XX. « Les hommes, ajoutç-t-on en troi
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» sième lieu, frappés delà vue de divers jv phénomènes , tels que le tonnerre , les » trembleinens de terre, etc. ; en voyant ré- » sulter de grands malheurs; faibles d'ail - » leurs et tourmentés de la crainte de l'a- » venir, ont imaginé une puissance formi- » dable, qu'ils s'efforcent d'apaiser et de se » rendre favorable (94). »
XXL Quand on admettrait que ces craintes ont contribué à répandre et à perpétuer la persuasion de l'existence de Dieu, on ne pourrait pas en conclure qu'elle n'est qu'un préjugé. Le raisonnement que les phénomènes effrayans n'ont pas pu se former tout seuls est si naturel, qu'il a dû nécessairement entrer dans l'esprit, et inspirer aux hommes que faisaient trembler ces événemens la crainte de leur auteur. Il en est de même des frayeurs de l'avenir : ce raisonnement qui vient si naturellement à l'esprit, tous les crimes ne sont pas punis par les hommes dans cette vie, il y a donc une autre vie et un vengeur suprême; "ce raisonnement, dis-je, a pu fixer beaucoup de personnes dans la croyance d'un Dieu. S'ensuit-il de là qu'elle soit une erreur? Cette terreur si généralement répandue de l'être qui commande impérieusement à toute la nature est si raisonnable, $i naturelle, queloin d'être une objection cpntre son
existence, elle en serait plutôt une preuve.
Examinons ensuite le principe.de l'objection en lui-même.
En assurant que c'est la terreur qui a produit et répandu le théisme , il faudrait appuyer cette assertion par quelques raisons ; sans cela, on met en principe ce qui est en question ; nous pouvons nier aussi gratuitementqu'on affirme; nous sommes même fondés à avancerdeux propositions contraires à çelle-là: i° 11 est plus probable que c'est la persuasion de la Divinité qui en a imprimé la crainte , que la crainte qui en a inspiré la persuasion. 2 0 C'est bien plutôt l'athéisme que le théisme, qui est l'effet de la crainte ; on ne nierait pas Dieu, si on ne le redoutait : c'est la terreur de sa justice, c'est le besoin de se soustraire aux remords, pour persévérer dans ses vices, qui fait rejeter le vengeur du vice.
Selon les athées, le genre humain n'est donc composé que de lâches ; et il n'y a que cette poignée d'hommes qui ont secoué le joug de la Divinité, qui ait du courage. D'où proviennent donc , d'une part, dans les hommes religieux, tant d'actions héroïques, spécialement au sujet de la religion ; et de l'autre, dans les incrédules, tant de variations et d'inquiétudes pendant la vie,
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tant de frayeurs et d'abjurations à la mort ?
Si la crainte de la Divinité n'était qu'un préjugé, serait-elle aussi générale, aussi constante? Nous voyons toutes les vaines frayeurs dissipées par l'observation , au moins dans l'esprit des sages. L'observation des sages confirme au contraire dans leur esprit la crainte salutaire de Dieu.
Enfin, si la persuasion de l'existence de Dieu était l'effet de la crainte qu'inspire son
\ ' * ^ e D ' eu ne présenterait qu'un êtrecruel et impitoyable. Mais au contraire, dans l'idée de Dieu que se forment toutes les nations, il entre celle d'un père bienfaisant. S'il punit le crime par justice, il récompense la vertu par bonté, il pardonne au repentir par miséricorde : tous les biens dont nous jouissons dans cette vie, nous les tenons de sa main libérale, en attendant les biens incomparablement supérieurs qu'il nous prépare dans la vie future , et qu'il nousrend maîtres de mériter. Il serait moins déraisonnable d'attribuer le théisme à l'espérance , puisque la Divinité du théiste est un être bienfaisant.
XXII. « Les législateurs, c'est ici la qua- » tnème et dernière ressource des athées, » ont senti que les peuples seraient contenus » dans le devoir envers leurs chefs bien plus
SUR L'EXISTENCE de dieu. # 167
» facilement, si on pouvait faire découler ce » devoir d'une cause surnaturelle, d'un être » qui connaît, juge et punit jusqu'aux pen- » sées. Aussi voit-on presque tous les légis- » lateurs faire de la religion la base de leurs » institutions. C'est de là que vient cette » variété de divinités chez les différer) s peu- » pies : chacun d'eux a reçu ses dieux avec » ses lois. »
XXIN. Sur ce raisonnement, Bayle observe assez judicieusement quesi le dogme de l'existence de Dieu est une invention des sou-
verains , ils se sont pris eux-mêmes dans leur filet, et qu'ils se sont astreintsnon-seulement à se soumettre à une religion, mais à obéir à celle de leurs peuples (95).
