et opère des effets dissemblables ; que même une cause physique produise des effets divers, selon les divers objets qui lui sont présentés, cela se conçoit : mais la nécessité d'exister n'est pas une cause ; elle est un principe : et comment d'un même principe peuvent ressortir des résultats de diverse nature ? L'auteur du Système de la Nature se propose cette objection. « Pourquoi , répond-il , cette diversité ne viendrail- « elle pas des causes naturelles, d'une matière agissant « par elle-même , et dont le mouvement rapproche « et combine les éléments variés , et pourtant analo- - gués , ou sépare des êtres , à l'aide des substances « qui ne se trouvent pas propres à faire union? » Sophiste maladroit, lui réplique Bergier, vous ne dominerez pas le change à Newton, f^ous lui parlez de la diversité des effets ^ et il s'agit de la diversité des causes. Il n'est pas question de savoir pourquoi des causes naturelles, différentes dei éléments variés, des substances non analogues, produisent des effets différents; mais pourquoi ces éléments sont variés, pourquoi il y a des substances analogues et d'autres non analogues, pourquoi deux grains de sable , selon vous , sont essentiellement divers , pourquoi ils ne sont pas de même nature que deux grains d'or; quelle est la cause première de cette diversité? A ce raisonnement démonstratif, j'ajouterai une réflexion: selon les matérialistes , les corps sont différents , parce que leurs éléments , principes de leur composition , le sont: si ces éléments, ces principes étaient les mêmes, il n'y aurait point de diversité dans les corps : tous seraient parfaitement semblables; donc, d'après leur raisonnement , le même principe donne les mêmes résultats; donc, il s'ensuit, niêine de leur système, que si les élérnents matériels procèdent tous du seul et même principe de l'asséilé, ils ne peuvent pas être divers.
XXYII. Deuxième article. On dit que tout être a essentiellement des propriétés , et cela est vrai : on
en conclut que tout être agit essentiellement d'après ses propriétés , et cela est faux. L'être qui n'a que des propriétés passives n'agit pas ; il est purement passif. Cet argument est évidemment une pétition de principes : il suppose dans la matière des qualités actives , ce qui est en question : il est fondé sur l'abus du mot propriété , que l'on présente comme un principe d'action. La matière a évidemment des propriétés passives , la divisibilité , la figurabilité, etc. Agit-elle d'après ces propriétés-là? Que l'on nous montre dans elle des propriétés actives. Jusqu'à ce qu'on en ait découvert quelques-unes,il est contraire à la raison de dire que d'après ses propriétés elle agit.
XXyilL Troisième article. On définit le mouvement un effort: cette notion est fausse, elle confond l'effet avec sa cause. Le mouvement suppose un effort , mais c'est dans l'être qui le produit ; il est le résultat d'un effort , il n'en est pas un : le corps mu cède à un effort , il n*en fait point.
On ajoute que le mouvement est un effort , nonseulement dans le corps qui change, mais dans celui qui tend à changer de place i c'est encore une fausse assertion. La tendance à changer de place est la disposition au mouvement , elle n'est pas le mouvement. Le mouvement est un fait; il est le déplacement d'un corps. La faculté d'être mu s'appelle mobilité , et il faut bien se garder de la confondre avec le mouvement actuel.
Il est aisé de voir le motif qui fait ainsi dénaturer les notions. On suppose des efforts dans la matière , pour lui attribuer une activité qui répugne à sa nature.
XXIX. Quatrième article. On assure que le mouvement est une suite essentielle des propriétés de la matière : et on ajoute que la nature ne peut être conçue sans mouvement. Sur cette seconde partie de la proposition, je me contenterai d'obsçrvev
SDR l'existence DE DIEU. 55
qu'elle est hors de la question : il s'agit de la matière, et on nous parle de la nature. Je ne conçois pas le monde actuel sans mouvement , parce qu'il y est et que ce qui est ne peut pas ne pas être : mais ce qui est aurait pu ne pas être ; et dès-lors il n'existe point d'une nécessité absolue , et n'est nécessaire qu'hypotliétiquement.
Nous voici arrivés au point principal de la question , et à l'examen du grand principe des matérialistes , que le mouvement essentiel à la matière est la suite nécessaire de ses propriétés.
1° L'essence d'un être est ce sans quoi il est impossible de le concevoir. Nous concevons la matière en repos : le mouvement ne lui est donc pas essentiel.
2° Si le mouvement était essentiel à la matière, il y aurait contradiction^ être et non être dans le repos. Je ne crois pas que cette ridicule assertion soit entrée dans la tète même d'aucun matérialiste.
