‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 8 sur 39 · DISSERTATIOW · texte numérisé non relu

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minué; ce qu'un être possède par la nécessité de sa nature , il ne peut pas le perdre.

D'après cette réunion de démonstrations, il est de la dernière évidence que la matière n'est pas essentiellenient, et par sa nature, en mouvement. Des preuves de celte vérité , passons aux objections par lesquelles on essaie de l'affaiblir.

XXX. Cinquième article. On définit la nécessité , la liaison constante et infaillible des causes avec les effets» Définition inexacte , qui ne donne de la nécessité qu'une idée incomplète , qui n'est applicable qu'à la nécessité hypothétique. La relation de cause à effet suppose une cause : l'être absolument nécessaire n'est pas celui qui est l'effet nécessaire d'une cause ; c'est celui qui n'a pas de cause. Exister nécessairement d'après une cause, et exister nécessairement par sa nature, sont deux choses qui diffèrent du tout au tout. Nous avons suffisamment expliqué cette distinction (1). Le mouvement est l'effet nécessaire, ou, pour parler plus^ exactement, l'effet nécessité d'une cause contingente^ il est donc contingent.

XXXL Des lois invariables du mouvement, les. athées prétendent inférer la nécessité du mouvement. Et moi , je prétends au contraire que ces lois donnent une nouvelle preuve que le mouvement n'est pas essentiel à la matière. D'abord , de ce que ces lois existent, je conclus qu'elles ont un auteur: des lois sans législateur sont une chimère ; plus elles sont invariables , plus elles décèlent une iiitelligence qui les a dictées. Les athées ne cessent de dire que ce sont les. lois du mouvement qui ont fait le monde ; et les lois , qui les a faites? Elles sont nécessaires, répondent-ils. Pourquoi donc sont-elles si multipliées, si variées, adaptées aux diverses natures des corps , relatives aux différentes impulsions? La nécessité est simple, elle

Ti) Voyez ci dessos, n. a.

procède uniformément: si elle avait donné la loi aux corps; il n'y en aurait qu'une. Il y a plus : que l'on examine toutes ces lois, on verra qu'elles supposent la contingence du mouvement. La première de ces lois est qu'un corps, soit en repos, soit en mouvement , reste dans l'état où il est jusqu'à ce qu'une cause étrangère le force d'en changer: elle porte évidenunent sur le principe que le mouvement vient d'une cause étrangère. Une autre loi est qu'un corps suit la direction qui lui a été imprimée, jusqu'à ce qu'une cause quelconque l'en détourne: elle suppose aussi que la matière , inerte de sa nature , reçoit d'autrui le mouvement. Celle en vertu de laquelle un corps perd de son mouvement en proportion de ce qu'il en communique à un autre corps , montre également que le mouvement qu'il avait ne lui était pas essentiel. De toutes les lois selon lesquelles les corps se meuvent, il n'en est aucune qui ne présente une nouvelle preuve que le mouvement est à la matière une modification accidentelle.

XXXII. Sixième article. Tout, dit-on, est en mou-vement dans la nature. Quand l'assertion serait vraie, elle ne prouverait nullement que le mouvement est absolument nécessaire ; il pourrait avoir été imprimé à la matière par une cause supérieure; mais l'allégation est fausse: c'est par un mélange sagegement combiné de mouvement et de repos que se maintient l'ordre de la nature. Les divers mouvements dont on parle ne prouvent pas le mouvement universel. On ne persuadera jamais à un homme raisonnable qu'une pierre posée sur la terre s'y remue ; on ne lui fera pas prendre la pesanteur d'un corps pour un mouvement actuel. Si lorsque j'ai interposé ma main , elle est brisée par le mouvement de la pierre , c'est que ma main l'a dérangée , et lui a, imprimé un mouvement.

Le mot (jravilalion exprime deux choses: la tendance habituelle d'un corps vers un autre , et le

mouvement actuel vers ce centre. Dans le premier sens , la gravitation peut être essentielle : mais elle est une mobilité, ce qui est tout difïérent du mouvement. Dans le second sens , la gravitation n'est pas essentielle; puisque le corps peut être arrêté. Si l'acte de se porter vers un point fixe était absolument nécessaire à toutes les parties de la matière, elles auraient toutes essentiellement la même direction ; aucune d'elles ne pourrait en être détournée.

