‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 9 sur 64 · ARTICLE SIXIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME

L'être nécessaire est tout-puissant.

La toute-puissance de l'être nécessaire est une conséquence de son infinie perfection.

H lui manquerait une perfection s'il était

impuissant; il n'aurait qu'une perfection bornée, s'il ne possédait qu'une puissance restreinte. 11 y a cependant sur cet attribut quelques observations à faire.

XIII. J'ai remarqué quel'être infini çnperfection ne les possédait pas absolument toutes, et qu'il n'avait ni celles qui renferment un mélange d'imperfection, ni celles qui sont opposées à d'autres perfections. Appliquant ce principe à la toute-puissance, je dis qu'elle ne s'étend pas absolument, et sans exception, atout pouvoir; mais qu'elle consiste en ce que l'être nécessaire puisse • tout ce qui ne contredit pas ses attributs. Aucun être, et l'être nécessaire de même que les autres, ne peut ce qui est contraire à son essénce. Il répugne à Y essence de l'être infiniment parfait de faire ce qui est opposé à

une perfectionn ée qui supposerait en lui une imperfection : ainsi, d'abord il n'est pas en son pouvoir de s'ôter l'asséité, de cesser d'exister ; ensuite il ne peut pas ce qui serait injuste, ce qui serait méchant. Ce n'est pas en lui une imperfection de ne pas pouvoir ces choses, puisqu'au contraire c'est à raison de son infinie perfection qu'il ne les peut pas. Telle, est sur ce point notre doctrine : il peut tout ce qu'il veut ; il ne veut pas, il ne peut pas vouloir ce qui répugne k>

SUR l'existence de DIEU. 3ÎT

sa nature : sa puissance n'a d'autre mesure que sa volonté, et sa volonté d'autres bornes que ses perfections (29).

XIV. On dit aussi avec vérité, et c'est une conséquence du même principe, que l'être nécessairenVpaslapuissancedc changer Tes* sence des choses. Cette expression exige une explication. L'être, nécessaire selon nous, peut changer les choses mêmes ; il peut faire, par exemple, que ce qui était une pierre devienne un homme. Cette opération consiste en deux choses : dans la destruction d'une substance, et dans la production d'une autre. Il n'y a point, en cela, de répugnance.

Mais il ne peut pas, en laissant une chose continuer d'être ce qu'elle était, lui ôter son essence et lui en donner une autre. L'essence d'une chose est, par l'institution même de son auteur, ce qui la constitue, ce qui la fait être telle, ce sans quoi elle ne serait pas ce qu'elle est : il serait contradictoire qu'une chose restât ce qu'elle est et cessât d'être ce qu'elle est ; qu'elle fût à la fois la même etdifférente. Cette opération serait un changement de volonté dans l'être immuable, un défaut de sagesse est une grave imperfection dans l'être infiniment parfait-

Après avoir donné la notion de la toutepuissance, il fatft en donner la preuve; après

avoir montré que Fêtre nécessaire ne peut que ce qu'il veut, il faut faire voir qu'il peut tout ce qu'il veut.

De trois choses l'une : ou l'être nécessaire n'a aucune puissance; ou il a une puissance limitée ; ou il a une puissance sans bornes et infinie.

XV. Il est évident (je rapporte les expressions d'un athée, et tous les athées ont les mêmes principes) qu'uuétre étemel ou existant par lui-même renferme dans sa nature tout ce qu'il faut pour agir. Aussi, tout leur système est fondé sur ce que la matière dont ils font l'être nécessaire a une énergie qui lui est propre, en vertu de laquelle elle agit. L'essence de la nature, disent-ils ailleurs, est d'agir.... La matière agit parce quelle existe, et elle existe pour agir. . . C'est faute de connaître les forces ou les propriétés de la matière f qu'on a multiplié les êtres sans nécessité. Si on demande comment on peut se figurer que la matière, par sa propre énergie, élit pu produire tous les effets que nous voyons, je répondrai que si, par matière, Von s'obstine à n'entendre qu 'une masse inerte et morte , dépourvue de toute propriété, privée d'action, incapable de se mouvoir d'elle-même, on n'aura plus d'idée de la matière (3o). Il serait possible de multiplier les

suh l'existence de dieu. 41

citations de leurs ouvrages dans lesquelles ils reconnaissent que l'être nécessaire a une puissance, et une grande puissance. Ainsi ce premier point est formellement avoué par eux. . ' ,

Mais, d'ailleurs, les êtres contingens n'ont et ne peuvent avoir que ce qui leur a été donné : leurs attributs, même essentiels, ne sont en eux nécessaires qu'hypothétiquement ; ils les ont reçus avec l'existence. Mais, s'ils sont les seuls qui possèdent la puissance, qui est-ce qui a pu la leur donner ? Elle n'a pu évidemment leur venir que de l'être non contingent : l'être nécessaire a donc eu la puissance de la leur dbnférer ; il est donc revêtu d'une puissance.

Nous avons vu de plus qu'un être existant par lui-même est nécessaire pour procurer l'existence aux êtres contingens : il en serait incapable, s'il était dépourvu de toute-puissance.

XVI. Mais, si on est forcé de reconnaître dans l'être nécessaire une puissance quelconque, ri la possède essentiellement, puisqu'il n'y a en lui rien d'accidentel. Or, cette puissance essentielle ne peut pas être bornée. Par qui le serait-elle? Serait-ce par une cause externe? serait-ce par sa propre nature? Ce ne peut pas être par une cause externe : hors

de l'être nécessaire il n'y a que des êtres contingens, qui tiennent de lui tout ce qu'ils ont de pouvoirs. Conçoit-on qu'un pouvoir accidentel mette des bornes à un pouvoir essentiel? conçoit-on qu'une puissance ait la force de modifier, de limiter la puissance qui la fait exister elle-même? Les êtres cont in gens, avant d'exister, ne bornaient pas la puissance de l'être nécessaire : elle était donc alors illimitée ; elle l'était essentiellement; elle n'a donc pas pu cesser de l'être. Dire que c'est par sa propre nature que l'être nécessaire ne possède qu'une puissance restreinte, c'est prétendre qu'il y a une contradiction entre l'infinie puissance et quelqu'un des autres attributs, assertion que repousse la notion même de la toute-puisssance : elle consiste, comme nous venons de le voir, en ce que l'être qui en est revêtu puisse tout ce qui ne contredit pas ses attributs : il y a donc, entre la puissance infinie et les autres attributs de l'être nécessaire, non pas une contrariété, mais un accord ; la nature de l'être nécessaire ne s'oppose donc pas à sa toute -puissance; et puisque sa puissance n'est limitée ni par autrui ni par lui-même, elle est évidemment infinie (3 1). k .

Contre la toute- puissance de l'être nécessaire, les incrédules élèvent une diffi-

SUR LMI8TEXCE DE DlEtT. *i

cuité : Dieu veut que l'homme ne pèche pas, et l'homme pèche. Comme cette objection tient à une opposition prétendue entre les attributs divins et la liberté humaine, nous en renvoyons la discussion au lieu où nous montrerons que Dieu a pu, sans être l'auteur du mal, attribuer à l'homme la liberté de l'opérer (3a).

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