‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 21 sur 64 · PREUVE DE INEXISTENCE DE DIEU PAR LE CONSENTEMENT DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

PREUVE DE INEXISTENCE DE DIEU PAR LE CONSENTEMENT DU GENRE HUMAIN

Cette preuve consiste en deux propositions, Tune de fait, l'autre de droit, qui vont faire le sujet des deux articles survans. La première est que l'universalité des nations a de tout temps reconnu l'existence de la Divinité. La seconde est que cette doctrine unanime de tout le genre humain est du plus grand poids pour prouver l'existence de Dieu.

ARTICLE PREMIER

Le dogme de l'existence de Dieu est la croyance de • >«, l' universalité du genre humain.

Cette question peut être considérée relativement aux nations anciennes, et relativement aux modernes.

I. Par rapport aux peuples de l'antiquité, nous avons les témoignages de tous les écrivstas des tempsles plus reculés. Sâns parler de Moïse, le plus ancien historien qui existe, et des autres écrivains hébreux , nous voyons Hérodote, le premier entre les historiens profanes, et tous ceux qui l'ont suivi, faire mention de la religion de tous les peuples dont ils parlent, quoiqu'ils remontent quelquefois jusqu'aux temps fabuleux. 11 en est de même des poètes de la plus haute antiquité. Hésiode, Homère, tous les autres, chantent la religion des peuples, et en parlent comme d'une chose existante de tout temps. U y a quelquefois des contradictions entre ces divers auteurs sur les mœurs, les lois, le gouvernement de ces peuples; il n'y en a point sur leur théisme. Aux écrivains, nous pouvons joindre les monumens qui nous restent des temps antérieurs même à l'histoire; les hiéroglyphes, les statues, les vases égyptiens, étrusques et autres; les ruines de plusieurs temples : tous ces témoins muets attestent que l'homme de tous les siècles» a eu une religion, comme il a eu. un corps et une raison .

Veut-on des témoignages plus positifs encore? Nous avons rapporté un texte de Platon , qui donne pour preuve de l'existence

des dieux, d'abord Tordre du monde, ensuite le consentement universel de tous les hommes, grecs et barbares (79). Le xaÊtae philosophe dit , dans un autre endroit , qu'il n'y a jamais eu personne qui , depuis la jeunesse jusqu'à la vieillesse, ait persévéré dans l'opinion qu'il n'y a pas de Dieu (80).

Cicéron , dans le premier livre de son ouvrage sur la nature des dieux, présente un épicurien établissant sur ce fondement l'existence de la Divinité. Au second livre , un académicien emploie le même raisonnement (81). Parlant en son nomdans le Traité deslois, il déclare qu'il n'y a pas de nation tellement barbare, tellement féroce, que, même ignorant quel Dieu elle doit adorer, elle ne reconnaisse cependant qu'elle doit en adorer un (8a).

Sénèque n'est pas moins précis. Il ditpositivementque la doctrine de l'existence des dieux est celle de tous les hommes; et qu'il n'y à -pas* une nation tellement dépourvue de mœiirs et dé lois, qu'elle ne reconnaisse quelque Dieu (83). ■ , \

Plutarqu e dit que , si on veut parcourir la terre, on pourra trouver des villes saris murs, sans lettres, sans lois, sans maisons, sans richesses , sans monnaies , qui ne connaissent ni les gymnases , ni les théâtres ; mais quant

a une ville n'ayant point de temples et de dieux , ne faisant point usage de prières, de sermens, d'oracles, n'implorant pas le bien par des sacrifices, ne détournant pas les maux par les actes religieux; que personne n'en a jamais vu une telle (84).

A ces autorités , il serait facile d'ajouter beaucoup d'autres, tirées des seuls auteurs païens : mais il n'y en aurait pas de plus graves que celles des auteurs célèbres que je \iens de citer : je crois leur témoignage plus que suffisant pour établir la vérité du fait dont il s'agit. :

Notfs avons cependant quelque chose de plus démonstratif encore. Ce qui prouve le plus complètement une vérité , c'est l'aveu de ceux qui seraient intéressés a la contester.

Lucrèce loue Épicure d'avoir été le premier à combattre la religion parmi les hommes (85): tous les hommes antérieurs à Épicure avaient donc une religion?Lucien, autre ennemi de toute religion , dans un de seà dialogues, introduit Timocles, religieux, disant que s'il n'y a pas de dieux tous les hommes sont trompés, et Dami s, incrédule, ne contestant pas le fait de cette universalité de tioctrhie, et niant seulement la conséquence qu'en tire son adversaire (86).

Deux écrivains aussi éclairés que Lucrèce et

Lucien n'auraient pas avoué que le théisme est la doctrine de tout le genre humain , si ce n'eût pas été une vérité tellement reconnue qu'elle était incontestable. Ils n'ont pas nié le fait si contraire à leur système ; ils en deviennent parla les témoins les plus irrécusables.

II. Pour combattre ces imposantes autorités, les incrédules , et spécialement Bayle, ont été rechercher dans tous les auteurs anciens toutes les expressions qui peuvent donner Vidée de peuples ignorant l'existence de la Divinité. Il n'est pas difficile de répondre à ces allégations. Homère parle d'un peuple qui ne se soucie pas de Jupiter : en voilà assez pour conclure qu'il ne croyait à aucun Dieu ! Strabon dit des Éthiopiens et des Lusitaniens, que quelques personnes les croyaient athées; et om prétendque, d'après l'autorité de Strabon , ils étaient tels ! Mêla parle de peuples de l'Ethiopie qui détestaient le soleil, comme pestilentiel pour eux et pour leurs campagnes; on veut que Mêla ait fait d'eux des athées ! Une observation générale répond à presque toutes les citations objectées. Le mot athée ne signifiait pas toujours l'homme qui nie la divinité ; on l'employait pour signifier les médians, les impies, ceux qui méprisaient les

SUR L'EXISTENCE de dieu. 13S

dieux du paganisme. Ainsi Socrate fut condamné comme athée ; ainsi Pline dit que les Juifs étaient renommés par leur mépris des dieux; ainsi les chrétiens létarient taxés d'athéisme; et nous voyons les premiers apologistes occupés à réfuter cette inculpation. Il serait donc injuste de prendre à la lettre cette expression , que l'on trouve quelquefois appliquée à divers peuples. Elle ne peut certainement pas affaiblir les témoignages de si grands poids que nous venons de rapporter.

III. Venons aux nations modernes. 11 ne peut pas y avoir de difficulté, et on n'en élève point, sur les nations policées de l'Europe et de F Asie : il est hors de doute qu'il n'y en a aucune qui n'ait une religion ; et leurs histoires bien connues font foi qu'elles en ont toujours eu. Ce n'est donc que sur les peuples nouvellement découverts qu'il peut y avoir de la contestation. Encore estil certain et reconnu que beaucoup de ces peuples, qui avaient de la civilisation, tels que les Mexicains et les Péruviens^adoraient des divinités. Nous soutenons que tous les autres qui ont été découverts depuis trois siècles; ont aussi, d'après toutes les relations les plus exactes, des notions de la divinité.

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