3** En assurant que le mouvement est une suite nécessaire des propriétés de la matière, il faudrait assigner quelque propriété de laquelle le mouvement découlât nécessairement. Mais on n'en nomme et on ne peut en nommer aucune: il est au contraire évident que de toutes les propriétés connues de la matière , il n'en existe aucune qui ne se concilie avec l'état de repos : l'étendue , la solidité , la configuration , la situation , toutes en un mot sont aussi entières dans un corps fixe que dans un corps remué : la mobilité même suppose que le corps peut être sans mouvement.
4° Dans le système matéraliste, le mouvement nonseulement n'est pas essentiel à la matière, il lui est même impossible. La matière est un composé de parties qui se touchent : sans cette continuité il n'y a point de matière ; elle en est une propriété essentielle. Si la matière est nécessaire d'une nécessité absolue , toutes ses propriétés essentielles le sont aussi ; la juxtà-position , la contiguité des parties de la matière , l'est donc
aussi ; elle ne peut donc éprouver aucun cliangement ^ elle doit toujours rester la même. Il ne peut donc pas, dans ce système , y avoir de transposition de parties ; elles doivent toujours rester les unes vis-à-vis des autres, dans la même position. La matière ne peut donc pas être en mouvement ; cgr le mouvement n'est autre chose qu'un dérangement de position dans les parties de la matière : la nécessité d'exister et le mouvement sont donc dans la matière deux choses incompatibles.
5° Ou l'on veut que chacune des particule» qui composent la matière soit essentiel km en t en mouvement , ou on prétend que c'est de la réunion de plusieurs particules que résulte le mouvement. Cette seconde hypothèse répugne : il est contraire à la raison que des corps en repos produisent par leur réunion le mouvement ; l'effet ne peut pas être conti-adictoire à ses causes. Dans la première supposition , tout dans la matière , jusqu'aux parties les plus minutieuses, serait dans une agitation perpétuelle : elles se sépareraient continuellement ; aucun corps ne pourrait ni se former, ni subsister.
6*» Il y a dans tous les corps une force d'inertie. Ce principe , établi par Newton , est admis par tous les physiciens. Ce qu'ils appellent force d'inertie , est l'indifférence des corps au repos et au mouvement. Elle consiste en ce qu'un corps au repos y reste jusqu'à ce qu'on le fasse mcvuvoir ; et en ce qu'un corps en mouvement continue de le poursuivre jusqu'à ce qu'il soit arrêté par un obstacle étranger. Cette inertie naturelle à la matière est évidemment prouvée par l'expérience. Pour mouvoir un corps deux fois plus pesant qu'un autre, il faut employer deux fois plus de force ; de même , pour mouvoir un corps avec plus ou moins de vitesse , il faut employer des degrés de force plus ou moins grands : il y a donc évidemment dans la matière une résistance au mouvement, résistance incompatible avec le mouvement
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essentiel : les deux contraires ne peuvent pas former l'essence -du même être ; une même chose ne peut pas être à la fois inerte et non inerte , naturellement mue et naturellement résistante au mouvement.
7^ Si le mouvement est essentiel à la matière, la direction de son mouvement doit l'être. Le mouvement n'est pas une cliose abstraite : il a essentiellement une direction; direction contingente, si le mouvement est contingent ; direction nécessaire , si le mouvement est nécessaire. Dire que le mouvement est nécessaire, et sa direction contingente, serait une absurdité palpable: de ce qu'un corps se meut, il est dirigé ; il est dirigé comme il est mu ; le même principe lui imprime le mouvement et la direction ; la nécjgssité qui le fait mouvoir , le fait mouvoir dans un sens quelconque : il se meut donc par nécessité dans ce sens y il ne peut donc pas en changer. Or , quel homme assez insensé pour prétendre que la direction du mouvement est essentielle et immuable dans la matière? L'expérience nous montre qu'on n'a pas plus de peine à faire mouvoir à droite ou à gauche un corps placé sur une plate-forme. D'ailleurs, admettre que la direction est essentielle au mouvement , lequel est essentiel au corps , serait dire qu'un corps change d'essence toutes les fois qu'il change de direction. Il s'ensuivrait de ce système , que toutes les parties de la matière , mues nécessairement dans le même sens, seraient continuellement emportées vers le même côté , sans pouvoir être dirigées vers un autre.
8" Ce que je dis de la du'ection du mouvement est également vrai de sa célérité. Tout mouvement a un degré de vitesse plus ou moins grand, qui varie selon les diverses inq)ulsions ou collisions. S'il était imprimé à la matière par la nécessité , il serait dans tous les corps, et toujours le même; il ne pourrait pas être augmenté ; il serait nécessairement au plus haut degré: mais surtout il ne pourrait pas être di-.