‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 20 sur 64 · XXVI. Quand on reproche au créateur les · texte numérisé non relu

XXVI. Quand on reproche au créateur les

imperfections qui se trouvent dans ses créatures, on prétend donc qu'il aurait dû les

faire toutes infiniment parfaites? Tout défaut * de perfection est une imperfection. Relativement à nous, le parfait et l'imparfait sont des termes relatifs ; il n'y a de perfection absolue que celle qui est infinie ; tant que celle des créatures ne le serait pas, elle pourrait être augmentée : on se plaindrait toujours, comme à présent, de ce qu'elle ne serait pas plus grande. Mais une créature infiniment parfaite répugne, dans les termes :

elle répugne du côté de la créature ; l'infini appartient exclusivement à l'être nécessaire, le contingent est essentiellement limité : elle répugné de la part du créateur : en créant l'infini il ne pourrait rien y ajouter, sa puissance serait épuisée, il cesserait d'être tout- puissant. La toute-puissance de Dieu s'oppose donc à ce qu'il crée des êtres infiniment parfaits. Nous avons vu qu'elle ne s'étend pas à produire soit ce qui contrarie les attributs divins, soit ce qui implique contradiction.

On prétend que Dieu devait à toutes ses créatures la même perfection. Il leur devait donc à toutes la même destination. 11 adonné à chaque espèce detre le genre et le degré de perfection analogue à la fin pour laquelle il la créait; cela suffit pour justifier sa sagesse. Croit-on que l'ordre du monde

fût plus parfait si toutes les parties étaient de la même espèce, toutes égales, toutes absolument semblables? Ne voyons-nous pas au contraire que cette immense variété, cette coordination, cette subordination des êtres les uns aux autres, contribuent à rendre l'ordre de cet univers plus admirable? L'incalculable diversité des êtres atteste la puissance de leur créateur ; la multiplicité et l'exactitude de leurs relations proclament sasagesse (7 5).

On traite de partialité injuste l'inégale distribution des propriétés entre les divers êtres. Le distributeur des dons n'en est-il pas le maître? Ce qu ildonneaTunTôte-t-il à l'autre? Il doit, dit-on, à toutes ses créatures un amour égal. Sur quel fondement assure-t-on qu'il doit aimer également l'homme , la bête, la plante, la pierre? Il leur doit seulement, ou plutôt c'est à luimême et à sa sagesse qu'il doit de rendre chaque être propre à la (in pour laquelle il le fait exister.

XXVII. Les athées présentent encore contre lç principe des causes finales divers sophismes, qu'il n'est pas tout-à-fait inutile d'examiner soigneusement.

« L'homme, disent-ils, agit pour une fin » qui est son besoin : Dieu, qui n'a besoin de 9 rien, ne peut pas se proposer qne fin. »

Il s'ensuit de là que Diéu n'agit pas pour la même fin que l'homme : ne peut- il pas s'en proposer une autre?

« C'est, ajoute-t.-on, l'ignorance des cau- » ses physiques qui fait recourir aux cau- » ses finales. »

Fausse assertion. Plus no us pénétrons dans la connaissance des causes physiques, plus nous reconnaissons la nécessité de la cause première qui en a voulu l'effet. Plus j'étudie le mécanisme de l'œilj plus je reconnais la cause finale de ses diverses parties.

« Les causes finales ne sont , dit-on , que » des abstractions mentales, que des rap- » ports arbitraires. »

L'idée générale de cause finale est, dans

un fondement au dehors. En voyant une belle statue, je conclus que le sculpteur a eu, en la faisant, une intention : de ce que cette idée est abstraite dans mon esprit, s'ensuit-il que l'artiste ne se soit réellement proposé aucune fin ?

Nos- idées des causes finales ne sont, nullement arbitraires : il ne dépend pas de nous de les changer. Suis-je le maître de voir par les oreilles, d'entendre par les yeux ?

On réchauffe une vieille objection dé Lucrèce. «Npus usons deschoses parce qu'elles

sur l'existence de dieu. m

» existent ; elles n'existent point pour que « nous en usions. L'usage de la chose est » postérieur à la chose même. Nos mem- » bres existaient avant que nous nous erï » servissions : pourquoi donc croire qu'ils » ont été créés par l'utilité dont ils sont? »

Raisonnement ridicule. Il faut bien que les choses soient faites pour que l'on s'en serve. La maison doit être bâtie avant qu'on l'habite, s'ensuit-il qu'elle n'a pas été bâtie poufr être habitée? Nous n'usérions pas de nos membres comme nous faisons, s'ils n'existaient pas tels qu'ils sont : mais ce n'est" point pat choix que nous en usons ainsi; c'est leur conformation qui nous y force impérieusement. « Si une horloge n'est pas » faite pour montrcv l'heure, dit un auteur » qui ne doit pas être suspect aux incrédu* » les, j'avouerai alors que les causes finales » sont des chimères, et je trouverai fort bon » qu'on m'appelle cause-finalier, c'est-à-dire » un imbécile {77). »

En voilà, je crois, plus qu'il n'en faut pour réfuter des objections si futiles qu'on peut dire, avec Cicéron, que ce sont plutôt des délires d'hommes dans le sommeil, que dés raisonnemens de philosophes (78).

Di

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