‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 18 sur 64 · XII. Prétendre que l'ordre du monde est · texte numérisé non relu

XII. Prétendre que l'ordre du monde est

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le produit du hasard, c'est ou soutenir que cet ordré s'est formé de lui-mêine, ou qu'il existe sans cause, sans raison de son existence ; ce qui répugne dans les termes. On avance que cet ordre est dû à une cause, d'une part, douée d'une extrême puissance; de l'autre, dénuée de toute intelligence, qui opère les choses les plus grandes sans en avoir le projet, qui produit les arrangemens les plus compliqués et les plus sages, sans en avoir l'idée. Quel est cet être qui possède un pouvoir immense, et qui n'a pas de volonté ; qui est incompréhensiblement industrieux, sans être aucunement intelligent? Ces notions d'un seul et même être ne sont- elles pas encore des contradictions formelles?

XIII . Dire qu e c' est le hasard qui maintient l'ordre du monde est également déraisonnable . Les résultats du hasard, c'est-à-dire les choses qui se font sans connaissance et sans projet, ne se répètent jamais de la même manière. Il faut de la réflexion, de l'attention, de la volonté pour se copier exactement, ou pour imiter parfaitement les autres. Vingt hommes traçant, sans y penser et à l'aventure, des lignes sur le sable avec leurs bâtons, ne produiront pas les mêmes dessins. Un joueur aura amené avec trois dés rafle de six : qu'il reprenne vingt

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fois les dés, il n'amènera peut-être pas une seule fois le même nombre (64). On ne pourrait pas citer quatre effets du hasard qui se ressemblent avec justesse : à plus forte raison, quand il s'agit de millions de phénomènes divers, est-il insensé de croire qu'ils se renouvellent constamment par le hasard, qui au contraire en amènerait sans cesse de nouveaux (65).

XIV.'En second lieu, le système des athées modernes, qui attribue à la nécessité l'admirable disposition de cet univers, est aussi contraire à la raison que celui de leurs devanciers. Il s'agit ici d'une nécessité antécédente et absolue, et non d'une nécessité hypothétique et conséquente. S'ils veulent se réduire à cette seconde espèce de nécessité, nous serons d'accord avec eux sur ce point :

les mouvemens variés et réguliers qui forment l'ordre du monde, sont en effet nécessités en ce sens. Mais dès-lors ils supposent une cause dont ils émanent, et qui les rend nécessaires.

Ce qui est nécessaire d'une nécessité absolue, l'est tellement, qu'il est impossible de le concevoir non existant ou existant autrement; que l'hypothèse qu'on voudrait en faire impliquerait contradiction, présenterait l'être et le non -être. Mais certain

nement je conçois un ordre différent dans le monde : il n'impliquerait pas contradiction qu'il existât un univers dans lequel les astres prendraient leur cours d'occident en orient ; dans lequel il y aurait quelques genres de plantes , quelques espèces d'animaux de plus ou de moins que dans celui-ci ; qui serait en un mot autrement ordonné.

Cette supposition ne présente nullement Fêtre et le non-être. II est donc clair que l'ordre du monde n'est pas nécessaire d'une nécessité absolue.

Rappelons-nous les preuves exposées cidessus de la contingence de la matière (66).

Si son existence n'est pas nécessaire, comment l'ordre dans lequel elle existe peut- il l'être?

J'ai montré aussi que le mouvement n'est pas essentiel à la matière (67). La régularité, la succession , le résultat de ses divers mouvemens, ne peuvent donc pas l'être.

Ce sont, disent les athées soit anciens, soit nouveaux, l'énergie, l'activité propres à la matière, et découlantes de sa nature, qui lui ont fait prendre la forme et l'ordre que nous lui voyons. Nous avons montré la fausseté du principe. La matière étant, comme nous l'avons prouvé, absolument inerte, n'a ni activité ni énergie. Mais suppo-

sons, pour un moment, véritable cet absurde principe : comment cette énergie qu'on attribue à toutes les particules de la matière , si elle n'est dirigée par qui que ce soit , pourrat-elle leur faire prendre l'ordre que ndusleur voyons? établir entre elles ces relations si prodigieusement multipliées , si artistement diversifiées, si industrieusement graduées, si sagement combinées, que nous y apercevons? les réunir pour en foire des corps qui, par d'autres réunions, forment d'autres corps, lesquels ne sont eux-mêmes que partie de tous les plus grands , et ainsi successivement, depuis les premiers élémens de matièrejusqu'à la vasteunivèrsalitéde la nature? Au lieu d'être un principe de disposition ré* gulière, cette énergie, qui toujours agirait sans savoir ce qu'elle ferait , serait une cause * continuellement renaissante de destruction. Au lieu de réunir, elle tendrait sans cesse à tout séparer. Quel corps pourrait prendre et conserver de la consistance , quand toutes ses parties seraient dans une continuelle agitation? L'activité sans direction ne peut causer que du désordre/ , *

Nous sommes pleinement assurés que les autres hommes avec lesquels nous vivons ont comme nous de l'intelligence et de la volonté : l'athée regarderait comme extra-

vagant celui qui s'aviserait d'en douter. Mais d'après quoi formons-nous sur eux ce jugement? C'est d'après ce que nous voyons, ce que nous entendons d'eux, qui présente une suite d'idées, un ordre, une raison : or, je demande si dans la composition de l'univers il n'y a pas infiniment plus de marques d'intelligence, d'invention, de sagesse, que dans toutes les œuvres réunies de tous les hommes? C'est une inconséquence de reconnaître quelque part du conseil et de la raison, et de ne vouloir pas en admettre dans l'ordre merveilleux qui remplit l'univers (68).