Newton , le père de l'attraction, avertit lui-même, en plusieurs endroits, qu'il ne se sert de cette expression que pour désigner des faits qui servent eux-mêmes à expliquer d'autres faixs. L'attraction est donc une cliose absolument inconnue. Ou on veut en faire une force inhérente à tous les corps ; et alors il faut dire qu'il n'y a pas de corps qui n'attire à soi tous les autres, ce qui serait ridicule : ou on ne place l'attraction que dans quelques corps organisés de certaine manière ; et alors elle n'est pas une propriété essentielle de la matière. Quelques corps tendent à s'attirer, donc l'attraction est un mouvement universel : tel est le raisonnement des matérialistes.

La fermentation des mixtes suppose l'opération d'une cause étrangère qui ait composé la mixtion; elle n'est donc pas nécessaire d'une nécessité absolue. D'aitieurs toutes les parties de la matière sont-elles en fermentation ?

La naissance des animaux par la fermentation est si opposée à toutes les idées de la physique, qu'elle ne mérite pas qu'on y réponde. Cette seule imagination a sulll pour jeter le ridicule sur la vieille physique des péripatéticiens.

XXXllI. Septième article. On présente comme une partie dusystèiue, un système nouveau, non-seulement difïérent de l'autre, mais qui même le contredit. On dit que tous les mouvements qui ont existé dans le monde sont une série de mouveuients qui , en remontant continuellement, se prolongent jusqu'à l'infini. S'il en est

SUR l'existence de DIEL'. G1

atnsi , il n'y a maintenant, il n'y a jamais eu de mouvement qui ne fût donné. Puisque tout mouvement est donné, aucun mouvement n'est pas absolument nécessaire : recevoir d'autrui , et posséder par la nécessité de sa nature , sont deux choses contradictoires.

On veut qu'il y ait eu un nombre infini d'inipulsioas successives; et cependant on veut que ce nombre augmente sans cesse I un infini qui s'accroît . quoi de plus contradictoire?

Un effet sans cause est une chose répugnante. La série de mouvements serait un effet, mais n'aurait pas de cause ; chaque mouvement aurait pour cause le mouvement antérieur ; mais la collection des mouvements n'en aurait point : elle existerait sans raison suffisante de son existence. On a beau la prolonger jusqu'à l'infini , elle n'est toujours qu'une collection d'effets : qu'elle soit infinie, qu'elle soit limitée , dès qu'elle est effet, elle a toujours besoin de cause.

On demande pourquoi le dernier corps a eu besoiu d'être mu par un aulre : c'est que de sa nature il était inerte, et qu'il n'avait pas en lui le piincipe du mouvement. On fait la même demande sur le précédent; on répond par la même raison de son inertie naturelle : on fait sur tous les corps de la série la même question; sur tous on reçoit la même réponse. Ce principe du mouvement n'est donc pas dans cette succession de corps : il est donc ailleurs; il y a donc un principe extérieur ; un premier moteur est donc nécessaire.

En un mot, dans la succession des mouvements, à quelque point qu'on la prolonge, il n'y a que des mouvements reçus , et par conséquent contingents. Aussi,' dans cette hypothèse , d'abord il n'existe point de mouvement nécessaire , ensuite il faut une cause étrangère qui l'ait imprimé.

©ira-t-on que le premier mouvement était nécessaire à la,matière; que ce ne sont que les mouvements subséquents qui sont contingents.' S'il y a eu un premier mouvement, la succession n'est donc pas infinie; si le

premier mouvement a été nécessaire , il n'a pas pu cesser; il existe toujours, il est toujours le même, avec la même direction , avec la même célérité ; ce n'est pas une multitude de mouvements qui existe , c'est un seul mouvement, qui est partout le même, dans le même sens, au même degré.

XXXIV. Huitième article. Celui-ci n^est que la conséquence des précédents. On conclut , des principes antérieurement mis en avant, que la composition et la décomposition de tous les corps dont la nature est composée sont les effets naturels des divers mouvements nécessaires de la matière, laquelle, par sa propre énergie, a pu les produire. Les principes réfutés, la conséquence tombe ; la prétendue énergie de la matière démontrée fausse , la conclusion que l'on en tire s'évanouit; la matière réduite à son inertie naturelle, et purement passive, reçoit le mouvement comme toutes ses autres modifications, d'une puissance supérieure (1); elle n'est donc pas l'être nécessaire.

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