Ce qu'il y a de vrai dans ce raisonnement des athées, c'est que la doctrine de l'existence de Dieu , et les conséquence morales qui en résultent , sont très - efficaces pour contenir les souverains dans la modération, lés sujets dans la soumission , tous les ordres de l'Etat dans cette observation des devoirs civils dont dépend la prospérité et même la conservation des empires. En s'appuyant sur ce principe , les athées démontrent eux-mêmes combien leur système est funeste à Tordre social.
Mais, laissant à l'écart cette première cort-
sidération, cependant assez importante, je demande depuis quand l'utilité reconnue d'une doctrine est devenue la preuve de sa fausseté? La politique fait servir au bien de l'Etat l'amour de la gloire, celui de la patrie , les tendresse du sang , celles des époux, des pères, des enfans : en conclura-t-on que ce sont là des inventions de la politique?
L'assertion que le théisme doit son origine à la législation pèche, de même que les précédentes, en ce qu'elle est gratuite : nous pourrions la nier sans motifs , comme on l'avance sans preuve.
Mais nous ne sommes pas réduits là. Nonseulement l'incrédulité ne peut pas citer un seul législateur qui ait introduit la notion de la Divinité, mais nous lui montrons partout la notion de la Divinité antérieure aux législateurs. Quand Minos, quand Numa, quand les autres souverains fondaient la stabilité de leurs lois civiles sur des institutions religieuses , ils ne parlaient pas àdes peuples athées : ces profonds politiques bâtissaient sur le principe établi de l'existence de Dieu , il$ ne le fondaient pas : les Crétois, les Romains croyaient aux divinitéa dont leurs législateurs ordonnaient et réglaient le culte. Il çst donc encore de toute fausseté que ce
SUR l'existence de dieu. U9
soit la diversité des législations qui ait causé la variété des religions.
Si c'est à la législation que le théisme doit son origine, comment s'est-il établi parmi les peuples qui n'ont pas de législation?
Comment un législateur inventant ce dogme, et l'annonçant pour la première fois à des peuples qui n'en auraient jamais entendu parler , aurait-il pu le faire adopter sansrésistance, etsoutenir opirîiâtrémentpar les grands et par les petits, par les sa vans et par la multitude , contre les lumières de leur raison, contre le cri de leur conscience, en abolissant la tradition ancienne, malgré les conséquences austères et contraires aux penchansde la nature qui en résultent? Il aurait fallu que la fraude fût inventée avec tant d'habileté, concertée avec tant de secret, conduite avec tant de dextérité, effectuée avec tant de bonheur, que de tous les hommes si intéressés à la chose , aucun ne la découvrît. et ne la révélât.
Serait-ce un seul législateur qui aurait établi cette doctrine dans tous les pays? d'où lai serait venuécette autorité sur des peuples qui ne lui étaient pas soumis? Seraicnt-ce tous les législateurs qui se seraient accordés pour cette institution? elle saule aux yeux, l'absurdité do concert entre tant d'Etats sépa-
rés les uns des autres par des distances énormes, par de vastes mers, ne pouvant avoir entre eux aucune communication, ne se connaissant pas même, et dont ceux qui étaient voisins étaient, comme la nature delà chose et l'expérience le montrent, constamment divisés de vues, de principes et d'intérêts.
Unecause particulière aurait dû, abolir le théisme, s'il n'avait été que l'effet de la législation : souvent les législations ont été détruites ; il n'y a presque point d'Etat dont tout l'ordre politique n'ait été plusieurs fois renversé : le théisme aurait dû périr avec sa cause ; n'ayant plus l'appui qui le soutenait, il serait inévitablement tombé. Mais au milieu des débris des empires, de la ruine des législations, il est toujours resté debout^ et les coups qui ont frappé et écrasé si souvent tout l'ordre civil, ne l'ont jamais atteint. Ce n'est donc pas à cet ordre qu'il doit son existence.
Après avoir tenté d'assigner à l'unanimité du dogme delà Divinité diverses causesd'erreur,les incrédules proposent encore confié , la conséquence qui en résulte deux objections qu'il ne faut pas laisser sans réponse.