Quoi! les ouvrages de l'art les plus simples, les moins compliqués portent naturellement à notre esprit l'idée d'une cause douée d'intelligence qui les a fabriqués; l'athée lui-même ne peut les apercevoir sans concevoir aussitôt cette pensée : et la contemplation de l'immense machine du monde nous la ferait rejeter (69)! Je contemple avec plaisir les tableaux où sont peints avec vérité les mers, les cieux, les effets de l'air ; j'y reconnais ce Vernet qui a su saisir avec tant de précision, et rendre avec tant de force, ces grandes beautés ; et la vue de ces beautés elles-mêmes me ferait croire qu'elles n'ont aucun auteur! Une machine

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artistementtravaillée,quixéprésentelecours de quelques astres, m'indique un artiste industrieux; j'en suis aussi sûr que d'une démonstration géométrique: et en voyant les immenses révolutions que décrivent tous les corps célestes, il me faudra en conclure qu'ils ne sont point l'ouvrage d'une industrie ! Nous estimons les ouvrages de l'art, nous apprécions rintelligencé, l'habileté, le talent, le génie de leurs auteurs, en raison de leur ressemblance, de leur conformité avec la nature -, et nous croirons que l'œuvre même de la nature n'a demandé ni génie, ni habileté, ni talent, ni intelligence !

XV. Sur cette comparaison de la nature avec les ouvrages del'art, les incrédules font une objection : « Ceux-ci, disent-ils, nous » les connaissons par l'expérience ; ceux-là, » nous devinons ce qu'ils doivent être: il ii n'y a donc point de comparaison à faire. »

Les deux propositions sont fausses. i° Il n est pas vrai que nous ne fassions qu e deviner que les phénomènes de la nature sontles Oeuvres d'une intelligence: nous le démontrons par toutes les raisons que rçous venons de présenter. 2 0 Ce n'est pas seulement par Pex- . périence que noussavons que les ouvrages de l'art le sont aussi de causes intelligentes ; c'est aussi par la réflexion : il n'est pas né-

cessaire d'être instruit par l'expérience, de connaître l'auteur d'un ouvrage, d'en découvrir la cause finale, pour être assuré que sa cause est intelligente; il suffit d'y apercevoir de l'ordre, du rapport entre les parties. Le voyageur qui n'a jamais entendu parler de la machine de Marly ignore quel est l'auteur et quel est le but de cette complication de mouvemens; il n'en est pas moins assuré que cette machine a été construite pour un effet quelconque, et par une cause qui a connu et voulu cet effet. Le sauvage qui voit pour la première fois une montre et ses ressorts n'imagine pas qu'elle existe nécessairement, ou par hasard; il est bien persuadé qu'elle est l'effet d'une cause industrieuse.

XVI. Liauteur du Système de la Nature s'est objecté la comparaison du sauvage considérant une montre. Il n'est pas inutile de rapporter les réponses qu'il y donne, pour présenter un échantillon de la logique de l'athéisme (70).

Il répond i° que la nature est très-puissante et très-iftdustrieuse, puisqu'elle produit des effets qui nous surprennent, et que nous appelons industrieux celui qui fait des choses que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes. Entend-il par le mot nature l'uni-

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versalité des êtres? Dans ce cas, comment lui prête-t-il de l'industrie? Un grain de sable sera donc industrieux; car la masse ne peut pas l'être si les parties ne le sont pas. Enten4-il une puissance autre que l'univers?

Il reconnaît donc une intelligence ordonnatrice? Sa notion de l'industrie est ridicule. Nous trouvons de l'industrie dans ce que nous faisons, dans les choses même au-dessous de notre talent; le plus habile horloger en voit dans un tourne-broche.

Il répond, 2° que si le sauvage a idée de l'industrie humaine, il pourra juger que la montre est l'ouvrage d'un être deson espèce; que s'il ne connaît pas l'industrie humaine, il prendra la montre pour un animal, et attribuera les étranges effets qu'il voit à un génie, à un esprit, à un Dieu. Ainsi le sauvage regarderala montre comme V effet d'une cause connaissante et voulante : se trompant sur l'espèce de cette cause, il ne sera pa9 dans Terreur sur le principe.

Il répond 3° que le sauvage pensera que la montre ne peut venir que du travail de l'homme, mais se gardera de penser qu'elle soit l'effet d'une* cause immatérielle, d'un agent privé d'organes. Ce raisonnement sort de la question : il ne s'agit pas de savoir si le sauvage a une juste idée de ce que sont

une intelligence* une volonté ; il en a une idée quelconque, et cela suffit : il sait fort bien que pour construire la montre, ce n'était pas assez d'avoir des mains -, qu'il fallait que ces mains fussent dirigées par une raison qui eût l'idée et la volonté de l'ouvrage.

La première proposition que j'ai posée au commencement de cet article , savoir, que Tordre admirable du monde est évidemment l'œuvre d'une cause intelligente, me paraît suffisamment établie. La discussion qui va être faite dans l'article .suivant, les difficultés qu'y opposent les athées , en complétera la démonstration.

XVII. La seconde proposition, savoir, que cette cause ne peut être que Dieu, est également certaine. Elle n'a pas même besoin d'être discutée, parce que les athées n'en disconviennent pas : ils reconnaissent que, si l'ordre de la matière est l'effet d'une cause pensante et voulante, cette cause ne peut être autre que celle qui aura créé la matière elle-même. Il faut que cet effet soit produit par l'être créateur ou par un être créé : mais, dans ce second cas, la créature n'aura pu recevoir la pui&ance d'ordonner la matière que de son créateur; ce sera donc, même dans cette hypothèsp, du créateur que viendra l'ordre du monde; non pas immé-

sua l'existence de dieu, îîi diatement, à la vérité; mais niédiatement; et cette assertion ne favoriserait nullement l'athéisme.

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